‹ Evangile selon saint LucChapitre 297 sur 300 · L’ascexsron (cf. Me. αντ · texte numérisé non relu

L’ascexsron (cf. Me. αντ

Rien ne prouve que Lc. ait voulu placer l’Ascension aussitôt après le discours terminé au v. 49, quoiqu'il aït eu le caractère de novissima verba. Etil n’a sûrement pas eu l'intention de conduire les Apôtres à Béthanie de nuit, ce qui serait le cas, si tout s'était passé au soir de la résurrection. La disparition du Christ pendant la nuit aurait quelque chose de suspect, comme un départ en cachette; à tout le moins cette circonstance eût dû être indiquée. Faut-il conjecturer avec Plummer que quand il terminait son évangile, Luc ne savait pas encore quel intervalle s'était écoulé avant l’Ascension? Il serait tout aussi plausible de supposer qu'il n’a pas craint le résultat possible d’un raccourci sur lequel il se proposait de revenir.

50) Les Apôtres sortent, parce qu'ils étaient dans la ville, où ils vont retourner, v. 52. Il faut lire πρός et non εἰς après ἕως, On n'est pas entré à Béthanie. L'ancienne tradition, supposant avec vraisemblance que Jésus avait continué de s’entretenir avec ses apôtres, situait ce suprême entretien à la grotte des discours eschatologiques, de sorte que l’église de l’Éléona était à la fois le mémorial des entretiens les plus importants et de l’Ascension (Vincenr et ΑΤΕΙ, Jérusalem nouvelle, ch. xiv). — Les mains élevées pour bénir, selon l’antique geste (Lev. 1x, 22; cf, Gen. ΧΙΥΗΙ, 14).

51) διέστη, éloignement définitif, qui signifie l’Ascension, comme l'explique ce qui suit. Si καὶ ἀνεφέρετο κ. τ. À. n'était pas authentique, ce serait donc διέστη qui à lui seul indiquerait l’Ascension, quoique d’une manière vague, car Luc prétendait bien (Act. 1, 2) avoir conduit son évangile jusqu'au moment où le Sauveur ἀνελήμφθη. L’authenticité de καὶ ἀνεφέρετο εἰς τὸν οὐραγόν n’a donc pas de portée dogmatique. Augustin a omis ces mots une fois (de unitate eccl. x), et les a cités une fois (de cons. ευ. 111, 83).

50 Et il les emmena jusque vers Béthanie, et ayant levé les mains, -illes bénit. SEt tandis qu'il les bénissait, il s’éloigna d'eux et il était enlevé dans le ciel. #Et eux s'étant prosternés devant lui, retour- nèrent à Jérusalem avec une grande joie. Et ils étaient continuel- lement dansle Temple, bénissant Dieu.

52) Se prosterner devant le Maître glorifié après un dernier regard était dans les convenances. La joie, moins indiquée par la nature, procède déjà d’une impulsion de l'Esprit de Jésus; ils voient son triomphe et ils attendent son secours.

53) La reconnaissance qui remplissait leur cœur s'épanchaït dans le Temple, qui était pour eux comme pour tout Israël le lieu de la prière. Luc ne dit rien de l'avenir; il y avait dans l'évangile assez de sujets de bénir Dieu.

La oussriow D'Emmaüs. — Nous ne nous proposons pas de traiter ici toute la question d'Emmaüs, mais seulement d'indiquer les variantes sur la distance, en cherchant à en expliquer. l'origine (4). On hésite entre cent soixante ou soixante stades à partir de Jérusalem.

Les textes grecs cités par Tischendorf {vx maior) pour le chiffre de 160 stades sont N I K* N°11 158, 1758, 223* 937* 490". Ce sont les mêmes que cite Gregory dans son édition de 6 {Die Koridethi Evangelien p. 743), si ce n’est que 1 qui est [7 est dénommé 079, et qu’il y faut joindre 6 lui-même, soit six onciaux, Ces six onciaux sont cités par Soden; N — 82, I — 16; K = 71*; N — 19, cité sous la forme x minusc.; I — 73, cité sous la forme 431: Θ — 050 (2). . Il dénomme les minuscules d’après sa notation : 207, 285, 1121, 1353.

Sauf ΑΝ, tous les mss. qu'il cite sont ramenés à la notation I, qui pour lui signifie recension palestinienne; le ms. 050 du groupe 15, le ms. N du groupe IF, le ms. 207 du groupe σ; les mss. 71* et 73 avec 1121* et 285 du groupe L*, et enfin 16 et 1353 sont rattachés à 1 sans être d’un groupe distinct; à La p. 4455 ils sont rangés derrière κα (Mélange de I et de K), et Soden refuse d'admettre que la leçon 460 soit primitive « si difficile à expliquer qu'elle soit ». Le type Ie est le meilleur de 1; I 1 sont moins bons en décroissant; quant à Τα qui ne figure pas dans la table des sigles p. 2177, ce ne peut être qu’un texte mélangé de I et de K (vol. IF, p. αν).

De toute façon nous sommes toujours d’après 5, sous l'influence palestinienne. Quant à N, il le rattache à l'Égypte, et à bon droit, mais ce ms. a contenu dès le début les canons eusébiens, ce qui suppose bien l'influence d'Eusèbe, à une époque où elle ne devait pas être très répandue (rve 5.).

(1) 68. Emmaïüs, par l'abbé Hexper, dans le Dictionnaire biblique de Vigouroux. La discussion de critique textuelle n'est pas le meilleur point; l’auteur ne reconnaît pas ce . qui est admis de tout le monde que les mss. de l’ancienne latine, fussent-ils du var siècle, représentent un très ancien état du texte; de même pour les versions syriennes. — On peut voir aussi-RB. 1892 p. 80 ss.; 1898, 26 s5.; 928 ss.; 1894, 139 ; 1896, 87 ss.

(2) Date et provenance inconnues. D'après M. Beermann (Die Κον. ev. p. 581), le plus ancien séjour constatable du ms. avant l'an 900 est Martyropolis, en pleine Arménie. D’après Soden (1, 1297 ss.) ce ms., le meilleur représentant de 1 (recension palestinienne) après D (Cod. Besae), a été écrit par quelqu'un qui ne savait pas le grec.

L'origine première des autres onciaux est encore mystérieuse. Cependant Θ semble bien originaire d'Arménic; I a des notes géorgiennes, K vient de Chypre, N de Cappadoce, Π de Smyrne. Aucun de ces mss. ne se rattache ni à l'Égypte ni à la recension antiochienne.

Ce qui est plus important peut-êlre que le témoignage direct d'un ms., c'est la scholie notée aux Mss, 34 et 194 ἑκατὸν ἑξήχοντα λεκτέον' οὕτως γὰρ τὰ ἀκριδῆ περιέχει καὶ Ἡ ὠριγένους (34. om.) τῆς ἀληθείας βεθαίωσις.

On voit que la variante appelait l'attention; aussi ἑκατόν a-t-il été supprimé dans K Ν, 223, 237, 420 et dans le n° 1424 de 5.

Bar-hebraeus (ap. Jon.) α noté « dans quelques manuscrits grecs cent soixante ». Chez les Syriens, Sin. et eur. et tousles mss. de la peschitto ont soixante. Mais les trois mss. de l'évangéliaire dit palestinien ont 160 (écrit NY ou NNN ou NW). De l’origine palestinienne de cette version on ne saurait douter, soit à cause du dialecte, soil parce que le ms. Α, le seul connu jusqu'en 1892 (Revue Biblique p. 96) a été écrit à Aboud, non loin de Jérusalem (1) {The Palestinian Syriac Lectionary of the Gospels, 1899).

Enfin Tischendorf cite, sans les désigner autrement, quelques mss. de Ja. version philoxénienne ou héracléenne. L’étude de ces deux recensions n’a guère donné de résultats positifs. On ne peut aboutir à distinguer l'œuvre de Philoxène de la révision par Thomas Heraklensis.

Datant du vire siècle, et avet son cachet d’érudition, elle ne peut représenter qu'un choix fait parmi des mss. grecs, non une tradition syrienne. Encore l’ensemble de ses mss. paraît-il favorable à 60. Quelques mss. arméniens ont . Cent soixante, mais combien? on en cite un pour 150.

Parmi les mss. latins, Tisch. ne citait que le Fuldensis pour 160. IL faut y ajouter plusieurs mss. de la Vulgate (9). On comprend que Wordsworth et White s'en soient tenus à la lecon sexaginfa, mais on peut se demander si Jérôme n’avail pas écrit cenfum sexaginta, leçon qui aurait été submergée dans 16 flot unanime de J’ancienne latine et du grand nombre des mss. grecs. Cependant l’ancienne latine e avait sepfem, ce qui a paru suffisant à Soden pour écrire af., c'est-à-dire recension africaine (4 étant lacuneux). En revanche les versions égyptiennes sont sans variation pour 60.

Un ms. arabe au couvent copte de Jérusalem note en marge 160 d’après des mss. grecs el syriaques.

Les choses étant ainsi, il est bien évident que les variantes ne peuvent provenir d’un hasard de copic. La variante septem pourrait venir d’un chiffre romain mal lu, wir au lieu de 1x, et encore est-ce plutôt une tentative de raccourcir la dislance.

Quoi qu’il en soit, il faut choisir : ou bien on a ajouté cent parce qu'on savait qu'Emmaüs étail à la distance de 160 stades, environ; ou bien la distance ayant paru trop forte, on a supprimé cent.

Incontestablement le chiffre de 160 paraît trop élevé, puisque les deux dis-

(t) Malgré les doutes de M. Burkitt.

(2) Epternacensis, Fuldensis, Oxoniensis, Ins. Lindisfarnensis et San-Germanensis, les quatre premiers étant rangés parmi les meïlleurs mss. biéronymiens. On sait que le San-Germanensis ne donne le texte de l’ancienne latine qne pour saint Matthieu.

ciples ont pu revenir le soir même à Jérusalem. C’est même pour cela que Tischendorf α fini par préférer la lecon 00. C’est le grand argument qu'on propose contre Amwâs, mais n'est-ce pas concéder que ceux qui lisaient 160 devaient être fatalement amenés à supprimer 100?

À cela on peut répondre que si 460 était le chiffre original, il devrait étre plus répandu. Or il est exclu par la tradition latine ancienne, par la tradition - égyptienne (sauf N qui n'est pas purement égyptien) et par la tradition d’Antioche, soit grecque, soit syrienne.

De plus, si l’on avait corrigé pour diminuer la distance, n’aurait-on pas enlevé tantôt 100, tantôt 60, le dernier chiffre se présentant le second, ou n'aurait-on pas mis à la place un autre chiffre, ce qu’on ne trouve que dans Le septem de ο et le 150 d’un ms. arménien?

L'autre hypothèse, correction de 60 en 160 en faveur d’'Amwäâs, c’est-à-dire en faveur d’une tradition palestinienne, est d'autant plus vraisemblable que cette tradition a existé et qu’il y a coïncidence entre l’origine palestinienne de ses défenseurs et l’origine vraisemblable des mss.

Ici nous devons indiquer les données topographiques.

Les textes liftéraires connaissent deux endroits qui portent à peu près le nom d''Eupraoëc.

Le moins connu est ᾽Αμμαοῦς où, d'après Josèphe (Bell. VII, vi, 6), Vespasien fonda une colonie de huit cents vétérans : ὀκταχοσίοις δὲ µόνοις ἀπὸ τῆς στρατιᾶς διαφειµένοις χωρίον ἔδωχεν εἲς χατοίκησιν, à καλεῖται μὲν ᾿᾽Αμμαοῦς, ἀπέχει δὲ τῶν Ἱεροσολύμων σταδίους τρίακοντα, Trente est la leçon de six mss. vus par Niese; un septième a ἑξήκοντα, lecon naturellement suspecte, 16 chiffre ayant dû être changé d’après l’évangile. D’après Josèphe, c'était un lieu, χωρίον, pas même un bourg. Le nom de Colonie semble se retrouver dans la κρήνη Κολωνείας, à 3 milles romains de Jérusalem, citée dans le Μαρτύριον τῶν ἁγίων ἑξήκοντα νέων μαρτύρων (édité par Papadopoulos Kerameus, Saint-Petersbourg 1892) : κατὰ τὴν χρήνην Κολωνείας, ὣς ἀπὺ onpelwy τριῶν οὔσαν τῆς ἁγίας Χρ. τοῦ θεοῦ ἡμῶν πόλεως (paragraphe 6). Ce doit être la source située dans la vallée à l’ouest de Jérusalem, au-dessous du village de Colonieh, qui a conservé ce nom. Entre ces données οἱ celles du Talmud, il n’y a pas une différence inconciliable. La Michna (Soukka iv, 8) parlait d’un lieu nommé Mosa (ΝΝ 19) situé au-dessous de Jérusalem où l'on allait couper des branches de saule. Dans le Talmud de Jérusalem (Soukka, 54) on demandait : Qu'est Mosa, si ce n’est πιαπιβία (NW%Y)? Rabbi Tanchouma (palestinien) dit : « Son nom est qolonia » (NY DD). De même à peu près dans le Talmud de Babylone (Soukka 452). Il importe peu qu'on ait joué sur la ressemblance entre Colonia, qui signifiait « exempt d'impôt », sans doute à titre de Colonie romaine, et mosa, chose exclue. L'identification de mosa (ou mesiia) avec Colonia doit avoir un fondement et ne s’écarte pas tellement du renseignement de Josèphe. Car mosa peut avoir été hammosa (nn) de Josué (xvin, 26), et pourquoi ne serait-ce pas en grec Emmaous?.

En tout cas Colonia près et au-dessous de Jérusalem doit être la Golonie de Josèphe et le même endroit que Qolonieh. Cependant la distance de trois milles qui seraient précisément 24 stades est trop faible.

Qolonieh doit être à quatre milles romains, soit environ 32 stades.

L’hagiographe des martyrs a eu soin de dire : à peu près.

Les choses élant ainsi, on serait tenté de dire avec Schürer que la distance de Josèphe est trop courte et celle de Luc trop longue. Toutes deux seraient approximatives, et il faudrait chercher Emmaüs évangélique à Qolonieh. C’est en suivant cette piste que nous avons été visiter le Kh. Mizzeh, à quarante minutes de Qolonieh qui pourrait être l'ancienne Mosa, devenue Colonie romaine, le nom de Qolonieh étant descendu plus près de la source, phénomène qui n’est pas sans exemple (Rev. bibl, 1894 p. 139). Au Kh. Beïit-Mizzeh on est à environ : 40 stades de Jérusalem si l’on y va directement sans passer par Colonieh, .

Mais il faut convenir que personne dans l'antiquité n'a suivi cette voie. Tout le monde connaissait en Palestine le célèbre ᾿Εμμαοῦς des Macchabées (1 Macch. im, 40.57; 1ν, 3, ΙΧ, 30), connu aussi de Josèphe (Ant. XIV, χι, 2: XVII, x, 9; Bell. I, xt, 23 Il, v, 43 IV, vin, 4) et des juifs sous le nom d'ONN (Michna Arakhin Ἡ, 4; Kerithoth πι, 7), qui est transcrit du grec. Cet Emmaüs est devenu: Nicopolis, et Nicopolis est d’après le pèlerin de Bordeaux à 22 milles, soit 176 stades de Jérusalem. Α. cette distance se trouve aujourd’hui le village arabe d'‘Amwäs ( Less), bien connu des géographes arabes (Emmaüs-Nicopolis et les auteurs arabes, par le R. P. Van Kasteren, RB. 1892 p. 80 ss.).

En dépit ou à cause des controverses récentes, il est hors de doute que ce village d’’Amvwäs est l'ancien Emmaüs des Macchabées, transformé en Nicopolis.

.On a seulement pu douter si la fondation de Nicopolis ne datait pas de la ” conquête de l'an 70, et c’est ce que semble dire Sozomène (Hist. Eccl. v, 21) : μετὰ τὴν Ghwsty Ἱεροσολύμων καὶ τὴ» κατὰ τῶν Ἰουδαίων νίκην. Mais Schürer (Geschichte... 1, 640 ss.) a montré que cette opinion ne saurait prévaloir contre l’autorité d'Eusèbe (Chron. ad ann. Abr. 2237, éd. Schoene 11, 178 s. — Chron. paschale ed. Dindorf 1, 499), qui rattache la fondation de Nicopolis à Jules Africain et au temps d'Élagabale. Suivi par le Chronicon paschale, le Syncelle (ed. Dindort 1, 676, au temps d’Alcxandre Sévère) et saint Jérôme (de vir. illustr. Lx), Eusèbe élait aussi d'accord avec un fragment qu’on peut attribuer à Philippe de Side (vers 430), et qui de plus prtendait savoir que Jules Africain était précisément d'Emmaüs : ἦν δὲ ὁ ᾿Αϕρικανὸς ἀπὸ ’Eupaods τῆς κώµης τῆς ἐν Παλαιστίνῃ, ἐν 7 οἱ περὶ, Κλεύπαν ἐπορεύοντο, ἥ τε ὕστερον δίκαια πόλεως λαθοῦσα κατὰ πρεσθείαν ᾿Αφϕρικανοῦ Νικόπολις µετωνοµάσθη (extrait figurant sur le cod. Baroccianus et publié par de Boor, Texte und Untersuchungen, v, 11, p. 169).

Nous pourrions bien avoir ici la clef de toute l'affaire. Jules Africain, qui n'avait d’'africain que le nom, malgré Suidas, était donc originaire d’Emmaüs. Le règne de Seplime Sévère, nous nous en apercevons toujours davantage, fut pour la Palesline un temps de réorganisation et de prospérité. On a trouvé à Latroun, près d'Amwâs, une inscription qui porte le nom d'Élagabale. Sur la demande de ce citoyen important, assurément très cultivé, Emmaüs devient Nicopolis, peut-être en souvenir de la grande victoire qui a assuré l'empire à Sévère. On se préoccupa alors de son histoire, et Jules Africain, « un écrivain qui n’était pas le premier venu » (Eus. Β.Π. I vi) et qui s’occupait de questions bibliques, qui en conférait avec Origène, Africain a dû se demander si son Emmaüs n'était pas celui de Luc, ou plutôt il a déjà trouvé la question résolue dans la tradition du lieu, car chaque village de Terre Sainte où il y avait des chrétiens aimait à se rattacher à la Bible. Pour Africain le concours d’Origène était surtout précieux pour l'étude äu texte. D'après le scholion que nous avons cité, Origène inter-

vint en effet. Les 176 stades de la. voie romaine existante alors n'étaient point un obstacle à l'identification, car au temps de Luc la voie pouvait étre un peu plus courte. Aussi fut-elle adoptée par Eusèbe (Onomasticon), par saint Jérôme (Epitaphium Ῥαμίας), par Sozomène (v, 21), le pèlerin Théodose, Hésychius de Jérusalem (P. G. χοπ! ο. 1444). |

C'était incontestablement la tradition du clergé de Jérusalem, et, plus sûrement encore, du clergé de Nicopolis, et lorsqu'on bâtit la belle église dont les ruines ont été décrites par Le P. Vincent (RB. 1903 p. 571 55.), et qui ne peut être postérieure au v° siècle, on l’établit peut-être un peu en dehors de la ville pour conserver le souvenir de la maison de Cléophas. Il faut aussi reconnaître qu'aucun de ces palestiniens ne s’est arrêté à l’objection de la distance : Com- ment les deux disciples ont-ils pu revenir à Jérusalem le soir même (Luc. χχιν, 33)? Quelqu'un a noté seulement que partis à l'heure même où ils ont reconnu Jésus, Cléophas et son compagnon ne sont arrivés que quelques heures après, le temps de parcourir cent soixante stades : οὖκ αὐτῇ δὲ τῇ ὥρα εὕρον συνηθροισµένους τοὺς ἔνδεκα, καὶ ἀπήγγειλαν τὰ κατὰ τὸν Κύριον Ἰησοῦν, ἀλλὰ µετά τινας ὥρας, ὅσας εἰκὸς ἦν αὐτοὺς ποιῆσαι τὸ διάστηµα τῶν [ἑκατον cod.] ἐξήκοντα σταδίων βαδίζοντας, ἐν αἷς πάντως καὶ ὁ δεσπότης ὤφθη τῷ Σίµωνι (Catenae de Cramer, τι, 172).

Ce passage curieux, d'où l'éditeur Cramer avait cru devoir éliminer ἐκατόν que lui offrait son ms., fait suite à un extrait du commentaire de saint Cyrille : d'Alexandrie, mais n’est point contenu dans le texte syriaque du commentaire et ne saurait en faire partie, car si Cyrille n’admet pas que les disciples d'Emmaüs aient retrouvé les Apôtres le jour de la Résurrection, c'est pour mettre un intervalle entre la résurrection et l’ascension. De la distance d'Emmaüs il n’a cure. Nous avons donc ici affaire à une glose vraisemblablement palestinienne.

On sait d’ailleurs l'importance des monastères de Jérusalem, recrutés en grande partie parmi des Arméniens ou des Géorgiens (Lazes); on comprend donc que leur influence ait été assez forte pour amener la leçon 160 dans la région comprise entre l'Égypte et Antioche, et spécialement en Arménie.

Nous disions au début qu'il faut choisir entre la suppression de ἐκατόν à cause de la distance et pour harmoniser avec 16 v. 33, et l'influence exercée par une opinion locale puissante, aboutissant à l'addition de ce mot.

Cette influence α existé, et pour n’admettre pas ‘que la tradition a pu naître sans être appuyée sur le texte, -et même en dépit du texte, il faudrait méconnaître la façon dont sont nées en Terre Sainte — et ailleurs — tant de traditions hagiographiques. Cependant la contradiction devait être résolue, et elle Le fut en effet par une addition dans le lexte. |

Si au contraire le texte primitif avait porté 160 stades, aboutissant à une ville connue, étant soutenu par le clergé et les savants du pays, il eût à la longue prévalu contre les objections.

La lecon 160 se présente à nous comme relativement tardive, puisqu'elle est inconnue des anciennes versions; elle pénètre dans des milieux érudits (version philoxénienne, arménienne), puis elle disparaît jusqu'aux recherches modernes. C'est précisément ce qui répond à l'effort d’une opinion érudite {Jules Africain ou du moins Origène) et d’un clergé influent en Orient. Si saint Jérôme a essayé de la faire pénétrer en Occident par sa révision de la Vulgate, elle s’est heurtée à une tradition textuelle invétérée.

Nous ne sommes donc guère plus avancés que Jean, métropolite des Euchaïtes dans le Pont, qui écrivait vers l'an 1050 : ἔτι δὲ τὸ « εἰς χώµην ἀπέχουσαν σταδίους ἑξήχοντα » οἱ μὲν εἰς πολλῷ πλείους τούτων ἐχτείνουσιν, of δὲ τοὐναντίον els τριάκοντα µόνους ἐπισυνάγουσιν, ἀποδεικνύντες τοσοῦτον ἀφεστῶσαν μᾶλλον τὴν Ἐμμαοῦντα τῆς Ἱερουσαλὴμ. πρὸς ἀκρίδειαν (Cité par le P. van Kasteren, RB. 1892 p. 97, d'après 164. de Bollig-Lagarde, Gôttingen, 1882, p. 63). Jean était-il venu à Jérusalem, ou avait-il interrogé des pèlerins? Ἡ semble mettre en présence des traditions locales, pour montrer que le seul remède est de’ supposer une erreur de copiste. Les uns, dit-il, étendent la distance beaucoup plus loin que soixante stades, les autres la restreignent à trente stades seulement, faisant état, non pas de textes, mais de ce qu'Emmaüs est précisément à cette distance de Jérusalem. Ils s'appuyaient donc sur autre chose, c’est-à-dire sans doute sur la tradition d'Amwäâs, et sur une autre qui probablement cherchait Emmaüs à 30 stades, soit à Qolonieh.

Mais nous re saurions, pour résoudre cette question, suivre Josèphe de préférence à Luc.

Page 1