LUC HISTORIEN RELIGIEUX. ΟΑΧΧΠΙ
nous à fait connaître son intention et l'Église a jugé qu'il l'avait exécutée en toute droiture.
Ce contrôle, nous ne pouvons plus l'exercer directement. Mais on peut dire, sans paradoxe, que la critique moderne nous a donné quelques avantages en établissant la dépendance de Luc par rapport à Marc et une autre source écrite. Ce n’était pas son intention. Elle prétendait avoir mis le quatrième évangile hors de cause. Restaient les trois synoptiques. Mais Le. et Mt. dépendaient de Μο. pour les faits, d’une autre source pour les discours. Aux diseours les théologiens critiques étaient indulgents. Libre à chacun d'en faire son profit en les transposant, selon les idées modernes. Quant aux faits — c’est-à-dire aux miracles, — au lieu de trois témoins il n’en restait plus qu'un, le seul Marc, bon artisan, ou bon paysan, en tout cas crédule, et sans autorité.
. Cette réduction arithmétique est trop rudimentaire. Il est permis de
raisonner autrement dans l’hypothèse de la dépendance de Luc par
rapport à Marc. Luc s’est servi de Marc, soit! Mais c’est après lui avoir
appliqué l’acribie de la critique grecque. Et il l’a jugé solide. Nous ne
pouvons que lui donner raison, puisque Mare, disciple de Pierre, a repro-
duit ce que celui-ci enseignait du maître, ayant vécu dans son intimité,
capable de faiblesse, incapable d'artifice. Il y a plus. Luc, quand il suit . Μο., se montre très fidèle. Il reproduit exactement la substance des faits.
Sa méthode est la même quant à la teneur des discours. Nous constatons
qu'il suit de très près ses sources; tout en s’en servant librement, iln’en
altère pas le sens. Il est juste de supposer qu'il a traité de la même façon
ses autres sources, écrites ou orales. Luc conserve donc toute sa valeur personnelle d'historien qui a contrôlé Marc. L’appoint qu'il α fourni a été jugé par lui de la même valeur, et il a dû en faire usage avec le même souci d’exactitude.
Pour récuser son témoignage, il faudrait l'avoir pris en défaut. Que lui reproche-t-on ?
D'après Harnack, ce médecin — car il tient à Luc et à Luc médecin — était un adepte de la magie! Il est encore plus contradictoire de lui attribuer en même temps une crédulité « colossale », et le plaisir de conter des fables (4), car le conteur sait qu’il en conte. Aussi nous ne saurions, nous, concilier la crédulité et le don du fabuliste dans l’affirmation « colossale » de ce savant, au nom de la science allemande, que l'Allemagne n’a pas violé la neutralité de la Belgique. D'ailleurs Harnack ne s’est expliqué à fond sur aucun de ses deux griefs.
Renan ne s’est pas non plus donné la peine d'approfondir l'accusation d'insincérité, qu'il lance si légérement : « S’est-il fait scrupule d'insérer dans son texte des récits de son invention, afin d’inculquer à l'œuvre de
(1) Seine Magie, seine kolossale Leichiglüubigkeit.… Lukas, p. 116, note 1.