‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 120 sur 350 · CH. V-VIT. LE SERMON SUR LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

CH. V-VIT. LE SERMON SUR LA MONTAGNE

Ixrropucrion. — Tel que Mt. l’a conçu — et l’on ne saurait douter que cette conception remonte à Jésus, — le sermon est le programme d’une perfection nouvelle qui doit remplacer la justice légale. C’est la perfection que Jésus demande à ses disciples, et qu'il entend substituer à la justice que prônaient les Pharisiens. Mais les Pharisiens s’appuyaient sur la Loi. Qu'adviendrait-il de la Loi?

Par Loi, il faut entendre ici la loi morale. Si 14 loi de Moïse contenait les règles du culte et la substance de ce que nous appelons le code civil et le droit pénal, avec quelques notions de droit des gens, Jésus ne s'arrête pas à ces points. On peut dire qu'il n'a en vue que le Décalogue, dans ses principes fondamentaux et dans quelques-unes de ses conclusions, écrites dans la Loi.

Cette loi morale se composait de deux éléments. L'un était positif, contenant en germe toute la perfection : le commandement d'aimer Dieu (Dt. va, 5). Celuilà pouvait servir de point d'appui et d'impulsion à tout l’ordre nouveau. Jésus

‘ le dira assez clairement (Mt. xxrr, 34-40; Mc. χη, 28-34; Le. x, 25-28). Cette fois il n’en parle pas directement, parce que les Rabbins n’en avaient pas compris ordinairement l'importance, et parce que la loi de Moïse, comme loi morale, était surtout une loi concernant des actes extérieurs. Elle promulguait surtout des interdictions, et lorsque la forme était positive et semblait entrer dans

l’ordre des sentiments, comme pour l'honneur dù aux parents, ce commandement portait en réalité sur les dérogations qu'il désapprouvait d'avance, ou sur des prestations à déterminer. C’est le caractère de toute loi, et toute la morale chrétienne, en tant qu’elle est l'explication du Décalogue, procède ainsi : à quoi est-on tenu, que doit-on éviter? La Loi, par elle-même, ne pousse pas à la perfection; elle est satisfaite si certains actes extérieurs sont accomplis ou évités.

Il est vrai que la loi de Moïse était une loi divine, et à ce titre elle eût pu prononcer une sanction divine, c'est-à-dire des récompenses ou des châtiments d’un ordre surnaturel, au moment où Dieu prononce sur les actions accomplies pendant la vie. Mais en fait la loi de Moïse ne prévoyait explicitement aucune rémunération d'outre-tombe. La cause en était, semble-t-il, dans son caractère national. La Loi avait été donnée au peuple. C’est lui qui s'était engagé, et qui devait subir les châtiments ou recevoir les récompenses. Vis-à-vis des particuliers, il était responsable de l'observation de la Loi, en infligeant des peines particulières. Il était plus difficile au peuple de récompenser la vertu;

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il est rare que les lois se proposent ce but. Mais dans l'esprit de la législation on pensait que Dieu, qui avait promis la prospérité à la nation si elle était fidèle, ne serait pas moins juste et libéral envers les particuliers. C’est l'esprit du Ps. τς: « Heureux l’homme... qui a son plaisir dans la loi de lahvé.. tout ce qu'il fait lui réussit ».

Du caractère national de la Loi découlait une autre conséquence : la limite .

des obligations d'affection envers le prochain à la race d'Israël, sauf certaines règles d'humanité et de justice envers les étrangers.

Et enfin, puisque le pieux Israélite représentait son Dieu dans l'opinion du monde, de sa réputation de vertu dépendait un peu l'honneur de son Dieu, de sorte qu'il était presque de son devoir, non seulement de ménager l'opinion, mais d'acquérir l’estime des hommes, ce qui pouvait s'entendre en tout bien tout honneur.

Notons encore que cette loi, acceptée par Israël, avait le caractère d’une alliance. Les prescriptions morales étaient dans l'intérêt des hommes, mais ne dépassaient pas les forces humaines. Les dérogations privées n’empêchaient pas que la société fût établie sur ces règles, et elle se trouvait très bien de les faire prévaloir. Israël, partie contractante dans l'alliance, ne se sentait pas de ce chef très incliné à demander le secours de Dieu, et les Israëlites s’appropriaient cet esprit. La prière était un des points cardinaux de l'Écriture; mais la prière qui implore la miséricorde, plutôt que la prière qui demande la force pour ne pas pécher, celle qui implore la lumière plutôt qu'un secours pour la volonté.

Nous devons convenir que sous l'influence de la Révélation, la lumière avait grandi. Les Pharisiens connaissaient le monde à venir, et c'était en vue de ce monde à venir qu'on était tenu de pratiquer la justice. Mais, d'autre part, le caractère légal de la justice avait insensiblement fait prévaloir un esprit de justice stricte, c'est-à-dire bornée à l'accomplissement ou à l’abstention d’actes extérieurs. C’est dans cette observance ponctuelle, mais matérielle de la Loi, que s’épuisaient le génie spéculatif des rabbins et leur action sur le peuple.

Le Talmud est le fruit d'une intense activité morale ct religieuse, s’exerçant toujours et uniquement sur les possibilités d'enfreindre ou de-satisfaire des préceptes positifs. On n'avait jamais eu le temps de s'arrêter à sonder la valeur des dispositions de l’âme envers son Dieu. Du moins c'était la tendance générale de donner comme type de la sainteté l'accomplissement du rite extérieur. Que ces hommes, peu soucieux de recourir à la grâce, n'aient eu trop souvent que la façade de la perfection, c'est ce que Jésus leur ἃ reproché. D'autant que se sentant responsables de l'honneur de Dieu, surtout ceux qui passaient leur vie dans l’étude de la Loi, ils tenaient passionnément à recueillir l'approbation des

hommes et des marques d'estime. Malgré l’ascendant toujours grandissant des

perspectives éternelles, les chefs du Judaïsme ne renonçaient pas à celle preuve sensible, à ce miracle permanent qu'eût été la récompense temporelle donnée par Dieu aux justes. Au temps même des Macchabées on ne pouvait admettre que des Juifs fidèles aient suecombé dans la guerre sainte (IL Macch. χα, 40). Aussi la richesse devait-elle être regardée comme une démonstration et une récompense de la justice, aussi bien que la bonne réputation. Quant aux limites que l’égoïsme national imposait au précepte de la charité, il est inutile d'y

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τὸ ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, V-VII.

insister, ni sur la satisfaction que causait aux parfaits leur justice, et 14e les préparait mal à recourir à la prière.

Ainsi l'antique Loi, imparfaite à cause de son caractère de loi, Surfoutn si l’on laissait dans l'ombre le principe de charité qui eût tout sauvé, imparfaite à cause des sanctions temporelles qu’elle proposait seules, imparfaite parce qu’elle était donnée à un peuple, et seulement à un seul peuple, imparfaite dans son aspect de contrat auquel on pouvait satisfaire, cette Loi se présentait alors améliorée par les espérances plus hautes de la foi des Juifs, mais d'autre part

moins salutaire à cause des superfétations des docteurs, non pas dans le sens de la perfection du cœur, mais dans le développement de subtilités infinies qui avaient toujours pour but d'imposer le recours aux docteurs si l’on voulait être en règle.

C’est tout cet ordre de choses que le Sauveur regarde comme constituant une justice insuffisante. La loi ancienne elle-même est déclarée imparfaite.

Cependant pas un iota de la Loi ne passera. C'est que Jésus n'entend rien retrancher de ses prohibitions morales. Tout ce qui est prescrit ou défendu dans l’ordre moral est prescrit ou défendu à jamais. Mais certains points,

comme la répudiation, le talion, certains sentiments hostiles, ont pu être tolérés,

qui ne le seront plus. La Loi sera donc perfectionnée. De ce point de vue, on eût pu parler d'une Loi nouvelle. Cependant Jésus ne s'est pas servi de ce terme. Ce qu'il préche, lui, ce n’est pas une loi, c'est une perfection indéfinie qui comprend des conseils pour ÿ avancer près de Dieu. La Loi demeure : elle continue à dire : ne faites pas ceci, ne faites pas cela. Mais sa sanction sera purement spirituelle. Il n’y ἃ aucune relation entre la nouvelle justice et le bonheur temporel. Il faudrait plutôt dire que la relation est renversée. De plus,

la loi s'impose à chacun de ceux qui écoutent : il n’est plus question d'un

peuple d'Israël. Les particuliers ne contractent pas alliance avec Dieu. Ils écou-

tent sa parole.et sont tenus de la mettre en pratique. Pour cela ils sont invités :

à recourir à la prière. Hommes, ils sont tenus d'aimer tous les hommes comme

leur prochain. Ils ne doivent pas cependant rechercher leur estime, mais agir

en vue de Dieu seul, cherchant ‘à mettre dans leurs actes cette perfection inté-

rieure dont le modèle est en Dieu.

Si l’on tient compte de la façon dont la perfection nouvelle intérieure s’ Oppo-

sait au légalisme ancien, on voit comment toutes les parties du sermon sur la

montagne répondent aux besoins des âmes qu'il fallait orienter autrement que ne faisait la Loi, telle qu'elle était comprise par les Scribes. Il les fallait affranchir même de ce qui dans la Loi avait un but historique, une mission temporelle. Le discours de Mt. est donc un ensemble parfaitement conçu en vue de combattre un idéal pharisaïque. Sans entrer dans les discussions pauli-

piennes, il tend à l'abrogation de la dispensation mosaïque, tout en retenant le

principe de la valeur éternelle de la base morale qu'elle avait posée, et qui devait désormais prendre pour idéal la perfection de Dieu.

Il est très facile de montrer que Jésus n’a rien détruit de la morale prescrite. Et cependant le changement est très profond. On regardait vers la Loi qu'il ne fallait pas transgresser; il montre Dieu, le Père qu'il faut aimer et satisfaire.

Ainsi le judaïsme et le christianisme peuvent conserver le même livre, ὃ

ce sont cependant deux religions.

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mais étranges pour le sens humain, qui font pressentir une doctrine nouvelle,

| ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, V-VIl. |

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| ANALYSE. — Le sermon débute v, 3-12 par une série d'affirmations très fermes,

ἥ laquelle ne sera pas mieux comprise que celle des anciens prophètes. Mais la

persécution bien supportée met le sceau aux béatitudes. On sait clairement quelles sontles dispositions de l'homme qui seront récompensées dans le royaume des cieux. Le principe traditionnel de la rétribution est maintenu, mais on l'obtient par ce que les hommes estiment peu ou regardent comme une disgrâce.

v, 43-16. Avertissement à prendre au sérieux la pratique des œuvres, dans l'intérêt des autres. dr

Le corps du discours comprend deux thèmes : 1) Quels sont les rapports de la doctrine de Jésus avec la Loi et les Prophètes (v, 17-48), de son esprit avec l'esprit des hypocrites (vi, 4-18)? 2) Quels doivent être positivement les sentiments et les pratiques des disciples (νι, 19-νπ, 12)?

à celle des Pharisiens (v, 17-20); pe :

᾿ς δὴ L'énumération des six points où la justice nouvelle doit être plus parfaite :

… (33-37); le talion (38-42); les sentiments envers les ennemis (43-48).

c) L'indication de quelques points qui mettent en relief la nouvelle justice,

- surtout l'esprit intérieur qui ne se préoccupe que de Dieu seul ; aumône (νι, 1-4);

prière (5-15); jeûne (16-18). :

Le deuxième point comprend divers avis sur : 1 l'attachement aux biens ΝΣ P P 2 σοῦ». .

ET

temporels détruit par la recherche du royaume et de la justice (19-34); ᾿ - 2) La conduite à tenir quand on se préoccupe du bien spirituel des autres (vu, 4-6); 6 | PES

3) La prière instante (7-11). Le tout se termine par la règle d’or (vir, 12).

Le corps du discours étant clos comme il avait commencé, tout le sermon se termine par une triple monition : |

a) Choisir la bonne voie (13-14) ; RON

b) Se garder des faux prophètes (15-20); s.

6) Ne pas oublier l'importance des œuvres (21-23). ,

Enfin la conclusion : agir après avoir écouté (24-27).

Tout cet ensemble est donc rangé dans un bel ordre; c’est le dessein tracé

pour toujours de la perfection des disciples du Christ, orientés vers le royaume de Dieu, déterminés à faire la volonté de Dieu. “5 5

Rapport De Mr. avec Le. — Depuis-longtemps, on se demande si le sermon sur la montagne est le même que celui de Le. in loco campestri (vi, 20-49).

Pour nous la question ne se pose plus de la même manière, Les ressemblances

FT

l'homicide (21-24); l’adultère (27-29); la répudiation (31-32), les serments ,

et les divergences de Luc nous obligent et nous autorisent à nous demander si

le discours n’a pas existé d'abord sous une autre forme, et si nous sommes tenus de l’attribuer à Jésus tel qu’il est dans ML. ἢ Maldonat ἃ posé le principe : Ego iam monui non esse anxie quaerendam in evangelistis sententiarum conneæio= nem, quia res non 60 ordine scribere voluerunt, quo factae a Christo, vel dictae || sunt. Quod praecipue in eius concionibus observatur, in quibus nec omnia quae dixit, nec eo, quo dixit, ordine recensent, contenti praecipua eius doctrinae capita commemorare (sur Mt. vu, 1).

Le premier point comprend : a) l'affirmation principale : la Loi ne sera pas

abolie, mais portée à sa perfection, de façon à constituer une justice supérieure τον 2: TS

Lorsqu'on cherche à établir dans Mt. la suite des idées, on s'aperçoit que certains passages font figure d’additions. Ce sont :

v, 13-16 la comparaison du sel et de la lumière (Le. σιν, 34.35 et χι, 33).

v, 18 la permanence de la Loi (Le. xvr, 17).

V, 25-26 la réconciliation (1,6. x, 57-59).

vi, 7-15 l'institution du Pater, rompant le rythme le plus caractérisé (Le. XI, 2-4).

VI, 19-34 sur les biens temporels (Lc. x11,-33.34; x1, 34-36; xvI, 13; χη, 22-32).

vit, 7-11 sur la prière instante (Le. xr, 9-13).

vi, 22-23 sur la réprobation de certains disciples (Le. χα, 26.27).

L'argumentation se trouve dans le commentaire. Mais nous remarquons dès à présent qu'aucun de ces passages ne se trouve dans le diseours de Le., quoiqu'ils se retrouvent tous ailleurs, souvent dans un meilleur contexte. Cette confirmation de la critique interne par l'autorité d'un autre évangéliste est des plus satisfaisantes.

Le discours constitué de cette façon ἃ plus d'unité, et par conséquent un caractère distinctif plus net.

Beaucoup de critiques le jugent encore trop long, et prétendent le réduire en lui enlevant de plus ce qui ne se trouve pas dans Le.

(8 sont : a) v, 5 (grec recu).7.8.9, soit quatre béatitudes.

δ) v, 17-26 la thèse par rapport à la Loi (Le. xvi, 17, seulement sur la permanence de la Loi). Fe

c) v, 21-24; 21-48 les six perfectionnements comme tels.

d) vi, 1-4; 5-8; 16-18, les trois perfections intérieures.

6) vu, 6 non sanctum canibus.

ἢ) vu, 13-14 les deux voies (Le. χπὶ, 23.24, la porte étroite).

9) vu, 15-17 les faux prophètes.

Mais ce serait enlever au discours de Mt. ce qui fait précisément sa pnysionomie de comparaison avec la justice ancienne et la Loi.

Luc ἃ très bien pu lire tout cela dans le document dont il s’est servi pour composer son discours, mais l'omettre, précisément parce qu'il voulait lui donner le caractère d’une proclamation de la loi de la charité, sans expliquer aux gentils ce qu’il en était de la Loi ancienne et de la pratique des Pharisiens. Εἰ précisément il à gardé des perfectionnements ce qui était relatif à la charité (Lc. γι, 29.30; 27.28.32-36). On comprend aussi qu’au lieu de huit béatitudes il ait préféré quatre béatitudes et quatre ve. Il a négligé les deux voies parce qu'il avait ailleurs la porte étroite (x, 23.24), et des faux prophètes il a gardé ce qui regardait les œuvres. Exclure du discours primitif tout ce qui ne se trouve pas à la fois dans Lc. et dans Mt. c'est désarticuler deux compositions harmonieuses pour n’avoir plus, spécialement dans Mt., qu’un résidu dont l’ordre ne serait pas clair.

Discours prImITIF. — Nous pensons donc que le discours, tel que nous le concevons en enlevant ce qui paraît ajouté et qui en même temps manque à Le., ἃ très bien pu être prononcé par le Sauveur, et conservé par la tradition. Si on en croit la tradition, attestée par 165 quatre évangélistes, Jésus n’a pas seulement prononcé des sentences et proposé des paraboles. Il a traité certains sujets avec ampleur. Celui des rapports de sa doctrine avec la Loi s’imposait pour ainsi

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dire. Et la tradition a très bien pu conserver ces discours, surtout dans cette

forme antithétique si frappante qu'a le discours dans Mt.; une introduction

(ν, 3-12), une déclaration de principe (v, 47-20), six perfectionnements (v, 21-48) plus trois oppositions (νι, 14-18, moins 9-15) avec trois avis (vir, 1-5.6.12) et trois monitions (vu, 13 5. 15-20.21).

Ce premier discours ἃ été rédigé en araméen, on peut dire transcrit tel que

la tradition le transmettait, par l'apôtre Matthieu. Il ἃ pu parvenir à Le. en

grec. Mais nous n'entendons pas affirmer que le Mt. araméen ne contenait rien de plus. Il est fort probable que c’est l'évangéliste qui ἃ composé tout te discours tel qu'il est dans Mt. Peut-être cependant faut-il attribuer au traducteur grec l'insertion de vit, 22.23. à | CrrconsTance Du ΤΈΜΡΒ. — Dans son état actuel, le discours de Mt. est placé

trop tôt dans l’ordre chronologique de la prédication de Jésus. Il semble qu'il a

déjà des disciples qui le représentent (v, 13-16), qui forment un groupe à part (γι, 25-34), qui peuvent faire des miracles en son nom (vu, 22). Mais si l’on regarde ces passages comme additionnels d’après notre analyse, rien n'empêche de voir dans le sermon de Jésus une déclaration posée dès les premiers jours de son ministère. Luc l’a placé au moment où le récit de Me. semblait l'appeler. Mais Mt. s’en est tenu à une autre tradition qu'on peut croire très bonne, et sans se soucier de l’ordre de Mc.

Marraœu er Marc. — Nous n'avons pas parlé des rapports de Mt. et de Mc. dans le discours. On ne voit aucune trace de dépendance, si ce n’est peut-être que l'application sur le pardon après le Pater (Mt. vi, 14.15) qui est en rejet, a pu être rédigée d’après Mc. σι, 25 5.: mais le contraire est plus vraisemblable.

Lorsque Mc. a une pensée semblable, dans deux cas Mt. lui-même a un pas-

sage parallèle Mt. xvmr, 8.9 et Me. 1x, 43.45.47.48 ; Mt. χιχ, 9 et Me. x, 41.12; ou bien il s’agit de paroles proverbiales Mt. v, 18 et Mc. 1x, 50; Mt. vur, 1 et Mc. 1v, 24. Donc ni Mc. ne s’est servi du discours, même sous sa première forme, ni Mi. n’a rien emprunté à MC. pour le composer.

Ouvraces srécraux : Erich Biscorr, Jesus und die Rabbinen, Jesu Bergpredigt und « Himmelreich » in ihrer Unabhängigkeit vom Rabbinismus; Leipzig, 1905.

Die Bergpredigt im Lichte der Strophentheorie, von Dav. Heïnr. MüLLer, Wien,

Die Bergpredigt (Matth. 5-7. Luk. 6, 20-49) Quellenkritisch und Begriffsgeschichtlich untersucht, par C. F. Georg Henri, Leipzig, 1900.

Sans oublier l’admirable commentaire de saint Augustin : De sermone Domini in monte secundum Matthaeum, Libri duo (P.L. XXXIV, 1229-1308).

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