‹ Evangile selon saint LucChapitre 43 sur 300 · LA LANGUE DE LUC. | CI · texte numérisé non relu

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sons donc l'influence hébraïque que dans xx1v, À : τῇ δὲ μιᾷ τῶν σαθθάτων, cf. Ps. xx1x fût. τῆς μιᾶς σαθθάτου, où εἷς a le sens de πρῦτος,

7) On doit aussi (avec Plummer) reconnaître l'usage biblique de certaines alliances de mots : ποιεῖν ἔλεος µετά (1, 12; x, 87) µεγαλύνειν ἔλεος µετά (1, 58); ποιεῖν κράτος (1, 51); ἐκ κοιλίας μητρός (1, 15), mais ces cas se | trouvent surtout dans le premier chapitre auquel Luc a conservé déli- bérément un cachet biblique.

8) δοξάζειν τὸν θεόν (11, 20; v, 23. 26; var, 16; χα, 13; xviIt, 45; XVII, 43; ΧΧΠΙ, 47) est assurément biblique, mais dans la Bible grecque ce terme est employé plus souvent de la gloire que Dieu donne, de sorte que Jo. est beaucoup plus près de l'A. T. que Le, sur ce point.

9) ἐπιθυμίᾳ ἐπεθύμησα (xxi1, 15) auquel il ne faut pas identifier φωνήσας φωνῆ µεγάλῃ (ΧΧΗΣ, 46) a une forte saveur hébraïque. On sait que les LXX avaient à rendre l'infinitif absolu ajouté à un temps fini pour le corroborer. Ils ont choisi une tournure qui en somme n'était pas sans analogies en grec : cf. γάμῳ Υαμεῖν, φυγῇ φεύγειν (Moulion, p. 75 5.). « J'ai désiré vivement » est le seul cas semblable dans Lc., et il est placé dans la bouche de Jésus, qui sûrement ne parlait pas hébreu à ses disciples. On a conclu que c’est peut-être une réminiscence du mot biblique Gen. ΧΧΧΙ, 30 (cf. Num. χτ, 4; Ps. cv, 14), ou une locution expressive forgée par Luc. Mais si cette tournure est hébraïque et pas du tout dans le génie de l’araméen, il faut convenir qu’elle avait pénétré dans les Targums araméens, ce qui prouve bien qu'elle n'était pas tout à fait étrangère au peuple. Jésus ne s’en est pas servi habituellement, mais ne l'a-t-il pas fait cette fois pour exprimer fortement son désir (4)? L'expression ἐφοθήθησαν φόθον uéyav (11, 9) est à la fois plus proche de l'hébreu (Jon. 1, 10) et du grec : φόδον φοθεῖσθαι (PLar. Prot. 360 B); cependant l'adjectif µέγαν sur lequel porte l'accent décèle le souvenir des LXX, d'autant que Lc. rencontrant ces mots dans Μο, rv, 41 a consiruit d’une façon plus grecque.

10) Parlant de choses juives, Luc n'avait pas besoin des LXX pour écrire σάθόατον, περιτοµέω etc. Mais comme il évite les mots hébreux ou araméens, on est étonné que seul des évangélistes il ait βάτος (xvr, 6), x0pos (2) (xvI, 7), σίκερα {1, 45), que les LXX avaient transcrit de l'hébreu. Il dit σατανᾶς (x, 18 etc.) d'après l'usage vulgaire, car les LXX avaient σατάν, sans terminaison. Γεέννα (x11, 5) leur était étranger, et vient d’une source, comme Βεελζεθούλ (χι, 15. 18. 19).

Le parti qu’il a pris pour ἁμήν est assez indécis. Dans Mt. ce mot se

(1) Dans sa Grammaire araméenne, 2° éd., p. 280, Dalman adoucit bien ce qu'il avait dit, Worte, p. 27 (en 1898). En 1905 il dit seulement que cet usage est rare dans le

dialecte galiléen, et il cite deux exemples, Cf. la traduction de syrsin. et syrcur,

(2) Josèpne, Anë. XV, 1x, 2.

CIL ‘ INTRODUCTION

trouve 31 fois, dans Mt. 13 fois comme attestation solennelle de la vérité que Jésus enseigne. Il est hébreu, mais a passé en araméen. Luc l'évite et le remplace par ἀληθῶς (1x, 27; x11, 44; xx1, 3) ou par ἐπ᾽ ἀληθείας (IV, 25) ou même il le supprime (αχ, 21). Et cependant il le conserve trois fois (xvir, 17. 29; xxt, 32) avec Mc., οἱ l'emploie trois fois pour son compte (iv, 24; χα, 87; xxI11, 43). C’est un triomphe de la tradition sur sa répugnance pour les mots étrangers. Α΄ plus forte raison devait-il employer dans leur sens biblique ou juif des mots comme ἄγγελος, γραμματεύς, διάθολος, ἔθνη, εἰρήνη, κύριος, ἐφημερία, tous usités dans la Bible grecque.

41) Le cas qui marque le mieux le. dessein de Luc de conformer sa langue à celle de la Bible grecque, c'est l'emploi de Ἱερουσαλήμ., seule forme connue des Septante, sauf Tob. Macch. 1 οί, I Esdras A. Or cette forme purement hébraïque qui ne se retrouve dans le N. T. que 8 fois. dans Paul (ÿ compris Heb. x11, 22), 8 fois dans l’Apocalypse, et 2 fois dans Mt. xx111, 37, figuré 27 fois dans Lc., au lieu de la forme grécisée courante, Ἱεροσόλυμα. Cependant Le. a quatre fois cette dernière forme (α, 29; xt, 29; x1X, 28; χχππ, 7) (1).

Après M. Ramsay (2), M. Harnack (3) a essayé d'expliquer ce phénomène. « Luc emploie “Ἱεροσόλυμα dans l'évangile quand il ne suit pas de source, et dans un sens purement géographique », Ἱερουσαλήμ désigne la ville sainte, c’est un terme sacré, Mais qui consentirait à voir dans τι, 22 le sens géographique, dans 11, 25 le sens sacré?

Ne conseniant pas à rayer de l’évangile comme M. Schütz (4) tous les Ἱεροσόλυμα, opération qui deviendraitterriblement radicale dans les Actes, nous pensons que Luc a écrit Jérusalem par goût pour l'orthographe ancienne consacrée et presque sacrée, sans s'interdire le nom grec ordinaire qui devenait même prépondérant à la fin des Actes.

19) L'emploi et l'omission de l’article en grec peuvent se justifier par des nuances très délicates. La £oînè était moins conséquente, et de même le N. T. Dans bien des cas l’omission de l’article s'explique par cette liberté, plus ou moins légitime. Mais dans les cantiques de Lc. on est contraint de recourir à l'influence de l’hébreu qui supprime l’article devant le nom qui gouverne un génitif (5); Magnificat : ἐν βραχίονι αὐτοῦ, διανοίᾳ καρδίας αὐτῶν, Ἰσραὴλ παιδὸς αὐτοῦ. Benedictus : ἐν οἴκῳ Δαυὶδ παιδὸς αὐτοῦ, ἐξ ἐχθρῶν ἡμῶν, διαθήκης ἁγίας αὐτοῦ, ὁδοὺς αὐτοῦ, διὰ σπλάγχνα ἐλέους θεοῦ

(4) Dans les Actes 36 fois Ἱερουσαλήμ et 25 fois Ἱεροσόλυμα, alternant un peu partout.

(2) Exposilor, 1907, p. 100 ss.

(8) Die Apostelgeschichle… Ῥ. 72 ss.

(4) Ἱερουσαλημ. und Ἱεροσολυμα im Neuen Testament, dans ZnTIV, 1910, p. 169-187.

(5) L'araméen connaît aussi l’état construit,*mais comme il n’a pas d'article (auquel supplée l'état emphatique), l'effet est moins accusé.

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