‹ Evangile selon saint LucChapitre 68 sur 300 · LUC HISTORIEN RELIGIEUX. CXLIX · texte numérisé non relu

LUC HISTORIEN RELIGIEUX. CXLIX

nés Juifs pourvu que chacun reconnaisse d'où vient la justice donnée aux hommes par Jésus-Christ.

Enfin il est un dernier paulinisme, celui qui proprement est vidé de son contenu, c’est celui du protestantisme qui refuse le don réel de la justice, pour se contenter de l'imputation à l'homme, demeuré pécheur, de la justice du Christ.

On ne s’étonnera pas que ce dernier paulinisme soit complètement étranger à Luc. Bien plus l'évangile le combat par un constant appel aux œuvres, qui auront leur récompense : ἀνταποδοθήσεται γάρ σοι ἐν τῇ ἀναστάσει τῶν δικαίων {XIV, 14).

Luc n'avait pas à parler, dans l’évangile, des effets du baptême ou de la foi. Mais il n’a pas omis la solennelle déclaration du Christ surl’effet de sa mort. À propos du corps que le Sauveur distribue à ses disciples sous les apparences du pain il ajoute διδόµενον, « donné pour vous ». On prétend, il est vrai, que ces paroles ont été empruntées à Paul (I Cor. xr, 23-26), mais elles sont mêlées de traits qui sont dans les synoptiques, comme, à propos du sang : « répandu pour vous » τὸ ὑπὲρ ὑμῶν ἐκχυνόμενον (LC. xxIr, 20). Elles sont donc un patrimoine commun, et comme d'ailleurs elles font bien partie de l’évangile de Luc, c’est donc que Luc, comme tous les chrétiens, a retenu et transmis ce dogme capital, énoncé par le Christ lui-même.

Il est vrai que Le. a omis le mot précis de Jésus (Μο, x, 43; Mt. xx, 28), qu'il est venu « donner sa vie comme rançon pour beaucoup ». Cela vient peut-être de ce que tout ce point du service de Jésus a été renvoyé par lui à la Cène (xxu, 24-27). Il n'aura pas voulu répéter dans un nouveau contexte ce qui venait d’être dit si solennellement.

Quant à l’affranchissement de la Loi, s’il en avait fait un enseignement donné par Jésus en termes explicites, on ne manquerait pas de le mettre en conflit avec l’histoire. Luc se garde bien de rien dire des questions soulevées après la mort de Jésus; il ressort seulement de tout son évangile que les gentils sont appelés comme les autres : Jésus est le Sauveur des hommes. Tout en évitant une discussion rabbinique (Μο. νη, 1-23), Luc a reproduit la parole fondamentale de Jésus sur le peu d'importance des purifications (χι, 39 ss.). Qu'il y ait parmi les fidèles des judéo-chrétiens et des gentils, que les gentils soient soumis ou non à la Loi, que les Juifs de naissance soient autorisés à la pratiquer, ce sont des points qu'il retrouvera dans les Actes, où nous n'avons pas à le suivre.

Le paulinisme de Le. est donc ce qu'il devait et pouvait être dans l'évangile. Comme historien, Luc n'avait pas à y introduire les contro= verses plus récentes, et qu’il n’y en ait pas trace, cela prouve son objectivité. Pour lui il est clair que les gentils sont affranchis de la loi; ils n'ont même pas à s’ occuper des subtilités rabbiniques. C’est toujours la

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