‹ Evangile selon saint LucChapitre 89 sur 300 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Χείναις ἐξῆλθεν δόγμα παρὰ Kaloapes - {05 il arriva, en ces jours-là, qu'il sortit un édit de César

il, 4-20. La NATIVITÉ DE JÉSus.

1-8. LE RECENSEMENT. Question célèbre, traitée avec soin par Schürer (Ges- : chichte… T, 4e éd. 508-544), lequel accuse Le. de plusieurs erreurs. 1) L’histoire ne ‘sait rien d'un recensement général -au temps d'Auguste. — Elle sait en tout cas qu'il a fait recenser les Gaules, l'Égypte et la Syrie, et le Breviarium dont parle Tacite suppose bien un recensement général (Ann. 1, 11), qui semble même indiqué par Dion Cassius (uv, 35, 1.). Cette réponse nous paraît toujours très solide, on peut voir le détail dans RB. 1911 p. 66 ss. — 2) Un cens romain ne pouvait pas amener Joseph à Bethléem, encore moins était-il nécessaire d'amener Marie, — On trouvera au v. 2 la réponse à cette objection, réponse que les papyrus égyptiens rendent aisée en ce qui regarde Joseph. La présence de Marie s'explique aussi par son origine davidique, sans parler de ce qui a pu paraitre convenable aux deux époux. — 3) Un cens romain n'eut pu avoir lieu sous Hérode en Palestine. — Schürer avançait ici plus qu'il ne savait du privilège des reges soci, dépendant en somme de la volonté impériale. Or vers la fin de son règne, Hérode était en très mauvais termes avec Auguste; cf. RB. {. 1. p. 69, et ce qui est dit du serment des Paphlagoniens dans Le Messianisme… p. 14 5. —

4) Joséphe ne sait rien d’un cens romain au temps d'Hérode et regarde plutôt le cens de l'an 7 ap. J.-C. comme un événement nouveau, qui a déchañné la révolte. — Josèphe a probablement embrouillé les faits. Nous ne consentons absolument pas à révoquer en doute le recensement de l'an 7 ap. J.-C., mais les révoltes de cette époque ne furent certes pas les premières, et il semble bien qu'il y eut deux Judas révoltés en Galilée (RB. 1. 1. p. 75). — 3) Un recensement ne peut avoir élé exécuté sous Quirinius au temps d'Hérode, parce que ce personnage, Publius Sulpicius Quirinius, n’a jamais été gouverneur de Syrie au temps d'Hérode. — Cette difficulté n’est pas encore parfaitement éclaircie. Notons a) qu'on ne lient plus pour fausse l'inscription de ϱ. Aemilius Pal, Secundus (CIL ΠΙ, Supplément, n° 6687) qui fit le recensement d'Apamée sous les ordres de Quirinius. Ge recensement n'a rien à voir avec la ‘Palestine. Quirinius fut donc chargé de recenser la Syrie indépendamment du cens restreint à la Palestine, lorsque celle-ci fut incorporée à la Syrie. Ἡ va de soi que l'opération

η (5 V) plutôt que om. (TH).

n’a été faite alors en Palestine que pour mettre la Palestine au niveau de la Syrie, dont le cens est donc antérieur. b) L'inscription incomplète de Tibur est toujours (depuis Mommsen) attribuée à Quirinius, et prouve qu'il fut deux fois gouverneur de Syrie, legatus Augusti propraetore. La première légation n’a pu avoir lieu peu avant l'été de 750, car Quintilius Varus (6-4 av. J.-C.) eut à dompter l'agitation qui éclata après la mort d'Hérode, mais elle a pu trouver place aussitôt après. D'autre part M. Ramsay, d’après une inscription découverte par lui à Antioche de Pisidie en 1912 (The Expositor, nov. 1919), propose de placer la légation de Quirinius beaucoup plus tôt, de 10 à 8 av. J.-C. Et ses raisons sont fortes (RB. 1913, p. 617), mais s’il fallait placer si tôt la naissance de Jésus, comment n’aurait-il eu qu'environ trente ans la quinzième année de Tibère (11, 1}?

ΗΒ y a donc une diffieulté à concilier le texte de Le. avec Fhistoire.

Nous avons essayé de le faire par l’exégèse, en interprélant : « ce recensement fut antérieur à celui quai eut lieu Quirinius étant gouverneur de Syrie » (RB. 1911, p. 80 ss.), et cette traduction nous paraît toujours plausible. Et d’ailleurs la divergence avec l’histoire est-elle si grande? Supposons un recensement commencé par Quirinius vers l'an 8 et eontinué par Sentius Saturninus (9-6 av. J.-C.) comme le veut Tertallien (ado. Mare. 1v, 19), ou commencé plus tard par Varus et terminé par Quirinius après la mort d'Hérode. Luc n'avait-il pas le droit de désigner l’un ou lauire comme ayant eu lieu au temps de Quirinius? Or on ne peut refuser l’une ou l’autre supposition quand les découvertes ont toutes jusqu’à présent été en faveur de Luc. Si Fon s’obstine à dire qu'il a confondu les deux recensements, ce n’est plus de la critique sereine et impartiale. Car Ἡ faut supposer que Luc n'a οὗ aucun soupçon du règne d'Archélaüs, qui a duré dix ans et que Mt. a connu (nr, 93), et de plus qu’il a transformé le recensement de l’an 6/7, en un recensement universel, dans la même phrase où il semble distinguer plusieurs recensements.

4) Ἐγένετο δὲ... ἐξῆλθεν la même tournure que 1, 8; et plus loin η, 6. Ce cas est typique, à cause de la mention de la circonstance du temps (ef. Introd. Ρ. κου ti).

— ἐν ταῖς uéouts ἐχείναις se reporte à 1, 5. Il nes’agit pas du temps de la naissance de Jean, encore moins de sa retraite au désert, mais de l'époque historique où débutent les événements relatifs à Jésus. Luc ne parle pas du règne d'Hérode; s’il l'avait cru terminé dans l'intervalle assez court qui va de la première apparition de Gabriel à la naissance du Sauveur, il est probable qu’il l'aurait dit. |

— δόγμα se dit dans Polybe des sénatus-consultes. Le mot était opposé à φήφιαμα ou vote de l'assemblée du peuple, et pouvait, à plus forte raison se dire de l'empereur seul. Sur ce décret, ef. RB. 1911, 00-84. Wileken note au sujet des recensements d'Égypte tous les quatorze ans que celui de 61/62 ap.

Auguste [ordorinant}) que l'univers entier fût recensé. ? Ce recensement fut antérieur à celui qui eut lieu Quirinius étant gouverneur

J.-C. est attesté directement. Celui de 19/20, l'an 6 de Tibère, est certain d'après les déductions tirées des papyrus. « Toutes les vraisemblances conduisent à admettre qu'Auguste a introduit ce recensement, et qu’il a déjà eu lieu en 10/9 avant ou 8/6 ap. J.-C. » (Grundzüge und Chrestomathie der Papyruskunde, 1, 4. p. 492 en 1912). Ce peut très bien être en vertu d’une mesure générale qui serait celle dont parle Dion Cassius en l'an 11/10 av. J.-C. (uv, 35, 4) Cette mesure a pu être différée en Judée, par égard pour Hérode, mais appliquée ensuite au moment de la brouille d’Hérode avec Auguste vers l’an 8 av. : J.-C. (Jos. Ant. XVI, 1x, 3). L'écriture Άγουστου (K C* À) reflète une prononciation assez répandue alors, « pour αυ.

— ἀπογράφεσθαι au présent, indique l'ouverture du recensement; il a pu se prolonger. el même s’exécuter par actes successifs, tandis que ἀπογραφῆναι eût indiqué une opération terminée, comme dans Malalas ὥστε ἀπογραφῆναι (Ramsar, Was Christ born at Bethlehem p. 123 s.). Le verbe indique l'action dite ἄπογραφή, ou recensement des personnes et des biens, quel que soit le but ultérieur du recensement, impôt personnel, impôt immobilier, service militaire ete. En Égypte où cette opération avait des nuances très varices, on voit qu’elle remplaçait ce que nous nommons l'état civil. La terre habitée est naturellement celle qui relevait de l'Empire, peut-être même seulement 165 provinces gouvernées par l'Empereur. |

2) αὕτη, et non αὐτή, qui voudrait dire : le recensement lui-même, c'est-à-

.dire le recensement par excellence, eut lieu plus tard sous Quirinius; car dans cette hypothèse on ne saurait que faire de πρώτη. |

Je lis ñ devant ἀπογραφή avec tous les mss. sauf BD 9 sa. et trois ecursifs, et Eusèbe; on (même Soden) cite encore N, mais ce ms. qui avait d'abord éerit αυτην απογραφην a rayé le dernier ν et changé le premier en η, el rien n'empêche de reconnaitre là le premier copiste, corrigeant une erreur évidente. L'article est d’ailleurs normal avec οὗτος, l’attribut est alors πρώτη. Si l’article étail omis, αὕτη deviendrait le sujet : ce fut le premier recensement; ef. Thuc. 1, 55 αἰτία αὕτη πρώτη ἐγένετο, ce qui mettrait encore davantage l'accent sur πρώτη. Or on re voit pas pourquoi Luc tiendrait tant à dire que ce recensement fut le premier.

N a lu ἐγένετο πρώτη (Ti), ce qui favoriserait la traduction : « eut lieu avant », mais on ne peut guère se fier à ce seul codex. Cependant Origène latin à huec fuit descriptio prima, comme dans ἆ, haec fuit professio prima, avec D αυτη Εγενετο-απογραφη πρωτη.

— Ἠγεμονεύοντος peut avoir un sens asscz vague ;"Luc parlera mème de l'yeuovi de Tibère et dira ἡγεμονεύοντας de Ponce Pilate qui n'était que procurateur (vi, À); mais ici Le sens est déterminé par τῆς Συρίας. Il s'agit donc du gouverneur de la Syrie, province impériale, Legatus Augusti propraslore Syriae. Les différentes orthographes grecques du nom propre de ce gouverneur indiquent P. Sulpicius Quirinius. On sait que Quirinius fit le recensement de la Syrie (CIEL, IT, Suppl. 6687) et, d'après Josèphe {Ant XVII, κατ, 5) il fit aussi le recensement de Ia Judée après la déposition d’Archélaüs (vers l'an 7 ap. J.-C.).

68 ÉVANGILE SELON SAINT LUC, If, 3.

ἐγένετο ἡγεμιουεύοντος τῆς Συρίας Ἰκυρήνίου. yat ἐπορεύοντο πάντες ο € - 5 κ > 3 ἀπογράφεσθαι, ἕκαστος εἰς τὴν ἑαυτοῦ πόλιν. #’Avéfin δὲ καὶ ᾿Ιωσὴφ ἀπὸ

fric γαλεῖται Ῥηθλεέμ, διὰ τὸ εἶναι αὐτον ἐξ οἴχου καὶ πατριᾶς Aavid,

D'après l'auteur juif ce recensement donna lieu au soulèvement de Judas le Galiléen (Ant. XVII, 1, 1 etc.). C’est à ce recensement que Luc ou plutôt Gamaliel fait allusion dans les Actes (ν, 37).

Que veut dire ici Luc? Le génitif absolu a été interprété : « du temps de Quirinius » (syrsin sah. boh. latt.) où : « par [les soins de] Quirinius » (Vg.- Clem.). La seconde traduction en dit plus que ne permet le texte. La première ne peut vouloir dire que le recensement du monde romain se fit au moment où Quirinius était gouverneur de Judée. Le, sens serait donc que le recensement, ordonné pour le monde romain à une époque quelconque, s’est effectué en Palestine pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. L’intention eût été de dater plus précisément la naissance du Sauveur; mais alors pourquoi la date vague du v. 1? |

Pourquoi cette autre date précise en apparence, mais qui n’apprenait rien à personne, ni aux ignorants qui ne savaient pas le temps de la légation de Quirinius, ni aux savants qui en connaissaient deux? pourquoi dire que ce recensement fut le premier, ce qui revient toujours à dater un événement mondial de la légation de Quirinius? Tout s'explique si Luc a voulu distinguer ce premier recensement d'un autre apparemment plus connu, qui eut lieu du temps de Quirinius, le recensement par excellence des Actes (v, 37). On obtient ce sens en donnant à πρώτη le sens de « avant »..On a objecté que πρῶτος comme πρότερος, ne peut signifier « antérieurement à » que si 16 nom comparé exprime la même idée que le sujet (encore Arrons Meyer, Die Schafzung bei Christi Geburt in ihrer Beziehung zu Quirinius, 1908); mais ce nom comparé peut être sous-entendu (cf. RB. ἰ. 1. p. 81s.). Aux exemples cités il faut ajouter Ἡ Regn. xIX, 43 (44) πρωτότοκος ἐγὼ ἢ σύ et surtout 6 λόγός µου πρῶτός pot τοῦ Ἰούδα, « ma

cause l'emporte sur celle de Juda ». Le v. se présente comme une parenthèse

destinée à préciser non la date de la naissance du Sauveur, mais le recensement lui-même. Si au contraire Luc avait entendu identifier le recensement du temps d’Hérode avec celui que fit Quirinius une dizaine d'années plus tard, il ne devait pas écrire-rpw6tn. -

De toute facon les défenseurs de Luc qui placent son recensement lors d’une légation de Quirinius en l’an 8 ou en "απ 3 av. J.-C., doivent nier le recensement de l'an 6 ap.'3.-C., car Le. né peut avoir dit: «le premier recensement eut lieu sous Quirinius», s’il y en avait eu un second sous le même fonctionnaire.

9) Schürer (Geschichte.…, 1, 324) a objecté que le recensement étant fait à la mode romaine, Joseph n'avait pas à se rendre à Bethléem, mais au chef-lieu du district qu’il habitait. Mais on ne voit pas pourquoi les Romains ne 56 seraient pas accommodés aux usages du pays en Judée comme en Égypte, où le but était de recenser chacun d’après sa patrie, ἰδία. Le terme de κατ οἴχίαν ἀπογραφαί ne 56 trouve que dans le texte de 61/62 ap. J.-C., mais tout porte à.

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, Il, 4. 69

de Syrie. Et tous. partaient pour s'inscrire, chacun dans sa propre cité. # Joseph monta donc aussi de la Galilée, de la ville de Nazareth, vers la Judée, vers la ville de David qui est appelée Bethléem, parce

croire que l'usage existait déjà. Wilcken (op. 4. p. 193) conclut : « par conséquent les sujets étaient invités à se rendre chacun dans sa patrie, pour fournir les déclarations — tout à fait comme Luc (Évangile w, 4 ss.) le raconte pour la Judée ». D'ailleurs si l’on exigeait des prêtres des titres généalogiques en règle, on était évidemment moins sévère pour un recensement. Chacun sait en Orient à quel clan ou groupe de famille il appartient, sañs autre preuve qu’une situation sociale avérée; la mesure n'était donc pas impraticable, et moins dure dans la Judée même au sens le plus large, qu’en Égypte.

Or en l’an 103/10% après J.-G. Gaius Vibius Maximus, préfet d'Égypte, ordonnait : τῆς κατ οἶ[κίαν ἀπογραφῆς συ]νεστώ[σης] | ἄναγκαῖον [τοὺς ἀποδημησάντα], Ἰαθ) [veuve] | δήποτε αἰτ[ίαν ἀπὸ τῶν ἑαυτῶν | νομῶν προσα[ναγχά]σαι ἐπα[νελ] | θεῖν εἷς τὰ ἕαυ[τῶν εἸωέστια ἵν[α] καὶ τὴν συγήθη [οἴ]κονομίαν τῆ[ς ἀπο] | γραφῆς πληρώσωσυν (Pap. Lond. TI, p. 195), c’est-à-dire qu'à l’occasion du recensement par maisons, tous ceux qui s'étaient Cloignés de leurs régions pour quelque cause que ce ft devaient rentrer chez eux pour accomplir les formalités habituelles du recensement. La restitution des lacunes pourrait être çonçue un peu différemment, mais le sens général n’est pas douteux. C'est exactement ce que suppose Lc.

L'inscription de Mesembria en Thrace (Caëxar, 11 0) ipt. Graecae ad res rom. pert I n° 769) ordonne seulement à ceux qui travaillent dans les champs de rentrer en ville pour le recensement.

πάντες n'est pas déterminé par Xuotas (contre Schanz), mais se rapporte plutôt, devant ἀναγράφεσθαι, à l'édit d'Auguste. La perspeclive est générale mais se réduit à la Judée dans l'intention de l’auteur qui n’a pas à s'occuper du reste du monde. |

4) Comme tant d'Orientaux de nos jours, Joseph ne résidait pas au lieu où habitaient les siens, sans avoir pour cela perdu le souvenir de ses attaches de famille, Nous voyons par Esdr. vas et Neh. var, qu'au retour de la captivité les Israélites étaient rattachés à des groupements qui pouvaient compter plus de vois mille personnes ou une cinquantaine seulement; c'est le MIN n°2 ou la nnaw. Il est probable qu’à Bethléem un très grand nombre de personnes se disaient du clan de David, sans même prétendre descendre de lui. Les deux mots ἐξ οἴκου καὶ πατριᾶς indiquent que Joseph était vraiment descendant de David et appartenait à son clan. Le second terme serait inutile s’il n'indiquait l'attachement au sol, car tout le clan n'avait pas quilté Bethléem, et c’est pour cela que Joseph devait s'y faire inscrire, comme David lui-même avait dù sy rendre pour un sacrifice de clan (1 Sam. xx, 29). La ville de David dans ΓΑ. Τ. est la citadelle de Jérusalem prise par David et où il avait son tombeau {1 Reg. πι, d; viu, ἐς 1x, 24), mais Bethléem, comme son lieu d'origine, avait droit à ce nom (cf. Jo. var, 42).

Luc ne dit pas qui était Joseph, parce qu'il l'a déjà nommé (1, 27), mais s’il dit ici expressément qu'il était de la maison de David, c’est, a-t-on dit, parce

5. εμνήστευµενη (T H} οἱ non µεμνήηστευμενη (SV). — oi. yuvau ᾱ. oùor (T H) et non add. (5 V).

qu'il n'avait parlé en cet endroit que de l'origine de Marie. D'autre part il a pu répéter cette circonstance comme il rappelle le nom de la ville de Nazarëth.

5) ἀπογράφασθαι est ici nettement à la voie moyenne; à l'aor. parce qu'il s'agit d’un seul acte, tandis que ἀπογράφεσθαι v. 1 et 2 ouvrait une série. Le moyen convient bien à v. 3 et même à v. 1 aussi biea que le passif. Il serait étrange que Luc ait varié les voix du verbe. La présence de Marie, si violemment attaquée, parait aujourd'hui très naturelle. En Égypte les femmes devaient aussi se présenter pour fournir un véritable signalement : « C'est pour cela que, d’après la légende de Luc, — Joseph et Marie devaient se rendre à Bethléem » (Wilcken, l. 1. p. 194). On peut donc rapporter σύν à äroypébachar. Mais comment Luc aurait-il emprunté ce détail aux usages égyptiens? Tout porte à croire qu'il en était de même en Judée. Marie avait à se rendre à Bethléem soit comme appartenant à la maison de David, soit comme femme de . Joseph. Luc ne donne pas la première raison (ajoutée par syrsin et quelques latt.)\; il y pense peut-être puisqu'il dit que Marie était fiancée, et cela s'entendrait bien s’il a indiqué déjà l’origine de Marie (1, 27). Mais il est plus probable que Marie vient à Bethléem comme étant officiellement la femme de Joseph. Si Luc a évité ce terme, c'est pour insister sur la virginité de Marie. Joseph a été mis au courant de la visite de l'ange, comme Zacharie, sans que Luc l'ait dit non plus.

Le syrsin. porte : « .… nommée Bethléem, 5-lui et Marie sa femme (a b ο aur. uxore sua) qui était enceinte, afin d’y être inscrits, car ils étaient tous deux de la maison de David. » La lecon τη Ίυναικι αυτου est assez compromise par l’addition du syrsin, celle τη euv. avr. yuvaur est une synthèse assez maladroïte. — οὕσῃ éyxéw est une simple circonstance, préparant ce qui suit, non la raison pour laquelle Joseph ne s'est pas séparé de Marie. Le voyage de Nazareth à Bethléem pouvait se faire commodément en quatre jours en traversant 1a Samarie, soumise à Hérode comme la Judée. Les étapes étaient vraisemblablement ce qu'elles sont aujourd’hui, par une division très naturelle, Djenin Naplouse, el-Bireh. .

ϐ) Pour ἐγένετο cf. 11, 1; pour ἐπλήσθησαν cf. 1, 57; αἱ ἡμέραι remplacent 6 Χρόνος, mais la phrase est sur le même rythme, ce qui indique un même auteur. Le texte ne dit pas et ne suggère même pas que l’enfantement ait eu lieu plus tôt que Marie ne l’attendait. Mais il n’est pas dit non plos que la naissance du Sauveur ait eu lieu aussitôt après leur arrivée à Bethléem; il a pu s'écouler plusieurs jours.

7) L'expression très simple ἔτεχεν ne dit rien des circonstances de cet ineffable

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, ïl, 1. πα

qu'il était de la maison et de la famille de David, 5 pour s'inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 6045, pendant qu'ils étaient là, le temps où elle devait enfanter arriva, * et elle enfanta son fils premier-né, et elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu il n’y avait point de place pour eux dans

l'hôtellerie.

eñfantement. Le protévangile de Jacques (xix 5.) a tenu, en affirmant la vir- ‘ginilé de Marie, à la faire constater par une sage-femme, et ce trait a souvent été représenté par la peinture et les mosaïques; cf. Tert. de carne Christi xx1u, et contra Marc. πι, 445 τν, 21 et Clém.-Al Sfromaltes va, 889 5. La virginité perpétuelle de Marie est un dogme de la tradition. La réserve de Luc est d'ailleurs de bon goût; la piété, au lieu de s’appesantir sur des détails, s'en rapporte à Dieu pour que tout se soit passé d'une manière digne de son Fils et de la pureté éminente de sa mère.

— τὸν πρωτότοκον signifie le premier-né, au sens physique. On ne sauraït prendre iei ce mot comme signifiant « particulièrement cher », sens qu'il a parfois dans l'A. T. oùle sens figuré «est suggéré par le contexte; ef. Ex. αν, 22; Ps. Lrxxvut (89), 275 Jer. xxx, 9: Job xvnr, 13; Zach. xu, 10, cf. Ps.-Sal. χητ, 8 ὡς viby ἀγαπήσεως,.. ὡς πρωτοτόκον. D'autre part il ne serait pas moins faux d'en conclure que Marie a eu d'autres enfants. Un premier-né peut n'avoir pas de ” successeur, οὗ il porte ce nom aussitôt après sa naissance {en hébreu 193), parce que fa première naissance (059 1938 122 Ex. xn1 2; XXXIV, 19 : πᾶν πρωτότοχον Γπρωτογενὲς] διανοῖγον πᾶσαν μήτραν) obligealt les parents à certains devoirs.

Mais Plummer demande pourquoi Luc ne l'a-t-äl pas nommé « unique », μονογενῆ, comme vu, 12; ναι, 42; 1x, 38? C'est qu'il ne se sert de cette expression que pour produire un pathétique spécial; par exemple il ne le dit pas de Jean {1, 57). H a dit ici πρωτότοχας pour préluder à la scène de la purification απ, 22). Le dilemme de Lucien (Demonaæ 29) : εἰ μὲν πρῶτος οὗ μόνος, εἰ δὲ µόνας οὗ πρῶτος ne résout pas tonte la question, et Euth. avait déjà rappelé Is. σαν, 6 : Ἐγὼ πρῶτος παὶ ἐγὼ μετὰ ταῦτα, πλὴν ἐμοῦ οὖν ἔστιν θεός (cf. Heb. 1, 6; τα, 23). Et on lit Ps.-Sal. xvmr, 4 : Ἡ παιδεία σου ἐφ᾽ ἡμᾶς ὡς υϊὸν πρωπότοκον μονογενῆ qui est décisif. D'ailleurs Luc a évité à dessein toute allusion aux frères de Jésus. 51 a employé ici πρωτότοκον, c'est qu'il l'a pris dans le sens hébreu légal de bekor. Sur les frères de Jésus, cf. Comm. Marc, p. 72 ss.

— ἑσπαργάνωσεν est bien un indice que Marie n’a pas éprouvé les douleurs de dl'enfantement. Sans doute on peut citer des cas extraordinaires, comme cette femme de Bethléem de nos jours qui ayant accouché en ramassant du boïs est revenue avec son enfant sans abandonner son fagot, mais les cas semblables ne sont pas ordinaires. Luc semble avoir voulu écarter du berceau de Jésus toute curiosité indiserète, tout empressement gênant. Marie suffit à tout : nulla ibi obstetrix, nulla muliercularum sedulitas infercessit; ipsa pannis involvif infantem : pen et mater et obstetriæ fuit (Hier. Ad. Helvid, P. L., XXI, 493). Le verbe σπαργανοῦν dans Job. xxxvar, 9 et Ex. xvi, 4.

— φάτνη est la mangeoire des animaux (xm, 45), la crèche. On emploie

αὐτὸν ἐν φάτνη, διότι οὐκ ἦν αὐτοῖς τόπος ἐν τῷ χαταλύματι. 8 Kot

3 ed ο « -ποιμένες ἦσαν ἐν τῇ χώρα τῇ αὐτὴ ἀγραυλοῦντες καὶ θυλάσσοντες φυλαχκὰς τῆς νυκτὸς ἐπὶ τὴν ποίρνην αὐτῶν. yat ἄγγελος Ευρίου ἐπέστη αὐτοῖς

aujourd'hui pour faire manger les chevaux sur la route des mangeoires mobiles. qu'on pourrait transformer en un pauvre berceau, Luc semble indiquer la mangeoire fixe, car il ajoute, « parce qu'il n’y avait pas de place pour eux »; ils étaient donc dans une étable, lieu indiqué par la présence de la crèche. — χατάλυµα dans Le. xx, 41 semble indiquer la chambre destinée aux hôtes, mais ce mot est emprunté à Μο. χι’, 14, et quoique Luc dise πανδοχεῖον (x, 34) pour une auberge, ce doit être 16 sens ici. 2xrévua, avec l’art., est l'hôtellerie (Khan) où tout le monde peut attacher ses bêtes et s'arranger pour dormir près d'elles. Joseph et Marie n'y avaient pas trouvé de place, du moins de place convenable. S'ils étaient installés dans une écurie, il serait assez naturel que ce fût dans une grotte, car sauf les khans, ce sont surtout les grottes, plus que les habitations ordinaires, qui sont habitées en commun par les hommes et par les animaux.

Le protévangile a rendu ce fait plus vraisemblable en supposant que, Marie. s'apercevant en cours de route de l’enfantement prochain, les voyageurs se sont réfugiés dans une grotte (Prot. ὅαο. xvur). Cette grotte, près du bourg, σύνεγγυς τῆς κώμης est mentionnée par Justin (Dial. zxxvmi), et par Origène (adv. Cels. x, 51). Il n'y a aucune raison de penser que la grotte a été empruntée à Is. xxx, 16, où l'idée est celle d'une grotte élevée qui seft de forteresse, et sans allusion messianique. Justin a donc dû s’appuyer sur une tradition déjà existante. En tout cas la grotte iraditionnelle n'a pas été choisie d’après le protévangile, car elle est plutôt au delà de Bethléem qu'en deçà pour des personnes venant de Jérusalem (cf. Bethléem, le Sanctuaire de la Nativité, par les Pères Vincent et Abel, Paris 1914). Le syrsin. a supprimé ἐν τῷ καταλύματι : on peut donc l'entendre que Jésus a été placé dans une mangeoire (mobile) parce que Joseph et Marie n'avaient pas d'autre endroit pour le mettre. Ce sens a été soutenu même avec ἐν τῷ καταλόματι, « dans la chambre » où ils étaient (Sprrra, Zeitschrift für die neut. Wiss. 1906, 281-317), mais τόπος et αὐτοῖς suggèrent qu'il n’y avait pas de place pour eux, non qu'il leur manquait un berceau pour l'enfant,

Le bœuf et l'âne étaient à leur place dans une écurie. Origène le premier a fait allusion à Is. 1, 3 (Ποπ. 13, Ρ. G. XIIL, 1832); saint Jér. a une application plus directe dans l'éloge de Paule : postquam vidit sacrum virginis diversorium et stabulum, in quo agnovit bos possessorem suum et asinus praesepe domini sui (P.L. XXI, 884). Le Ps. Matth. (Tisch. p. 80) renvoie aussi à Habacuc mt, 2. Gette scène était faite pour la peinture. A la catacombe de saint Sébastien, on a pu distinguer sur une peinture très effacée la mangiatoia in forma di una tavola stretla con quattro piedi, su di essa… stava il Bambino Gest, nello sfondo appariva capo di un asino e di un bue e al disopra il busto del Salvatore (WizrerT, Le vpitture delle catacombe romane, 1, 187). La peinture est de la seconde moitié du τν» 6.2 la forme de la mangeoire indiquerait qu'elle était mobile. La haine de Jérôme pour les apocryphes donne à penser que l'idée n'est pas venue par leur canal, |

ÉVANGILE SELON SAINT LUC, If, 8-θ. 73

8 Et il y avait dans cette même contrée des pasteurs qui demeuraient aux champs et qui veillaient durant la nuit sur leur troupeau. Et un ange du Seigneur parut près d'eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière, et ils furent saisis d’une grande crainte.

8-20. Les BERGERS Α LA CRÈCHE.

D'après Holtzmann, Luc amène iciles bergers soit à cause du rôle des bergers dans l’histoire d'Israël (Jacob, Moïse, David, Amos), soit à cause des héros qui ont grandi parmi les bergers, comme Romulus et Cyrus, soit surtout pour représenter les pauvres et les ignorants, selon les pensées de 1, 51-53 et de vu, 22. Et sans doute en relatant cet épisode, Luc a dû songer à la prédilection pour les pauvres dont témoigne l'Incarnation. Mais il n’était pas besoin de sou-

.venirs érudits pour trouver des pasteurs près de Bethléem. C'est aujourd’hui encore le point de rendez-vous des pasteurs du désert, dont Bethléem est la capitale, beaucoup plus que Jérusalem. Si Jésus est né dans une grotte, il était. déjà parmi les pasteurs.

8) À peine est-on sorti de Bethléem du côté de l’est, que les champs cultivés font place aux pâturages, et la nature du sol indique qu’il en fut toujours ainsi. Si les troupeaux appartiennent à des habitants du bourg, ils les ramènent pendant l'hiver dans les étables. Mais les pasteurs bédouins, — et c’est le plus grand nombre — sont naturellement toujours sous la tente, et les troupeaux toujours dehors. Il y a aussi dans le désert des parcs à bestiaux avec une petite cabane pour les bergers. On peut dire de ceux-là aussi qu'ils veillent la nuit sur les troupeaux.

Lightfoot (p. 496) a cité b. Chabb. 45b et Besa 402 haec sunt pecora eremi, eœ nempe quae prodeunt pastum circa tempus Paschatis, et pascuntur in campis et domum redeunt ad pluviam primam, complété par Nedarim 632 et Taanith 69 Quaenam est pluvia prima? Incipit tertio mensis marheshvan : media est septimo, ultima decimo septimo. Sic R. Meir : àt R. Judah dicit, Septimo, decimo septimo, et vicesimo primo. Mais il est clair que la pluie n'obéit pas ponctuellement à ces décisions rabbiniques qui indiqueraient le début de novembre. Il est ordinaire que la première pluie sérieuse tombe vers 16 15 nov. Cependant en 1910-1944, on l’a attendue jusqu'au 14 janvier, et nous avons constaté 26 degrés centigrades à l'ombre une autre année le 27 décembre. D'ailleurs le Talmud ne parle que des troupeaux qui ont des étables dans les villes, ce qui est le petit nombre. On peut comparer les bergers des environs de Bethléem au Daphnis de Parthénius (Ærot. scrépé. 29) qui βουκολῶν κατὰ τὴν Αἴτνην χειμονός τε a θέρους ἠγραύλει, Le texte ne peut donc servir à déterminer avec certitude la saison de l’année.

ἀγραυλέω ne signifie pas ici passer la nuit, mais vivre aux champs; cf. l'exemple cité et Pur. Numa, IV. L'hébreu dit πώ "nw d’un seul jet (Num. 1, 53) mais en grec lorsqu'on emploie un substantif de même racine que le verbe, on le qualifie par un adjectif ou par un génitif : ἐμὲ ὁ πατὴρ τὴν τῶν παίδων παιδείαν ἐπαίδευεν (Χέπ. Cyr. vit, 3, 37). Il faut donc joindre τῆς vuxrés à φυλακάς au lieu d'en faire un gén. de circonstance.

9) ἐφίστημι, sept fois dans Le., onze fois dans les Actes et seulement encore

καὶ δόξα Κυρίου repéhayhsy αὐτούς, rat ἐφοβήθησαν φόβον µέγαν. 10 καὶ * à

/ e ” νο ρα , μεγάλην ἥτις ἔσται παντὶ τῷ λαῷ, Î ὅτι ἐτέχθη ὑμῖν σήμερον σωτῆρ ὃς ἐστιν Χχριστὸς πύριος ἐν πόλει Δαυίδ. ua τοῦτο ὑμῖν τὸ σημεῖον, εὑρήσετε βρέφος

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