CHAPITRE PREMIER
KATA AOYKAN ΕΡΠΕΙΔΗΠΕΡ ΠΟΛΛΟΙ ἐπεχείρησαν ἀνατάξασθαι διήγησιν περὶ τῶν ‘Puisque plusieurs ont entrepris de composer un récit des faits
Le texte est à peu près celui de Hort et Westcott. Les divergences sont indiquées dans les notes (sauf pour l'orthographe et la ponctuation). Les notes sont pratiquement une collation de von Soden avec Hort; dans le cas où ils divergent, le texte de Tischendorf et celui de Vogels sont indiqués.
Titre. — Le titre de notre troisième évangile est κατὰ Λουκᾶν. Λουκᾶς passait pour être un abrégé du latin Lucanus. Tandis que la tradition latine africaine ‘ (Cod. Palat.) écrit cata Lucan, un certain nombre de mss. de l’ancienne latine’ d'Europe ont secundum Lucanum (Vindob. Vere. Corbei.). Zahn (Einleitung, , 336) a indiqué un Lucanus dans Cyprien (ep. 77, 3; 78,1; 79) et un Lucas dans Augustin (ep. 179, 4), mais il ne connaît personne qui ait porté ce nom avant l’évangéliste. |
Mais M. Ramsay a découvert en 1914 et 1912 près d’Antioche de Pisidie des inscriptions de l’époque romaine où Λουκᾶς est le nom familier d'une personne nommée Λούκιος, forme grecque de Lucius (Exypositor, 1912, déc. p. 504 ss.). La question reste ouverte de savoir si Lucius-Lucas était le prénom d'un citoyen romain, auquel cas Luc pourrait être un affranchi, ainsi nommé quand il reçut le titre de citoyen romain, ou si Loukios-Loukas était le nom grec unique d’un oriental ou d’un Grec.
1. 4-4. LE ProLoGue. — Le. a suivi la coutume, très répandue dans le monde grec, de dédier son ouvrage à quelqu'un par une phrase liminaire. Depuis
Lagarde on cite le début de Dioscoride, περὶ ὕλης ἰητρικῆς, 1, 4 : Πολλῶν οὐ µόνον ἀρχαίων ἀλλὰ καὶ νέων αυνταξαµένων περὶ τῆς τῶν φαρμάκων σχευασἰας τε καὶ δυγάµεως χαὶ δοκιµασίας, φίλτ τε Ἂρεις, πειράσοµαι παραστῆσαί σοι μὴ κενἠν μηδὲ ἆλογον ὁρμὴν ἐσχημέναι µε πρὸς τήντε τὴν πραγµατείαν. Les Juifs ont adopté cette coutume (Lettre d'Aristée $ 1; Jos. contre Apion, I, 1, 1).
Pour un historien, la garantie était tout d’abord dans son impartialité, et c’est sur quoi Josèphe a beaucoup insisté (Bell. I, 1, 1).
Polybe et Luc ont pensé sans doute que cela allait de soi, ou qu'il ne sert pas beaucoup de recommander sa propre honnêteté. Il fallait aussi ou bien avoir été témoin et acteur, comme Josèphe et Polybe (ΠΠ, τν, 43), ou avoir consulté les témoins oculaires. Luc, ne parlant que du second point, semble reconnaitre qu'il n’a pas été témoin des faits.
4) ᾿Ἐπειδήπερ, seul cas de la Bible grecque. περ ajoute quelque chose de plus résolu.
Ἐπειδή s’entendait d’abord du temps, « après que ». Mais dans la Koiné le sens Causal tend à dominer (Rad. 164), un peu comme en français familier : « du moment que ». Le sens causal domine ici, mais il ne s’agit pas d’une cause finale dominante. Le but sera indiqué au v. 4. Luc aurait pu hésiter, n’étant que disciple des Apôtres; il s'est décidé puisqu'il n’était pas le premier dans ce cas. Pour la tournure, cf. Act. xv, 94, : ἐπειδὴ ἠκούσαμεν... ἔδοξεν ἡμῖν. Galien commencait volontiers ses traités de médecine par ᾿Ἐπειδή (περὶ τῶν ἰδίων ἑκάστῳ παθῶν, etc.). — πολλοί signifie ordinairement un grand nombre. Cependant Cicéron traduit par plures dans le Timée (Thes. graec.). Il paraît impossible qu'il y ait eu un très grand nombre de récits évangéliques complets. Il suffit à l’'argumentation de Luc qu'il y en ait eu quelques-uns.
Ἐπιχειρέω (propre à Luc dans 19 N.-T., encore Act. 1x, 29 et x1ix, 13) a été pris par Origène et d’autres pour une tentative malheureuse; ils ont donc cru que Luc faisait allusion aux évangiles apocryphes. Mald. a fait observer qu'ils n’existaient pas encore, du moins ceux que nous connaissons. D’après les modernes, le résultat de la tentative, bon ou mauvais, n’est pas marqué par le verbe, mais dépend du contexte. Gomme il s'agit de plusieurs tentatives, il.y en eut peutêtre d’heureuses, d'autres moins heureuses; Luc n'a pas à se prononcer. Le ton de modestie du prologue exclut évidemment un blâme à l’adresse des πολλο(. Ἐπιχειρέω n'indique pas un effort, et serait assez bien rendu en latin par aggressi sunt. Du latin conati sunt Ambr. conclut à tort à l'absence d'inspiration pour ces πολλοί: sine conatu sunt enîm donationes et gratia εί... non conatus est Lucas. Mais n’a-t-il pas, lui aussi, pris de la peine pour s'informer? D'ailleurs le médecin Thessalos, dans une dédicace à Néron, a écrit : πολλῶν ἐπιχειρησάντων... παραδοῦναι (Rev. archéol. T. X, 5° série (1919), p. 235), indice que. ἐπιχειρεῖν et πολλοί sont de style.
— ἀνατάξασθαι, « se remémorer », d’après PLur. Moral. 968 C, (rememorare Jrénée latin 11, 24, 2), auquel Nestle (Expos. Times xvu, 479) ajoute la lettre d’Aristée, $ 144, ἀνατέτακται, au passif (suspect à Wendland qui conjecture χατατέταχται). Le mot διήγησις, joint au précédent, suggère le sens de mettre par écrit
accomplis parmi nous, ? d'après ce que nous ont transmis ceux qui
une tradition. Peut-être cependant Le. a-t-il pris simplement ce mot dans le sens de συντάσσεσθαι, « composer » (ΑΤΗΑΝ. 39e Lettre pascale P. 6. xxvi, 443); Hésychius — εὐτρεπίσασθαι, — πλήροφορέω a trois significations, qui nous sont maintenant mieux connues par les papyrus. a) En parlant en général des personnes ou des choses, il est à peu près synonyme de πληρόω, peut-être avec une certaine emphase, dans le sens de remplir complètément, achever tout à fait; ainsi II Tim. 1v, 5 τὴν διακονἰαν σου πληροφόρησον, comparé à Act. σι, 25 πληρώσαντες τὴν διακονίαν et IT Tim. ιν, 17 τὸ κήρυγμα πληροφορηθῇ comparé à Rom. xv, 19 πεπληρωκέναι τὸ εὐαγγέλιον: ἵ Clem. Liv, 4; Pasror Mand. 1x, 2 et Sim. 1, 8. C'est pour cela que ce verbe traduit ΝΌΩ dans Eccle. vit, 14: cf. encore d’après Deissmann {Lich vom Osten, 54) la conjonction des astres accomplie, ἵνα... τὸ τῆς συνοχῆς σγΊμα πληροφορηθῇ de l’astrologue Vettius Valens (fin du τς s. ap: J.-C.) et une inscription de Bithynie du vine s. qui parle de l’achèvement d’une tour. Aussi les versions anciennes, lafvet. syrvet. vg. sah. boh. ont traduit par « accomplies ».
b) Lorsqu'il s’agit de l'esprit, le verbe au passit signifie « ‘être pleinement convaincu; » ainsi Rom. τν, 21 ; xiv, 5, 1 Clem. ΣΠ, 3 πληροφορηθέντες διὰ τῆς ἀναστάσεως, Ignace ad Magn. vur, 2; xt, 1: ad Smyrn. 1, 1, ad Philad. (interpolée) 1, 1, Greek papyri πι, p. 282 1. 18 πεπληροφόρηµαι γὰρ σαφῶς, « car je suis bien convaincu évidemment » (texte chrétien non daté). c) Lorsqu'il s’agit de la volonté, le sens est : je suis satisfait, je me montre complaisant; ainsi Berlin, n° 665, IE 2 (rer siècle ap. J.-C.) ἐπληροφόρησα αὐτόν, « je lui ai donné satisfaction », Oxyrbh. 509, 40 « j'ai reçu pleine satisfaction de mes débiteurs », tout récemment Greek papyri τα, p. 163 1. 14 πεπληροφόρηται δέ, « i] a reçu pleine satisfaction ». Dans Amherst, 66, IT, 42 (lan 124 ap. J.-C.), un magistrat constate que les témoins n'ont rien dit en faveur de celui qui les avait cités : ἵνα δὲ καὶ νῦν πληροφορήσω... « afin de pousser aujourd’hui encore la condescendance jusqu’au bout, qu'on fasse entrer ceux que tu cites »; dans le même sens, Greek papyri 1, p. 113, 910 πληροφοροῦσα, ἀγαπῶσα, « qu’elle se montre complaisante, aimante » etc. (Berlin, 747, I, 22 est obscur). Ce dernier sens ne peut entrer en ligne pour Luc (pour Col. τν, 12) (?); mais il nous met sur la voie de la dérivation du sens; on disait πεπληροφόρημαι, « je suis satisfait », Comme on dit « je suis comblé »; le sens primitif est donc bien « rempli». .
Il doit en être de même dans le second cas, on est convaincu par la plénitude des assurances données; cf. le résumé de Ctésias par Photius (P. G. cr, 192) πολλοϊῖς οὖν ὄρχοις nat λόγοις πληροφορήσαντες Μεγάθυζον μόλις ὅμως πείθουσι « ayant comblé Mégabyze d'assurances par leurs serments et leurs paroles, ils finissent par le persuader ». :
Les choses étant ainsi, et πληροφορέω ne pouvant signifier « être assuré, être convaincu » que lorsqu'il s’agit d'une personne, le sens de Luc doit étre celui qui convient aux choses, « être remplies ou accomplies ». C’est le sens adopté par tous les modernes, et il n’y aurait pas eu lieu d’insister sans la tradition unanime des Pères, depuis Origène; cette tradition était si ferme qu’Ambroise y est revenu, tout en lisant en latin quae in nobis completae sunt, et la pes. a
réformé la syr. vet. en traduisant « dont nous sommes persuadés »; cf. Eus. Η. Ε., in, 94, 15 Ov αὐτὸς πεπληροφόρητο λόγων.
ll reste à savoir quelle emphase indique 18, choix de πληροφορέω plutôt que de πληρόω. Ce n'est pas un accomplissement en tant que prédit par les prophéties, dont il n’est pas question. Le mot donne plutôt aux événements le cachet d’un tout complet, d’une manifestation historique qui a son temps déterminé, et sa portée désormais reconnue.
ἐν ἡμῖν pouvait bien signifier « parmi nous chrétiens » d'après la traduction donnée par les Pères à πληροφορέω, mais non dans le système des modernes (Weiss, Holtz., même Knab.); en effet on ne peut traduire : « des événements qui se sont accomplis parmi nous, chrétiens », à moins de soutenir comme Zahn et presque Loisy que le prologue sert d'introduction aux deux livres (ou même trois d’après Zahn, Einleitung... Ἡ, 359 ss.) que Luc se proposait d'écrire. Il est bien évident en effet (Hahn, Zahn, Loisy) que les faits évangéliques jusqu’à Ascension du Sauveur, thème du troisième ρε ne se sont pas passés parmi les chrétiens.
Il faut donc entendre ἐν ἡμῖν dans un sens large, comme dans Justin (Dial. LEXXI, 4) : καὶ ἔπειτα καὶ map” ἡμῖν ἀνήρ τις, ᾧ ὄνομα Ἰωάννης, Le sentiment qu'on appartient à la même foi l'emporte sur la distinction exacte des temps. L'événement accompli a sans doute sa date historique, et il est accompli, maïs les conséquences s’en font sentir parmi nous, disciples des témoins oculaires.
2) Tout le v. est pris par Mald. comme justifiant la pleine foi des chrétiens. D’après le sens reconnu au v. 1. il faut l'entendre des ressources qui s’offraient aux πολλοί (καθώς très employé par Le. Jo. et Paul). Ceux qui ont écrit faisaient partie du même groupe que Luc (ἡμῖν); ils étaient parmi ceux qui ont entendu les premiers témoins, et c’est d'après cela qu’ils ont composé leurs histoires (même Knab.). Rien n'indique qu'il s'agisse d’une seconde génération; tout au contraire, la seule différence qu’il y à entre les deux groupes, c'est que les uns ont été témoins oculaires dès le début et se sont faits les serviteurs de la doctrine. L'art. oi dominant tout ce qui suit, il ne faut pas entendre qu'ayant été témoins d’abord ils se sont fait ensuite serviteurs de la parole. Les anciens ont entendu par λόγος le Verbe incarné; ce n'esi pas le sens, car λόγος signifie Ja doctrine (Act. viu, ντ x, 44; x, 495 xIv, 25; xvi, 6; xvir, 41), mais ce peut très bien être la doctrine prêchée par Jésus (Μο. 1, 15; m1, 2; vin, 32), dont les apôtres étaient les auxiliaires, comme Jean Marc pour Paul et Barnabé (Act. χιπ, 5).
D'après Luc, aussitôt que Simon est appelé, Jésus lui dit : désormais (ἀπὸ τοῦ νῦν) tu prendras des hommes (v, 10). Donc ἀπ᾿ ἀριῆς marque non pas l’incarnation, mais le début des faits publics, de la prédication de la parole. Ce sont ces faits que les premiers témoins ont pu raconter aux autres. Ces témoins sont donc les apôtres, et à leur tête Simon, puis Jacques et Jean.
On a conclu de ce texte que Luc ne soupçonne pas qu’un évangile ait été écrit. par un apôtre, dans l'espèce qu'il ne savait rien d’un évangile de Matthieu. Mais il en résulte seulement qu’un apôtre ne peut être rangé parmi les πολλοί. Qu'un apôtre ait eu le droit d'écrire l'évangile, cela allait de soi, et Luc,
ont été dès le début témoins oculaires et serviteurs de la parole, 51]
simple disciple, ne pouvait s’en autoriser pour prendre la plume. Ce qui lui donne un certain droit, c'est que déjà d’autres ont écrit, qui se trouvaient dans le même cas que lui, simples auditeurs de la tradition.
Sur αὐτόπτης qui se trouve dans Josèphe (Ant. XVIIL, 1x, 5; XIX, 1, 15; Bell. IT, 1x, 5) cf. Vettius Valens p. 260 : ἐγὼ δὲ οὐ λόγῳ καλῷ χρησάµενος, πολλὰ δὲ καμῶν καὶ παθὼν αὐτόπτης γενοµένος τῶν πραγμάτων δοχιµάσας συνέγραψα (MM.).
Dans Le. αὐτόπτης se rapporte aussi à πραγμάτων qui précède. On était témoin oculaire des faits avant de devenir ministre de la parole dont ils confirmaient la vérité
— rapédosav indique une transmission qui, de sa nature était orale (cf. I Cor. . Ἡ, 2.23; xv, 3;-II Pet. n, 21; Jud. 3). Évidemment cette catéchèse a pu être écrite à un moment donné, et 165 écrivains ont pu faire usage de ces rédactions. Mais, d'une façon générale, les πολλοί ont écrit d’après la tradition orale; c'est le fait normal que Luc veut mettre en lumière. Il se range donc nettement parmi les disciples (ἡμῖν) qui n’ont pas connu le Seigneur, maïs non moins nettement parmi ceux qui ont été instruits par les apôtres. La tradition en ellemême peut être médiate ou immédiate, maïs quand un historien donné comme autorité des témoins oculaires, c'est qu’ils sont son autorité immédiate, autrement il tromperait son public.
3) ἔδοξε xauol (seulement encore Act. αν, 22.25.28, et 34 s’il est authentique) apodose. Luc s’est très habilement placé (ἡμῖν) parmi ceux qui avaient reçu la catéchèse aussi bien que les πολλοί. Il a donc les mêmes titres qu'eux. Et il a pris de la peine.
Il semble que zäpol doit se joindre très étroitement à παρηκολουθηκότι, c'est-àdire non pas seulement : « j'ai trouvé bon, moi aussi, après m'être informé », . mais encore : « il m'a paru bon, à moi, un homme qui avait » etc. Luc établit ainsi ses titres. |
— παρηχολουθηκότι. Ce verbe 8 naturellement un sens propre, suivre les événements comme témoin : Dém. (de Cor. Lui) παρηκολουθηχότα τοῖς πράγµασιν ἐξ ἀρχῆς. Mais ce sens est exclu par ce que Le. a dit au v.2. Il faut donc recourir à un sens métaphorique : suivre par la pensée, et ici faire une enquête; cf. Pap. Par. 46 1. 19 (153 av. J.-C.) νομίζω... παρακολουθήσαντά σε τῆι ἀληθείαι (ΜΜ. Expos. vi, 57, p. 287). Le parfait indique une enquête prolongée. |
— ἄνωθεν en soi peut signifier denuo, sens que MM. (1. L.) suggèrent même ici. Luc aurait, après. d'autres, repris l’enquête. Mais il semble que ἄνωθεν au sens de denuo exige un certain intervalle, comme dans Sylloge 732 1. 11 et si Luc a parlé d’autres écrivains, il n’a pas parlé d'enquêtes avant la sienne.
ἄνωθεν signifie donc « dès le début », ce qu'on peut entendre de deux façons : a) D'après l'opinion commune (Schanz, Kn., Holtz. Loisy, Hahn, Plum.), on entend ἄνωθεν du début de l’incarnation. Les apôtres étaient témoins depuis les débuts de la prédication; l'enquête de Luc est remontée plus loin; son ἄνωθεν répond naturellement au ἐξ ἀρχῆς de Démosthène, cité plus haut; cf. Philon, vit, Μος. 1x 8 48 p. 141 éd. M. ἠρχαιολόγησεν ἄνωθεν.
C’est certainement une des qualités de son évangile de remonter aux origines,
6 ι ÉVANGILE SELON SAINT LUC, I, 3.
plus haut même que celles de Jésus, puisqu'ii commence par l'annonciation du précurseur. Ce sens est probable, mais il semble que dans cette phrase Luc ne recommande pas les qualités de son évangile — chacun pouvait constater qu'il remontait aux origines — mais le soin qu'il s’est donné pour n’insérer que des faits certains. De plus ἄνωθεν n'ajouterait rien à πᾶσιν, si bien qu'Ambroise n’a commenté que ce dernier mot; il y aurait tautologie.
ϐ) Nous pensons donc avec Origène αιι᾿ἄνωθεν signifie « depuis longtemps »; non rumore cognoverit, sed ab initio ipse fuerit consecutus (P. G. xui, 1804). Cette opinion a été reprise par Dibelius (ZnTW. 1914, p. 338) qui la donne comme nouvelle et par Klostermann. On peut citer Pap. Tebt. 1, 59 1. 6 ss, 10 (99 av. J.-C.) ἦν ἔγετε πρὸς ἡμᾶς ἄνωθεν πατρικὴν φιλίαν. De cette facon loin d'être une tautologie ou un renseignement superflu, ἄνωθεν nous apprend que Luc a entrepris son enquête depuis longtemps, qu’il l’a poursuivie foujours, ce qui est une garantie, car il α pu contrôler certains renseignements par d’autres. Cela paraît être le sens de la Vulgate, autrement il eût fallu traduire : assecuto omnia diligenter, a principio ex ordine tibi scribere. La place de ἄνωθεν aussitôt après παρηχολουθηχότι est en effet un indice pour ce sens. — πᾶσιν ne s'entend pas des personnes des témoins, mais des choses. — ἀχριθῶς s'entend encore de l'enquête, non de l'écriture. Ps. — Demosth. ο. Olympe p. 1178 : τοῖς εἰδόσιν ἀχριθῶς ἕκαστα ταῦτα... καὶ παρηκολουθηκόσιν ἐξ ἀρχῆς. Une Exactitude ponctuelle était exigée pour ce travail.
Luc pouvait légitimement se proposer de faire mieux que. ses prédécesseurs. Sans cela aurait-il mis la main à l’œuvre? Mais il ne les blôme pas pour cela. C'est parce qu’il avait eu le goùt de ces recherches et qu'il avait été à même de les pratiquer qu'il s’est cru autorisé à écrire. Des recherches semblables, avec un souci d’exactitude, ne pouvaient faire abstraction de ce qui était déjà écrit. Luc qui a posé si nettement la tradition orale comme source première des écritures évangéliques n’en parle plus quand il s’agit de sa méthode. Évidemment elle est toujours à la base, mais sous une forme ou sous une autre.
— καθεξῆς s'applique directement à la composition de Luc, et c'est en cela sans doute qu’il voyait un de ses avantages sur les ouvrages précédents. Le mot est propre à Luc dans le N. T. (vin, 4; Act. nr, 24; χι, 4; Χνπι, 23). D'après son usage même, comme d’après l’étymologie, il n'indique pas nécessairement un ordre chronologique. C’est surtout l'enchaînement de cause à effet, une histoire qui se tient, dont les débuts font pressentir le terme, où tout est cohérent, où chaque chose, chaque personne est à sa place. D'ailleurs la place naturelle des événements est l’ordre chronologique. C’est afin de pouvoir les présenter dans leur ordre que Luc en a remonté le cours. Mais à supposer qu'il se soit cru obligé de ne jamais s'écarter d'un ordre certain, il a pu, en cas de doute, trancher la question de la suite des faits d’après la logique des choses, et peut-être même a-t-il pensé que la meilleure manière d'écrire avec suite c'était de mettre en vedette dès le début certains faits qui dominaient et pour ainsi dire commandaient les autres.
m'a paru bon, à moi aussi qui, dès l’origihe, m'étais appliqué à tout connaître exactement, de t'en écrire avec ordre, noble Théophile, k afin que tu saches bien la solidité de l’enseignement que tu as reçu.
— Χράτιστος, « excellent » en Jalin egregrus, clarissimus, dans le sens cérémonieux de Votre Excellence; titre propre à Luc dans le N. T., qui le donne aux procurateurs de Judée (Act. xxur, 26; xxiv, 3; xxvr, 25). On l'employait volontiers dans les dédicaces par politesse (Diognéète 1, 1; Galien x, 78 éd. Kühn). Zahn en a conclu que Théophile n'était pas chrétien, car les premiers chrétiens n'usaient pas entre eux de ces appellations solennelles; si donc Luc dit ensuite (Act. 1, 1) « Théophile » tout court, c'est qu’il est devenu chrétien dans l’intervalle. On peut dire seulement que si Théophile (ami de Dieu) avait été un personnage imaginaire comme la Philothée de saint François de Sales, Luc ne l’eùt pas traité avec cette cérémonie. Il n’est pas étonnant que Théophile soit demeuré inconnu. Cependant c’est sans doute à lui que font allusion les Recognitiones de Clément (x, 71), quand elles nomment Théophile, grand personnage d’Antioche, qui aurait transformé en église la grande basilique de sa maison. Plus tard on en fit un évêque d’Antioche (7λην, Einl. n, 336).
4) ἐπιχιγνώσχω (cf. Μο. τι, 8), avec ἵνα indique le but de Luc. Ἡ veut que Théophile, et avec lui les autres chrétiens, apprécient mieux la certitude de la doctrine manifestée par les faits évangéliques. Dans une phrase si grecque, les λόγοι ne sont pas des faits, mais l'enseignement donné et reçu. κατηχήθης peut assurément s'entendre d’une première connaissance incomplète du christianisme, comme celle d’Apollo (Act. ντα, 25) ou même d’une simple information (Act. και, 24.24). On ne peut. donc trancher d'après ce mot la question de ΄ savoir si Théophile était tout à fait chrétien, pourtant l’aor. semble indiquer que l'instruction était terminée (autrement Gal, vi, 6). Personne ne peut dire si Théophile était baptisé. La tournure elliptique doit se résoudre par τὴν
. ἀσφάλειαν περὶ τῶν λόγων οὓς κατηχήθης, d'après Gal. νι, 6, plutôt que τῶν λόγων περὶ ᾧν κατηχήθης, Car περὶ après ce verbe se dit plutôt des personnes (Act. xxr, 24.24). Le sens est le même; la seconde manière semble celle de la Ve. verborum de quibus eruditus es (Holtz.).
ἀσφάλεια avec λόγου Χέν. Mem. 1v, 6, 15, pour la certitude d’un raisonnement.
Luc n'était certainement pas un témoin oculaire des faits évangéliques, mais il croyait être à même, par ses recherches antérieures, de fournir des renseignements complets et absolument dignes de foi. Ce n'est pas une nouvelle manière d'écrire l’histoire, après Thucydide et Polybe, mais cela contraste heureusement avec le sans-gêne de Quinte Curce : ut-cunque sunt tradita incorrupta perferemus (να, 8, 14); equidem plura transcribo quam credo (1x, 1, 34), cité par Μο[[αι.).