‹ Evangile selon saint LucChapitre 82 sur 300 · ANNONCE DE LA NAISSANCE DU PRÉCURSEUR. SA CONCEPTION · texte numérisé non relu

ANNONCE DE LA NAISSANCE DU PRÉCURSEUR. SA CONCEPTION

5) ἐγένετο avec une personne n'existe probablement pas en grec où l'on dirait ἦν (cf. B dans 1 Regn. 1, 1), mais se retrouve Jo. 1, 6. Dans Μο. 1, 4, ce n’est pas tout à fait le même sens : Jean fut dans le désert. Ici « il y avait », dans le style de nos histoires. 11 est douteux que Luc aït voulu marquer par ἐγένετο quelque chose comme l'entrée en scène. Comme tournure cela répond à l’hébreu 43% (1 Sam. 1, 1) et plus encore à l’araméen N“1.

ἐν ταῖς ἡμεραῖς s'applique au règne plutôt qu'à la personne; cf. Sacxau, 4rmäische Papyrus und Ostraka, « du temps (091 M2) des rois d’ Égypte » (2, 13; 3, 12); cela se dit ordinairement d’un temps un peu éloigné (Dan. 11, 44; v, 44).

Ἡρώδου. Sur le règne d'Hérode, cf. Scaürer, 1, 360 ss. Le nom est grec (ce qui fait contraste avec les noms de Zacharie et d'Élisabeth}, primitivement Ἡρωίδης de ἥρως, connu depuis le ve s. av. J.-C. (ΑΝΤΙΡΗΟΝ, περὶ τοῦ Ἡρῴδω φόνου); on l’a trouvé entre autres à Ascalon (Insc. de Puteoli, CIL, x, n° 1746), pays d’origine d’Hérode d’après saint Justin (Dial. LIT) ; Josèphe 16 dit Iduméen (Bell, [, vr, 2) et Jules Africain a concilié ces deux origines. Nommé roi par le sénat en l'an 40 av. J.-C., il s’empara de Jérusalem à l'été de 37 et régna jus-

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, I, ὃ. 9,

«5Η était au temps ἆ Ἠότοάϱ, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia, etil avait une femme [issue] des filles d’Aaron, et son nom était Élisabeth.

qu'à ἆ ap. J.-C., étant mort απ 750 de Rome avant Pâques. Une indication aussi vague pour un règne si long indiquerait que Luc suit ici une source peu soucieuse de précision, et qui concorde d'ailleurs avec Mt. «1, 1.

τῆς Ιουδαίας. Roï de Judée ne fut jamais le titre officiel d'Hérode qui, sur ses monnaies, se nomme seulement ἨῬασιλεως Ηρωδου. Le sénat l’avait nommé roi, le laissant se tailler un royaume selon sa fortune et les convenances romaines : Regnum ab Antonio Herodi datum victor Augustus auxit (Tac. Hisé. v, 9, 3). La Judée fut d’abord le nom de la région bornée au nord par la Samarie, au sud par les tribus indépendantes du désert, à l’est par le Jourdain, à l’ouest par la mer. Déjà les Juifs-araméens d’Éléphantine se nomment l’armée juive, et le nom de Ἰουδαία pour le pays date des premiers temps hellénistiques (ScHÜRER, 1, 4). La Judée proprement dite fut confiée à des procurateurs après la déposition d’Archélaüs, et tout le pays soumis à leur juridiction porta 16 nom de Judaea (Tac. Hist. 11, 78 : Caesaream.…. Judaeae caput). Le nom ne changea pas quand les états d'Hérode Agrippa formèrent le lot du procurateur; Tacite et Suétone lui donnent même le titre de province de Judée : Claudius.. Judaeam provinciam equitibus Romanis aut libertis permisit (Tac. Hist. v, 9; cf. Sur. Claud. 28). Josèphe s’est montré plus soucieux de conserver les anciennes dénominations. Lue se place donc ici au point de vue des Romaïns ou plutôt du langage recu auquel ils se sont conformés. D'ailleurs son usage est très flottant. On trouve encore la Judée dans le sens large, comprenant la Galilée dans τν, 44; vi, 473 Vu, 17; xx, 5, Act. τι, 9: x, 37; πι, 29. D'autres cas sont douteux; mais dans v, 17 la Judée est opposée à la Galilée, comme dans Act. x, 19 à Césarée; exactement comme dans Pline : Supra Idumaeam et Samariam ludaeu longe lateque funditur. pars etus Syriae tuncta Galilaea vocatur, Arabiae vero et Aegypto proxima Ρεγαθα... reliqua Tudaea dividitur in toparchias decem (H. Ν. v, 14).

— ὀνόματι est parfaitement grec dans cette acception. Luc connaït d’autres tournures (1, 5; #1, 25), mais il affectionne celle-là et met toujours ὀνόματι avant le nom propre (v, 27; x, 38; xvi, 20; xix, 2; Χχπι, 80; σχιν, 18). Zacharie signifie « 18109 s’est souvenu ».

— ἓξ ἐφημερίας ᾿Αθιά. Ἐφημερία signifie ici une classe de prêtres, c'est ce que Josèphe nommaït πατρία ou ἐφημερίς (Ant. ΥΠ, xiv, 7 et τα 1). Le mot de Luc est emprunté aux LXX. Par sa forme, il est le substantif de ἐφημερίος, « quotidien », mais avec une modification pour le sens, car on ne voit pas que les classes des prêtres n'aient fonctionné qu'un jour. Elles se succédaient de jours en jours, εἷς λόγον ἡμερῶν εἷς ἡμέρας. Peut-être cependant disait-on : la tribu du jour, pour dire celle qui était de service ce jour-là. On pourrait citer dans ce sens Dirt. Orient. 595, 20 éonuep(oÿ)vros, pour celui qui exerçait ce jour-là une magistrature. Maïs il paraît plus sûr de rattacher ce mot pour le sens à ἔφημερεύω, « monter la garde de jour » (Drrr. Syll, 529, 14 et 32) d'où le fonctionnaire de service, ἐφημερευτής dans Philon (M. rr, 481 de vita contempl. οὕτως γὰρ ὀνομάζειν ἔθος τοὺς ἐν ταῖς τοιαύταις ὑπηρεσίαις). Les LXX ont en effet traduit par

ef "> À [A » € La ο.

ἐφημερία d'abord nya», « la garde », puis ΠρΟΠΏ « la section », comme nous disons « monter la garde » et « relever la garde », c'est-à-dire le poste (cf. IT Chr. 81, 16 où les deux mots étant réunis « dans leurs gardes selon leurs sections », le grec 8 ἐφημερίαις διατάξεως αὐτῶν), Ces sections étaient au nombre de 24 du temps de Josèphe, et faisaient fonction chacune sa semaine ; la tradition altribuait cet ordre au roi David : διεµέρισε δαὐτοὺς καὶ κατὰ πατριὰς καὶ χωρίσας ἐκ τῆς φυλῆς τοὺς ἱερεῖς εὗρε τούτων εἴκοσι τέσσαρας πατριάς... διέταξε τε µίαν πατριὰν διακονεῖσθαι τῷ θεῷ ἐπὶ ἡμέρας (étymologie!) ὀχτὼ ἀπὸ σαθδάτου ἐπὶ σάθδατου... καὶ διέµεινεν οὗτος 6 μερισμὸς ἄχρι τῆς σήµερον ἡμέρας (Ant. ΥΠ. XIV, 1; cf. Vita 1).

Abia figure le huitième, comme descendant d'Éléazar, dans la liste des Chroniques au temps du roi David (I Chr. xxiv, 40). On le retrouve au retour de l'exil (Neh. xn, 4). Ce n’est point ici le lieu d'exposer les vicissitudes des classes sacerdotales au retour de l'exil, on pourra comparer ScHürer, n1 286 ss. el van Hoonacker, Le sacerdoce lévitique, 213 ss. Il suffit de constater que la narration de Luc se place dans le cadre normal des classes sacerdotales en ce temps. La Michna et la Tosephta connaissent aussi les vingt-quatre classes et donnent des détails sur leur fonctionnement. La garde montante relevait l’autre le jour du sabbat, avant le sacrifice du soir Tosephéa Sukka τν, 24-25; Michna Sukka, v, 7-8; cf. IT Chr. xxm, 4 et 8); elle faisait alors l'inventaire de tout ce qui lui était confié (contra Apion. Ἡ, 8 : ali succedentes ad sacrificia veniunt et congre- ' gati in templum mediante die α praecedentibus claves templi et ad numerum omnia vasa percipiunt). On a calculé avec soin, mais sans résultat, ce qu’on pouvait conclure de la succession des classes pour l'époque où fonctionnait Zacharie, étant donné que la première classe de Iloarib était en fonction en juillet 70 au moment de la ruine du Temple, au moins d’après le Talmud (bab. Taanith, 393). Mais on avoue aujourd'hui que tous ces calculs manquent de bases. |

— καὶ γυνή sous-entendu ἦν. Les prêtres devaient épouser des vierges ou des veuves (non des femmes répudiées), d'origine israélite (Jos. contra Apion. 1, 1); il ne leur était point commandé de les choïsir dans les tribus sacerdotales, mais ce choix paraissait le plus digne d'eux.

ελισαθεθ est la forme grecque du nom de la femme d’Aaron yawrbn (Ex. vi, 23); l'étymologie précise n'est pas très claire : « mon Dieu est serment » ou primitivement « Dieu a juré », c’est-à-dire de nous protéger. — Les disciples arriérés de Strauss qui prétendent que la légende a brodé d’après la Bible sont heureux de trouver dans l’Exode une Marie, sœur d’Aaron (xv, 20) à οδίό d'Élisabeth sa femme!

6) δίκαιοι ne peut être interprété indépendamment de l’idée complémentaire, ἐναντίον τοῦ θεοῦ; c'est précisément ce que la Genèse (vir, 1) disait de Noé. Dieu

Ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et observances du Seigneur, irréprochables. 7 Et ils n’avaient pas d’enfants, car Élisabeth était stérile, et ils étaient tous deux avancés en âge. :

examinait leur conduite et leur donnait raison. Il n’est pas question ici de justice paulinienne; ce sont deux bons Israélites qui observent de leur mieux les commandements de Dieu. Que la perfection consiste à suivre les commandements de Dieu, c’est aussi la doctrine d'Épictète (Diss. τα, 5, 8), mais il n'aurait pas écrit une phrase aussi hébraïque : « marcher dans » (3 στ), pour « obéir à ». On marchait en présence de Dieu, puis dans la voie de Dieu (1 Reg. 1, 3) et enfin dans sa loi (Jer. xziv, 10), dans ses commandements (Ez. passim), pour dire selon sa loi. Le grec ἐν vient d'une traduction trop littérale des LXX.

— πάσαις indique une fidélité qui s'étend à tout, avec le sentiment qu'il ya beaucoup à faire, et c'est peut-être simplement pour marquer le grand nombre des ordonnances que Luc emploie deux expressions. La premiére (ἐντολή) met en relief l'idée de commandement et d'obligation; la seconde (δικαιδμα) celle de coutume établie. Les deux expressions figurent ensemble, Gen. xxvi, 5; Di. 1v, 40: IV Regn. xvu, 3.

— ἄμεμπτοι, est employé comme attribut (Syrvet. est seul à ajouter « dans toute leur habitation » avec le Diatessaron, Moes. 7). Dans les LXX ce mot traduit plusieurs mots hébreux, sans bien exprimer la nuance.

Dans le N. T. il se dit par rapport à Dieu (1 Thess. ur, 43; Heb. vin, 7) et aussi à ce qu'il semble par rapport aux hommes (Phil. n, 45). S. Paul se flatte d’avoir été κατὰ δικαιοσύνην τὴν ἐν vôuw yevôpevos ἄμεμπτος, c'est-à-dire que les hommes n'avaient rien à lui reprocher. Ce doit être le sens ici. La phrase entière signifie donc que les deux époux avaient des intentions pures, ce dont Dieu seul était juge, et que leur conduite était si conforme à ce que la Loi exigeait d’un bon israélite, qu'on n’eùt pu y trouver matière à des reproches C'étaient de saintes gens. Leur éloge dispense Luc de dire que s’ils n'avaient pas d’enfants, ce n’était pas un châtiment du Seigneur (Éphrem).

7) καθότι, propre à Luc dans le Ν. T. {xix, 9; Act. 11, 24.45 ; 1v, 35; xvir, 84), signifie ordinairement « selon que » (Act. 11, 45; αν, 35) mais aussi dans la koiné « parce que »; cf. Tob. 1, 12; και, 4 et dans Luc x1x, 9; Act. 11, 24 ou dans les LXX cf. IV Regn. xvir, 26. — Mettre une virgule après ατεῖρα : ils n'avaient pas eu d'enfants jusque-là parce qu’'Élisabeth était stérile, et ils ne pouvaient plus en espérer d'aucune façon, parce qu’ils étaient avancés en âge. On trouve dans le papyrus de Turin 4 (1° s. av. J.-C.) προθεθηκότας ἤδη τοῖς ἔτεσιν. À la rigueur un grec eût pu ajouter ἐν (IT Macch. vin, 8), mais « les jours » au lieu des années ou de l’âge indiquent un original sémitique (Moulton, 103); dans Gen. xvur, 14 (A) προθεθηκότες ἡμερῶν rend moins littéralement n°92 D\N2. ‘ Dans toute cette période (5-7) où Luc paraîtrait suivre de si près un original sémitique, on lui trouvera encore une certaine élégance en constatant qu'il n’a employé que quatre fois le verbe être, plus une fois ἐγένετο, au lieu de dix fois le verbe être dans le syrsin. |

3 | ν , -- \ L κά -- ρα ὃ Ἐγένετο δὲ ἐν τῷ ἱερατεύειν αὐτὸν ἐν τῇ τάξει τῆς ἐφημερίας αὐτοῦ ἔναντι τοῦ θεοῦ, ὃ κατὰ τὸ ἔθος τῆς ἱερατείας ἔλαχε τοῦ θυμιᾶσαι εἰσελθὼν εἰς τὸν ναὸν τοῦ κυρίου, lai πᾶν τὸ πλῆθος ἦν τοῦ λαοῦ προσευχόµενον ἔξω

8) ἐγένετο δὲ ἐν τῷ est une construction nettement hébraïque, 11123. 41% (mais non araméenne); cf. Introduction, p. ο quoique le grec connaisse ἐν τῷ avec l’infinitif (Marc, Com. xxx), surtout du ne 5. av. J.-C. au 195. ap. J.-C. (Rad. 151). Pour l’ordre de la tribu, cf. II Chron. xxx1, 16: ΠΠΙΠΤΡΟΠΩ2 ΟΠ 9122. Le sacerdoce s’exerçait devant Dieu, dont la présence était plus sensible dans le Temple.

Le verbe ἱερατεύω est un hapaz pour le N. T. Dans les LXX il traduit Ἰπ2 au piel et signifie donc exercer les fonctions sacerdotales, où même être en possession actuelle de la dignité sacerdotale. Le mot, très rare chez les classiques (ne se. trouve pas dans'Hérodien v, 6 qu'on cite ordinairement), et absent de la Sylloge de Dittenberger, se retrouve fréquemment dans les inscriptions grecques d'Orient avec le sens d’être en charge, par exemple « sous 16 sacerdoce d'un tel » ἱερατεύοντος (Or. 530, 5). C’est ce que veut dire Luc. Zacharie n'a pas encore exercé de fonction sacerdotale, mais on est dans la semaine où sa tribu est en fonction.

9) κατὰ τὸ ἔθος τῆς ἱερατείας est rattaché à ce qui précède par la partition en versets de la Vg.-Clém.; mais l'idée de coutume pour la succession des classes est suffisamment marquée par τῇ τάξει, tandis que sans cette incise ἔλαχε se présenterait trop brusquement. L'ordre des vingt-quatre classes était réglé par une loi; c’est la coutume qui fixait le tirage au sort pour la répartition des emplois. Si l’on s’en tient au chiffre de quatre tribus de plus de cinq mille hommes proposé par Josèphe (Contra Apion..n, 8, latin), et si ces quatre tribus étaient réparties en vingt-quatre classes, le nombre des prêtres disponibles était assez considérable. La Michna a conservé le dispositif du tirage au sort qui se faisait chaque matin. Un prêtre était chargé de neltoyer l'autel intérieur (Tamid, in, 1), c’est-à-dire de renouveler la braise et les parfums sur l'autel de l'encensement (Ex. xxx, 7); il ne faut point en eftet se représenter le prêtre balançant l’encensoir à la manière moderne. On sait que cet autel se trouvait devant le saint des saints, et que l’encensement avait lieu avant le sacrifice du matin et après celui du soir. ῬΗΠιον, de victimis $ 3 (Mangey 11, 239); δὶς δὲ καθ) ἑκάστην ἡμέραν ἐπιθυμιᾶται τὰ πάντων εὐωδέστατα θυµιαµάτων εἴσω τοῦ καταπετάσµατος, ἀνίσχοντος λίου χαὶ δυοµένου, πρό τε τῆς ἑωθινῆς θυσίας μετὰ καὶ μετὰ τὴν ἑσπερινήν. Luc ne dit pas que Zacharie soit entré en fonctions aussitôt après avoir tiré au sort; on ne sait donc pas si c'était le soir ou le matin. Le concours du peuple indique plutôt le soir. Peut-être même, le jour où la garde prenait possession, le tirage au sort se faisait-il à midi, de sorte que l'événement a pu se passer le soir du sabbat.

--ἔλαχεν avec l'art. devant l'infinitif, comme 1 Regn. xiv, #7: l’art. n’est pas

-selon l'usage grec (Deb. 8 400).

— εἰσελθών. Le sens est clair : il fut désigné par le sort pour l’encensement, ensuite de quoi il entra, comme ont compris syrr. Mais en grec il était plus simple de dire λαχὼν εἰσῆλθε (Holtz.). La tournure de Luc a une saveur

80r il arriva, comme il était de service devant Dieu au tour de sa classe, ὃ que d’après l'usage du service divin il fut désigné par le sort pour brüler l’encens, de sorte qu’il entra dans le sanctuaire du Seigneur, “et toute la foule du peuple se tenait en prière au dehors à l'heure de l’encensement.

sémitique : il fut désigné... ce qui le mit en situation d'entrer; cf. Jos. 1, 11 διαθαίνετε... εἰσελθόντες (8130).

Le ναός par opposition au ἱερόν était le bâtiment couvert comprenant le Saint et le Saint des saints. Les prêtres pouvaient pénétrer dans le Saint, où était l'autel des parfums. Dans le texte de l’Exode (xxx, 7 s.), c’est Aaron qui fait l’encensement; mais l’usage avait prévalu de désigner un simple prêtre. Saint Augustin a conclu au contraire que Zacharie était grand-prêtre et qu'il y en

avait plusieurs : Hinc apparet plures eos fuisse, el vices suas habuisse, παπα incensum non licebat ponere nisi summo sacerdoti (in Jo. xuix, 27; cité par Schans).

Le concours du peuple ne prouve pas absolument qu’on fût au jour du sabbat; c’est cependant l’explication la plus naturelle, car les termes sont très forts, πᾶν τὸ πλῆθος. Luc affectionne πλῆθος qu’il emploie vingt-cinq fois (8 Ev. 47 Act.) contre sept autres cas dans le N. T. (Plummer). Sur la prière du peuple, cf. 1 Reg. vin, 33-53. Ἡ est difficile de dire si ἦν a sa valeur propre « se trouvait » «il y avait là » (syrvet), ou s’il faut le joindre à προσευχόµενον (pes.). D’après le style du morceau qui met le verbe être en relief, le premier sens est plus probable. Le peuple était naturellement en dehors du sanctuaire, mais il demeurait dans les parvis, les hommes dans leur cour et les femmes dans la leur. D’après le Talmud, l'heure de l’encensement { ΠΡ ΠΡ) était particulièrement solennelle; à un signal donné ceux qui se trouvaient entre l’autel et le vestibule se retiraient derrière l'autel (bab. Ioma 442; Lightfoot ad. h. L.). C'était sans doute un moment de silence (Apoc. vin, 4 ss.). Puis le peuple priait, sûrement à demi-voix perceptible, comme font encore les Orientaux, même catholiques : au moment de l'élévation à la messe on entend un murmure confus. La prière se joignait ainsi à la fumée de l’encens qui en était le symbole (Apoc. v, 8). L'’encensement était surtout puissant pour chasser les fléaux (Sap. xvin, 21; cf. Sorx. ΟΕ. tyr. 4), θυμίαμα proprement parfum, encens, signifiait déjà chez les classiques l'offrande de l’encens sur le feu; c'est le seul mot employé par les LXX (et non θυµίασις, qui marquerait mieux l’action).

Il semble d’après Daniel (1x, 21) que ce moment destiné à la prière était surtout le sacrifice du soir. C’est aussi le soir (après la bataille), qu'Hyrean, occupé seul dans le temple à brûler les parfums entendit la voix qui lui annonçait la victoire de ses fils. La scène est semblable, si ce n’est que Hyrcan, sortant du ‘Temple, fit part de la nouvelle à tout le peuple : αὐτὸς ἐν τῷ va θυμιῶν μόνος ὢν ἀρχιερεὺς ἀκούσειε φωνῆς... καὶ τοῦτο προελθὼν ἐκ τοῦ ναοῦ παντὶ τῷ Fe φανερὸν ἐποίησεν (Jos. Ant. XIII. x, 3).

En quelques lignes, Luc nous a préparés à l’attente de quelque grave événement. Deux époux vertueux, et cependant privés d'enfants, Élisabeth stérile comme Sara, comme la femme de Manoé (Jud. x, 2), et comme Anne, un

τῇ ὥρᾳ τοῦ θυµιάµατος. 11 ὤφθη δὲ αὐτῷ ἄγγελος Kupiou ἑστὼς ἐν δεξιῶν τοῦ θυσιαστηρίου τοῦ θυμιάματος. 1? καὶ ἐταράχθη Ἰαχαρίας ἰδών, nai φόβος ἐπέπεσεν ἐπ᾽ αὐτόν. 19 εἶπεν δὲ πρὸς αὐτὸν ὁ ἄγγελος Mn φοβοῦ, Ζαχαρία, διότι εἰσηχούσθη ἡ δέησίς σου, καὶ ἡ γυνή σου ᾿Ἠλισάβετ Ὑεννήσει

prêtre s’approchant de Dieu dans son Temple pour lui offrir le sacrifice de la prière, tout un peuple s’unissant à lui et priant avec lui.

44) La tournure de la phrase est dans le style des LXX : ὤφθη δὲ αὐτῷ ἄγγελος Κυρίου, cf. Jud. νι, 12, etc. C’est le verbe employé pour les révélations sensibles, comme par exemple Gen. xvi, 13; xvir, 4; Dan. vu, 4 ; Π Macch. τα, 25. Et il en est de même dans le N. T. Le. 1x, 31; xxn, 43; xxiv, 34; Act. 11, 3; vis, 2.26.30. 35; 1x, 17; spécialement pour les apparitions de Jésus après sa résurrection Act. x, 31; Τ Cor. αν, 5-8. (Voir aussi Tob. χι, 19). On emploie couramment le datif, parce que le verbe a perdu sa force passive (en hébreu le niphal a le sens réfléchi de se montrer), pour signifier « apparaître ». Celui qui apparaîl n’est pas l’ange du Seigneur (nn N°) par excellence, sans quoi Luc aurait dù mettre l’article, quoique les LXX, transcrivant littéralement 1’ omettent quelquefois; son som sera indiqué plus loin, v. 19.

Il apparaît à la droite, non pas de Zacharie, mais de l'autel, ce quiest dit pour marquer la dignité de l’ange; cf. Ez. x, 3, et Di. sxxunr, 2 (grec); ps. cx, 1; Mt. xxv, 33.34; Μο. xiv, 62; Act. 11, 33; νῃ, 55; Rom. vu, 34; Heb. 1, 3, etc.; V'autel est regardé comme une personne, ayant sa droite et sa gauche. Dans le Temple la droite de l'autel était du côté du sud, où était placé le chandelier (Ex. xt, 24) qui représente la fumière. Quoique notre orientation des églises soit changée, le prélat se tourne vers le sud le jeudi saint pour donner l’absolution.

12) Le φόθος est tellement en situation devant les manifestations surnaturelles qu'il se joint à la grande joie qu’éprouvent les femmes à l'annonce de la résurrection (Mt. xxvir, 8); cf. sur Μο. τν, 41. Il est particulièrement fréquent dans Luc : 1, 65; 11, 9; v, 26; vu, 46; vu, 37; Act. n1, 43; xix, 17 (sans compter les cas où il y a vraiment à s’effrayer xxr, 26; Act. 11, 5.41). De même Apoc. ΧΙ, 41, . et dans les auteurs profanes, Homère, Q, 169 ss,

— ἐπιπίπτω le grec mettait le datif de la personne, l’accusatif de la chose avec

; l’ancienne tournure se trouve encore Gen. xv, 49, mais la nouvelle dans . xv, 46. et dans les trois cas semblables du Ν. T., ici et Act. xix, 17; Apoc. x1, 41. Elle 5 explique par la transcription de l'hébreu Ly 693, mais aussi par la tendance du grec à multiplier la préposition.

S'il faut assigner un motif à chacun des deux sentiments de Zacharie, le trouble s'explique par la surprise d’une apparition extraordinaire (ξενίζουσα Cat.) quoique non sans précédents, la crainte par le sentiment instinctif qu’on éprouve devant une puissance mystérieuse (cf. Tob. xur, 46).

43) μὴ φοθοῦ, cf. 1, 30; 11, 40; var, 30; Act. xvint, 9; xxvir, 24; cf. Dan. x, 42 : μὴ φοθοῦ... εἰσηχούσθη τὸ ῥῆμά σου (LXX).

— δέῃαις, est à l'origine distinct de προσευχή « prière » en général, car ce mot exprime le besoin, donc la demande spéciale pour un besoin déterminé, une pétition (Inser.). Mais dans le N. T. les mots sont à peu près synonymes (surtout dans Luc n, 37; v, 33) si ce n’est que δέησις indique peut-être une prière plus

405 un ange du Seigneur lui apparut, debout, à droite de l’autel ‘ de l’encensement. 15 Et Zacharie fut troublé à cette vue, et un effroi fondit sur lui. | 18 Or l’ange lui dit : « Ne crains pas, Zacharie, car ta demande a été exaucée, et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu Pap-

instante. La nuance entre δέησις et προσευχή a été négligée par Les syrr. Dans les LXX c’est le plus souvent la traduction de ñann, jünn, du verbe {1 qui entre dans le nom de Jean.

Mais quel était l’objet de cette prière instante? La délivrance d'Israël par le Messie (Aug. Weiss, Schanz, Knab. Plum.)? ou la naissance d’un fils (Amb. Mald. Hahn)? ou les deux à {8 fois (Godet}? ou faut-il reconnaître de l’« incohérence dans la mise en scène » (Loisy)? Au lieu d’incohérence, on reconnaît ici un arrangement très subtil. Luc α débuté par la situation des époux pour en venir à la prière de tout un peuple; l'ange annonce que ces époux auront un fils qui préparera le salut du peuple. 11 est sûr que souvent Zacharie et Élisabeth ont prié pour avoir un fils (cf. I Regn. r, 41.17). Il n’est pas douteux qu’en ce moment le prêtre priait avec le peuple pour le salut d'Israël. Les espérances messianiques étaient sans doute fort vives, mais nous n'avons aucune preuve que les Juifs en aïent fait dès lors l’objet d'une prière officielle; le Chemoné Esré (Le Messianisme… 338) est postérieur à la ruine du Temple. Mais tous demandaient certainement la conversion à Dieu, surtout à l’heure de l’encensement, et l'ange annonce un homme qui sera consacré à cette œuvre (Chrys. cat.). On reproche à cette solution de supposer une suite de prières; ce qui est exaucé c’est la demande précise actuelle, or Zacharie à ce moment ne demandait pas un fils, parce que c’eût été peu convenable à son ministère officiel, et parce qu'il n’en attendait plus. Mais la prière ne peut-elle être exaucée au moment où elle cesse de se porter sur l’objet longtemps désiré pour se fondre dans une aspiration plus générale vers le règne de Dieu? Après de longues supplications, le moment vient où Dieu exauce; la prière particulière de Zacharie (ñ Bénok σου!) dont on ne peut tout à fait faire abstraction, prend des ailes quand elle se trouve portée par la ferveur du peuple. Il est de la sagesse de Dieu de faire converger ces vœux vers le but qu'il a marqué. C’est ainsi que la prière de Tobie, qui était tout à fait générale (Tob. απ, 2-6) et celle de Sara (Tob. πι, 43-23) qui s’en remettait à la volonté de Dieu, ont été exaucées pour des fins très particulières. Ambroise : Plena semper, et redundantia sunt divina δεπεβεία... Tantis igitur supra votum fluentibus.

— καί n'est pas tout à fait synonyme d’enim; c'est le premier anneau de la chaîne des bienfaits de Dieu. — yevvéw, se dit plutôt. du père, mais aussi de la mère, même chez les classiques. — καὶ καλέσεις... tournure hébraïque (et araméenne); 9% (nn) ΝΡΠΠ (οί. Gen. 1v, 25.26; v, 2.8.29; ΧΙ, 9). Les Grecs mettaient aussi ὄνομα à l’acc. et encore le nom de la personne : χαλοῦσά µε τοῦτο τὸ ὄνομα (XEN. Oec. να, 3). Ils auraient évité de dire tu nommeras son nom, qui littér. paraît signifier : tu prononceras son nom. En réalité les deux tournures sont équivalentes. Ἰωάνης, avec les meilleures autorités (au lieu de Ἰωάννης),

υἱόν σοι, Hal Χαλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ Ἰωάνην, Ἰ καὶ ἔσται χαρά σοι καὶ ἀγαλλίασις, καὶ πολλοὶ ἐπὶ τῇ Υενέσει αὐτοῦ χαρήσονται 15 ἔσται γὰρ µέγας ἐγώπιον [τοῦ ]Τζυρίου, καὶ οἶνον καὶ σίκερα où μὴ πίῃ, καὶ πνεύματος ἁγίου πλησ-

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