‹ Evangile selon saint LucChapitre 67 sur 300 · Le Paulinisme de Luc · texte numérisé non relu

Le Paulinisme de Luc

La critique protestante ne reconnaît point dans l’auteur du troisième évangile un véritable disciple de saint Paul. C’est même la principale raison de ceux qui éliminent Luc, disciple authentique et compagnon fidèle de l'Apôtre des gentils. Un paulinien sincère n'eût point écrit de la sorte. Cet auteur, il est vrai, est imbu de l’universalisme de Paul: il propose à tous les hommes le salut en Jésus, mais son paulinisme est superficiel (Harnack); il est vidé de son contenu (Æolézmann), c'est-àdire de ce qui est l’essence même de la doctrine de Paul. Ce n’est pas sans une nuance de mépris qu'on voit toujours en lui — même en laissani de côté les exagérations de Baur — le pont qui conduit de la religion de Jésus à celle des Pères apostoliques et des apologistes, en passant à côté de la pensée profonde de Paul, incomprise jusqu’à Luther.

C'est ici un point décisif pour le protestantisme. M. Harnack l’a compris (1), ef, résolu à ne pas lui rompre en visière, il ne conserve le nom de Luc qu’en sacrifiant son honneur de disciple intelligent. Luc, moins paulinien que Marc, n'aurait gardé de Paul que sa notion la plus générale, mais c’est aussi ce que Paul avait de plus grand (2).

Distinguons plutôt le principe général, les conclusions qui en découlaient nécessairement, avec leurs applications pratiques, et les fausses déductions. |

Le point souverain du Paulinisme, c'est que Jésus est mort pour le salut des hommes; cette mort contient le pardon et procure le salut. Dans ces termes, le principe n'appartient pas à Paul, c’est la foi méme des chrétiens. Paul a montré que cette efficacité de la mort du Christ agissait dans le baptême et par la foi, ou pour mieux dire, c’est dans ses écrits que nous apprenons à connaître cette doctrine, elle aussi pätrimoine commun de l'Église (Rom. vi, 3), avant et après Paul. Son rôle propre a été de mettre en lumière cette même efficacité par rapport à la loi ancienne. La justice vient de Jésus-Christ. La Loi est incapable de donner la justice, il n’y a donc à en tenir compte que selon les circonstances. La Loi est désormais inutile au salut; elle est même un obstacle; on peut seulement la pratiquer encore parmi ceux qui sont

(1) « En enquêtant sur le rapport de Paul avec le judéo-christianisme, j’ai conscience de toucher un point qui est défendu par la critique avec tout le sérieux du protestantisme et avec jalousie. » Neue Untersuchungen,.….. p. 28.

(2) Lukas... p. 117.

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