‹ Evangile selon saint LucChapitre 28 sur 300 · LE PLAN ET L'ESPRIT DU TROISIÈME ÉVANGILE. XLV · texte numérisé non relu

LE PLAN ET L'ESPRIT DU TROISIÈME ÉVANGILE. XLV

bérante de celui qui pardonne, le mouvement des entrailles paternelles, étonnante révélation du cœur de Dieu, qui à ramené tant d’âmes.

Là-dessus Renan a une parole méchante : « L'offre d’un pardon facile a toujours été le principal moyen de succès des religions. » Et pour les badauds : « L’homme même le plus coupable, dit Bhagevat, s’il vient à

m'adorer et à tourner vers moi tout son culte, doit être ‘cru bon (1). » Aujourd'hui on ne va pas jusque dans les Indes, on dit que la religion de Jésus a réussi parce qu’elle a été présentée par Paul comme une religion de salut, à la façon des mystères. Mais qu'y a-t-il de mystérieux dans l’appel de Dieu, dans 16 cri de détresse du prodigue, dans l’amour repentant de la pécheresse ? Et il-se trouve que cet évangile de pardon est aussi le plus exigeant, on dirait presque le plus dur, et il faut le dire, le plus dur à l’égoïsme des jouisseurs. Comme Paul, Luc connaissait l'entrainement sensuel qui entrainaït le monde antique à méconnaitre en l’homme l’image de Dieu. Il suffirait d'une conversion sincère pour restaurer cette image, de la force d’en haut pour fortifier des êtres de faiblesse, qui peut-être ne demandaient qu’un objet divin à leur amour car ils aimaient à aimer, comme Augustin, comme la pécheresse.

Mais le monde antique avait une autre tare, l’avarice qui. endurcit le cœur. Aucun évangile n’a inculqué plus nettement, plus fortement, aux riches leur devoir envers les pauvres. Et cependant il n’appelle pas les misérables à la révolte. C'est un moyen de succès dont ne se prive pas la religion nouvelle qu'on prêche de nos jours. Aucun signe d’impatience chez les disciples, aucune tentative de renverser les situations. Elles seront changées, il est vrai, mais seulement dans le règne de Dieu. En attendant, avis aux riches de se faire des amis parmi ces préférés de Dieu! Qu'on relise les textes! La possession des biens de la terre n'est pas condamnée, mais, comme tout ce qui est de l'homme, elle n’a de raison d'être définitive qu’en vue de la vie éternelle. C’en est assez pour guérir les maux dont souffrait la société païenne, pour prévenir cette destruction du monde que craignait le Proconsul d'Asie, non sans raison, s’il est vrai que la société ne peut avoir la paix dans le déchaînement des convoitises.

L'évangile du renoncement est aussi celui de la prière, car la vie nouvelle est la vie dans l'Esprit de Dieu, qu'on ne peut obtenir que par la prière.

Jésus α donné l'exemple. Ge trait essentiel ne pouvait être omis par Marc ni par Matthieu. Dans les trois synoptiques, Jésus a prié à Gethsémani; dans Μο, (ντ. 46) et dans Mt., (xiv, 23) il a prié après la première multiplication des pains; dans Μο. (1, 35) seul, à Capharnaüm après avoir guéri les foules. Mais Luc parle seul de la prière du Christ dans huït cir-

(4) Les évangiles, 2° éd., p. 268.

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