LE PLAN ET L'ESPRIT DU TROISIÈME ÉVANGILE. XLVII
légitime, mais souvent mobile de tant de fautes et de crimes, qui s'était érigé en maître du monde, qui se dressait presque sur les autels comme le Dieu véritable de l'humanité? Ces mots ont l'air d’une phrase, mais, à tout prendre, le vague en est mieux à propos ici qu'un catalogue de vices qu'il ne serait que trop aisé de dresser. La virginité de Marie a été l'exemple qui a inspiré à tant d’âmes le propos de virginité, non pour se classer dans l'estime publique, mais pour offrir à Dieu un sacrifice qui augmentât au cœur la charité, surtout en faveur du prochain. On voit, dans le troisième évangile, cette virginité associer sa grâce à celle de Ja maternité, la famille sanctifiée, l'autorité des parents forte et douce ; l'éducation s’achève dans une atmosphère divine.
C'est par une conséquence très naturelle que la femme chrétienne devait reprendre ou plutôt conquérir son rang, et Luc en donne le pressentiment par la part exceptionnelle qu'il fait aux femmes. C’est lui, et comme pour faire escorte à Marie, qui nous a fait connaître Élisabeth, mère de Jean-Baptiste, avec sa foi, son humilité, son accueil aimable, son esprit prophétique ; Anne, consacrée à Dieu et prophétesse; la veuve de Naïm, mère désolée et consolée; la pécheresse qui a tant aimé; les femmes qui prenaient soin de Jésus et de ses Apôtres; Marthe, la bonne hôtesse, et Marie attentive à la parole de Dieu; la courageuse femme qui rend hommage à la Mère de Jésus; les filles de Jérusalem, vaillantes à témoigner leur compassion; les femmes de Galilée, déjà connues de Marc sous la Croix, mais devenues des évangélistes.
En lisant cet évangile de miséricorde, mais de pénitence, de renoncement sévère, mais en vue de la charité, ces miracles inspirés par la bonté, cette indulgence pour le péché qui n'était point complaisance, mais don divin de sanctification, en apprenant à connaître comment une vierge très pure, mère très tendre, avait enfanté le Fils de Dieu, et qu'il avait consenti à souffrir pour ramener les hommes à son Père, le noble Théophile apercevait les raisons de la transformation morale qui s’opérait sous ses yeux, qui avait sans doute commencé dans son cœur, et il dut les estimer bonnes et solides : le monde possédait un Sauveur.