‹ Evangile selon saint LucChapitre 42 sur 300 · LA LANGUE DE LUC. : XCIX · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LUC. : XCIX

-un moyen terme. entre la tournure hébraïque pure et le pur grec συνέθη avec l'infinitif. :

Ce qui prouve bien que Luc ne 59 laissait point aller au hasard de ses réminiscences, c’est qu'il a fait choix pour les Actes de cette dernière forme, à l’exclusion des deux autres. Il avait donc le sentiment de leur

couleur hébraïque. Il ne pouvait ignorer que dans la Bible ce καὶ ἐγένετο est une manière assez lâche de rattacher un récit aux précédents, surtout au commencement des péricopes importantes, et si l'on remarque qu’il en à fait presque toujours le même usage (1), on conclura qu'il a voulu imiter l’ancienne histoire sacrée dans une histoire qu’il regardait comme plus sacrée encore par son objet. Et certes ἐγένετο est employé dans le sens grec de « il était » au début de l’évangile (1, 5), et Mc. a commencé de la même façon par ἐγένετο (1, 4), mais Josué, les Juges, le premier (ms. A) et le second livre des Roïs commençaient par καὶ ἐγένετο. Il ne nous semble pas douteux que dans tout cela Luc ait voulu concilier la tradition historique sacrée et le grec. :

Enfin on ne peut pas dire que cette tournure caractérise les deux premiers chapitres; elle ne s’y trouve que sous la forme ὁ, et jamais en vedette. ‘

9) Le. emploie ἰδού très souvent, et le mot est parfaitement grec, même attique. Mais la locution καὶ ἰδού est vraiment trop fréquente et trop caractéristique pour n'être pas regardée comme une tournure biblique. Luc indique par là l'entrée en scène d’une ou de plusieurs personnes qui participent directement ou seulement par accident à l'histoire du salut στ, 25; v, 19. 18; var, 19. 37; να, 41; 1x, 90. 38; x, 25; χῃα, A1; XIV, 2; ΧΙΧ, 2: κχῖτ, 50; xxtv, 4. Dans ΤΑ. T., c'est souvent une chose qui apparaît (nn après nn Gen. 1, 31; vi, 12; νΙΠ, 18) Gen. 1, 31; xv, 417; χχνηι, 12; xxix, 2 etc., ou des animaux, Gen. χα, 18; xxxr, 10 οἱο., ou des personnes : Gèn. XVIII, 2; XXIV, 15; ΧΧΧΙΠ, 1; xxXvIr, 25 etc. La tournure était si fréquente que certains mss. grecs ajoutaient ἰδού (2). Très souvent c'est l'indice d’une circonstance providentielle, un signe donné d'en haut (Zach. 1, 18 etc.). Ἡ ne faut pas oublier cependant que cette tournure est araméenne.

3) ἐν τῷ avec l'infinitif vient souvent dans Le. après καὶ ἐγένετο. Cet emploi est parfaitement grec, et l'on a même remarqué que l’infinitif pris comme substantif après une préposition est particulièrement fréquent chez les historiens jusqu’à la fin du 1°" siècle (3). Mais il est très

(1) Dans la catégorie a, ἐγένετο est toujours au début de péricopes, sauf xix, 15 et XXI, 4.15; de même pour la catégorie ϱ, sauf xvi, 22. Dans la liste b la proportion æst contraire; péricopes seulement pour απ, 18. 28. 37; χι, 1; XVI, 853; xIX, 29; xx, 1.

.(2) Gen. xxxu, 6 ms. E.

{3) Κπλνν, Der substantivierte Infinilif abhüngig von Praepositionen und Praepo-

[ν ’ INTRODUCTION.

rare dans Mt. (xrn, 4. 25; Χχνῃ, 12) et dans Μο. (ιν, 4; vi, 48). Comme par ailleurs il n’a rien d’araméen, et se rencontre fréquemment dans les Septante comme une traduction littérale de 3 suivi de l’infinitif, il faut regarder les cas nombreux de Le. comme un indice de son dessein d’imiter la Bible grecque.

Le plus souvent ἐν τῷ indique le temps. D'ailleurs Le. a distingué entre l'aoriste marquant que l’action était achevée : 111, 21 ; vuir, 40; 1x, 34. 86: χι, 37: XIV, 1; x1x, 15; xxiv, 30, et 16 présent qui marque une coïncidence 1, 8. 21; 11, 6. 27.43; v, 1. 12; vinr, 5. 49; 1x, 18. 99. 33. 54: x, 35. 38; χι, 1. 27; χπ, 15: Χνα, 11. 44; νυν, 35; xx1v, 4. 45. 51.

C’est un des cas où Luc a su le mieux fondre ensemble la tradition de la Bible et un usage délicat de la langue.

4) Le. est le seul des synoptiques qui emploie ἐνώπιον « en présence de », et cela 22 fois, dont 5 fois avec Dieu ou le Seigneur (1, 15. 19. 76; x11, 6; xvr, 15), 3 fois avec les anges de Dieu (x, 9; xv, 10). Ce mot était grec (1), les LXX ne l’ont point forgé, mais Deissmann qui l’a cité le premier (Veue Bibelst. 40 5.) reconnaît qu'il était comme créé pour rendre 1190, « à la face de ». D'où l'usage fréquent des LXX, alternant avec ἐναντίον, usité par les Grecs. La préférence donnée par Luc à ἐνώπιον {évavriov trois fois dans Le., deux fois dans Act.), même dans les Actes, ne peut s'expliquer que par une imitation des LXX, plutôt voulue, car il oppose ce qui se passe devant la face des hommes à ce qui se passe devant la face de Dieu. |

5) Le cas de πρόσωπον est le même, si ce n’est que πρόσωπον est beaucoup plus usité par les Grecs. Mais quand on voit Le. (vit, 27) citer Mal, (ur, À) πρὸ προσώπου σου, on attribue à l'influence de la Bible grecque 1, 76 πρὸ προσώπου (ou ἐνώπιον), IX, 52; x, 1, et les locutions non moins hébraïques de 1x, 51. 83; xx, 21; xx1, 35. La tournure χατὰ πρόσωπον (11, 31) est ‘ grecque, mais, comme celle de xx1, 35 (cf. Act. xvir, 26), suggérée par l'usage de la Bible grecque (Jer. xxv, 26; gr. xxx11, 19) d'autant que dans Act. v. A; ντι, 45, Luc écrit ἀπὸ προσώπου.

6) εἲς pour l’art. indéterminé τις (cf. v, 12.47; vin, 92; ΧΗΠ, 10; xv, 15; xx, 4) est un phénomène très général (en françäis un homme, de même en grec moderne). Il n’y a donc pas lieu de voir là une influence biblique d'autant que les LXX ne disent pas ἐγένετο ἐν μιᾷ τῶν ἡμερῶν (ν, 17) mais simplement ἐγένετο ἐν τῇ ἡμέρα ἐκείνῃ (ou au pluriel). Nous ne reconnais-

sitionsadverbien in der historischen Graezilael, Heidelberg, 1892, cité par Rade-

macher, p. 151.

(1) Le plus ancien exemple cité par Moulton (p. 99) est Tebl, 1, 44, I. 18 de 114 av. J.-C. au sens adverbial; maïs cf. Hib. pap. 80, 1. 26, 300-271 av. J.-C. où il est sans doute préposition. Parmi les textes les plus nouveaux, Ox. τι, dans un libellus de

250 ap. J.-C. ἐνώπιον ὑμῶν.

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