CHAPITRE ἩΠΙ
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE
6 4°. — Saint Luc et saint Marc.
Luc a connu l’évangile de Marc, et il l’a suivi d'assez près dans un grand nombre de pages.
Cette position ne paraît pas certaine à plusieurs personnes, même compétentes. Plummer ne se prononce pas. M. Lévesque admet que Luc a connu la catéchèse romaine de Marc, « mais que saint Luc se soit directement servi du second évangile comme source pour la composition de son œuvre, c’est plus que douteux » (1).
D'autres, à la suite de B. Weiss — et c’est l'opinion la plus commune parmi les critiques indépendants — admettent sans hésiter que Luc s'est servi d'un Marc écrit, mais qui n’est pas celui que nous possédons.
Or c’est bien de ce dernier que nous entendons parler. La connaissance par Luc de la catéchèse de Pierre telle que Marc l’a recueillie est indiscutable; c’est un minimum qu'il faudra retenir de la discussion qui va suivre. Mais nous pensons que la dépendance est littéraire et relative à notre deuxième évangile, tel qu'il est. C’est dire que nous ne regardons pas la dépendance comme une servitude, car, à se guider d’après Luc seul, on risquerait d'aboutir à un Marc très différent. Luc à connu Marc, et il l’a suivi comme un excellent guide, mais il avait son but à lui. Il ne se proposait pas de faire une mosaïque de tous les enseignements qu'il pourrait recueillir, de vive voix et par écrit. Il lui est donc arrivé, d’abord, et cela va de soi, d'ajouter beaucoup à Marc. D'autre part il n’a pas tout pris, et même il a transposé. Malgré tout, la ressemblance est assez étroite pour qu’on soit obligé de conclure qu'il a eu Marc sous les yeux et qu’il s’en est servi. Encore une fois, l'unité de Marc se prouve par ellemême; c’est par l'étude de Marc que nous avons acquis la conviction que son ouvrage est d’un seul jet, sauf la finale canonique (xvi, 9-10), dont il ne sera jamais question dans ce chapitre. Nous n’aurons pas recours, pour échapper aux objections, à l'hypothèse d’un proto-Marc. Mais aussi notre position n'aura de la sorte rien de suspect au sens catholique.
| (1) Nos quatre évangiles, 1917, p. 50, note 8.
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. XLIX
Aucun catholique ne refuse d'admettre que Jean a connu les synoptiques et qu'il s’est cru permis d’omettre, de transposer et d'ajouter. Pourquoi Luc n'aurait-il pas agi de la sorte par rapport à Marc? La tradition est moralement unanime à assigner le troisième rang dans l’ordre du temps à son évangile. Il a donc pu consulter celui de Marc qui est le second. .
On nous permettra d’insister à cause de l'importance de la question. De toute façon, nous l'avons dit déjà, la comparaison de Le. avec Μο. est la meilleure manière de les comprendre tous deux.
Aussi bien nous n'avons pas dit que Luc dépende absolument de Μο., même dans les passages où ils se rencontrent. Mais son indépendance dans certains cas n'est pas une raison pour nier la dépendance dans d’autres. Pour se rendre compte du double phénomène, il faut étudier séparément et d’abord les cas les plus clairs, ou ce que nous nommerons les sections marciennes.
SECTIONS MARCIENNES.
Nous argumentons de trois ordres de faits : la suite des péricopes, les ressemblances de style, 165 doublets.