L - INTRODUCTION
prémiers disciples familiers, comme dans Mc., puis le grand concours de: peuple, le sermon sur la montagne, un lépreux, le centurion, guéritson de la belle-mère de Simon, le soir, deux vocations, la tempête apaïsée (1x, 23-27); point où nous retrouverons les trois synoptiques. Je. suis incapable d'établir un calcul de probabilités. Mais enfin y a-t-il une: chance sérieuse que Le. ait été toujours avec Mc. contre Mt., s’il n’a pas eu l'intention de suivre l’ordre du premier? Car s’il α suivi seulement un ordre transmis oralement, comment se fait-il que la transmission orale ait été tellement fixée quelque part sur l’ordre de Me., malgré ‘ l'existence, reconnue du moins par les eatholiques, de l’ordre de Mt., ou, dans l'hypothèse des critiques, alors qu'elle devait aboutir ailleurs à l'ordre de Mt.? Livrée à elle-même, la tradition orale eût d& aboutir à des combinaisons où Το. se fût trouvé à peu près aussi éloigné de Μο. . que de Mt. Luc a donc, à tout le moins, consulté la catéchèse de Marc à
un moment où elle était stabilisée, ce qui normalement suppose qu’elle était écrite, |
D'autant que deux des péricopes de Me. (1, 23-28; 35-38) manquent à Mi., et qu’au contraire Le. n’a aucun des traïts de Mt. dans les morceaux communs, comme les citations (να, 17; 1x, 42); le nom de Matthieu au lieu de Lévi (1x, 9), le renvoi à la loi et à la prophétie (xx, 5-7); l'argument tiré du soin des bêtes domestiques (x, 14-19).
Deuxième section marcienne : Lc. vixt, 4-1x, 50: d’après Me. τν, 1-1x, 44.
Nous avons ici dix-huit péricopes, exactement dans le même ordre, avec une seule addition qui est en réalité une transposition, les vrais parents de Jésus (vit, 19-24), en partie d’après Μο. 117, 31-35. Mais le motif de cette transposition saute aux yeux. Le passage se trouvait dans une section de Mc. omise par Le., pour les raisons que nous dirons. Luc l'a mis ici dans un excellent contexte littéraire, où il était question de la parole de Dieu. L'ordre de Mt. est complètement différent. Il a bien la petite suite : Tempête apaisée, le possédé de Gadara (au lieu de Gérasa), la fille du prince (Jaïre) encadrant l’hémorroïsse; mais il la coupe par des insertions (le paralytique, 1x, 1-8; la vocation de Matthieu, 9-13; l'esprit nouveau, 44-17), et tout ce bloc précède le choix et la mission des Apôtres, avec un discours de mission, et sans mentionner leur retour. Jamais Ec. n’est d'accord avec Mt. sur une idée ou un détail caractéristique, sauf l'interdiction du bâton, permis dans Μο. (νι, 8). Encore une fois, s’il n’y à à la base que tradition orale, elle comportait deux courants tout à fait distincts. Comment ces deux courants se sont-ils formés sans l'écriture, et pourquoi Luc suit-il toujours le même? Si Mt. est fort ancien, comme on l’admet généralement, comment Le. ‘a-t-il écrit, sans le vouloir, toujours dans l'ordre de Μο,, toujours d’accord avec lui contre Mt. dans tout ce que ce dernier a de particulier? Comment la tradition lui a-t-elle suggéré une péricope (αι, 49-80), omise
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. LI
par Mt., précisément dans l'ordre de Μο., alors surtout que dans cette section. il ma rien ajouté à Mc.?
Troisième section marcienne, ΧΥΗΗ, 15-xxr, 38, d'après Μο, x, 19-χΕ, 37. Ce sont vingt-trois péricopes, qui suivent fidèlement la suite de Μο., sans aucune transposition de péricopes. Cependant, sans parler des omissions et des additions, Le. s'écarte de Mc. dans sa façon de présenter l’arrivée et le séjour à Jérusalem. La dépendance est donc ici moins sensible, d'autant que Mt. a ici la même suite que Me. Mais Mt. omet le liard de la veuve (Le. xx1, 1-4), et il a de nombreuses insertions. Com- : ment la tradition orale n’en a-t-elle suggéré aucune à Lc., d’ailteurs disposé à faire des additions à Μο., comme Zachée (x1x, 1-40) et la parabole des mines (x1#, 14-27), la lamentation sur Jérusalem (xx, 41-44)? Ἡ est vrai qu’à l’arrivée à Jérusalem, Luc raccoureit, selon sa coutume, et place l’expulsion des vendeurs le jour même, et non le lendemain. Mais ce n’est pas pour suivre Mt., et, comme toujours Lc. s'attache à Me. pour des détails’importants et caractéristiques. Un seul aveugle à Jéricho, deux dans Mt. ; trois serviteurs successifs dans la parabole des vigmerons, deux groupes dans Mt. Il est vrai encore que l’aveugle de Jéricho est guéri à l'entrée de la ville dans Le., à la sortie dans Me.; mais la divergence est vraiment de peu de poids en face de tant de points d'accord qui font défaut entre Le. et Mt.
Que si maintenant on prend ensemble ces trois sections que nous nommons marciennes, et qu’on les oppose à la partie de Le. qui n’a rien de commun avec Mc. que des fragments qui ne fui ressemblent guère (ες, δλ-χναι, 14), on aura l'explication de la question posée à propos du plan, sur le caractère si particulier de cette partie. Elle ne parle guère des Apôtres familiers, elle ne nous renseigne pas sur les lieux; elle est beaucoup moins vivante. C’est que, dans cette partie, Luc n’était plus sous l'influence de Mc. Et puisque telle est sa manière quand nous πο lui connaissons pas de source narrative, on n’aura aucune difficulté à reconnaître ailleurs l'influence de Μο. sur son style, dégagé seulement de certaines caractéristiques.
L'existence de ces sections rédigées selon l'ordre de Mc., avec un cachet si distinct de celui de la partie spéciale, prouve que Le. y a suivi la catéchèse de Pierre, telle qu’elle avait été arrétée par Μο., et l'existence d’un ordre différent dans Μί., auquel Lc. ne donne jamais la préférence, prouve que cette adhésion de Le. à Μο. est un acte volontaire, non le résultat d’une catéchèse homogène.
Ἡ. Le style des sections marciennes.
A ce premier argument il faut joindre la confirmation donnée par le style. Non que Le. se soit comporté comme un copiste. Et si l’on prenait seulement au hasard quelques morceaux, on pourrait recourir à la fidélité de la mémoire des premiers catéchistes. Même s’il ne s'agissait que
LIT INTRODUCTION
des paroles du Sauveur, on pourrait soutenir que partout la tradition les conservait à peu près telles quelles. Les variations pourraient s’expliquer par le dessein de l’auteur comme dans l'hypothèse d’une source écrite. Enfin, si Le. a d'ordinaire les mêmes expressions que Mc., dans les cas où Mt. est divergent, il est des cas où Le. s'accorde avec Mt. contre Μο. C'est le principal argument des tenants de la catéchèse purement orale pour jeter quelque doute dans les esprits. Aussi pensons-nous qu’il ne faut pas tant s'attacher aux expressions qu'aux idées. .
La ligne de démarcation n’est pas aisée à tracer; on s'y reconnaît cependant. Traiter ici la question en détail serait refaire le commen- . taire, dans lequel nous avons toujours envisagé ce point.
On s’apercevra aisément que Le. ne retranche rien de Μο. qui touche aux idées, qui ait trait à la physionomie religieuse du fait, à sa portée sur des esprits sincères. Volontiers, au contraire, il émonde les détails. Ce ne sont pas des esquisses, mais plutôt des reproductions qui retiennent l'essentiel en quelques traits. La tradition n’a‘ pu réaliser cet accord, et la preuve, c’est que celle de Mt. est parfois divergente de celle de Μο. Or, dans ces cas, Le. va toujours avec Mt. Si l’on attribue un pareil fait au hasard, il faut renoncer à toute démonstration par les causes finales. |
Nous avons déjà indiqué, à propos des péricopes, les plus saillants de ces traits; on les retrouvera dans la discussion des objections.
ΠΙ. Les doublets. Notre Sauveur a dû être amené par les circonstances à dire plusieurs fois la même chose. On peut donner à ces-répétitions le nom de doublets. Ἡ Υ en ἃ au moins un dans Μο. (x, 35 et x, 43.44), qui ne doit pas avoir d'autre origine que la tradition orale, gardant le souvenir du même enseignement donné dans deux circonstances * différentes. Il pourrait en être de même de Le., et nous ne prétendons pas ici que ses doublets représentent une même parole, prononcée une seule fois, et reproduite deux fois parce que Le., la lisant dans des sources différentes, a cru comprendre qu’elle avait été prononcée deux fois. Nous disons simplement que si Lc. reproduit deux fois une même sentence — lui qui évitait assez soigneusement les répétitions, — c’est qu'il l'a trouvée dans deux sources, orales ou écrites. Mais de plus, si l'un de ces doublets, reproduit dans le contexte de Μο., est beaucoup plus semblable que l'autre à Mc. par le style, ce sera un indice très sérieux que Le. avait Μο.. sous les yeux en lécrivant, ou du moins qu'il l'avait lu.
Mc. avait écrit (1V, 21) : µήτι ἔρχεται ὃ λύχνος ἵνα ὑπὸ τὸν µόδιον τιθῇ À ὑπὸ τὴν χλίνην; οὐχ ἵνα ἐπὶ τὴν λυχνίαν τιθῇ; on pouvait s'attendre d'après la manière de Luc sur laquelle nous reviendrons plus loin, qu'il supprimerait les deux interrogations, remplaceraïit le boisseau par un terme plus vague, changerait cette lampe qui vient, et compléterait la pensée. Il a
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. LXIII
donc écrit (virr, 16) : οὖδεὶς δὲ λύχνον ἄψας καλύπτει αὐτὸν σχεύει À ὑποκάτω χλίνης
τίθησιν, ἀλλ ἐπὶ λυχνίας τίθησιν, ἵνα of εἰσπορευόμενοι βλέπωσιν τὸ φῶς. Mais
ailleurs il écrit (αι, 33) : οὖδεὶς λύχνον ἄψας εἰς κρυπτὴν τίθησιν οὐδὲ ὑπὸ τὸν µόδιον, ἀλλ᾽ ἐπὶ τὴν Auyviav, ἵνα of εἰσπορευόμενοι τὸ φέγγος βλέπωσιν. Il est resté
fidèle à son rythme, surtout au commencement et à la fin, mais il n'énu-
mère plus deux objets, en quoi il se rencontre avec Mt. (v. 15) : οὐδὲ
D'ailleurs ce que cet exemple a de plus frappant, c'est qu’il en précède un autre. Aussitôt après, Μο. avait écrit (1v, 22) : où γὰρ ἐστίν τι κρυπτόν, ἐὰν pi ἵνα φανερωθῇ΄ οὐδὲ ἐγένετο ἀπόχρυφον, ἀλλ᾽ ἵνα ἔλθῃ εἲς pavepov. Ce que Luc a exprimé dans la même suite (ντ, 17) : οὗ γάρ ἐστιν χρυπτὸν à où φανερὸν γενήται, οὐδὲ ἀπόκρυφον ὃ où μὴ γνωσθῇ καὶ εἷς φανερόν ἔλθη. Cette fois la ressemblance est très exacte, sauf le changement de la tournure finale en futur. Plus loin, Le. écrit (xr1, 2) : οὐδὲν δὲ ᾿συγκεκαλυμμένον ἐστὶν ὃ οὖκ ἀποχαλυφθήσεται, καὶ κρυπτὺν ὃ οὗ γνωσθήσεται, en quoi il se rencontre avec Mt. (x, 26) : οὐδὲν γάρ ἐστιν κεκαλυμμένον. ὃ οὐκ ἀποκαλυφθήσεται, καὶ χρυπτὸν ὃ où γνωσθήσεται (1).
Troisième cas. Le. avait écrit dans sa partie spéciale (xt, 19): : οὐαὶ ὑμῖν τοῖς Φαρισαίοις, ὅτι ἀγαπᾶτε τὴν πρωτοχαθεδρίαν à εν ταῖς συναγωγαῖς καὶ τοὺς ἄσπασμοὺς ἐν ταῖς ἀγοραῖς, Dans Mt. xxint, 6, il s’agit aussi d'une invective contre les Pharisiens, mais adressée aux disciples : φιλοῦσιν δὲ τὴν πρωτοχλισίαν ἐν τοῖς δείπνοις καὶ τὰς πρωτοκαθεδρίας ἐν ταῖς συναγωγαῖς καὶ τοὺς ἀσπασμοὺς ἐν ταῖς ἀγοραῖς καὶ κἀλεῖσθαι ὑπὸ τῶν ἀνθρώπων ῥαθθεί. Donc dans Mt., quatre éléments et non trois : places dans les dîners, dans les synagogues, saluts, titres d'honneur. Dans Mc. χπ, 38 s., Jésus met les foules en garde contre les. Scribes : βλέπετε ἀπὸ τῶν γραμµατέων τῶν θελόντων ἐν στολαῖς περιπατεῖν καὶ ἀσπασμοὺς ἓν ταῖς ἀγοραῖς καὶ πρωτοχκαθεδρίας à εν ταῖς συναγωγαῖς καὶ πρωτοχλισίας ἐν τοῖς δείπνοις. Dans Le. Jésus dit à ses disciples exactement la même chose, qu'il est donc inutile de reproduire, avec προσέχετε aulieu de βλέπετε et avec l'addition de φιλούντων avant ἀσπασμούς, qui coupe agréablement la phrase (xx, 46), et cela exactement aussi dans le contexte de Μο., qui continue par une phrase (Υ. 40), copiée par Le. (v. 47), sauf le changement des participes en présents. Dira-t-on que la catéchèse orale avait conservé deux formules reproduites toutes deux par Luc? Mais Mt. nous en 2 offert une troisième. Si Le. est revenu sur ce sujet, c'est que les circonstances n'étaient pas les mêmes, soit; mais comment se fait-il que son texte ressemble à une copie de Mc., précisément lorsqu'il retrouve son contexte? Et ce contexte s’imposait si peu dans la tradition que le discours, très long dans Mt., et qui se termine par une apostrophe, a été comme coupé dans Le. Il a placé dans sa par-
(1) Voïr aussi la ressemblance de la suite.
LIV INTRODUCTION
tie spéciale les apostrophes ; puis quand il renconire la monilion de Me. il la reproduit telle quelle.
On pourra raisonner de la même façon pour les autres doublets que nous nous contentons d'indiquer.
Le. vin, 19, dans le même contexte que Mc. 1v, 25, d'une part, et Le. x1x, 26 avec Mt. xxv, 29, d'autre part.
Le. 1x, 5 et Μο. v, 44, avec le mot caractéristique εἰς µαρτύριον, pour la vocation des Apôtres, et Le. x, 10 s., pour la vocation des disciples. Comment se fait-il que ce εἲς ααρτύριον qui manque à Mt. ait été placé par Le. à la même place que dans Μο., et non pas à propos des disciples?
Le. 1x, 23 aurait pu être écrit d'après la tradition orale, d'autant que le même texte se retrouve dans Μο. vin, 34 et dans Mt. αν, 24. Mais Le. revient sur cette pensée ailleurs (ιν, 27) et c'est dans des termes différents.
Même cas pour Lc. 1x, 24, moïns semblable à Mt. χτι, 25 qu'à Μο. varr, 35, sauf une omission, d’une part, et Lc. xvir, 33 (1).
En résumé, tout cela s'explique le mieux du monde, si Luc a suivi Mc. Est-ce donc une hypothèse tellement étrange, alors qu'il a écrit après lui, et qu'il a connu des écrits sur le même sujet?
Apparemment si l'on hésite à conclure, c'est à cause des objections.
A) Voici celle de M. Lévesque : « Dans les récits ou cycles de récits parallèles, saint Luc présente fréquemment des expressions plus araméennres que saint Marc... On ne conçoit guère un écrivain, aussi grec que saint Luc, saupoudrant d'expressions araméennes le récit de son devancier, qui lui servirait de source (2). » Un seul exemple est cité, le καὶ ἐγένετο, qui est, comme le sait M. Lévesque, la traduction d’un hébraïisme. Or cet hébraïsme, comme les autres, n’est qu’une manière de . Style biblique, que Luc s'est fait d'après les Septante, comme nous le dirons plus loin.
B) On ne peut regarder comme une: difficulté les additions, puisqu'on convient que Luc a eu l'intention d’être plus complet que ses prédécesseurs. La façon dont Lc. les a pratiquées est d'ailleurs un indice de son respect pour l’ordre et l’arrangement de Mc. Il s’est gardé le plus possible de mêler ses additions par petits morceaux au récit de Μο., il les a aa contraire condensées dans sa partie spéciale, cadre plutôt littéraire. que géographique, qui pouvait être annexé à la période galiléenne de Μο. avant l’arrivée à Jérusalem, et c'est très probablement à ce fait que
{4) On peut voir encore dans les Horae synopticae de sir John Hawkins, 2°.6d. p. 80 ss. d’autres cas qui nous paraissent moins clairs, Le. 1x, 26 et χα, 9 avec Mc. vin, 38 et Mt. x, 33; Le.1x, 46 et xx, 24 avec Me. τς, 14 et Mt. xvuu, 1; Le. πα, 141. 12 et xxx, 14.15 avec Mc. xui, 11 et Mt. x, 19.20.
(2) Nos quatre évangiles, p. 51, note.
LES SOURCES DU. TROISIÈME ÉVANGILE. LV
cette section spéciale si importante doit son aspect de voyage à Jérusalem; il y a un parallélisme entre Mc. x, 1, et Le. 1x, 51.
Mais Le. ne pouvait transporter en dehors de ia période galiléenne ni trop tard le sermon inaugural et le message du Baptiste. Aussi a-til mis assez {ôt une autre section (vi, 20-11, 8), qui comprend en outre le cenfurion de-Capharnaüm, la résurrection de Naïm, la pécheresse, et la notice sur les Galiléennes.
Au contraire les dernières additions avaient leur place nécessaire à proximité de Jérusalem, Zachée, les Mines, la Lamentation sur la Cité, les derniers avis (xxr, 34-36), le résumé de xx1, 37-388.
Α en juger par Mit., les additions auraient amené un autre boulever- sement, si da seule tradition avait été écoutée. Luc à ménagé l'ordre de Mc. L’objection se change en preuve.
C) Les omissions de Le. ont conduit à l'hypothèse d'un Proto-Marc. Comment un évangéliste, qui prétendait naturellement être plus complet Que ses devanciers, eût-il omis des passages entiers de celui qu’il aurait pris pour son guide principal? Telle est la-réelle difficulté.
Nous n'avons à nous occuper en ce moment que du cadre des sections marciennes, sans tenir compte non plus de ce qui n'est que transposé, comme Me. αν, 30-32 (le senevé) et vi, 41-64 (Jésus à Nazareth).
Voici la liste des omissions comprenant au moins un verset de Μο. :
(1) Μο. τν, 2-99 La semence qui croît toute seule.
2) — 33-34 Systématisation sur les paraboles. (3) VI, 17 29 La mort du Baptiste.
8) — 53-56 Retour à Génésareth, miracles
6) ντι, 4-93 Questions de pureté légale.
1) — 24-30 La femme syrophénicienne.
- (8) — ‘31-37 Retour dans la Décapole. Guérison d'un sourd bègue.
(9) ντ, 1-40 Seconde multiplication des pains.
(40) — 41-13 Refus d'an Signe.
441) — 14-21 $e garder du levain des Pharisiens et d’Hérode.
(12) — 22-96 Guérison d'un aveugle à Bethsaïda. (13) — 32-33 Reproches à Pierre.
(14) 1x, 10-48 Qu'est-ce que la résurrection. Venue d'Élie.
(45) — 28-29 Impuissance des disciples. Remède. (16) — 41 Le verre d’eau et sa récompense.
(17) — 45-48 Le sacrifice des membres pour entrer dans 16 royaume
(18) x x, 2-12 Q Question de da répudiation.
(49) — 35-45 La demande des fils de Zébédée et l'irritation des dix. (20) xx, 42-14; 49-95 Le figuier desséché. Puissance de la foi.
(21) xur, 28-33 Question sur le premier commandement.
LVI INTRODUCTION
(22) χπι, 24-23 Prodiges des faux messies.
(23) — 32. Le jour et l’heure du jugement.
Certains passages qu’on pourrait croire omis, comme ΧΙ, 48-20; 33- 37 ont d’une certaine manière leur équivalent dans Le. χχι, 23b-24; 34- 36; χι, 41-44. Et d'autre part, il semble que Le. ait extrait des parties omises certaines idées, ayant utilisé quelque chose de Μο. vin, 11-43 dans χι, 99; de νπι, 15 dans xn1, 1; de x, 2-12 dans xvi, 48; de χι, 19-25 dans xvi1, 5-6. Mais dans tous ces cas le texte de Le., ordinairement très réduit, ne ressemble pas à celui de Mc. Ces pensées auraient pu demeurer dans sa mémoire après avoir lu Μο,, mais elles ont pu lui venir d’ailleurs. Quoi qu’il en soit de ces cas, c’est surtout des omissions plus caractérisées qu’on nous demande compte. À la rigueur nous pourrions répondre que Le. était le maître, et que le parti qu'il a pris d'omettre ne prouve rien contre le fait de la dépendance. Mais il ne paraît pas impossible d’en trouver des raisons, du moins plausibles. Nous nous contentons ici de les classer; on voudra bien se reporter aux commentaires de Mc. et de Le.
Ce sont : a) Les difficultés de certaines péricopes, bien connues des commentateurs de Mc., que Lc. a pu percevoir lui aussi et qu'il n’a pas voulu atténuer par une transformation qui eût été une déformation, n°5 (1); (7) dureté apparente de Jésus envers les Gentils; (17) paradoxe des boiteux et des borgnes dans le royaume de Dieu; (20): (23); peutêtre (12); (8).
b) Ce qui était trop spécialement juif pour intéresser un gentil converti, πο. (3) (6) (14) (14) (18).
c) Ce qui paraissait peu favorable aux Apôtres, n°° (13) (45) (19).
d) Ce qui pouvait paraître une répétition, ou ne point apporter d élé-
ments nouveaux, n°° (2) (4) (9) (24) (22).
e) Ce qui tait secondaire ou engagé dans la grande omission (5) (8) (10).
En effet Le. a omis toute une section de Mc. vr, 45-virt, 26.
Si l’omission des principaux traits était justifiée, il n’y avait pas lieu de retenir les soudures secondaires. D'autant que, à supposer que cette grande omission soit inexplicable pour nous, il y a un indice qu’elle a été volontaire. À la première multiplication des pains, Luc est à Bethsaïda (ΙΧ, 10), comme Μο. à la guérison de l’aveugle (vin, 22), et tous deux ont ensuite la confession de Pierre. Il y α donc bien omission de tout un voyage, ou plutôt de six déplacements (Μο. vi, 45; vur, 24; vu, 84; vin, 10: vin, 13; vit, 22), mais en prènant garde de n’amener aucun désordre dans l’arrangement des faits et des situations.
Luc aime si peu les allées et venues qu'on à pu penser qu'il eût omis toute cette section pour cette seule raison, ou peut-être pour ne pas montrer le Sauveur ayant l'air de fuir Hérode et les Pharisiens (W. Richmond, dans Æxpositor, 4914, p. 547 55.)
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. ΕΥΠ -
f) L'omission du n° (46) est difficilement explicable en soi. Mais il s'agit d’un verset situé dans une section qui a été omise en grande partie (1x, 40-x, 43).
D) Mais il faut en venir à 1’ objection principale. Si nous prouvons la dépendance de Luc parce qu’il a la même suite de péricopes (Acolouthie), comment expliquons-nous les transpositions ? \
Nous avons déjà parlé de celles qui se trouvent dans les sections marciennes. Nous venons de signaler les quelques idées retenues par Luc de la grande omission; la formule en est assez différente du texte de Mc. pour ne point avoir l'apparence d’un extrait. Si deux d’entre elles (κι, 29 et xx, 1) ont été placées dans un contexte satisfaisant, les deux autres (xvi, 18 οἱ xvit, 5-6) sont de véritables blocs erratiques qui ont tout l'air d’avoir été pris ailleurs. De toute façon la transposition était nécessaire étant admis le parti d’omettre le bloc dans son entier.
Il y a ensuite la matière de Me. τα, 20-37, petite section qui débute par la manifestation fâcheuse des parents de Jésus et finit par la déclaration du Maître sur ses vrais parents. Le début a été omis, et on le comprend assez (série a). La fin a été transposée au thème de la parole de Dieu (ντα, 19-21). L’épisode de Béelzéboul, encadré entre les deux arrivées de parents, a été renvoyé ailleurs (αι, 17-26) au thème des signes, et, comme Le. n’y avait plus Μο. sous les yeux, rédigé avec beaucoup plus de divergences que dans les sections marciennes. On voit que si cette analyse est compliquée, on 7 rencontre cependant des points de repère qui nous indiquent la manière dont Luc composait. Nous voyons ici qu'ayant quitté Μο. à l'élection des Apôtres, il ne reprend son fil qu’un peu plus loin, sauf à employer ailleurs certains éléments.
Or c’est exactement aussi ce qui s'est passé après sa grande section spéciale. Ayant quitté Me. à 1x, 40, il ne le rejoint qu'à x, 18.
De la petite section intermédiaire il omet presque tout. Le peu qu'il retient 1x, 42 (le scandale), 49-50 (le sel) est transporté ailleurs, dans des termes assez différents xvir, 1-2; x1v, 34-35 et dans un contexte quelconque.
De même encore, ayant omis l'épisode des fils de Zébédée, Le. conserve ce qui regarde l'autorité parmi les siens (Mc. x, 42-45) pour être renvoyé à la Cène (xxir, 24-27). La transposition était exigée par l'omission.
Luc ET MARC EN DEHORS DES SECTIONS MARCIENNES.
L'existence de sections marciennes admise et mise à l’abri de certaines . difficultés, il reste à se demander pourquoi toutes les sections ne sont
ΥΠ] INTRODUCTION
pas marciennes, et pourquoi Luc aurait, dans certaines parties, refusé de suivre Mc.
Mais à vrai dire ce n’est qu'une question de plus ou de moins. Nous avons distingué ces sections marciennes comme offrant une évidence irréprochable. La connaissance que nous avons acquise de la manière de Lc. nous permettra de nous convaincre qu'il n'a jamais cessé de tenir compte de Mc.
Que reste-t-il encore du texte de Μο. La section du baptême et celle de la Passion et de la résurrection.
L'ordre de la première (Μο. 1, 1-13) est le même dans Le., mais trop évidemment traditionnel pour que nous ayons présenté cette acolouthie comme une preuve de la dépendance de Le. : le Baptiste, le baptême, la tentation. D'autant que Le. avait d’autres sources, comme le prouvent la généalogie de Jésus et les développements sur la prédication du Baptiste et la tentation. {1 n’est point étonnant qu'il aët omis Μο. 1, >, attribué à Jsaïe, et 1, 6, le costume et la nourriture de Jean, itraits palestiniens. Mais le fhème de la prédication κηρύσσων βάπτισμα ueravoine εἲς ἄφεσιν ἁμαρτίων (Μο. 1, 4) est exactement le même, avec une expression très significative. En somme la section de l'investiture dans Le.’ est beaucoup trop riche pour qu’on puisse la qualifier de marcienne, maïs elle suppose, plutôt qu’elle ne contredit, la connaissance de Μο.
La question des rapports de Le. et de Mc. dans le récit de la Passion est beaucoup plus délicate, mais avant de proclamer qu'il n’a pas connu Μο. ou qu'il n’en a pas fait de cas, il faudrait le comparer d'abord à Mt. et à Jo., dont il diffère bien davantage. :Ce n’est point le moment de faire cette comparaison, tandis que pour ο, et Μο. nous pouvons renvoyer aux commentaires, nous contentant ici d’une ‘classification, fort importante pour apprécier la méthode de Luc,
La suite des péricopes est la même dans l'ensemble, sauf bien entendu les transpositions que nous aurons à signaler.
Le trait le plus saïllant des différences, et qui prouve : avec évidence que Le. possédait d’autres sources d’information, c’est le nombre «et la portée des additions.
xx11, 15-16 dernière Pâque juive, dont Μο. avait conservé à peine une trace (iv, 95), après l'institution de l'Eucharistie, et qui a été remise à sa place dans Le. xx1r, 17-18.
Toute une série d'entretiens à la Cène : xx11, 24-27 L'autorité.
xx11 28-30 Récompense promise.
— 31-32 Promesse à Simon.
— 35-38 Précautions nécessaires.
Ayant conçu le dessein de mettre plus en relief le repas pascal, Luc n’a cependant pas voulu le séparer de l'institution de l'Eucharistie, .ce qui l'obligeait à renvoyer l'annonce de ka trahison de Judas. De cette
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. LAX
manière aussi il formait comme un groupe des dernières paroles de Jésus, et c'est sans doute pour ne pas rompre l'unité de cet entretien qu'il a mis au cénacle la prophétie du reniement de Pierre (1). xxU, 43-44 La sueur de sang. L'ange.
— 51 La guérison de l'oreille.
ΧΧΙΠ, 6-16 Ce qui regarde Hérode.
— 27-34 Les filles de Jérusalem.
— 82 et 39-43 Les deux larrons. Le bon etle mauvais. — Δ4 Pater, dimitie..….
— 36 Moqueries des soldats.
— 46 Pater, in manus….
. Omissions : Μο. xiv, 3-9 Onction de Béthanie. — 21-28 Scandale des disciples.
— 32-42 Détails à Gethsémani (peu favorables aux trois grands Apôtres).
— 51-52 Le jeune homme déshabillé (anecdote). — 53-65 La première comparution devant le Sanhédrin, prophétie sur la destruction du Temple. | xv, 46-20° Flagellation et couronnement d'épines. — 93 Le vin aromatisé.
— 99-90 Insultes relatives à la ruine du Temple. ‘— 34-36 Éloï et Élie.
— 44 Étonnement de Pilate. L'enquête (Anecdotes).
La plupart de tes omissions s'expliquent, comme les précédentes, parce que Luc évite les scènes du même genre : il avait déjà une onction ντ, 86-50); il s’est contenté d'une seule comparution, d’une seule scène d’outrages par les soldats, d’une seule boisson offerte à Jésus, le vinaigre, d’une seule série d'insultes au crucifié. Peut-être aussi a-t-il omis le vin aromatisé comme un usage juif, et, pour la même raison, les insultes relatives à la ruine du Temple, dont son procès de Jésus ne parlait pas non plus. Et c’est sûrement pour ce motif qu’il a omis Eloï et Élie, gardant cependant le trait du vinaigre. L'omission des traits anecdotiques est bien dans sa manière, et nous l'avons déjà vu ometire ce qui est peu favorable aux Apôtres.
L'omission du scandale des disciples est cependant plutôt explicable parce qu'elle contenait un rendez-vous en Galilée, exclu par 16 plan de Luc.
Nous avons fait déjà allusion à quelques transpositions, rendues nécessaires par le plan de Luc. N'ayant qu'une comparution devant le Sanhé- ‘ drin, il l'a conçue comme la plus importante des deux, et y a transporté
{1) Dans Mc. et Mi.:sur le chemin de Gethsémani.
IX INTRODUCTION
ce qu'il lisait dans la première de Mc., omettant l'épisode des faux. témoins sur ce qu'avait dit Jésus de la ruine du Temple (Μο. κιν, 56-60), mais confessant implicitement qu'il connaissait ce trait (xxt1, 74).
La scène d’outrages de Mc. x1v, 65 demeurait placée dans cette nuit, mais nécessairement avant l'unique comparution (Le. xx11, 63-65).
Au Calvaire, les transpositions sont purement d'ordre littéraire. Il est plus avisé de parler dès le début de la crucifixion des deux larrons, comme a fait Luc, mais Mc. est plus heureux en ne renvoyant pas trop loin la mention de l'inscription.
Pour ce qui touche à la Résurrection, Luc marche avec Mc. jusqu'à Mc. XVI, 6. Il ajoute la préparation des aromates et le repos commandé par le sabbat (Lc. χχΗι, 56), omet la réflexion anecdotique des femmes (Μο. Χνι, 3), et met deux hommes (χχιν, 4) au lieu d’un jeune homme (Mc. XVI, 5) près du tombeau vide. De plus au lieu de se taire (Μο. xvr, 8), les femmes parlent (χχιν͵ 9). Le plus grave, c’est que Μο. faisait présager des apparitions en Galilée, tandis que Lc. n’a parlé que des apparitions à Jérusalem. Tout cela prouve bien son indépendance à l'égard de Μο., indépendance qui allait pour ainsi dire en augmentant, et à mesure qu’on s'était éloigné de la Galilée qui était le point fort de Μο. Mais ce n’est pas une raison pour nier la dépendance raisonnée que nous avons idmise. |
On pourrait estimer que Luc s'est servi de Mc. même s’il l'avait conredit. Mais on ne peut relever dans ce sens, outre les divergences déjà signalées, que l'interdiction du bâton (1x, 3) permis par Μο. (νι, 8), petite intinomie de forme qui ne comporte pas d'opposition d'idées et pour laquelle nous renvoyons aux Commentaires, comme pour tout le reste.
I nous à donc paru qu’on pouvait tenir pour certaine une grande estime de Le. pour Μο., qui l’a conduit à prendre Mc. pour guide dans la disposition générale des faits et souvent dans l’expression elle-même. Le commentaire s'applique à montrer en détail les différences de style, es raisons qu'on peut saisir avec plus ou moins. de probabilité du parti oris par Lc., et qui ont amené nécessairement certaines autres modiications. Quand on le lit de ce point de vue, on est étonné d’abord et avi de tout ce que son travail suppose de conscience et de soin, et on roit comprendre beaucoup mieux par cette comparaison la solidité de on œuvre. Ce n’est pas qu’il l'emporte sur Mc. pour le don de faire voir es choses, pour les expressions pittoresques et animées, pour tout ce qui rend le contact immédiat avec les objets, les lieux et les personnes. ’il nous était permis de hasarder une comparaison profane, nous dirions que Marc rappelle Saint-Simon (1). Le témoin attentif de tout ce qui se
(1) Il se trouve que Duclos, que nous ne voudrions pas comparer à Luc, à traité jaint-Simon de la même manière : « C’est du Saint-Simon refait avec un crayon bien.
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. LXI
passait à la cour de Louis XIV n’a certes pas le style impeccable, à la fois savoureux et correct de Bossuet, mais savoureux, il l'est certes, et personne n’a fait connaître comme lui le Roi et ceux qui l’entouraient. Saint-Simon était grand seigneur, et Marc était comme a dit Taine (1) « un pur illettré », « un brave artisan sincère ». La langue qu'il maniait sans art pâtissait de son inexpérience, mais il lui faisait dire ce qu'il voulait. Les récits de Mc. sont comme des terres cuites, frémissantes de vie, belles malgré quelques bavures. Luc les a copiées en marbre blanc. Les traits sont plus réguliers, mais moins expressifs ; la physionomie moins animée, mais, ce qu’il faut admirer le plus, c’est que Le. n’a pas manqué la ressemblance. À suivre cette comparaison, il faudrait ajouter qu’il a adopté décidément un style archaïque, comme tel sculpteur du 11" siècle après J.-C., revenu à la manière des Corés, graves en dépit de leur sourire, au lieu de s’inspirer de l’art tumultueux et des élégances souples mais grêles de l’hellénisme. Lui aussi a connu le mélange — son marbre n'est pas de Paros —; il a délibérément entrepris d'écrire en grec une histoire sacrée, mais avec quelques-unes des tournures de l’Ancien Testament.
Essayons de préciser toute cette manière par des exemples, nous bornant d’ailleurs à des classifications qui renvoient pour le détail au commentaire. |
À) Nuances réelles.
a) Le caractère divin du Sauveur est le même (2). Luc n'a pas ajouté au texte de Μο. un seul trait destiné à mettre mieux en valeur sa dignité de Fils de Dieu. On ne pourrait citer dans ce sens que la distinction, au procès, entre le Christ, fils de l'homme, et le Fils de Dieu (κκῃ, 67- 74), mais le Fils de Dieu est bien dans l'esprit de Μο. (3).
C’est tout au plus par un frisson de respect qu’il évite de prononcer des paroles injurieuses pour le Maître, comme le soupçon des parents (Μο. xx, 21), ou de dire que Judas l’a effectivement baisé (Μο. x1v, 45), que des valets ou des soldats l'ont souffleté (Μο. xrv, 65) ou traité comme un roi de comédie (Mc. xv, 16-20), quoique ce dernier passage ait plutôt été omis par suite de la loi d'économie.
De la physionomie de Jésus dans Μο., Luc omet certains traits d'émo-
taillé, mais avec un crayon de mine de plomb » (SAINTE-Beuve, Causeries du lundi, 1x, 288). Dans les deux passages que compare Sainte-Beuve, on voit que Duclos a omis les termes propres : les parvulo de Meudon, les tabourets, tout ce qui est vivant d’allure dans l'attitude de M'"° Choin. Saint-Simon disait d'elle : « Ce n’a jamais été qu'une grosse camarde brune. » Duclos : « Elle n’était pas jolie. » Et cependant Duclos suit Saint-Simon pas à pas. ι
(1) Correspondance, 19, 323.
(2) Nous parlons ici uniquement des passages parallèles ; sur la Christologie de Le.
voir ci-dessous, p. CXXXVIT 68.
(8) Comm. p. cxxxu 69.
LXIT INTRODUCTION.
tion (Me. τ, 43; om. Le. v, 13), de colère (111, 5), de tendresse (1x, 36; x, 46 om. 1x, 47; x, 24, xwini, 16), d'indignation {x, 14), d'effroi et d’abattement (Μο. xv, 33). Pourtant, dans ce dernier cas, la sueur de sang qui Jui est propre et l'assistance d’un ange protestent énergiquement de son dessein de ne pas dissimuler l'agonie qu'il est seul à nommer {xxn, 44). Deux mots caractérisent nettement les deux manières :à Gethsémani, d’après Mc., Jésus tombe à terre, ἔπιπτεν ἐπὶ τῆς γῆς (xIv, 35); d’après Το. ikse met. à genoux, θεὶς τὰ γόνατα (ΧΧΗ, 44). Chez Luc écrivain la raison moyenne adoucit les angles, et la clarté est le but. Il ne faut sans doute pas d'autre explication aux omissions d'ordre religieux dont nous venons de parler.
b) Luc a situé le ministère de Jésus dans la grande histoire, mais quand il s’agit du détail des faits, s’il tient à être un historien irréprochable, il n’est. point un historien curieux. C'est sans doute à cause de son souci d’être au-dessus de: toute chicane sur de petits faits qu’il a mis une nuance dans l'affirmation de certaines dates. Là où Μο. avait dit : « après six jours » (1x, 2), Le. emploie: la formule : « après environ huit jours » (1x, 28), qui laisse de la marge. Marc avait dit (xv, 98) : « quand ce fut la sixième heure »; Le. écrit : « C'était environ la sixième heure» (xx, 44). Par contre il ne dit pas « ressusciter après trois jours » (Mc. vin, 31), mais : « le troisième jour » (1x, 22). Il ne faut donc pas confondre parti pris d’exactitude et curiosité pour les détails. Il est permis de le regretter, mais c’est un fait, Luc est indifférent à ces petites uotes qui donnent à l'histoire les qualités concrètes que les scolastiques nommaient individuantes, hae carnes et haec: ossa.
Dans le séjour de Jésus à Jérusalem, il néglige à la fois la chronologie et la topographie. ι
Par Μο. nous savons que le soir de son entrée triomphale Jésus est allé à Béthanie, qu'il a chassé les vendeurs du Temple le lendemain, qu'on y a discuté le jour d’après. Et comme le repas de Béthanie a eu lieu deux jours avant la Pâque, la trahison de Judas se place le mercredi, la Cène le jeudi, l& passion le vendredi. Nous avons done une chronologie implicite de la semaine de la Passion; nous savons dans quel village Jésus passait les nuits. Tout cela est résumé par Lc.; discussions au Temple le jour, les nuits au mont des Oliviers. Après cet exemple remarquable on ne s’étonnera pas de son indifférence pour les traits précis.
4) Ἡ omet « le soir » (Μο. 1v, 35; Le. ΥΕ, 22).
2) D omet les indications de lieux : Capharnaüm (Μο. 11, 1), le long de la mer (Μο. 11, 13); l’Idumée (πε, 7); le bord de ta mer, la barque dans la mer, le peuple sur le bord (1ν, 4); la Décapole (v, 20); le bord de la mer (v, 2); les bourgs de Césarée de Philippe (vin, 27) ; à travers la Galilée (1x, 30); dans la maison, à Capharnaüm (1x, 33); près d'une porte au dehors sur la rue (χι, 4); Gethsémani (x1v, 32).
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. LXIFT
8) If omet les noms des personnes : André, nommé quatre fois dans. Μο. ε, 16.99: πτ, 18; χῃι, 3, ne figure qu'une fois dans Ίο. ντ, 14; chez la belle-mère de Pierre (1v, 38) il devait éviter de nommer Jacques et Jean qui n'avaient pas encore été appelés. Mais voiei d’autres omissions : Simon et les siens (Mc. 1, 36); fils d'Alphée (de Lévi) (11, 14); Abiathar le grand prêtre (1, 26), peut-être à cause de la difficulté historique; lés Hérodiens (in, 26), les Boanerges (ur, 17); Bar-Timée (x, 46); les Pharisiens et les Hérodiens (χτι, 43) ; Alexandre et Rufus (αν, 21); Salomé {xv, 40); les saintes femmes (ΣΥ, 47 et xvr, #), peut-être parce que déjà nommées.
4) Il omet les détails anecdotiques : (Me. τ, 33); la préparation d’un bafeau qui ne servira pas (Μο. πι, 9); deux cents deniers (Mc. vir, 37); de menus fraits (Mc. τν, 35 ss.); v, 4-20 passim; le repos après la mission (va, 34); cf. Μο. 1x, 3, 14-29 passim; x, 32; χι, 15.16, ete. Mais pourquoi
a-t-il omis les onctions d'huile (Me. ντ, 43)?
5) Ἡ omet ce qui était spécifiquement palestinien ou juif, et par conséquent peu familier à ses lecteurs. Aux grands passages déjà cités om peut ajouter : que Jésus n’enseignaït pas comme les Scribes (Mc, τ, 29); la forme galiléenne du toît (11, 4}; μύλος ὀνικός (1x, 42) est remplacé par λίθος µυλικός (xvIr, 2); il omet certains détails de culture {xxr, 1); les mots hébreux ou araméens : ταλιθὰ κούµ. (v, 4}, ἐφφαθά (ντε, 84), ὥσαννά (xx, 10), avec « le règne de notre père David »; ῥαθθεί (1x, 5; x, δὲ; κιν, 45), ῥαθθουνί (x, 51), &66& (πτν, 36), Golgotha (αν, 22) remplacé par κράνιον (xxur, 98). Ajoutez quelques mots latins grécisés par Mc. χεντυριών, σπεχουλάτωρ, χοδράντης, ξέστης, κράθθατος, quoiqu'il ait gardé λεγιών (vrr, 30) avec Μο., et qu’il ait σουδάριον (x1x, 20), pour son compte. Il a δηνάριον (xx, 24) avec Μο. χτι, 15, quoiqu'il l’ait évité dans Μο. νι, 37.
C'est aussi dans l'intérêt de ses lecteurs grecs qu’il donne certaines explications : Capharnaüm, « ville de Ja Galilée » (Le. Ἐν, 34); Καναναῖον de Μο. 111, #8, remplacé par τὸν καλσυµένον ζηλωτήν (ντ, 15); « la fète des azymes qu’on nomme la Pâque » (1ο. χι, 4); Arimathie, « ville des Juifs » (χχῃτ, 5t).
Et surtout le passage célèbre sur la ruine de Jérusalem. Jamais Lue n'aurait posé à ses lecteurs l'énigme de « Fabomination de la désolation » (Μο. χιτ, 44), de la fuite en hiver (xrr, 8) et des autres traits apocalyptiques des versets suivants. Les éclaircissements qu’il donne en s’écartant de Μο. ont leur raison d'être dans son goût pour la clarté, et ne prouvent donc pas par eux-mêmes qu'il ait été témoin des faits.
De même encore, Μο. dit : « Ne revêtez pas deux tuniques » (ντ, 9), ce qui est le seul moyen pour un homme en route d'en avoir une de rechange; mais cela pourrait paraître un luxe insolite, et μοι interdit seulement d’avoir deux tuniques (1x, 3).
L'addition du nom de Pierre (vin, 45; xvin, 928) et de « Pierre et Jean » (xx, 8) sont deux exceptions.
LXIV INTRODUCTION
c) Un autre trait de Luc, c’est qu’il épargne les personnes. On'a même exagéré son parti pris de mettre Pilate et les Romains hors de cause dans la Passion. Nous avons vu aussi qu'il a retranché des passages assez
‘considérables défavorables aux disciples. ΤΙ faut ajouter Μο, τν, 19 (Le. vin, 14): Μο. x, 24 (Le. xvirt, 24). L’inintelligence des disciples (Μο. 1x, 32) est reproduite, mais expliquée par un dessein de Dieu (ΙΧ, 45; cf. «XVI, 94).
Les disciples de Jean qui ont presque l'air d’être opposants dans Μο. τι, 18, sont simplement cités en exemple (v, 33). Cf. Μο. τν, 38.
d) Enfin certaines omissions de détail s'expliquent soit par le soin de ne pas poser des énigmes, doné par le désir de la clarté, soit pour éviter des répétitions, deux raisons dont nous avons reconnu l'action dans les grandes omissions. Le thème de la prédication de Jésus (Mc. 1, 142) aurait fait double emploi avec la prédication à Nazareth. Luc admet le secret messianique, mais ne répète pas toujours les injonctions de Jésus (Μο. 111, 42; 1x, 9, injonction remplacée par le fait du silence Le. 1x, 36). Au lieu que la semence rapporte 30, 60, 100 pour cent (Μο. τν, 8) il se contente de 100 pour cent, et supprime ce pourcentage dans l’ordre moral (vus, 8 et 18). Peut-être Μο. 1x, 39° est-il omis à cause des exceptions possibles; x, 30, pour ne pas trop insister sur la récompense temporelle? De même xiv, 38, « l'esprit est prompt, la chair est faible »: cf. Μο. 11, 27; v, 7, vi, 48; XIV, 14 Om. µου; XV, 45 πτῶμα.
B) Vuances plus purement littéraires.
a) Dans Μο. les personnes et 165 choses sont présentées quand elles entrent en action. Nulle préparation du cadre, nul pressentiment adroitement ménagé. Luc a fait plusieurs transpositions pour se conformer sur ce point aux règles de l'art.
Mc. nous fait entrer à Capharnaüm (1, 21) et nomme plus loin la Galilée (1,28). Luc présente Capharnaüm comme une ville de Galilée (τν, 34) et évitera de répéter ce dernier nom (τν, 37).
Dans Μο. τι, 6, on voit « quelques-uns des Scribes », qui sont sans doute du pays, tandis que ceux de Jérusalem ne viendront que plus tard (να, 1), et ils apparaissent tout à coup après que Jésus a parlé. Luc dispose les acteurs dès le début (v, 17), et fait aussi dès le début venir les opposants de Jérusalem. C’est ditune fois pourtoutes, mais est-ce plus conforme à l'ordre des faits? L'âge de la fille de Jaïre (Mc. v, 492) est indiqué par Le. dès le début (vint, 42); cf. vit, 54 et Μο. v, 40. Dans Μο. vi, 43, les apôtres guérissent. Ils en avaient donc reçu le pouvoir. C'est ce que Le. dit dès le début (1x, 1). Noter pour un procédé contraire Le. Χχπι, 52, afin d'appliquer les paroles aux personnes plus directement.
L'opinion d'Hérode sur Jésus n’aboutit à rien dans Μο, (vi, 14-16); en ajoutant qu'il cherchait à voir Jésus, Le. (1x, 9) prépare l'épisode de la Passion.
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. LXV
Le cas de Bethsaïda est plus difficile. Le. nomme dès le début Bethsaïda (1x, 10), la ville près de laquelle eut lieu la multiplication des pains; Mc. la nomme après coup (vi, 45), dans la direction du retour; cf. Commentaires.
Il se trouve dans Mc. que ceux qu'on a nourris étaient cinq mille (vi, 44); Le. le faït savoir tout d’abord (1x, 14). Voir encore Lc. xx, 32, la présentation des deux larrons.
Voici encore un cas très caractéristique. Marc dit quelques-uns des symptômes de l’état du jeune possédé (Mc. 1x, 18), puis le père y revient (v. 21 s.) et nous les retrouvons dans la crise elle-même (v. 20-26). Luc résume posément les symptômes en une fois (1x, 39) et indique la crise -d'un mot (v. 42). De même, Mc. complète par le récit de l'exécution (ντ, 12-43) ce qu’il n’a pas mis dans les recommandations (vi, 7). Luc dit tout dans les recommandations (1x, 1) et mentionne l'exécution; cf. Μο. vi, 99 5. et Le. 1x, 145.
D'ailleurs, s’il compose avec soin, Le. n’a pas toujours pris ses précautions. C’est ainsi qu’à Nazareth, devenue le point de départ de la prédication de Jésus, on savait déjà ce qu’il avait fait à Capharnaüm (1v, 23); que le nom de belle-mère de Simon (1v, 38) s'explique moins bien avant la vocation de Simon que dans Mc.; que la mention des témoins au procès (ασε, 71) suppose un trait de Mc. omis.
N'est-ce pas une manière, sinon de rendre hommage à la suite de Me., du moins de laisser voir qu'il l'avait lu?
b} Le style de Μο., si près de la nature, est pour cela même un peu verbeux, on dirait presque redondant. Sans dire tout à fait deux fois la même chose, Mc. ne compte pas ses mots : Luc vise à l’économie. Voici une liste de passages où l'on reconnaîtra facilement cette inexpérience littéraire de Μο., qui, le plus souvent, ne manque pas d'agrément : Mc. ον 32; ll, 15.16.18.49; arr, 28; 1v, 1.9; v, 15.19.84.37-40; vi, 4.35.50 ; IX, 2, x, 97: χι, 17; χη, 14.94.41.43; xiv, 46.43 et 48.68; xv, 24.26.34. 41. Ordinairement Luc serre ce style un peu diffus. C’est une perpétuelle leçon de littérature, si l'idéal est dans une correction élégante et concise. Il n’en-est que plus remarquable de constater qu’il a été presque aussi redondant que Μο.; cf. 11, 12 et Le. v, 26; 11, 20 et Le. v, 35; χι, 99 et Le. xx, 2; xt, 2 et Le. χα, 6.
C'est donc probablement qu'il suivait son texte. Mais il y a un exemple plus caractéristique. Dans 11, 7 s., Mc. répète deux fois πολὺ πλῆθος en parlant de tout le monde. Le. (ντ, 17) trouve le moyen d’en garder quelque chose, maïs en évitant la redondance par une distinction : il dit ὄχλος πολύς des disciples, et πλῆθος πολύ du peuple. De même Μο, (1, 32-34) ayant assez gauchement ramené deux fois les malades et les possédés, Le. (1v, 40-41) simplifie. Par le même.instinct de sobre concision, il ne dit pas que les compagnons de Judas avaient des épées et
LXVI | INTRODUCTION
des bâtons (Mc. κιν, 43), puisque cela ressortira suffisamment des paroles de Jésus (Le. x, 52).
c) Μο. pratique l'asyndelon, c'est-à-dire qu'il ne lie pas ses membres de phrase. Et sans doute cela est encore une manifestation de sa manière rapide et parlée. Luc qui économise les mots redondants ne se croit pas autorisé à retrancher les particules consacrées par l'usage. On peut comparer dans les narrations Mc. viri, 29 et Le. 1x, 20 δέ; 1x, 88 et 1x, 49 δέ; x, 27 et xvarx, 27 δές x, 28 et xvarr, 28 δέ; x, 29 et xvar, 29 dé; κτ, 24 et xx, 34 καί. Dans les paroles de Jésus, Luc ajoute des γάρ et des δέ qui sont loin d'augmenter l'impression produite par ce verbe énergique et serré (1). . |
d) L'anacoluthe n'est que l'exagération incorrecte de l’asyndeton. Non seulement la phrase n’est pas liée; elle est brisée. Tous les cas que nous avions signalés à propos de Μο. (2) ont été corrigés par Le. lorsqu'ils se sont rencontrés.
-En parlant spécialement de la langue de Luc, nous aurons l’occasion de noter d’autres nuances.
Quant au vocabulaire, Le. a omis des mots que Μο. emploie très fréquemment, par un trait particulier de son esprit ou par habitude, comme εὖθύς, quarante-deux fois dans Μο., sept fois dans Le.; πάλιν vingthuit fois dans Μο., trois fois dans Le.; ἐκθαμθέομαι quatre fois dans Μο., mais aulle part ailleurs dans 16 N. T., περιθλέποµαι six fois dans Μο., une fois dans Le.; πολλά adverbe, neuf fois dans Me., jamais dans Le.
Si l’on envisage comme nous l'avons fait la dépendance de Le. par rapport à Μο., on conviendra qu'il n’en découle aucune raison de supposer que notre Μο. n’est pas le Mc. original, et que Lc. en avait un autre sous les yeux. C’est aussi la conclusion de sir. J. Hawkins. Tout au plus est-il incliné à voir des remaniements additionnels dans Mc. 1,4 « Jésus-Christ »; νητ, 85 et x, 29 καὶ τοῦ εὐαγγελίου; x, 30 « Les persécutions »; et surtout vi, 37 « deux cents deniers ». On aurait mauvaise grâce à chicaner pour si peu. Encore est-il que rien n'oblige à rayer ces mots du texte de Mc. D'ailleurs le verset 1, À étant une sorte de titre, on ne voudrait pas soutenir mordicus qu'il n'a pas été changé. Mais cela regarde plutôt le texte de Μο,
En résumé, Luc a pris dans Μο. les grandes lignes de son œuvre. Sa dépendance est assez étroite dans 165 sections marciennes, mitigée dans les sections de l'investiture et de la Passion. Il a son début dé l'Évangile et ses récits à lui de la Résurrection. De plus, dans le cours même du ministère, il a deux sections, l’une assez courte (ντ, 20 à τη, 3), l’autre plus longue, la partie propre ou spéciale, assez improprement nommée
: (1) Com. Μο. Ἵχνπα.
(2) P. zxvm.
LES SOURCES DU TROISIÈME ÉVANGILE. LXVII
le royage.de Pérée (1x, 51 à χντ, 14). Si dans ces deux sections il semble parfois se rapprocher de Μο., ce n'est pas qu'il y dépende jamais de lui (4). Nous renvoyons au commentaire l'examen de ces cas. Mais loin que cette indépendance dans certains endroits soit une objection contre la dépendance dans d’autres, il semble au contraire que l’abstention rend plus clair le phénomène de l'emprunt.
Il est cependant une dernière difficulté, que nous ne pouvions poser au début, et dont l'examen nous permettra de compléter ici ce que nous avons à dire du style de Luc. :
IH semble que nous ayons été singulièrement injuste. envers lui. N’avait-il pas d'autre don que de rendre un peu froidement, plus :clairement, mais plus sèchement les pages si vivantes de Marc? Et trouve-
(1) Ce point a été très bien traité par Hawkins, r. The disuse of the Marcan source in St. Luke 1x,'51-xvi, 14, dans Sludies in the synoptic problem, d'Oxford, p. 29 ss. . Le non-usage est surtout clair pour la petite section, car dans ses 83 versets elle ne contient rien où LC. se rapproche de Mc. sans se rapprocher de ΜΙ., les troïs courts passages où ce cas se présente sont Me. 1v, 24; Mt. νῃ, 2; Le. vi, 86; puis Mt. xt, 10; Le. vi, 27; Me. 1, 2; enfin Le. vu, 36 ss. et Mt. xxvi, 6 ss.; Me. x1v, 3 66. Il n'y a de ressemblance entre Le. et Me. que pour le premier cas, dans une petite phrase, mais le contexte est différent.
Pour la section 1x, 51 à xvin, 14, qui contient 350 versets (ou 351 avec xvir, 36), il y a 35 versets ou parties de versets dans lesquels Le. se rapproche de Me. Ce sont a) huit doublets, ou plutôt huit membres de doublets (en tout treize versets), formant doublets avec ceux qui sont beaucoup plus rapprochés de Μο. et dans son contexte. C'est une sorte de contre-épreuve de ce que nous avons dit plus haut :
Le. x, 4.5.7.10.11, doublets de Lc. ασ, 3.4.5 lesquels dépendent de Μο, τι, 6-11.
χι, 33 να, 16 IV, 21.
XI, 48 xx, 46 xu, 38-39.
πα, 2 της, 17 | iv, 22.
Xi, 9 IX, 26 ναι, 98.
xu, 11-12 XXI, 14-15 XHL, 11.