‹ Evangile selon saint LucChapitre 4 sur 300 · L'AUTEUR DU TROISIÈME ÉVANGILE: DATE DE LA COMPOSITION. IX · texte numérisé non relu

L'AUTEUR DU TROISIÈME ÉVANGILE: DATE DE LA COMPOSITION. IX

que les deux ouvrages sont du même auteur, le second étant même comme la suite du premier, sinon la seconde partie d’un même ouvrage.

Nous avons donc sur l’auteur deux sources d’information, tirées de son œuvre. Quoique les Actes ne le nomment pas non plus, ils sont plus clairs en ceci que l’auteur y prend la parole en disant « nous », à partir du moment où l’histoire nous montre Paul en Troade {xvr, 10) (1).

On a prétendu il est vrai que la relation de voyage où l’auteur dit nous (Wärstücke des Allemands) était une source distincte, insérée par l’auteur des Actes, qui lui, aurait écrit longtemps après. Cette position a été parfaitement réfutée par M. Harnack, dans ses études décisives, Lukas der Art, der Verfasser des dritten Evangeliums und der Apostelgeschichte, en 1906; Die Apostelgeschichte, en 1908; Neue Untersuchungen zur Apostelgeschichte und zur Abfassungszeit der synoptischen Evangelien en 1911. Les conclusions, de mieux en mieux motivées et de plus en plus fermes, sont que l’écrivain témoin oculaire des derniers faits des Actes est aussi l'auteur de tout l'ouvrage. Si l’auteur d'un ouvrage relativement récent avait utilisé une ancienne source, on devrait constater quelque différence de style. Sans doute cet auteur aurait pu retoucher le témoin oculaire, mais alors c’est dans les autres parties que sa personnalité apparaîtrait le plus. Or c’est précisément le contraire que Harnack a bien montré. Les passages les plus caractéristiques, ceux qui permettent le mieux de constater un style, sont les morceaux « Nous ». L'auteur y était à l’aise, rien ne l’'empêchait de suivre son génie. Ailleurs on retrouve les mêmes tournures, mais moins nettement grecques parce que l’auteur était influencé par des sources ou adoptait — dans l'Évangile surtout — une manière sémitique d'écrire l’histoire. Dans les « Nous » on reconnaît sa nature propre, et si elle se retrouve ailleurs, ce n'est pas sans une certaine atténuation. Si donc un compagnon de Paul a écrit les morceaux « Nous », comme on le reconnaît volontiers, il à écrit tout l'ouvrage. A cette démonstration, on n’a rien opposé de direct, mais uniquement des difficultés sur la croyance de l’auteur aux miracles et sur les divergences de sa doctrine avec celle de saint Paul. C'était ne rien dire, et Harnack avait beau jeu pour répondre qu'on peut être crédule et voir des miracles dans des événements très récents, qu'on peut s'associer à l’œuvre d’un grand homme sans partager toutes ses idées. Naturellement nous ne donnons ces réponses que comme .des ripostes, et péremptoires, aux arguties de la critique. Il résulte bien de

(1) D'après le ms. D et deux mss. de l'ancienne latine (2 πι), on trouve un « nous », dès τι, 28, ce qui est tenu pour authentique par quelques critiques, maïs nous ne saurions nous appuyer sur cette lecon.

X INTRODUCTION

cette discussion que rien n’a ébranlé la donnée traditionnelle, à savoir que le troisième évangile est l’œuvre d’un compagnon de saint Paul.

Ce point est d’une importance capitale pour la crédibilité de l’évangile, quel que soit le nom de l’aüteur. Nous savons donc déjà qu'il jouissait de la confiance de saint Paul, puisqu'il l’a emmené avec lui danis ce dernier voyage à Jérusalem qui lui inspirait tant d'appréhensions, et dans le voyage à Rome où il était conduit par la force armée et ne pouvait avoir qu'un ou deux fidèles compagnons. À Jérusalem, l'auteur a pu s'informer aisément des faits évangéliques, à supposer qu'il ne les ait pas connus auparavant, et de même pendant les deux ans de la captivité de Paul à Césarée, qui l’obligea de séjourner en Palestine; à Rome il trouvait Marc et Pierre lui-même.

$ 2. — L'évangéliste Luc.

Le troisième évangile étant, comme les Actes, l’œuvre d’un compagnon de Paul, il serait étonnant que l’auteur, sinon l’ouvrage, ne fût pas nommé dans les épîtres de l’Apôtre. Ce n’est pas à un évangile écrit que fait allusion Paul écrivant aux Corinthiens : οὗ ὁ ἔπαινος ἐν τῷ εὐαγγελίῳ διὰ πασῶν τῶν ἐκχλησιῶν (Π Cor. πι, 18), mais il est possible en somme que ce personnage soit Luc, comme l’a pensé saint Jérôme.

En tout cas la tradition est très ferme sur le nom de Luc (1), et ce que Paul dit de Luc coïncide parfaitement avec les caractères de l’évangile et des Actes. Ce Luc était compagnon de Paul à Rome durant sa première : captivité : ἀσπάζεται ὑμᾶς Λουχκᾶς 6 ἰατρὸς 6 ἀγαπητὸς καὶ Δημᾶς | Col. 1v, 14). Paul le nomme donc « le cher médecin », ce que Harnack traduit « mon médecin », et il est bien probable en effet que Luc a pris soin de la santé si éprouvée de l'Apôtre, et qui sait s’il n’a pas recherché sa compagnie pour lui rendre ce bon office? Dans la même lettre, Paul nomme ÀAristarque, Marc et Jésus dit le Juste, comme 165 seuls coopérateurs qui l’aidassent parmi les chrétiens venus de la circoncision. Luc et Démas (nommés après Épaphras) étaient donc venus de la gentilité. Le titre formel de coopérateurs leur est donné dans Philém. 24, toujours en compagnie de Marc, d’Aristarque et d'Épaphras : Δημᾶς, Λουκᾶς, of συνεργοί µου. Mais tandis que Démas abandonna Paul (Il Tim, 1v, 10) durant sa seconde captivité à Rome, Luc était encore auprès de lui, et seul : Λουχᾶς ἐστιν μόνος μετ) ἐμοῦ.

Un gentil, collaborateur de Paul et un médecin, c’est précisément ce que suggèrent les Actes et l’évangile, comme nous le verrons plus loin.

Et cependant, si plusieurs modernes ont acquis, par des recherches

(1) λουκᾶς passe pour une forme grecque écourtée du latin Zucanus, Quelques mss. de l’ancienne latine ont secundum Lucanum ; voir le Commentaire.

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