‹ Evangile selon saint LucChapitre 61 sur 300 · LUC HISTORIEN RELIGIEUX. CXXXVII · texte numérisé non relu

LUC HISTORIEN RELIGIEUX. CXXXVII

surnaturel trop dépendant d’un moyen matériel. Ge scrupule n’a pas arrêté Jean (1x, 5-6), l’homme de l'Esprit. D'ailleurs qui empéchait Le. de retrancher la circonstance de la salive? S'il a préféré taire le tout plutôt que de modifier une circonstance, quelle preuve plus sensible peut-on exiger de son exactitude ?

Six miracles de plus, avec d'autres en | moins, c’est vraiment bien peu, surtout si l’on considère que Le. a dix-huit paraboles qui lui sont propres.

9, Le Christ.

Le Christ de Μο., Jésus de Nazareth, c’est le Fils de Dieu. Celui de Le. ne pouvait être davantage. Il est incontestable cependant que Le. contient, en plus de Μο., des indices très remarquables de la foi des chrétiens.

a) C’est d'abord l'usage, inconnu à Μο. (1) et à Mt. de nommer Jésus « le Seigneur » dans la narration : vit, 13. 19; x, 1. 39. 41; χα, 42; ΧΙΠ, 45: xvu, 5. 6; vint, 6; xix, ὃς xx, 61395, 11 faut reconnaître ici un fait de Luc écrivain, et de plus une indication sur l’usage des chrétiens qui s’habituaient à nommer Jésus-Christ « le Seigneur ». Peut-être pourrait-on ajouter que cet usage se développa plus facilement chez les gentils, mais il ne faut pas oublier qu’il est constant dans Paul, et qu'il se retrouvera dans Jean (Jo. 1v, 1; vi, 23; χι, 2; xx, 20; xx, 19).

Il n’y a donc sûrement là rien de systématique; ce n'est pas un procédé employé par Lc. pour grandir Jésus dans l'esprit des gentils. Η faut plutôt reconnaître que de très bonne heure les fidèles donnèrent à Jésus un titre qui n'appartient qu'à Dieu dans la Bible grecque. Jésus lui-même se l'était attribué (πι, 3; cf. Mt. xxx, 8) en renvoyant ses interlocuteurs à l'autorité de David (Μο. χιτ, 37; Mt. xx11, 43; Le. xx, 44).

b) Jésus est nommé « Sauveur » [σωτήρ) par l'ange (n, 11) s'adressant aux bergers. Le bénéfice de ce salut est étendu à tout le monde dans Jo. 1v, 42, mais Le. lui donne sa physionomie dans l’ancien horizon israélite (cf. Jud. m1, 9 etc.), comme il convenait au début de l’évangile. La propension des hommes du temps à saluer les rois comme sauveurs, surtout les Césars, donne à cette épithète une saveur spéciale dans Luc; elle revenait nécessairement au Christ comme auteur du salut (σωτηρία), terme également étranger à Μο. et à Mt., mais bien connu de Paul {1 Thess. v, 9 etc.).

c) Le nom de Christ ne fait presque aucun progrès, quoiqu'il figure si souvent dans Paul.

Luc ne l'emploie guère que dans le contexte de Μο. : 1v, 44 — Μο. 1,

(1) Sauf xvr, 19. 20.

οχκχνπι INTRODUCTION.

343 1x, 20 — Μο. vin, 90: xx, 41 — Μο. χι, 35; xxu, 67 — Μο. x1v, 61; xxXIU, 35-39, cf, Mc. xv, 32. En dehors de ces cas, tout naturellement dans l'accusation des Juifs (χχΠι, 2), et dans l'échange d'idées au sujet du Baptiste (πτ, 15). Il reste 11, 14. 26 et xx1v, 26. 46 qui établissent l'accord des Écritures avec le fait de Jésus. Il était le Christ dès sa naissance comme sauveur (1, 11) et il fut reconnu tel par Siméon (11, 26). Mais de penser qu’il est devenu Christ au baptême, c'est une conception étrangère à Le. comme à toute l'Écriture, et que les modernes ont empruntée à l'hérésie de Cérinthe. L’Emmanuel d'Isaïe était le signe de Dieu dès sa naissance ou plutôt dès sa conception. C'est ce que Mt. a touché directement (1, 22). |

Luc l’a dit plus clairement dans l’Annonciation de l'ange à Marie (1, 50 ss.), mais sans prononcer le nom de Christ. :

d) Ce silence fait sur le nom de Cbrist est la meilleure preuve que le secret messianique de Mc. n’était point une invention arbitraire. Manifestement Jésus n'a point voulu être reconnu comme le Messie, en dehors de ses apôtres, quoiqu'il ait accepté, avant de mourir, le petit triomphe des Rameaux. Le nom de Messie, qui suscitait des espérances trop . nationales, est remplacé dans la bouche de Jésus par celui de Fils de l'homme. Ce vocable paraissait fait à souhait pour l'aniversalisme humain de Luc. Et cependant tandis que Μο. l’emploie quatorze fois, Mt. trente et une fois, on ne le trouve que vingt-quatre fois (4) dans Le., et presque jamais dans des parties tout à fait propres, sauf xvur, 22; xvitt, 8; xix, 10: xxr, 37; xx1v, 7. Aussi a-t-il le même sens que dans Me. C'est bien une désignation messianique ; elle s'applique à la personne de Jésus, investi par son Père d’une puissance supérieure à la Loi (ντ, 5), qui s'étend à la rémission des péchés (v, 24), mais qui est soumis au programme tracé par Dieu de souffrir et de mourir (1x, 22) avant d'être glorifié (xx1v, 1). La formule est plus stéréotypée que dans Μο. en ce sens seulement que la traduction de Fils de l'homme par « l’homme » est plus nettement exclue dans vi, 5 que dans Μο. 1, 275.

e) Le Fils de Dieu. Dans Μο. Jésus est reconnu pour le Fils de Dieu par les démons (πα, 14: v, 7), par le centurion (αν, 39); il s’est reconnu tel (κι, 32; x1v, 61) et a été reconnu tel par la voix du Père, au baptême (1, 14) et à la Transfiguration (κ, 7). Luc omet le cas du centurion et le texte xrrr, 32; distingue plus nettement le titre de Messie et celui de Fils de Dieu {xxur, 70); pour le reste il s’en tient à Μο., et ajoute seulement à l’Annonciation que Jésus sera nommé Fils de Dieu (τ, 35). Vraiment on ne l’accusera pas d’avoir abusé de ce titre pour attirer l'attention sympathique des gentils! Ἡ en aurait plutôt atténué l'effet par sa formule à la Transfguration (cf. sur 1x, 35).

(4) Dont il faudrait retrancher 1x, 56, qui n’est pas authentique.

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