‹ Evangile selon saint LucChapitre 46 sur 300 · LA LANGUE DE LUC. : CVII · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LUC. : CVII

Septante auraient-ils fait cette confusion si la tournure ne leur avait paru naturelle 2 cf. Mt. ΧΗ1, 48 : καθίσαντες συνέλεξαν. C’est peut-être ce qui explique Le. xtv, 28. 31; XVI, 6. Chaque cas est justifié, mais n’y a-t-il pas une tendance ?

4) C’est par oubli que dans l'introduction au Commentaire de Marc nous n'avons pas insisté sur un aramaïsme signalé qui se rattache au phénomène précédent (1). Le sujet est pour ainsi dire mis en mouvement par le verbe ἄρχεσθαι (aram. M). Le grec emploie souvent ce mot avec . l'infinitif, mais c'est pour indiquer un premier état, d’un commencement, en opposition avec l’évolution qui suit, tandis que dans les trois synoptiques ἤρξατο (ou ἤρζαντο) suivi de l’infinitif est presque superflu, tout en marquant le point de départ (2) : « se mettre à ». Dans Mc. la formule est stéréotypée selon sa manière unie (26 fois); dans Mt. elle se trouve 9 fois, mais aussi avec la variante ἐὰν δὲ... ἄρξηται (Χχιν, 49). Luc a 19 fois ἤρξατο ou ἤρξαντο, mais de plus μὴ ἄρξεσθε (3) (11, 8), ἐὰν δὲ... ἄρξηται (x11, 45), ἀφ᾽ οὗ ἂν... ἄρξησθε (ΧΙ, 25), τότε ἄρξεσθε (xt, 26), τότε ἄρξῃ (x1v, 9), dans des paroles de Jean-Baptiste et de Jésus. Ce n’est sûrement pas un -hébraïsme, et loin qu'il soit venu au grec de l’hébreu, c’est plutôt l'usage des traducteurs qui l’a introduit dans la Bible grecque, même quand il n'y avait rien dans l’hébreu : Gen. 11, 3 ὧν ἤρξατο ὁ θεὸς ποιῆσαι, ou quand ils ont iraduit ainsi une action qui ne marquait nullement un début : Jud. 1, 27 : ἤρξατο ὁ χαναναῖος κατοικεῖν (Cf. Jud. 1, 35). Mais ce sont des cas rares, et la pratique de Luc s'explique beaucoup plus naturellement par limitation de Μο. dans les narrations, et comme conservant un trait des paroles du Maître.

5) Τίς ἐξ ὑμῶν au premier abord semble appartenir à l’argumentation grecque. Dans Épictète on trouve plus d’une fois τίς ὑμῶν (ou en) Cependant c’est à peine si dans art, 16, 3 ἔχειτις ὑμῶν παρασχευήν κ. τ. À. on trouve une tournure analogue à Le. xr1, 25 — Mt. vi, 27. Dans les autres cas Mt. ντι, 9 parallèle à Le. xv, 4, et dans Le. χι, 5 ; x1v, 28; xVu, 7, et xx, {1 τίνα ἐξ ὑμῶν; χιν, 5 τίνος ὑμῶν, la tournure marque une hypothèse de la vie commune prise comme point d'appui de l’enseignement. C’est le thème parabolique en général, et cela rentrerait bien dans la manière de Socrate : « Que penserais-tu si ? (4) » Mais à la manière dont ces phrases sont construites, on pense plutôt à une tournure sémitique, qui

(1) CF. Comm. p. 141.

(3) Encore cf. Me. xiv, 69, #p£uto πάλιν λέγειν |

(3) Où Mt, m, 9 a μὴ δόξητε Aéyewv. C’est le cas le plus spécieux, mais non décisif, pour reconnaître dans Mt. une tournure plus grecque. Dalman (Ἠογέθ... p. 22) prétend que ce δόξητε aurait pu être exprimé en araméen, mais ne dit pas comment. En tout cas les versions syriaques y ont échoué.

(4) CF. Lysis IE, Phèdre XI, etc.

CVIII ° INTRODUCTION

dans la catéchèse serait araméenne. Les LXX ont souvent le τίς suivi de καί comme dans Le. χι, 5, et la version syriaque est tout à fait à l'aise dans ces passages. L'aceusatif ou le génitif employés par Πο. sont une adaptation à la construction grecque, peut-être dans tel ou tel cas achevée par les copistes ; cf. le ms. sinaïtique sur χι, 141 (1).

6) Le casus pendens avec le retour du pronom est bien sémitique ; mais je trouve dans K.-G. 11, 4, p. 47 : οἱ δὲ φίλοι... τί φήσομεν αὐτοὺς εἶναι (XÉN. Oec. 1, 14). On peut donc être plus réservé que Wellhausen sur : éxsivot cf δώδεκα... δοκεῖτε ὅτι αὐτοί (XIIT, 4).

7) Cet ὅτι rappelle Ja règle de Wellhausen : vidit lucem quod bona erat, à laquelle on peut opposer : Vosti Marcellum quam tardus sit (1ο. Tusc. 1, 24, 56) et l'usage de cette prolepse plus fréquent chez les Grecs : τὸν Δαίδαλον οὖκ ἀκήκοας ὅτι... ἠναγκάζετο ἐκείνῳ δουλεύειν; (Comm. 19, 2. 33 dans K.-G. 11, 2, p. 578); ce qui explique Le. χχιν, 7 et à plus forte raison IX, 91. |

8) Mais Wellh. a eu raison de noter χαΐ dans le sens de lorsque, Le. xx, 48; ΧΧΗΙ, 44, comme dans Μο. xv, 25, à propos duquel cependant j'ai cité Xénophon. De même καί dans le sens de « afin que » (Lc. ΧΧΙΝ, 26), ou remplaçant le relatif καὶ (pour at) μὴ εὑροῦσαι (xxIV, 22).

9) Dans Le. τν, 26. 27, εἰ µή doit s'entendre comme ἀλλά; il n’y a pas exception, mais opposition. Cet usage doit venir de l’araméen illé qui a les deux sens. D'autant qu'inversement dans Le. xt, 51 GA # — ei pri, « rien autre chose que ».

40) Les pronoms aux cas obliques pullulent dans les langues sémitiques, où ils passent plus inaperçus, étant attachés aux mots ou aux verbes comme suffixes. Leur présence est un indice de sémitisme, quand il ne serait pas aussi caractérisé que dans Act. στι, 4 5. Maïs c’est un indice diffus, qu’on ne peut signaler ici. Le cas est plus net quand le relatif est au début, et le démonstratif à la fin, οὗ... αὐτοῦ (Lc. ir, 16). Le simple ὃς en tête d’une phrase conditionnelle relative est grec, mais la fréquence devient significative; cf. vin, 18 (bis); 1x, 24(bis). 26. 48; xvrit, 17; xx, 48 : ἐφ᾽ ὃν y ἂν néon, λικμήσει αὐτὸν. Luc semble avoir évité ὅστις dans ce cas (Mt. x, 33; x111, 12).

Le sémitisme est encore plus net quand le relatif est précédé de πᾶς (nés 92 ou ὑπ 09); cf. vr, 47; xx, 8. 40; xi1v, 33; xx, 48 et dans lasentence πᾶς 6 ὑψῶν... xIX, 11 et XVII, 14.

C'est à se demander si le goût de Le. pour πᾶς ne s'explique pas en partie comme une habitude sémitique. Une des plus fines observations de Wellhausen (2) a été d'expliquer « tous » dans le sens de « les autres», comme dans Gen. 111, 1, mais aussi chez les Araméens. Dans plusieurs

(4) WezLu. Einl. Ῥ. 24.

(2) Einleilung, p. 31.

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