‹ Evangile selon saint LucChapitre 44 sur 300 · LA LANGUE DE LUC. CHI · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LUC. CHI

ἡμῶν. Nunc dimitlis : ei ἀποχάλυψιν ἐθνῶν καὶ δόξαν λαοῦ σου ’Iopeik (Blass= ι Deb. 5 279). D'autres cas sont moins nets, comme βασίλισσα νότου (Le. χι, 84” Mt. χΠ, 42), ἐν δακτύλῳ θεοῦ (x1, 20). Cependant on est tenté de conclure avec Schmiedel {$ 19, 14) à une influence générale de l'A. T., plus sensible dans l’évangile (xix, 42) que dans les Actes (1, 9).

6 2. — Le tréfonds araméen.

Nous avons cherché à mettre en relief un caractère singulier de Luc, . limitation du style de la Bible grecque. S'il y a là quelque chose de . voulu, c’est artistique plutôt qu'artificiel. Luc a senti que c'était une convenance du sujet de ne point traiter la tradition évangélique selon les procédés de la prose grecque élégante. C’eût été s’exposer à la défigurer; c'eût été en tout cas lui imposer un vêtement qui n’était pas fait pour elle. Corriger Μο. dans le sens du grec, et cependant s'inspirer de l’ancienne manière d'écrire l'histoire sacrée, ce n’était pas trahir l'évangile.

Mais on lui impute un procédé beaucoup plus factice. Il aurait, d'après M. Harnack, habillé dans le style de l'Ancien Testament des morceaux composés librement par lui à la grecque. Par exemple les trois premières strophes du Benedictus seraient une seule période, compliquée, tout à fait grecque, qui fait honneur à l’auteur du prologue, et qu'il aurait fait entrer dans un altirail hébraïsant (4). M. Harnack estime aussi qu'il a imité à dessein le style de Mc., qu'il prenait pour type de la manière d'écrire l'évangile, même quand il le corrigeait (2).

Manifestement il y a là de l’exagération, et l’on ne saurait attribuer à Luc tant de subtilité sans porter quelque peu atteinte à sa probité d'écrivain. On lui attribue de corriger Μο. dans le sens du grec et de retoucher dans le sens de l’hébreu des périodes de son invention. C'est presque contradictoire, et ce serait bien recherché. Il n’est que juste d'estimer qu'il a traité ses autres sources comme il a traité Μο. et la source où il a puisé les discours. Il a essayé d'écrire un grec plus pur sans rign changer au sens de l'original, surtout à propos des paroles de Jésus, si bien que, même sous son grec on reconnait ce tréfonds araméen qui est de l’essence même de la catéchèse primitive. Or on le reconnaît de la même façon dans les parties qui lui sont propres. C’est donc qu'il à suivi toujours le même procédé de l'honnête homme qui veut rendre les choses telles qu’elles sont, et du Grec qui entend ménager sa langue. Que M. Harnack la reconnaisse même dans le Hagnificat et le Benedictus, ce n'est point une raison pour suspecter l'authenticité de ces morceaux,

(1) Lukas. p. 152 : Die Periode ist in das hebraisierende Gewand lediglich εἶπgezwängt.

(2) Eod. loc., p. 66 et p. 152.:

CIV INTRODUCTION

que Luc a recueillis, non forgés. Et s’il a pu s'inspirer du style des Septante, par un dessein qui lui est propre, ce n’est pas une imitation réfléchie qui lui a fourni ses tournures araméennes, qui se trouvent plus nombreuses dans Mc. et dans Mt.

Il est vrai que le thème est fort délicat. D'une part les hellénistes sont très portés à nier leur existence, d'autre part elles peuvent assez souvent ressortir à l’hébreu aussi bien qu’à l'araméen.

Nous venons d’indiquer quelle situation nous croyons devoir prendre vis-à-vis des hellénistes. Îls ont bien prouvé qu'il n'avait pas existé une langue judéo-grecque, encore moins une langue biblique. Aucun mot n'appartenait en propre aux Juifs parlant grec, si ce n’est les mots simplement transcrits ou ceux qui avaient été adaptés à leurs usages religieux. Toutes les fois que les traducteurs grecs ont employé des mots d'apparence grecque, on peut croire qu'ils les ont empruntés à la langue parlée parles Grecs, et ils ont dû, pour se former la conscience, estimer qu'ils employaient des tournures suffisamment grecques lorsqu'ils semblaient faire seulement le calque d’une tournure hébraïque ou ara- . méenne. :

Mais ces points admis, et ils ne sont pas toujours aisés à prouver, il reste qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Lorsqu'une tournure, rare chez les Grecs, est fréquente chez les Sémites et fréquente aussi dans l’évangile, on lui assignera une origine sémitique. Si le cas est isolé, on devra considérer le contexte encore plus soigneusement. Par exemple Wellhausen (1) regarde comme araméen caractérisé ἐστὶν πεπραγµένον αὐτῷ (xx, 45). Mais on lit dans Démosthène : δεῖ διηγήσασθαι τὰ τούτῳ πεπραγμένα περὶ ἡμῶν (2), et dans Le. c'est Pilate qui parle. Ses paroles auraient pu prendre dans la tradition une couleur araméenne, mais le plus simple est de les rapporter à la langue qu'il parlait.

La difficulté est encore plus grande de faire la part de l'araméen et celle de l'influence des Septante. Nous avons mis au compte de ces derniers tout ce qui paraît étranger à l'araméen. Mais il y a des tournures communes aux deux langues. À propos de Μο., qui n'a rien de purement hébraïsant, nous avons pu tout examiner sous l'angle de l’araméen (3). Est-ce légitime pour Lc., puisqu'il imite les LXX? Évidemment nous sommes tenu à plus de précautions. Nous prenons comme règle d'attribuer au fonds araméen de la tradition les locutions qui se retrouvent ailleurs, dans Mc. ou dans Mt.; et, dans Le. lui-même, nous pouvons regarder comme tel dans ses parties propres ce qui se trouve aussi dans les autres, surtout s’il s'agit de paroles reproduites. Car, selon nous, il ne

(1) Einleitung.… Ρ. 25.

(2) 29, 1 dans K.-G. 11, 1, p. 422.

(8) Comm. p. LXXXII à XCVII.

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