‹ Evangile selon saint LucChapitre 279 sur 300 · CHAPITRE ΧΧΗΙ · texte numérisé non relu

CHAPITRE ΧΧΗΙ

. 1Et s'étant levés tous en corps, ils le conduisirent devant Pilate,

xx, 1-49. SUITE DE La passioN (cf. Mc. xv, 1-%1; Μί. xxvi, 2-56; Jo. Χνπι, 28-xIx, 37). -

Au premier abord, le récit de Le., depuis la comparution de Jésus chez Pilate jusqu’après sa mort, paraît très différent de celui de Μο. Mais c'est surtout parce qu'il a ajouté; car s’il raconte en s'écartant de Mc. plus que dans certaines sections, cependant il contient tout ce qui est dans Μο., sauf : les détails sur l'usage de délivrer un prisonnier et par concomitance l'excitation exercée par les prêtres; les impropères des soldats romains, car il a déjà raconté une .scène de ce genre (xxu, 63-65); le vin mêlé de myrrhe, car il aura la potion de vinaigre; la troisième heure; les moqueries au sujet de la destruction du Temple, dont il n’avait pas parlé au procès; le cri de Jésus : Éli, ΕΠ, et la confusion des Juifs croyant que Jésus appelait Élie, thème juif. Ces omissions s'expliquent assez aisément comme on voit, et l'on ne peut que s'étonner de l'assurance de M. Reuss (Les Évangiles synoptiques, p. 82): « Il n’y a pas à. hésiter, nous sommes amené à reconnaître un fait singulier, nouveau, inouï, un fait que personne n’a entrevu encore : c'est que l'Évangile de Marc, tel que Luc le possédait, ne contenait pas la Passion » (Cité par M. 5. Reïnach, comme « fortement motivé » dans Cultes, mythes et religions, 11, 19).

De plus Le. omet tout ce que Mt. a en plus de Mc. : la fin de Judas (Mt. xxvrr, 3-10); la femme de Pilate (v. 19); le lavement des maïns (ν. 24-26); le tremblement de terre et 165 résurrections (v. 51b-53), Ce n’est donc pas sous l'influence de Mt. qu'il s’est écarté de Μο.

Mais Le. a surtont des additions importantes, évidemment dues à son enquête

particulière : le renvoi à Hérode (6-12); la protestation en forme de Pilate (13-16); les filles de Jérusalem (27-31); deux paroles de Jésus (34 et 46); la confession du bon larron et la promesse de Jésus (40-43). . Dans son récit Le. accentue fortement les déclarations de Pilate’sur l’innocence du Sauveur. Mais peut-on dire que ce soit par sympathie pour le gouverneur? Par deux fois, dans Le. seul (16, 22) il offre de châtier un homme qu’il croit innocent. Les Juifs ne sont pas plus coupables ni plus méprisables que dans Mc.; on notera seulement que la responsabilité des prêtres est plus grande dans Mc. , €t que Pilate dit plus expressément dans Le. qu'il fait la volonté des Juifs.

2fpEavro δὲ πατηγορεῖν αὐτοῦ Ἀέγοντες Τοῦτον εὕραμεν διαστρέφοντα τὸ

ἔθνος ἡμῶν καὶ χωλύοντα φόρους Ἱζαίααρι διδόναι nat λέγοντα αὐτὸν χριστὸν βασιλέα εἶναι. ὃ ὁ δὲ Πιλᾶτος ἠρώτησεν αὐτὸν λέγων ED εἶ ὁ βασι-

λεὺς τῶν ᾖἸουδαίων; ὁ δὲ ἄπο κριθεὶς αὐτῷ ἔφη Σὺ λέγει. #6 δὲ + \ LA #

Enfin, comme toujours, si Le. tâche de présenter les choses plus clairement, il a omis les dialogues si caractéristiques de Pilate avec la foule, le carnaval si pittoresque des soldats, le goût de terroir de ce qui s’est dit auprès de la Croix, toutes choses qui font assister aux événements. Le quatrième évangile, qu’on prétend si abstrait, a su, en rappelant des traits parfois différents, retrouver cette impression de la vie. Rien ne prouve mieux que cette comparaison du troisième et du quatrième évangile dans le récit de la Passion que si Le. est un écrivain consciencieux, Jean est un témoin oculaire.

4-5. PREMIÈRE COMPARUTION DEVANT PILATE (Μο. xv, 1-5; Μί. xxvir, 2. 11-145; Jo. xvin, 28-38).

Comme on a nié le procès devant le Sanhédrin, on nie maintenant le procès devant Ponce Pilate.

L'école néo-mythique s’est donné beaucoup de mal pour éliminer le texte de Tacite, Ann. xv, 44 : Auctor nominis eius (Chrestiani ou Christiani) Christus Tiberio imperitante per procuratorem Pontium Pilatum supplicio adfectus erat. Il a été mis en bonne lumière par M. Kurt Linck (de antiquissimis veterum quue ad lesum Nazarenum spectant testimoniis, p. 61 ss., Giessen, 1913) surtout contre les attaques de M. P. Hochart, (Études au sujet de la persécution sous Néron, Paris 1885). M. S. Reinach a dit : « Le passage de Tacite, même s’il n'a pas été retouché, ne prouve rien, vu sa date tardive; à cette époque, la légende chrétienne était déjà presque entièrement constituée » (Cultes elc. πι, 19, Paris 1908). — Assurément, et cette tradition a plus de poids que Tacite, qui écrivait les Annales vers l’an 116, mais de quel droit récuser l'autorité des chrétiens sur un fait aussi grave, aussi compromettant pour leur avenir dans l'Empire ? — De son côté, M. Juster (Les Juifs dans l'empire romain, 1, 190, Paris 1914; cf. RB. 1918, 258) affirme que les Juifs avaient alors droit de vie et de mort, et qu’il n’y a eu qu'un seul procès, conduit devant eux. Même s'ils avaient demandé la confirmation, il n'y eût pas eu lieu à un second procès. D'après les évangélistes, c’est bien un procès qu'instruit Pilate, et il juge. Ils ont donc inventé. |

Ces querelles en sens inverse ont contribué à mettre en lumière les faits que les évangélistes ont racontés. Ils sont très vraisemblables. Le même grief qui avait motivé la condamnation par les Sanhédrites leur a servi à faire condamner Jésus par Pilate. Mais les convenances sont ‘parfaitement observées. Devant le Sanhédrin, Jésus est condamné parce qu'il α blasphémé, se disant Fils de Dieu; devant Pilate il est dénoncé comme un Messie révolutionnaire. Luc l a très bien indiqué.

4) ἀναστάν, style de Le. 1, 39; xv, 18; Act. 1x, 39 et pass. — Atos avec αὐτῶν s'entend en premier lieu du Sanhédrin, mais Le. n'eùt pas employé

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, XXI, 2-4. ο 577

et ils commencèrent à l'accuser, disant : « Nous avons trouvé cet homme mettant le désordre dans notre nation, et empêchant de payer les impôts à César, et se donnant pour Christ Roi. »

$Pilate l’interrogea, disant : « Tu es le roi des Juifs? » Et il lui répondit : « Tu le dis. » £Pilate alors dit aux principaux des prêtres et aux foules: « Je ne trouve rien de criminel en cet homme. »

cette expression s’il n'avait pensé à un concours de peuple. Le peuple n’est pas mentionné ici par les autres, mais dans Le. il est mêlé aux prêtres (v. 4), dont la culpabilité spéciale est moins mise en relief. — Dans Μο. et dans Mt. Jésus est enchaîné.

2) En historien lettré, Le. place dès le début les griefs articulés contre Jésus, - en mettant en avant ce qui devait émouvoir le plus le gouverneur et qui en même temps établissait sa compétence. Le messianisme ne vient qu'ensuite, alors que les agissements de Jésus sont déjà caractérisés comme révolutionnaires. C'était à Pilate à maintenir l’ordre, et c'était son intérêt que le tribut fût payé. Quand il en faut venir au titre de Messie (xp1otév), il est expliqué par βασιλέα. — εὕρομεν (ou εὕραμεν) signifie probablement : « nous l’avons pris sur le fait »,

sans se donner le mérite d'une enquête préalable, qui n’eût sans doute pas été

du goût du procurateur.— Sur le latinisme de la tournure, cf. Introd. p. cxxvur. — Le mélange des accusations est assez habilement calculé; le trouble faisait supposer des menées anti-romaines, aboutissant au refus de l'impôt. Jésus avait dit expressément le contraire peu de jours auparavant (xx, 20-26), maïs s’il se reconnaissait Messie, il ambitionnait done le titre royal, il se révoltait donc contre César. :

Renan (Vie de Jésus, 195 éd. p. 198) a paru faire état de mots ajoutés dans certains mss. latins. Après nostram (ἡμῶν) : εὖ solventem legem nostram et prophelas (af it et qques mss. de la vg.), et au v. 5, à la fin, ef filios nostros εἰ uæores avertit a nobis non enim baptizatur sicut et (om. c) nos (+ nec se mundant e), dans ο et e. Les deux additions sont marcionites d’après Éerwx. Marc. 316.

346, qui donne comme texte grec après ἔθνος : καὶ καταλύοντα τὸν νόμον καὶ τοὺς

προφήτας... et après διδόναι : καὶ ἀποστρέφοντα τὰς γυναῖκας καὶ τὰ τέκνα. La première insertion paraît en effet être une défense de l’erreur de Marcion, la seconde couvre sa personne, accusée d'immoralité (2), en rappelant que pareil grief avait été allégué sans raison contre le Christ. Quant à ce qui regarde les baptêmes, dans deux mss. latins seulement, c'est un reproche assez naturel (cf. Μο. ντ, serait étrange qu'il aït songé à louer, sous la forme d’un blâme des sanhédrites, la sévérité des baptêmes marcionites (contre Rendel Harris, À study of Codex Bezae, p. 231 citant Tert. ad. Marc. 1, 29; τν, 11). De toute façon la seule morale à tirer de ceci, c’est la corruption de certains textes latins, auxquels où ne peut associer aucun ms. grec.

3) Une fois saisi, Pilaté interroge l'accusé; question et réponse comme dans Mc. Le titre de roi était naturellement le crime principal. Pilate va droit au but.

4) Le raccourci de Lc. est un peu déconcertant. Pilate obtient l’aveu, et il

2 ss.) qu'un Marcionite a pu avoir plaisir à mettre dans la bouche des Juifs. Il :

et

ἐν τῷ ἀνθρώπῳ τούτῳ. oi δὲ ἐπίσχυον λέγοντες ὅτι ᾿Ανασείει τὸν kadv . κ. 2 . ο 7 διδάσχων καθ ὅλης τῆς Ιουδαίας, nai ἀρξάμενος ἀπὸ τῆς Γαλιλαίας ἕως + s | ΄ ς + ὧδε. ϐ Πιλᾶτος δὲ ἀχούσας ἐπηρώτησεν εἰ ὁ ἄνθρωπος ΤΓαλιλαϊὸς ἐστιν,

: < , ο Tyat ἐπιγνοὺς ὅτι ἐχ τῆς ἐξουσίας Ἡρῳδου ἐστὶν ἀγέπεμφεν αὐτὸν πρὸς

Ἡρώδην, ὄντα nat αὐτὸν ἐν Ἱεροσολύμοις ἐν ταύταις ταῖς ἡμέραις. ὃ Ὅ

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ἀπεκρίνατο αὐτῷ. 19 εἰστήχεισαν δὲ οἱ ἀρχιερεῖς vai οἱ Ὑραμματεῖς εὐτό-

vos κατηγοροῦντες αὐτοῦ. 1 ἐξουθενήσας δὲ αὐτὸν ὁ ἨἩρῴδης σὺν τοῖς

8. εξ εκανων χρονων (T Ἡ V) et non εξικανου (8). 11. om. καια. ο Ho. (II V) et non add. (TS).

déclare l'accusé non coupable. Cela suppose la conversation rapportée par Jean xvur, 35-38 (ΡΙ.), d'après laquelle Pilate comprend que la royauté de Jésus n'est pas celle d'un ambitieux ni d'un révolutionnaire. — εὑρίσχω est peut-être une réponse du tac au tac à εὕραμεν du v. 2. — αἴτιον a paru le mot propre à Lc., puisqu'il le répète v. 14 et v. 22. — Dans Actes xix, 40 + N. T. l'adjectif αἴτιος, cause de, responsable de, coupable de, est devenu un substantif. — A supposer qu'il y ait du vrai dans le grief des Juifs, le magistrat romain n’y voit aucun délit caractérisé, mais plutôt une dispute religieuse. |

5) Les Juifs, les prêtres et la foule insistent de deux manières : l'agitation dont ils ont parlé au v. 2 est un soulèvement, et il s'est étendu sur un terrain très vaste. Luc dit ici clairement ce que son texte nous avait donné à entendre, que Jésus à prêché beaucoup en Judée. En admettant que « toute » la Judée soit un peu exagéré, surtout si on l'entend de tout le territoire soumis à Pilate, cela comprend du moins la Judée proprement dite (Π, 4; Act. 1, 8; vin, 4). C'était l'expression admise pour le ministère de Jésus (Act. x, 37). — Noter le καὶ devant ἀρξάμενος : « c'est vraiment trop fort »! — Sur certains mss. latins, voir au v. 2. .

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