L'AUTEUR DU TROISIÈME ÉVANGILE. DATE DE LA COMPOSITION. XV
Zahn a fait remarquer le caractère original des termes ἀπεριαπάστως (£ Cor. vit, 35), ἀγύναιος, &rexvoc. Ge qui me paraît encore plus décisif, c’est que le $ 3 fait évidemment allusion à I Tim. 1, 4-6, par l'association des mythes et du mot rare ἀστοχῆσαι τῆς ἀληθείας, qui rappelle ἀστοχήσαντες de Paul. Ilest vrai que l’ancienne versionlatine a excidentes (Vg. aberrantes), et qu'un Latin a donc pu écrire exciderent. Mais l’ancienne latine comme la. Vg. lisaient aedificationem οἰκοδομίαν et non οἰκονομίαν, c'est donc directement du grec qu'est venu le récit τῆς οἰκονομίας de notre prologue, dont le latin a été embarrassé : omnem disposilionem narratione sua exponere. Notez aussi que παρειλήφαμεν qui met subitement en scène les lecteurs s'explique comme un emprunt à Irénée : plurima enim et magis necessa- “ria evangelii per hunc cognovimus, sicut Toannis generationem.…. (Π1, xrv, 8; Zahn). Le latin a arrangé les choses : sumpsil exordium. Zahn a corrigé le latin pour lui donner un sens : necessariam... nativitatem. Mais les trois témoins latins ont conservé le féminin necessariam sans savoir qu'en faire, puisque ensuite ils ont : ἆ nativitate. Un seul mot αρχη dans deux sens un peu différents est une élégance que le latin a rendue par principium et initium. Enfin ne tudaicis fabulis desiderio tenerentur est peu exact pour des convertis de la gentilité. Les mythologies juives — quel que soit le sens de ce mot — auraient été plutôt une fâcheuse diversion, περισπᾶσθαι (Le. x, 40). Mais au $ 4 καταρτισµός doit s'entendre plutôt des personnes (Eph. 1v, 12) que d’une chose; c’est donc le latin qui a conservé la bonne lecon, l’idée étant tirée de Le. 1, 17. On eût pu dire que Jean communiquait au même esprit que le Christ, mais à la fin de la phrase πάθους est plus vraisemblable que πνεύματος (Zahn).
Plutôt que de traduire le prologue en français, on donne ici un texte éclectique d’après les trois mss., sans s’astreindre à leur orthographe, en prenant pour base le Corbeiensis, comme Zahn;
4. Est quidem Lucas Antiochensis Syrus, arte medicus, discipulus apostolorum. Postea vero Paulum secutus est usque ad confessionem eius. 2. Serviens Domino sine crimine, uxorem nunquam habuit, filios nunquam procreavit, Octoginta quattuor annorum obüt in Bocotia (4) plenus sancto Spiritu. 3. Joitur cum iam descripla essent evangelia per Mattheum quidem in ZTudea per Marcum in Italia, sancto instigatus Spiritu in Achaïae partibus [hoc descripsit evangelium] (2), significans per princi- Pium, ante suum (3) alia esse descripta, sed et sibi maximam necessitatem incumbere Graecis fidelibus cum summa diligentia omnem disposilio-
(1) Cet T Bithynia.
(2) D’après C et T Corb. hoc est descripsit eum evangelium, peut-être : hoc ipsum descripsit eum (ou totum) ευ.
(8) Ou plutôt avec C per principium suum antea alia….
XVI INTRODUCTION
nem (1) narratione sua exponere, propterea ne tudaicis fabulis desiderio tenerentur, neve haereticis fabulis et stullis sollicitalionibus seducti exciderent a veritate. A. Πίαφιε perquam necessariam statim in principio sumpsit (ab) Tohannis nativitate[m], qui (2) est initium evangeli, praemissus Domini nostri Jesu Christi et fuit socius ad perfectionem populi, item inductionis baptismi aique passionis socius. Cuius (3) profeclo dispositionis exemplum meminit Malachiel propheta, unus de duodecim. 5. Deinde ipse (4) Lucas scripsit Actus apostolorum. 6. Postmodum (5) Iohannes aposlolus scripsit Apocalypsim in insula Palmo deinde evangelium in Asia (6).
Si l’on admet que ce morceau à été écrit en grec, quoique le texte latin ait chance de rendre mieux 16 texte primitif que le texte grec nouvellement découvert, on ne peut même pas se poser la question de savoir si ce prologue n'aurait pas été expurgé d’après celui dont nous allons parler. C'est plutôt le prologue le plus développé qui sera le plus récent.
C’est ce dernier prologue latin, queM. Corssen (7) a déclaré monarchien, c’est-à-dire insistant sur l'unité divine jusqu’à compromettre la distinction du Fils (8). Voici le début de ce prologue d’après Wordsworth et
(4) Ce mot a géné les latins, tandis que οἴχονομία était familier aux Grecs dans le sens du plan divin de l’Incarnation. Aussi 0 a complété Christi in carne venturi, et "T a interprété : dispositionemque suae narralionis.
(2) Les trois ont quae.
(3) Corb. om.
(4) Corb. item, 1. deinde ipse.
(5) C. post hunc, qui paraît bien meilleur, évitant que ὕστερον soit suivi de μετὰ ταῦτα.
(6) In Asia, omis par le grec est tout à fait dans l'esprit du morceau.
(7) Monarchianische Prologe… (Texte u. Unters. xv, 1).
(8) Corssen a fortement exagéré le caractère monarchien de ce prologue, d'après le passage suivant immédiatement celui que nous citons dans le texte : Cuë ideo, post baptismum filii Dei, a perfectione generationis in Chrislo implelae, et repetendae a principio nativitatis humanae potestas permissa est, ut requirentibus demonstraret in quo adprehenderat (Cors. : adprehendens erat), per Nathan filium introitu recurrentis in deum generationis admisso, indispartibilis Dei (deus ut) praedicans in hominibus Christum suuwm perfecli opus hominis, redire in se per filium faceret (Cors. conjecture jacere) qui per David patrem venientibus iter praebebat in Christo. Ce texte est fort obscur. Trois mss. lisent Deus au lieu de Dei; deux y ajoutent wf, ce que nous lisons, car indispartibilis Dei ne peut être le génitif de generationis, déjà déterminé par recurrentis in Deum (contre Corssen) et ne peut s’entendre de ce qui suit. Dans ces conditions et en mettant la virgule après sum et non après hominis, nous essayons de traduire : « Et c’est pourquoi, après le baptême du fils de Dieu (en partant) de la perfection de la génération réalisée enfin dans le Christ, il lui fut donné aussi de la ramener au début des origines humaines, afin de montrer à ceux qui voudraient s'en enquérir, ce qu'il savait si bien, en se servant de Nathan fils (de David) comme d'une porte pour faire remonter à Dieu la génération, que le Dieu indi-