‹ Evangile selon saint LucChapitre 62 sur 300 · LUC HISTORIEN RELIGIEUX. | GXXXIX · texte numérisé non relu

LUC HISTORIEN RELIGIEUX. | GXXXIX

Μί., qui écrivait pour les Juifs, ajoute à Mc. la confession de Pierre xvi, 46, celle des témoins d’un miracle (xrv, 33), et, ainsi que Le. reconnaît la filiation divine à la naissance par la citation d'Osée (Mt. nr, 15). Il est donc bien clair que Le. n’a pas essayé de s'appuyer sur les dispositions des païens à accueillir une filiation divine plus aisément que les Juifs.

f) Cependant on l’accuse, lui ou même un rédacteur postérieur, d'avoir introduit dans l’évangile primitif le thème de la conception virginale, qui aurait été imaginé parmi les gentils. L'opinion saugrenue de l’origine païenne du dogme (1) est suffisamment tenue en échec par la simple remarque de Harnack (3) que le dogme aurait pu évoluer dans un milieu judéo-chrétien : Primo : Rom. 1, 4, Jésus est Fils de Dieu selon l'Esprit, υἱὸς θεοῦ κατὰ πνεῦμα. Deuxième pas : La Transfiguration commentée dans cesens. Troisième pas : Le Baptême, avec la leçon ἐγὼ σήμερον yeyévvnxé σε. Mais — sans discuter ici cette leçon — on pourraït aussi bien partir du baptême pour aboutir à Romains 1, 4. Et à vrai dire la conception virginale était un mystère qu'on ne pouvait connaître que par Marie. C'est cette voie du témoignage que Lc. a suivie, et cela est beaucoup plus plausible que le succès universel de raisonnements qui ne s'imposaient pas, et dont l’évolution est fantaisiste.

L'avantage de Le. c’est d'avoir été informé de ce qui regardait la Mère de Jésus; son intervention s’est bornée à écrire, car le dogme était le bien commun de l’Église (Μί.τ, 18-95).

g) Une autre addition de Le. à Μο., c'est la parole de Jésus sur la connaissance réciproque du Père et du Fils (x, 21-22). Personne ne méconnaît l’importance de ce qu’on a nommé : un bolide tombé du ciel de Jean, qu'il faudrait dire plutôt un bloc demeuré isolé de l'enseignement de Jésus sur sa personne.

On voudra bien se reporter à cet endroit, qui résiste à tous les assauts. Or c’est si peu l’œuvre de Luc et l'indice d’un progrès de sa Christologie, qu’on le trouve dans Mt. (χι, 25-27), de sorte que, même dans la théorie des deux sources, il appartient au plus ancien fond de la tradition, fixée par l'écriture avant même que Mc. ait écrit. Aussi bien Μο, χι, 32 le suppose.

Que reste-t-il donc de propre à Το. qui ait grandi l'image surnaturelle de Jésus? Harnack (3) cite assez étourdiment comme un progrès dans le sens de Jean que Jésus connaissait les pensées avant qu'elles fussent exprimées : νι, 8. Il eût pu ajouter v, 22; 1x, 47 et constater ainsi une tournure bien propre à Le., dans l'emploi du mot διαλογισµός, Mais la

(1) On nous excusera de renvoyer à RB. 1914, p. 60 ss.; 189855. (2) Neue Unters. sur Apostelgeschichte... p. 100. (8) Lukas. Ῥ. 158.

ον | IN TRODUCTION.

chose est dans Μο. 11, 8 avec le verbe au lieu du nom. De même pour Vill, 46.

Notons plutôt avec le même Harnack le fait que Jésus ait échappé à ses ennemis d’une manière surnaturelle (1ν, 29 s.).

Et ne dirait-on pas plutôt que Luc recule sur la Christologie de Marc, lui qui a montré le Sauveur en agonie et consolé par un ange? Nous ne rougissons pas de cette faiblesse, comme certains chrétiens anciens qui ont sans doute pour cela omis le passage (χχπ, 43. 44). Un pareil trait prouve à l'évidence combien peu Luc cherchait de parti pris à rehausser la gloire du Christ aux dépens de la vérité.

Mais du moins Le. aurait montré sa tendance à l'apologie par le silence. Il a omis la nescience du Fils relativement au grand jour (Me. χιτ, 32; Mt. xx1v, 86). — Il est vrai, et en même temps manqué l’occasion de placer le Fils au-dessus des anges ! Nousreviendrons sur ce texte, Ἡ a omis encore : la recherche des parents de Jésus qui le regardent comme hors de lui (Μο. τη, 21) et ce que disent les gens de Nazareth de Jésus, le charpentier, dont on connaît les frères et les sœurs (Mc. vi, 3); qu'il n’a pu faire de miracles à Nazareth (Μο, vi, 5 s.); qu'il s’est plaint à Dieu de l'avoir abandonné {xv, 34).

Nous désirons aborder ce point en toute franchise, aussi nous ne prétendons pas nier que Le. se soit inspiré dans ces cas d’un certain opportunisme, précaution très légitime d’un écrivain qui prévoit un cercle donné de lecteurs. En reproduisant l'opinion presque injurieuse des. parents de Jésus, Mc. était bien éloigné de la prendre à son compte. Rien n'indique qu'il prenne davantage à son compte les propos des gens de Nazareth. Il a tout reproduit tel quel, et ajouté ces autres traits. La foi de l’Église offrait un sûr correctif à ceux qui auraient été tentés de les interpréter mal. Pour des Sémites, le terme de frères et sœurs se prenait naturellement dans un sens large; l'impuissance, la nescience exprimées absolument pouvaient s'entendre d’une façon relative; un juif ne se croyait pas obligé de souligner que la parole sur l'abandon était une citation d’un psaume se terminant en gloire.

Mais on s'explique très bien que Luc, s'adressant à des gentils, spécialement à des Grecs enclins à la discussion et à la critique, n’ait pas fait naître pour eux ces difficultés. Sa conscience d’historien lui interdisait de truquer les textes, son goût de la clarté sans surcharges le mettait en garde contre l'addition de gloses. Comme dans beaucoup d'autres cas déjà signalés, il a pensé que le passage du sémitisme au monde grec se ferait mieux par le silence sur des points difficiles à entendre, trop divins pour être atténués. Si l’on voit dans ce fait plus de prudence que de hardiesse, plus de modération que de profondeur, plus de goût pour un dessin net que pour la couleur, on aura seulement rappelé les traits du tempérament de Luc. Sa sincérité n'est point en cause. Aussi a-t-il

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