CXXXIV INTRODUCTION
Jésus la direction qu'il croyait la vraie? Non certes (1) ». Mais les textes alléguës comme preuves d'un grief si grave établiraient tout au plus que Luc était un rédacteur négligent et mal informé. Et encore! Renan parle « des répétitions, des contradictions, des incobérences venant des documents disparates que le dernier rédacteur cherche à fondre ensemble », et cela dans la même page où il vient d'écrire : « L'art de l'arrangeur n’a jamais été plus loin (9). » En réalité ce qu’il signale en note par des chiffres c'est ce que nous avons nommé des doublets, c’està-dire des répétitions qui ont ordinairement une portée distincte. Le seul exemple de prétendue contradiction est la maxime à deux faces 1x, 50 et χι, 23 (3).
De plus Renan a noté les « erreurs » de Luc. Elles touchent Quirinius,
ία, 2), le sacerdoce d'Anne et Lysanias (111, 2), la distance d'Emmaüs (xx1v, 43). On voudra bien se reporter à ces endroits. Nous y défendons l'exactitude de Luc, mais sa véracité ne serait pas mise en question quand il se serait trompé, et il eût pu se tromper sur un synchronisme avec la grande histoire sans avoir été un enquéteur moins attentif des faits dont la réalité fondait l'histoire du salut. ”. Luc aurait aussi manqué de sincérité en ménageant les Romains dans l'histoire de la Passion. S'il a eu cette intention, il aura donc ménagé les Romains autant qu'il le pouvait sans sacrifier la vérité historique, car il concorde exactement avec les autres évangélistes sur les faits.
Tout récemment M. Nicolardot a groupé assez habilement tous les griefs qui tendent à prouver que Luc prend avec ses sources « mille et une libertés, dans l'intérêt de l'idéalisation, religieuse ou littéraire » (4). Luc n’a plus écrit « le plus beau livre qu'il y ait », comme disait Renan (5), mais il a des prétentions artistiques qui ont fait tort à l'historien. C'est par là que l'attaque débute, pour nous mettre peu à peu en défiance. On reconnaît ici le procédé d’un mauvais président de cour d'assises : qui a dérobé un pain pour vivre était déjà sur la voie de l'assassinat! C'est ainsi que Luc « stimule le jeu du dialogue par des questions artificielles et des changements d'interlocuteurs » (6). Cà et là le critique est porté à reconnaître la main du rédacteur (7). Et voici qui serait plus grave, quoique l'accusation suggère déjà l’excuse, non sans quelque perfidie : « Qu'on se prête à regarder l'évangile comme un drame. Qu'on lui demande ce qu'on demande au drame, le grossissement
{1} Les évangiles, 2° éd., p. 261.
(2) Op. laud., p. 268.
(8) Voir le Commentaire.
(4) Les procédés de rédaction des irois premiers évangélistes, Paris, 1908, p. 115. (6) Les évangiles, p. 283. ‘ (6) NicoLaRDOT, 0p. laud., p. 116.
(7) Op. laud., p. 129.