‹ Evangile selon saint LucChapitre 47 sur 300 · LA LANGUE DE LUC. CIX · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LUC. CIX

cas où le πᾶς de Le. paraît exagéré, ce serait peut-être une explication, cf. τα, 19. 21: v, 17; vi, 26; ντα, 45; x], 2. 4; ΧΙ, 27 « vous autres »; XIX, 73 XXI, 29.

41) Au lieu d’un adjectif, les Sémites emploient souvent un substantif au génitif; nous disons de même « un rameau d’or »; cf. Le. ΧΠΙ, 8.9: xvint, 6. Le fait est tout à fait significatif quand le nomen regens est υἱός: un homme pacifique devient « un fils de la paix ». Si Le. dit avec Mc. τοὺς υἱοὺς τοῦ νυμφῶνος (Μο. 11, 19; Le. v, 34), il dit pour son compte υἱὸς εἰρήνης (X, 6), of υἱοὶ τοῦ aféivos τούτου (ΧΥΙ, 8; ΧΣ, 34), τοῦ φωτός [XvI, 8). Deissmann (1) a trouvé dans les inscriptions υἱὸς τῆς πόλεως etc. Mais c'est un titre d'honneur donné à ceux qui ont honoré la ville, le sénat, etc. comme des parents. La tournure sémitique à un champ plus vaste et une portée plus naturelle. C’est bien l’idiotisme le plus caractérisé.

12) Au lieu d’un adverbe : « encore », l'hébreu et l’araméen emploient un verbe appliqué à celui de l'action principale : Le. ΧΙΧ, 44 προσθεὶς εἶπε, « il dit encore », et xx, 11. 12 καὶ προσέθετο... πέμψαι, ajouté au texte de Μο., de sorte que peut-être est-ce là une imitation des LXX : προσέθετο... καλέσαι (1 Regn. 111, 8). Nous avons déjà signalé que c'était le seul sémitisme de Josèphe. Il était peut-être passé en usage.

Quant aux expressions, si Le. a évité les mots araméens de Mc., il a µαμωνάς, trois fois (xvi, 9. 41. 13), le dernier cas comme Mt. ντ, 24.

ἄρτον φαγεῖν « prendre son repas », comme Μο. πι, 20: vit, 2. 5, mais dans d’autres cas (x1v, 1. 15).

“lvecdar εἷς quand on le lit dans xx, 17 (citation) est un hébraïsme; cf. Act. τν, 11 et Πο. 11, 5 avec ἔσται. Mais la tournure est grecque : cf. I G. x1V, 607 εἰς ἵα σου, Πώμπιλλα, καὶ ἔς xpiva βλαστήσειαν ὀστέα et autres exemples cités par Rademacher (p. 16 s.). Il n’y a donc pas lieu de dire que Le. ΧΗ1, 19 ἐγένετο εἷς δένδρον est plus près du texte araméen que Mt. χιτ, 32 γίνεται δένδρον (Μο. aliter); cf. Act. v, 36.

εἰρήνη (Me. v, 34, cf. Le. vint, #8) dans le sens de « salut » x, 5. 6; XXIV, 36.

Avec καρπόν il ne dit pas δίδωμι comme Μο. 1v, 7. 8, mais ποιέω (ΠΠ, 8. 9: vi, 48 (bis); vin, 8; χα, 9) qui n’est pas beaucoup plus grec (2),

ὁδός (xx, 21), d'après Μο. χττ, 14. ‘

ὁμολογέω ἐν, XII, 8.

σχανδαλίζειν, deux fois seulement, vir, 23 avec Mt. χι, G; xvIr, 2; cf. Mt, XVI, 6.

απλα χνίζοµαι (vit, 13: x, 38; xv, 20) « être ému de compassion ».

τί ἡμῖν καὶ σοί (1v, 34), textuel dans Μο. 1, 24.

Si l'on veut apprécier la portée de ces observations de détail, il faut

(1) Bibelstudien, p. 166.

(2) Cependant cf. Καρποποιός Eur. Rhes. 961.

CX INTRODUCTION

les voir réunies. Les tournures sémitiques semblent's'être donné rendezvous dans la guérison de la femme courbée, Le. χε, 40-17. Après ce que nous avons dit, il suffira de les énumérer : v. 10 ἦν διδάσκων... ἐν µία τῶν συναγωγῶν... τοῖς σάέθασι (Cf. τῇ ἡμέρᾳ τῶν σαθθάτων (Num. ΧΧΥΠΙ, 9 οἱο.); v. 11 καὶ ἰδού... πνεῦμα ἀσθενείας,,. καὶ ἦν συνκυπτοῦσα... εἲς τὸ παντελές (aram. 1910): v. 13 l'imposition des mains. (cf. 1v, 40) καὶ ἐδόξαζεν τὸν θεόν; v. 14 ἀποχριθεὶς δέ (sans interrogation préalable)... ἐν αὐταῖς οὖν... ἐρχόμεναι θεραπεύεσθε (sÿr. ancien : « soyez venants et guéris »); v. 45 ἀπεκρίθη δὲ... καὶ εἶπεν... ὑποχριταί s’expliquerait bien par un original ΠΏκ3 20: (syr. anc.), « qui tiens compte des visages ».., ἀπαγὼν ποτίζει,... v. 16 tdoû au sens de l'aram. nn (4); v. 17 αὐτοῦ... αὐτῷ... ὑπ᾿ αὐτοῦ... ἔνδοξα hapax dans le N. T. au sens de merveilles; cf. Job v, 9 etc.

Dans ce cas on peut se demander si Luc n’a pas eu sous les yeux un document traduit assez littéralement de l’araméen. D'ailleurs ces locutions se trouvent un peu partout dans les parties propres, même dans ces mises en scène qu'on accuse Luc d’avoir inventées, par exemple dans l'introduction à l'histoire de l'hydropique (xiv, 4), dans l’intervention du convive (x1v, 15). |

Nous avons donc le droit de conclure que si Luc a eu assez de tact “pour ne pas transformer l’évangile en une histoire grecque et son enseignement en une prédication argumentative à la. façon de la diatribè stoïcienne, c'est pour lui conserver son aspect primitif. Mais cette fidélité elle-même excluait un travail d'adaptation factice. L’araméen paraît dans les parties propres de Luc comme dans celles qu’il α empruntées à Μο. ou aux discours, simplement parce que c’est Le fond de la catéchèse; c'est aussi par là même une garantie d'authenticité.

8 3. — Le grec de Lur.

Luc a écrit en grec, comme personne n’en doute, et il savait très bien écrire le grec. C'était déjà l'opinion de 5. Jérôme. Le Pape Damase lui ayant demandé le sens du-mot Osanna, il en prit occasion pour indiquer la manière de l’évangéliste : Lucas igilur, qui inter omnes evangelistas Graeci sermonis erudilissimus fuit, quippe ut medicus el qui in Graecis evangelium scripserit, quia se vidit proprielatem sermonis transferre non posse, melius arbitratus est tacere, quam id ponere, quod legenti faceret quaeslionem (2).

L'observation est parfaitement exacte, et nous allons la vérifier.

On peut comparer le grec de Luc soit à celui de Marc et de Matthieu,

(1) Moulton (p. 11 n. 1) cite ἀσθενεῖ, εἰδοῦ, δέκα τρῖς Aves, mais dans un papyrus du ive ou du v°s. ap. J.-C.

(2) Epist. xx, 4, ed. Hilberg.

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soit à celui de Paul et de ses Sontemporains profanes, et spécialement ° des médecins.

I. C’est un des buts du Commentaire de noter les différences entre Μο. et Le. Ici nous grouperons seulement sous certaines rubriques les exemples les plus caractéristiques, d'après les passages parallèles.

4) Le style de Μο. (ni de Mt.) n’est jamais périodique à la manière grecqué; celui de Le. l'est quelquefois. On comparera Mt. it, 16 5. à Le. 1, 24 ss.; et Μο. ΧΠΙ, 24-27 à Le. xxr, 25. 96.

2) Sans écrire des périodes complètes, Le. lie du moins ce qui est juxtaposé dans Mc. Le plus souvent c’est en changeant un verbe à un temps défini en participe. Voici seulement quelques indications : Μο. τν, 38: x, 28; χι, 7; χα, 18; xiv, 16. 49 οἱ Lc. vin, 243 xviir, 98; xIx, 35: XX, 27: XXII, 19. 53.

3) Le καί sémitique ou simplement rudimentaire de Μο. est très souvent remplacé par δέ. Hawkins (4) énumère 26 cas où le καί de Mc. devient δέ dans Le. (et dans Mt.). Ce sont : Μο, 111, 4. 32; 1v, 11. 18. 90. 35; v, 43. 14; vi, 35. 37; ΥΠ, 28. 36; 1x, 30; x, 93; χι, 4. 8. 9. 18. 31; ντι, 35; XIE, 3; x1V, 12. 53. 54; xv, 15; Χνι, 4.

Le même savant a compté environ 156 fois δέ dans Μο., mais 508 fois dans Le. qui n'a guère qu'un tiers de plus que Μο. Les οὖν et les γάρ sont plus fréquents dans Le.; il emploie τε, inconnu de Me.

4) Le présent historique de Μο. peut être rattaché au domaine de la parataxe, car il isole l’action en la mettant davantage en vedette. Or, des 451 présents historiques que contient Μο., Le. n'a que celui de vi, 49. Pour son compte il n’en ἃ que cinq dans les paraboles; χα, 8, xvi, 7 23. 29; xix, 22, et cinq autres : var, 40; χι, 37; χι, 45, avec xxtv, 12. 16, deux versets dont l’authenticité est attaquée. Encore sont-ce seulement des φησίν ou λέγει, avec ὁρᾶ, ἐρωτᾶ, Bhére. Les Actes n'ont que 13 présents historiques, et tous sont des φησί ou des λέγὲι sauf θεωρεῖ (x, 11) et εὑρίσκει (x, 27) (2). Il est donc assez clair que la manière de Mc: qui fait surgir les personnes devant les yeux du lecteur a paru trop spontanée à Le., lequel a préféré un style plus coulant.

5) Le. évite ce qui peut passer pour superflu dans r expression : Μο. 1, 82; 1, 49; τε, 25; 1v, D; v, 19.33; χα, 14. 44 et Le. 1v, 40; v, 13; vi, 3; ντα, 6; vin, 99. 47; xx, 32: xxI, 4 (3).

6) Au contraire il ajoute ce qui lui paraît nécessaire pour la clarté; cf. Μο. χτι, 38; xiv, 14 et Le. xx, 46; xx11, 6.

7) Plutôt que de répéter un mot, Le. l'explique; cf. Mt. χι, 8 τὰ μαλακά (bis) exprimé autrement par Le. vir, 25; Me. Χα, 20 55, σπέρμα, et LC. xx,

(1) Horae synopticae, p. 150.

(2) Horae synopticae, p. 144 ss.

(3) Nous avons déjà nolé cette tendance à propos du style, p. LXV.

CXII INTRODUCTION

29. Ce désir de la variété lui a fait préférer quelquefois vouxd (une fois. dans Mt. χνα, 35) inconnu de Μο. à yoaumareus, et ἐπιστάτης, ignoré de Μο. et de Mt. à διδάσκαλος,

8) Il évite certaines constructions embarrassées de Μο., comme 1m, 16; av, 34 8; v, 23: vi, 99 s.; x, 29. 30 ; χα, 19: une anacoluthe Mc. xx, 32; il nuance Μο. 1v, 25 dont il adoucit l'apparence paradoxale, Le. ΥΗ1, 48 (1).

9) Naturellement il évite les sémitismes; cf. Μο. 1v, 21. 22 et Le. vint, 16. 17; Μο. τν, 30 (la manière d'introduire une parabole) et Le. xrr1, 18; Me. vi, 39 5. συμπόσια συμπόσια, πρασιαὶ πρασιαὶ κατὰ ἕκατὸν καὶ κατὰ πεντήxovra, dont il ne reste que ἀνὰ πεντήκοντα, où évé a le sens distributif conservé par les Atticistes (2).

σπέρμα, Me. x11, 20 ss. Mt. xxn1, 25.

εἲς de Μο. et de Mt. est reniplacé trois fois par τις (Μο, xt, 28; x, 17; x1v, 66 et Le. x, 25; xvirt, 18; xx11, 56).

10) Le. évite des mots critiqués par les grammairiens puristes (3). Par exemple ἐσγάτως ἔχει (Me. v, 23) est remplacé par ἀπέθνησκεν (ντ, 42); ἀπ᾽ ἄρτι de Mt. χκΠΙ, 39; xxvI, 29. 64 supprimé la première fois Le. ΧηΗ, 33, et remplacé par ἀπὸ τοῦ νῦν xxn1, 18. 69; πτῶμα Mt. χχιν, 98 et Mc. xv, 45, remplacé par σῦμα, xvI1, 37 et xxII1, 52; οἰκετεία M. xx1v, 45 remplacé par θεραπεία, XII, 49; πρωῖ ἔννυχα λίαν (Μο. 1, 35), dans Le. 1v, 42 γενομένης δὲ uéouc. Mc. emploie ὀψία comme substantif (1, 32; xiv, 17; xv, 42); mais cet usage était blämé par les Atticistes; Le. tourne autrement 1v, 40; xxx, 14: où omet XXII, 50. :

δαφίς mot ancien (4) avait cédé la place à βελόνη seul admis par les Atticistes; ῥαφίς de Mc. x, 25 et de Mt. xix, 24 est donc remplacé par βελόνη dans Le. ΧΥΠΙ, 25. κοράσιον, employé par Épictète, mais exclu par Phrynicus figure dans Mt. v, 41. 42 et Mt. 1x, 24. 95; dans Le. ἡ παῖς (VIN, 31. 54). ἀγγαρεύειν Μο. xv, 21: Mt. xxvir, 32 devait être éliminé comme terme des barbares (Lc. xx1IT, 26). ἐκεφαλιώσαν de Μο, ΧΙ, 4 a été évité dans Le. xx, 11, comme ἐπιθαλών (Me. x1v, 72) dans Le. xx11, 62; κολλυβίστης de Me. χι, 15 évité dans Le. x1x, 45. On s'explique de la même manière que, de Μο. x, 47-27, Le. ΧΥΠΠ, 18-27 ait omis huit mots que Blass regarde comme paullo magis insolita (5), προσδραμεῖν, γονυπετεῖν, ὑστερεῖν, στυγνάζειν, κτῆμα, θαμθεῖσθαι, περισσῶς, ἐμθλέπειν quoiqu'il en ait employé quelquesuns ailleurs. Il en est ainsi d'ordinaire, et.ce fait qu'explique le goût sévère de Luc ne permet donc pas à Blass de conclure qu'il n’a pas connu le Mc. grec.

(1) Quoiqu'il l'ait reproduite aïlleurs, ef. xix, 26 avec Mt. xxv, 29. (2) Senmin, Der Atlicismus, 1v, 626.

(8) En partie d’après ΝοπΡΕΝ, Die απλα Kunsiprosa, Ρ. 486 58, (4) The new Phrynicus, p. 1745.

(5) BLass, Evangelium secundum Lucam.…., p. xvr.

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