‹ Evangile selon saint LucChapitre 48 sur 300 · LA LANGUE DE LUC. CXIII · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LUC. CXIII

-44).Le. est plus correct que Μο, Il dit oùdele πώποτε ἀνθρώπων ἐκάθισεν (x1x, 90) au lieu de οὐδεὶς ἀνθρώπων οὕπω κεκάθικεν (Χ1, 2), et ἐπὶ λίθῳ (xx, 6) au lieu de ἐπὶ λίθον (Μο. χιπ, 2).

49) En revanche Le. introduit des expressions choisies : ἐξεχρέμετο (x1x, 48); ἐνχαθέτους (XX, 20) ; ἀναθήμασιν κεκόσµηται (XXI, 5); λοιμοὶ καὶ λιμοί allitération élégante usitée (xx1, 11); πῶς À vi ἀπολογήσησθε Gr, 45); ἀντιστῆναι à ἀντειπεῖν (xx1, 15).

Norden pouvait conclure que « dans un très grand nombre de cas Luc est plus conforme à la norme classique (4) ».

La comparaison entre Mc. et Le., du point de vue de la langue, ne peut donc que confirmer ce que nous avons dit plus haut de la dépendance de Lc.; c’est bien le texte de Μο. qu’il avait sous les yeux, mais il l'a parfois écrit de nouveau dans un grec plus correct et plus clair, au risque d’enlever à certaines expressions populaires leur saveur.

Il. Et de même Norden l’a jugé plus grec que Mt., d'où il avait conclu ‘d’abord que Le. avait employé l’évangile de Matthieu (2). Ἡ a ensuite rétracté cette opinion dans le sens de la critique dominante, affirmant toujours que Le. a connu des parties étendues de Mt. écrites telles que nous les avons (3).

Même réduit à ces termes, l'argument vaut contre ceux qui estiment que tantôt Mt. tantôt Le. a mieux conservé le caractère primitif de la source Q. C’est plutôt Le. qui a corrigé le texte qui est demeuré dans Mt. C’est une raison de ne pas supposer que le traducteur grec du Matthieu araméen aurait connu Lc. et s’en serait servi, car il n’aurait pas remplacé les expressions reçues dans la littérature par un grec moins correct, qui ne rendait pas mieux le texte araméen.

Il est vrai que Plummer (p. L) a indiqué quelques passages où Le. serait plus hébraïsant que Mt. Ce sont Le. 1x, 28. 29. 33. 38. 39 et Mt. XvVIt, 1. 2. 4. 15; Le. x111, 90 et Mt. xix, 30; xvinr, 35 et xx, 29; xx, 1 et xx1, 23, Mais on ne peut rien tirer de cette comparaison, parce que dans ces cas il n’est pas indiqué que l’un des auteurs ait eu l’autre sous les yeux. Chacun a suivi son usage et nous concédons que celui de Le. est ordinairement plus hébraïsant. Un examen plus détaillé appartient au commentaire de Mt.

III. D'ailleurs en dehors de la question de la dépendance, ou des passages parallèles, on peut se faire une idée de la langue particulière de Le. en notant les tournures ou les mots qu'il emploie seul ou plus souvent que Μο. et Mt. C’est ce qu'a fait très bien Hawkins, dont

ÉVANGILE SELON SAINT LUC. k

CXIV INTRODUCTION

on pourra consulter les listes (1). Nous notons ici les faits les plus remarquables.

Parmi les constructions grammaticales : |

4) L'optatif. Au premier siècle de notre ère, l'optatif était tombé en désuétude, surtout dans la langue parlée. Il reparaît dans les papyrus vulgaires au 11° siècle, mais, au temps des évangiles, c'est l'indice d’une certaine culture (2). Aussi tandis que Mt. ni Jo. n’en fournissent aucun exemple, et Μο. un seul (χι, 14), on en trouve 11 cas dans Le. L'optatif de désir positif était surtout hors d'usage : on le trouve dans Le. 1, 38.

‘Avec la négation il était demeuré fréquent dans la formule μὴ γένοιτο (Le. xx, 16), qui revient 14 fois dans S. Paul. A côté de cet optatif essentiel, les Attiques employaient ce mode dans plusieurs tournures élégantes. Dans Le. on le trouve avec ἄν (1, 62; νι, 11; 1x, 46; xv, 26) ou sans ἄν mais seulement sous la forme εἴη (1, 29; xx, 45; viu, 9; xvux, 96; xx11, 29), et jamais dans une phrase conditionnelle subordonnée, trait distinctif des Atticistes. Moulton qui a comparé cet usage à celui des papyrus a conclu qu'il était littéraire, mais non artificiel (3).

2) L’attraction du relatif. Le relatif prend le cas du substantif qu’il représente au lieu de celui qu’exigerait le verbe dont il dépénd. Cette tournure était populaire aussi bien que classique. Encore est-il qu'on ne la trouve que deux fois dans Mt. (αντ, 19: xx1v, 50) et une fois dans Μο. (ντ, 19), mais beaucoup plus souvent dans Le. et dans Actes, comme dans Paul, Heb. et Jo. Elle a donc incontestablement dans le N. T. un aspect littéraire. C’est surtout le cas (4) lorsque le substantif est comme englobé dans la phrase relative, 1, 20; τῇ, 19: χι, 40; x1x, 87. Les autres cas sont 1, 4; 11, 20; v, 9; 1x, 36. 43; χπ, 46; xv, 16: Χχπι, 41 ; χχιν, 95. I n'y a pas cependant d'exemple d'aitractio inversa dans Le.; sur 1, 73 cf. Commentaire.

3) Hawkins a noté δὲ καί, dans Mt. X, 30; xvitt, 17; xxv, 24; dans Μο. x1v, 31 (leçon douteuse); xv, 40, mais très souvent dans Le. 11, 4: 111, 9. 49; 1v, 41; v, 10. 36; τι, 39; 1x, 61; x, 32; χι, 18; κ, 54, 57; x1v, 19; νι, 4. 22; xvrnr, 9; x1x, 19: xx, 11. 13. 31; xxr, 16; xx11, 24; ΧχΙΗ, 32. 35. 38. Les Actes n'offrent que 9 cas. Les grammairiens n’expliquent guère cette alliance de mots, et il ne semble pas qu'elle aït de valeur par ellemême. Luc emploie volontiers καί dans le sens de « aussi » (par exemple x, 41. 11. 90. 37), et il l’a mis souvent après dé, parfois sans autre portée que d'appeler l'attention sur le mot suivant.

αὐτός peut s’employer en grec comme sujet lorsque ce sujet est forte-

(1) Horae synopticae, p. 15 88.

(2) Rademacher, p. 128 58.

(4) Blass-Deb. ? 294, 5.

LA LANGUE DE LUC. ο CXV

ment en vedette. Ordinairement Le. dit αὐτὸς δέ (1v, 30; v, 16: vi, 8; vrur, 54; κι, 17. 28; χχιῃ, 9) qui s'applique à Jésus (xvur, 39 l’aveugle de Jéricho). Mais de plus Το. emploie souvent καὶ αὐτός dans des cas où il n'est guère qu'un sujet ordinaire, usage qui est devenu normal dans le grec moderne, mais qu'on ne signale pas dans le grec d'alors (1). Hawkins et Schmiedel (2) reconnaissent le même nombre de cas, mais non pas exactement les mêmes. Voici ceux que nous retenons : Après καὶ ἐγένετο (de Jésus) v, 4; vin, 1. 22; 1x, 51; xvir, 11. Autres cas, de Jésus 1, 23; IV, 45; v, 14. 17: vi, 20; x, 38; xx1v, 925. 28. D’autres personnes : 1, 2 (Zacharie); 11, 98 (Siméon): xv, 24 (le riche); xvit, 13 (αὗτοί les lépreux); ΙΧ, 2 bis (Zachée); xxiv, 44, (les deux disciples). Cas douteux : xr, 14; χν, 14; xxiv, 45. 36, où il peut y avoir une certaine emphase.

Le καὶ αὐτός--- « il » ne se trouve encore que dans Μο. vi, 29 et peutêtre dans Μο. x1v, 45; Mt. πιν, 2. Ce n'est ρᾶς une tournure hébraïque (3) — si ce n’est peut-être après καὶ ἐγένετο, auquel cas 16 sémitisme porterait sur καὶ et non sur cet emploi de αὐτός, — car ΝΊΠ en hébreu n’est sujet que pour marquer une certaine emphase, « lui-même, pas d’autre que lui ». Dans ces cas les LXX ont rendu quelquefois οὗτος (Gen. xv, 4) ce qui était parfaitement grec, ou bien αὐτός (Jud. vit, 4; Is. xxx1v, 17). Mais ces cas ne sont pas fréquents, et nous avons vu que Le. exprime l'emphase par αὐτάς δὲ. L'araméen emploie plus volontiers 17 comme sujet, et cependant les versions syriaques n’ont souvent pas donné d’équivalent au xal αὐτός aiténué, comprenant bien qu'il ne comportait pas d'emphase. C’est donc un trait particulier du style de Le. qui ne reparait pas dans les Actes. Si l’on tient compte de la double série de l'emploi de αὗτός on conclura que c'était une manière de mettre en relief la personnalité de Jésus, manière qui pouvait s'étendre par analogie et par habitude à quelques autres personnes.

ἄνθρωπε. Le. v, 20; χτι, 14; xx, 58. 60. Et dans Rom. τε, 1. 3; 1x, 20 et Jac. τε, 20 (avec une épithèie), Ν. T. — Dans x11, 14 et dans l'addition du Cod. D à Τι. vi, 5, cette interpellation, comme dans Paul, rappelle l'argumentation animée si fréquente dans Épictète. |

εἶναι avec le datif. Ce qui appartient à une personne est le sujet du verbe, et la personne est au datif. Le sens est : cette personne a ou n’a pas (κ. G. ur, 1, p. 446) : Le. 11, 7, vi, 32. 33. 34; vir, A; vu, 90. 42: τα, 13. 38; x, 39; xx, 24. Celte tournure appartient certainement aux élégances de Lc.; elle se retrouve dans les Actes et dans Mt, xvir, 12 avec γίνεσθαι. Dans 165 autres cas cités par Hawkins, Μο, χι, 23. 24; Mt. xxx, 45; xvi, 22 le sens est plutôt : « cela arrivera », et il en est presque ainsi

(1) Un seul cas chez les Alticistes, Scnuip Im, 66 s. (2) P. 41; p. 195 9.

(3) Contre PLUMMER, Ρ. LxI.

CXVI INTRODUCTION

dans les cas où Le. a le futur 1, 14. 45; 11, 10; x11, 20; xiv, 10 comme dans Mt. x1x, 27.

εἶπεν où ἔλεγεν (ou le pluriel). D’après la portée des temps, l'imparfait convient mieux au début du discours, l’aoriste à la fin : of δὲ Ἀθηναῖοι ἔλεγον τοιάδε (Thuc. 1, 72) et τοιαῦτα δὲ of Ἂ. εἴπον (K.-G. τι, 4, p: 144). Moins strictement, l’imparfait indique le développement que va prendre le discours, l'attitude de celui qui enseigne, tandis que εἶπε précédera de courtes sentences ou servira pour des réponses, fussent-elles très longues. Ces nuances semblent avoir échappé à Μο., qui emploie si volontiers l’imparfait dans son style mouvementé et qui met εἴπεν avant un enseignement relativement étendu Mc. τι, 19 (1) etc. Luc, au contraire, a constamment employé l’imparfait quand l’orateur va donner un enseignement important : 1, 7. 44 (Jean-Baptiste); ensuite de Jésus : v, 36; vi, 20; 1x, 238; x, 2, χα, 54; χηι, 6. 18; x1vV, 7. 12; xv1, À; XVIII, 1; xxI, 10 (2), quoique ἔλεγεν se trouve aussi avant des paroles brèves, mais alors l’imparfait a sa raison d’être, τν, 22; vi, 5: xvi, 5; χχητ, 34. 42. D'autre part εἶπεν se trouve avant de vrais petits discours, mais ou bien avec παραθολήν VI, 39; xv, 8; XVIII, 9, ou bien au cours d’un entretien xIv, 46; xv, 11 ; xx1, 8.

ἐξέρχομαι était construit chez les classiques avec le génitif. Mc. et Mt. mettaient le plus souvent & avant ce génitif; Le. jamais. Il emploie toujours ἀπό, le plus souvent à propos des démons qui sortent 1v, 35 bis. 41; v, 6; vit, 2. 29. 33. 35. 38. 46; χι, 24: ou pour sortir d’une ville 1x, 5; xvit, 29, comme dans Μο, χι, 12. On sait que ἀπό a toujours été en augmentant jusqu’à supplanter ἐξ. Dans ce cas cependant Le. a peut-être vu une élégance à ne pas répéter la préposition qui figurait dans le verbe composé. Les deux usages se trouvent dans les Actes. ἔχω avec l’infinitif, manque dans Mc., et dans Mt. seulement xviri, 25. Luc l'emploie d’une façon variée : « avoir quelque chose à dire », classique et Cic. : habeo dicere : ντι, 40 ; Act. 1v, 14; xxtrt, 17. 18. 19; xxv, 26; « avoir de quoi » vit, 42; x1v, 14 (c’est le cas de Mt.); « pouvoir », χι, 4. Le sens de « devoir » xu1, 50 est plus moderne. | © καλούμενος pour indiquer le nom d'un lieu ou d’une personne ou un surnom est parfaitement grec. Si Μο. et Mt. ne l’emploient pas, c’est qu'ils se sentent chez eux en Palestine et parmi les Palestiniens. La fréquence de ce mot dans Le. vi, 15; vis, 141: vaux, 23 1x, 40; x, 39; xx, 2. 29; xx1, 37; XXII, 3; XXII, 98 (et souvent Actes) indique qu'il fait les honneurs d’un pays étranger. Cf. Élien, ΝΑ, 11, 6; πι, 4; νπι, 43 où καλούμενος est toujours avant comme dans Le. tandis qu'il se trouve après dans Hér. et Thuc.

(1) Dans v. 84 Le. conserve le εἶπεν de Μο. n1, 19, mais dès le v. 36 il met un ἔλεγεν δέ,

Dans Mec. vin, «3ᾷ εἶπεν, mais Le. 1x, 25 ἔλεγεν. (2) Avec plus de solennité encore : ἤρξατο λέγειν VII, 24; χι, 29; x, 1; XX, 9.

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