‹ Evangile selon saint LucChapitre 45 sur 300 · LA LANGUE DE LUC. CV · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LUC. CV

faut pas être trop scrupuleux pour altribuer une tournure sémitique, : même connue en hébreu, à l'araméen de la catéchèse primitive. Si l'on prétendait retrouver le son primitif des paroles de Jésus, on devrait s’en tenir au dialecte galiléen populaire. Mais outre qu'il est représenté par trop peu de documents, il faut bien admettre que les Targums, évincés par Dalman et même par Wellhausen comme trop imbus d’hébraïsmes, étaient composés pour être compris, et devaient à leur tour agir sur le langage parlé. Leur fond est sûrement aussi ancien que notre époque. Nous avons en français des hébraïsmes qui nous sont venus à travers la Vulgate; les Juifs, habitués à entendre la lecture des Targums, ne parlaient sûrement pas l’araméen du peuple d'Édesse, ni les Juifs de Galilée, ni surtout ceux de Jérusalem, plus assidus à l'audition de la Bible. Or, si l'évangile a été prêché par Jésus en Galilée, la catéchèse s'est développée à Jérusalem, et surtout celle que Luc a recueillie. . Sous le bénéfice de ces observations nous mettons sous cette rubrique du tréfonds araméen la discussion de quelques expressions de Le. qui pourraient peut-être ressortir à l’imitation des Septante.

1) Parmi celles qui caractérisent nettement l’araméen, il faut placer en première ligne la construction périphrastique, c'est-à-dire le verbe être : à l'imparfait avec un participe, au temps présent, ou à un temps passé. - L’hébreu. peut employer cette tournure (Gen. 1v, 17; Jud. 1, 17; Dan. 1, 16 etc.), mais ordinairement il sous-entend le verbe, le pronom suffisant à servir de support au participe, si bien que le grec des LXX ajoutait souvent le verbe : Gen. vi, 12; χα, 10: xtv, 12; xvur, 22; xxXvI, 35; χι, 6 etc. C’est aussi la preuve que le grec connaissait cette tournure, et personne n’en doute, mais elle n'y était pas employée sans une certaine intention, ordinairement pour marquer la continuité, tandis que l’araméen la prodigue, souvent au lieu de l'imparfait du verbe.

L’imparfait ἦν avec Le participe présent se trouve quatre fois dans Mt. seize fois dans Μο., vingt-sept fois environ dans Le. Π semble donc qu'il y ait là une influence araméenne. Cependant le plus grand nombre des cas est justifié par l'usage grec. Cinq fois cette tournure est ἦν... διδάσκων (iv, δὲ. v, 17; χι, 40; x1x, 47; xxI, 87). Et la continuité paraît bien être aussi l'effet voulu dans τν, 38. 44; v, 16, 17 (καθήµενοι). 19; vi, 19: var, 40; XV, L, xx, 8; XXIV, 15. 32. On notera que sauf τν, 32 qui est dans Mc. 1, 22, aucun de ces cas n’est emprunté à Μο., même dans 165 passages parallèles. Ce n’est donc pas l'influence de Μο. qui est ici en jeu. Elle n'y est pas non plus dans d'autres endroits où Plummer a déjà reconnu une saveur hébraïque, qu'il vaudrait mieux dire araméenne.

Cette saveur n’est pastrès sensible dans τ, 33, mais dans 1v, 20 elle voisine avec une expression sémitique : καὶ πάντων of ὀφθαλμοί... ἦσαν ἀτενίζοντες αὐτῷ... ἤρξατο δὲ λέγειν... De même 1x, 53 τὸ πρόσωπον αὐτοῦ ἦν πορευόµενον; | ΧΙ, 14 καὶ ἦν ἐχθάλλων. La tendance araméenne est ici bien visible par la

CVI INTRODUCTION

traduction de toute celte introduction dans syrsin. : « d’autres étaient le tentant; ils étaient lui demandant un signe du ciel ». Nous reviendrons sur ΧΙ, 40. 41, vrai nid de sémitismes,, comme aussi ΧΙΥ, { καὶ ἐγένετο ἐν τῷ ἐλθεῖν αὐτόν... φαγεῖν ἄρτον... καὶ. αὐτοὶ ἦσαν παρατηρούµενοι αὐτόν, καὶ ἴδού 2. τ. À Cependant avant de conclure hâtivernent à un grec traduit de l’araméen, il faut compter que la tournure périphrastique se rencontre vingt-quatre fois dans les Actes, dont sept fois de χῃτ à Χαντ.

2) Luc ne dit pas ἀπεκρίθη καὶ λέγει (Μο. vir, 28), mais un nombre consi= dérable de fois ἀποκριθεὶς εἶπεν, ce qui est rare dans les Actes et surtout dans leur seconde partie. Nous signalons seulement ici les cas où ἀποκρίνοµαι 8 presque le sens de « prendre la parole »(1) : xt, 45; xux, 2. 14; x1V, 3. 5; xvit, 17 comme dans Me. 1x, 8; x, 24. 1; χι, 14; x1t1, 35; x1V, 48; xv; 12. Tous ces cas de Mc. ont des textes parallèles dans Le., et il n’en à pas conservé un seul, Dans le système de Harnack il faudrait s'étonner de son machiavélisme : il aurait corrigé Μο., et donné à d’autres endroits la couleur de Mc.! Disons plus simplement que dans ces autres endroits il a mieux conservé la couleur sémitique.

3) Les Sémites, en hébreu et en araméen, se plaisent à indiquer le mouvement ou l'attitude qui précède une action au moyen d’un participe. Parfois ce participe a pleinement sa raison d'être, mais d’autres fois il est presque superflu et c’est alors que le sémitisme apparait.

à) ἔρχομαι, par exemple dans ἐρχόμενος ἤγγισεν (ΧΥ, 25), mais non dans ἐλθὼν.. ἄν... ἔπραξα (xiX, 23), où ἐλθών est très significatif (2).

Ὦ) ropstoum, probablement ignoré de Μο., mais très fréquent dans Le., et sur le thème : πορευόµενοι συλλέγετε (Ex. v, 14) ou : πορευβέντες λκτρεύειν (Dt. πι, 28), par exemple πορευθέντες εἴπατε (XIII, 32); πορευθεὶς ἀνάπεσε (καν, 40), d’après la. catéchèse plutôt que d’après les LXX, puisque

πορευθέντες ἁπαγγείλατε (vir, 29) est, d’après Mt. χι, 4, dans les paroles de Jésus. Mais on hésite à mettre dans la même catégorie πορευθέντες ἐπιδείξατε (Χνπ, 14) parce qu'il y a du chemin à faire, ou même πορευθεὶς ἐκολλήθη (xv, 95), sans parler du difficile πορευόµενοι συνπνίγονται (virr, 44), où les versions syriaques ont omis de.traduire πορευόµενοι. Ce πορευθείς vient en : dernière ligne de l'hébreu "η, mais Dalman (9) en accepte le caractère ‘judéo- araméen.

ϱ).ἀναστάς exprime le plus souvent une attitude qui a sa raison d’être, Mais ἀναστὰς πορεύσαμαι.. .ἀναστὰς ᾖἦλθεν (αν, 18. 20) ont quelque chose de stéréotypé, comme ἀναστὰς ἔδραμεν XF, 12); cf. Mc. IL, 24; x, 4.

d} Χαθίσας dans les Septante : Jos. v, 2 καὶ καθίσας περίτεμε; Cf. Num. ΧΙ, 4; Dt. 1, 45, toujours par suite d'une nresion (518. compris 26). Mais les

{t) Comm. Mare, p. LXXXVILE (3) Eod. loc. p. LXXXVII.

(3) Worte... p, 17.

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