Le royaume et le règne de Dieu
a) Comme Mt. et comme Mc., Lc. connaît le royaume de Dieu de l’audelà, où l’on est admis, où l'on entre, qui est préparé par le Père, et qui est synonyme du ciel (vi, 23; χτι, 33). |
Voici les textes qui semblent devoir s'entendre de ce royaume :
Le. vi, 20; Χα, 32 s.; ΧΠΙ, 28 5. Dans xvart, 15-17 (cf. Μο. x, 19-16), la βασιλεία est d'abord une grâce offerte, puis le lieu où elle conduit. De même à propos du riche (Le. ΧΥΤΗ, 24), le royaume est synonyme de la vie éternelle ; on l’obtient en se consacrant à procurer le règne de Dieu (xvin, 29); cf. Μο. x, 17-30; Mt. x1x, 16-29. Encore x1v, 15, suivi de la parabole du festin où le royaume est comparé à une salle; cf. Mt. χχττ͵ 2-10. Enfin dans Le. xxt11, 42 le royaume est le paradis. Ce dernier texte est le seul où le royaume ait le sens eschatologique et pour.ainsi dire territorial dans un texte tout à fait propre à Le. Les autres endroits sont plus ou moins parallèles à Mt. ou à Mc.
b) Aussi le sens le plus ordinaire dans Lc. est celui d’empire ou de . domination de Dieu sur les hommes, du nouvel ordre de choses i inauguré par la présence et par l’action de Jésus :
Le. τν, 43; γι, 4; 1x, 2. 11. 60. 62; x, 9. L’avènement de ce règne est suggéré par la chute de Satan (x, 18), et exprimé positivement encore à l'occasion de la défaite des démons; il résulte de ces exorcismes que le règne de Dieu est commencé (ἔφθασεν, ΧΙ, 20). C’est là une notion des plus importantes, mais elle est déjà exprimée dans Mt. (χτι, 28) par le même terme. Elle se retrouve dans χντι, 20, jointe à cette autre note non moins expressive, que le règne de Dieu ne vient pas comme un événement que l'on guette, et dont par conséquent on puisse dire avec l'évidence d'un fait naturel : il est ici ou là. Il est déjà là, mais il faut savoir le discerner. Les faits de vocation déjà cités (τε, 60.62) indiquent même qu’on peut coopérer à son accroissement. Dans un certain sens il est donc à venir. Aussi faut-il demander qu'il vienne (xr, 2). De même que le nom de Dieu est saint, le règne lui appartient. Mais le fidèle doit demander que son nom soit sanctifié parmi les hommes et que son règne soit reconnu d'eux, arrive. La parabole du grain de sénevé et celle du levain aident à comprendre ce progrès, le développement extérieur du règne de Dieu et son action (xr1r, 19-24).
(4) Nous avons parlé plus haut (p. Όχι: 5.) des différences entre Το. et Μο. sur les sentiments humains de Jésus,
CXLIT | INTRODUCTION.
Jésus α même indiqué le moment précis où le règne de Dieu est entré dans une phase nouvelle. La prédication de Jean-Baptiste est dans le cadre de la Loi et des prophètes; mais désormais, non seulement le règne de Dieu est annoncé ; on y entre par des efforts généreux (xvri, 16); aussi est-ce un nouvel ordre supérieur à celui du Baptiste (vir, 28).
Les choses ne seront pas changées, même lorsque Jésus se sera éloigné. Cette leçon est donnée dans la parabole des mines, destinée à corriger l’erreur de ceux qui attendaient une manifestation prochaine (ἀναφαίνεισθαι) du règne de Dieu (x1x, 12-27). En l’absence du maître, ses serviteurs devront se servir vaillamment des ressources qu'il leur aura confiées et travailler pour lui. On comprend ainsi comment Jésus a confié à ses Apôtres les mystères du royaume {vrir, 10). Leur prédication fera suite à la sienne. Il y aura seulement cette différence, c’est que le mystère sera alors expliqué; ce qui se disait dans les celliers se dira sur les toits (Χη, 8).
Tous ces textes se concilient donc aisément. Mais alors comment entendre ceux qui parlent du règne de Dieu comme tout à fait à venir, et non seulement au temps de Jésus (1x, 27), mais encore après sa mort ίαχι, 31)? Le premier est parallèle à Mc. 1x, 4; mais, en supprimant ἐληλυθυῖαν ἐν δυνάµει, Le. semble précisément avoir voulu présenter le
“royaume sans cet aspect éclatant et soudain contre lequel était dirigé la parabole des mines. Le règne de Dieu c’est l’évangile prêché ouvertement. Comment dès lors sera-t-il encore à venir quand les Apôtres auront préché, auront été mêlés à des événements terribles qui semblent bien être la prise de Jérusalem? C’est sans doute qu’il faut appliquer au règne de Dieu après la mort du Christ le même caractère que de son vivant. Il existe, mais il peut venir encore, se développer, et rien n'empêche d'admettre que certains grands événements ne lui donnent comme une allure nouvelle. Pour un disciple de Paul la ruine du Temple devait être un de ceux-là. C'était une délivrance (xxr, 28).
A plus forte raison la mort et la résurrection du Christ devaient être envisagées par Le. comme le moment de l'avènement du règne de Dieu. Tel parait être le sens de xx, 46 et 48. La dernière Pâque est la figure des réalités du règne de Dieu. Jésus ne mangera plus, ne boira plus avant que soit arrivé ce règne. Or dans Le. xx1v, 43, Jésus a mangé avec ses disciples après la résurrection. Luc aura donc entendu au sens littéral, selon son réalisme habituel, ce qui n'était peut-être pour Me. x1v, 95 (Mt. xxvi, 29) que la métaphore consacrée du banquet dans le royaume de Dieu.
D'ailleurs sa fidélité à reproduire les textes éclate en ceci, qu'ayant si bien compris la nature spirituelle du règne, coïncidant avec la prédication et la pratique de la parole, il ne lui pas enlevé son aspect messianique, on peut même dire israélite. C’est enveloppé sous la forme