‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 123 sur 350 · Lot ANCIENNE, PERFECTION NOUVELLE · texte numérisé non relu

Lot ANCIENNE, PERFECTION NOUVELLE

Ce morceau capital comprend une déclaration générale sur l'attitude de Jésus par rapport à la loi de Moïse (17-20) et six applications particulières (21-47); enfin une conclusion générale (48).

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᾿ ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, V, 10. WLs, 91

éelaire tous ceux qui sont dans la maison. ‘Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.

Les explications, assez divergentes, sont tellement nuances qu'on ne saurait les répartir par groupes. Chrysostome et Augustin forment cependant deux têtes de lignes ; le premier voit ic une{nouvelle législation opposée à la législation ancienne, antithèse que Jésus a voilée d’abord pour ne pas étonner trop ses disciples, attachés à la Loi; le second Gnsiste sur la perpétuité la Loi : nam qui addit quod: minus habet, non utique solvit quod invenit, sed magis perfciendo confirmat. La première opinion paraît plus appuyée par les applications . particulières, aussi les nomme-t-elle six Antithèses (Müller, Klost. ele.) entre la loi ancienne et la loi nouvells. La seconde opinion semble plus conforme à la déclaration du début; pour elle les applications sont des perfectionnements.

C’est le terme que nous avons adopté, sans méconnaitre l’autorité souveraine avec laquelle Jésus met sa doctrine en regard de l’ancienne Loi qu’elle dépasse. Car il ne suffirait pas de dire qu'il ne fait pas allusion à la loi de Moïse, mais seulement aux commentaires qu'en donnaient les Pharisiens. C'est bien la Loi ancienne qu’il cite, quoique le plus souvent très largement, et cette loi est

désormais insuffisante. Et ce ne serait pas assez de la compléter par des

additions; sur le point du divorce, par exemple, elle doit être réformée. Mais c'est précisément ce point qui fournit la solution. En parlant plus tard du divorce (xx, 3 ss.), Jésus montrera qu’en somme il est contraire à l'intention première de Dieu, telle quenous la connaissons par la Loi elle-même au moment

où Dieu a-en vue toute l'humanité (Gen. π|, 24). Il y ἃ donc dans la Loi des

ordonnances particulières, limitées par le temps et par le milieu qu’elles devaient régir; tout est dans cette distinction. La Loi était une loi morale, dont les principes élaient salutaires à toute l'humanité : ils sont encore la règle de l'Église. Mais c'était aussi une législation civile et criminelle aussi bien que liturgique ; tout cet aspect de la Loi est en dehors de la perspective positive du sermon sur la montagne. : F : .

Or c'est précisément ce que les Pharisiens envisageaient le plus : l’accomplissement ponctuel des rites extérieurs envisagés selon toutes les modalités. Jésus: n’attaque pas seulement leur exégèse ni leur jurisprudence en tant que surcharge: ou fausse intelligence de tel ou tel commandement (cf. xx), mais il dégage la loi éternelle de Dieu de son attache momentanée. Au point où en sont les choses, la loi de Moïse va aboutir au Talmud. C’est bien la loi de Moïse, mais pour des Juifs, et comprise par des Juifs. Jésus veut lui donner un autre aboutissement dans l'Évangile. C’est la lutte de l'Esprit contre un esprit particu- lier: Rien ne passera de la loi, de cette loi dont il va parler, une fois qu'il lui

aura donné sa perfection, c’est-à-dire quand ses principes éternels se seront.

épanouis dans la charité, au risque de faire éclater la législation civile et cultuelle. Tel:ou tel point de la loi de Moïse pourra être repris ou omis dans telle ou telle législation. Peu importe, s’il n’est pas en contradiction avec la: perfection désormais révélée du dessein de Dieu législateur. De cela Jésus ne s'occupe pas. Il marque l'idéal qu'il propose, idéal que la Loi, étant une lettre obligatoire, ne

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τς suggérait pas. Si l’on regarde le niveau ancien et Le niveau plus élevé, il y ἃ antithèse; mais le fondement est le même. Que des modalités dussent être changées, Jésus le faisait entendre clairement. Quelle devait être la législation nouvelle, ilne le disait que dans la mesure où cette législation devait être subordonnée à son Esprit à lui. Chrysostome a parfaitement mis en lumière l'autorité de Jésus : nu. ‘; . « Vois-tu une autorité compétente; vois-tu la forme qui convient à un législateur? Quel prophète en effet s'est jamais exprimé de la sorte? quel juste? quel. patriarche? Aucun d'eux, car ils alléguaient : Voici ce que dit le Seigneur. Ve Mais le Fils ne parle pas ainsi. Car eux parlaient au nom de leur maître, le Fils au nom de son Père » (P.G. LVII, 245), ou plus simplement en son nom propre. . Cependant le Fils maintient l'œuvre du Père. Il lui donne sa perfection. À Mais il s’abstient de rien qui ressemble à un code de législation. Les protes- ΟΠ tants reprochent à l'Église de n'être pas restée dans cette perfection supralégale ; elle serait retombée dans le légalisme. Mais eux-mêmes n'ont pu maintenir la superbe indifférence de Luther pour les œuvres. Le discours du nouveau - législateur est un des endroits de l'Évangile qui font le mieux comprendre la … | nécessité d’une Église pour adapter l'Esprit de Jésus aux circonstances particuο΄ lières, sans en rien diminuer, mais en distinguant ce qui doit être regardé ___comme nécessaire, et ce qui est peut-être conseil de perfection ou symbole ÿ#" qu'il ne faut pas prendre à la lettre. FE

ΓΝ Quel que soit d’ailleurs le degré d'opposition à la Loi ancienne, le contraste

est clairement accusé dans la forme. Les Béatitudes étaient bien déjà un renversement des idées reçues, mais sans Se M CT CN EN Τἢ ment. Après les avoir proposées, et supposant que les disciples comprennent la grandeur de leur rôle (13-16), Jésus va s'expliquer avec eux sur son attitude envers la Loi. Cette explication permet de supposer des accusations plus ou moins nettement formulées contre le jeune Maitre; serait-ce un indice que Mt. à anticipé le sermon ? | “à 47-20. La Lor er Les PROPHÈTES ÉLEVÉS PAR Jésus À UNE JUSTICE PLUS PARFAITE 0 ΠΟ xvr, 47):

C'est comme le sommaire du discours sur la montagne, qui est lui-même le programme d’une justice plus parfaite. Le passage est propre à Mt., sauf que Le. a dans un autre contexte (x, 47) l'affirmation sur la perpétuité de la Loi. __ Il y a deux idées : 1) Jésus est venu pour donner à la Loi et aux prophètes leur perfection; 2) il faudra observer minutieusement les préceptes. La première pensée pourrait être suffisamment exprimée par les vv. 17 et 20. La seconde est dans le v. 19. Le v. 18 placé ailleurs par Lc. semble avoir été retouché pour $ s'adapter à 17. Comme de plus le v. 19 parle de « ces commandements », Sans qu'ilsaientété indiqués, on peut supposer que Mt. a réuni ici deux pensées

. wk exprimées par Notre-Seigneur, dans des circonstances différentes. Cependant ἮΝ nous aurons à voir comment s'est constituée l'unité de ME. Que l'on conçoive en | effet un réformateur religieux. Il peut avoir la prétention de rompre avec le passé, d'apporter une doctrine et une législation nouvelles. C'est à quoi répond à la première affirmation : Jésus ne veut pas de rupture dans les desseins de M, Dieu. Mais il peut aussi essayer d’entrainer la foule en lui promettant la liberté,

‘sans une certaine obscurité, cela se comprend assez. La principale difficulté disparait si l’on se place au moment où Jésus a parlé, et en présence du thème

L ἫΝ ΓΝ \ ΤΊΣ ΤῊ î ESA © 2. ; | à ᾽ν LE an ᾿ : ἮΝ '

ἣν | ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, V, 17. ὁ 93

17Ne pensez pas que je sois venu abroger la Loi ni les prophètes ;

ou plutôt la licence. C’est à cela que répond la seconde affirmation. On peut

très naturellement proposer à la fois la rupture avec le passé et le laxisme dans la morale. Luther a encouru ce reproche en déchaïinant le désordre. Il ἃ dù ensuite expliquer comment la rupture avec l'Église et avec la croyance au mérite des œuvres ne devait pas empêcher de pratiquer la vertu par un principe de morale qu'il prétendait supérieur. Or dès le discours sur la montagne Jésus précise sa position. Pas de rupture avec la Loi et les Prophètes auxquels |

il donne leur vraie portée; et, la loi une fois bien comprise, exigences morales |

qui dépassent même celles de l’ancienne Loi et de ses docteurs. Il faut certes αν

admirer que des points aussi importants aient été tranchés si simplement, mais

gros de conséquences, résumé par l’évangéliste en quelques lignes, ne soit pas

moral qu'il traite. Il venait de prononcer les béatitudes et allait traiter de

. avecune autorité qui est devenue la règle de l’histoire. Qu'un enseignement aussi |

l'accomplissement des préceptes selon l'esprit intérieur et en vue de Dieu. S'il ε a insisté sur l’obéissance à la Loi — dans des dispositions qu'il prêche et qu'il, τς

révèle —, ce n’est pas pour éviter d’effaroucher les disciples ou les Pharisiens +

(Chrys.); c’est parce que, très réellement, il est venu proposer aux hommes cette ὁ obéissance. Et c’est pour se conformer à sa pensée que l'Église ἃ refusé de

dépens de la morale.

17) καταλῦσαι (infinitifs de but) est clair; c'est dissoudre un pouvoir, royauté ἦ k

-suivre Marcion dans l’exagération de ses antithèses entre les deux Testaments” 15 comme aussi les pseudomystiques qui ont prêché la liberté évangélique aux

ou démocratie, considéré comme un lien. A plus forte raison une loi est un lien;

détacher le lien, c’est lui ôter sa raison d’être, le détruire; de même ce serait.

rejeter l’enseignement des prophètes, que de les accuser de prédictions menson-

gères. Grammaticalement on pourrait entendre dans son sens propre de à

« ou bien ». Mais on doit regarder la phrase comme négative, à cause du début

par μή, et alors ἤ prend le sens de « ni » équivalent à οὐχ ἦλθον καταλῦσαι οὔτετ ον, οὔτε +. πρ. (Deb. 8. 440). La Loi et les prophètes forment un bloc, c'est l'an- 740

cienne Écriture, l'organe authentique des volontés de Dieu. On oublie trop

prophéties. Même quand il argumente contre les judaïsants sur l'observance de la Loi, Paul n'hésite pas à la leur opposer comme prophétie figurée de l'avenir (Gal. 1v, 21 ss.). Et les prophètes contiennent beaucoup plus de prédication morale que de prophéties. Jésus n’est pas venu pour rejeter tout cela, pour

+ Fa αν prêcher une autre morale, mais πληρῶσαι. Le sens n’est pas : accepter ce qui est, - + et faire des additions, compléter. C'est ainsi que l’entendaient les Juifs dans un. ae esprit vraiment rabbinique, et ils se sont moqués des chrétiens qui pouvaient, ὦ

grâce à ce mot, faire des additions à la loi de Moïse quand c'était leur intérêt

aisément que la Loi, c'est-à-dire le Pentateuque, contient de l’histoire et des ἌΝΩ

D M son

(ὃ. Shabbat 1169? 590 ND, « pour ajouter »). Mais πληρῶσαι n'est pas non plus ,

accomplir, dans le sens de Mt. 1, 22; Jésus ne dit pas qu'il est venu pour no À réaliser les prophéties; M. Loisy l'entend ainsi parce qu'il voit ici une intention

personnelle à Mt., mais il reconnait que « cette pensée dépasse la signification :

ἦλθον χαταλῦσαι ἀλλὰ πληρῶσαι᾽ 18 ἀμιὴν γὰρ λέγω ὑμῖν, ἕως ἂν παρέλθῃ ὁ οὐρανὸς nai ἡ γῆ, ἰῶτα ἕν ἢ μία χεραία οὐ ph παρέλθῃ ἀπὸ τοῦ νόμου ἕως ἂν πάντα γένηται. "ὃς ἐὰν οὖν λύσῃ μίαν τῶν ἐντολῶν τούτων τῶν ἐλαd'ensemble du discours » (1, p. 563). Le sens est donc bien celui de Jésus lorsqu'on l’accusait de détruire la Loi, par exemple lorsqu'il faisait des miracles de jour du sabbat; à savoir : « qu'il ne détruisait pas la Loi, mais qu'il la 2 perfectionnait, et conformément aux intentions du Législateur suprême... Il n’abrogeait donc pas la Loi; il y retrouvait le sens de Dieu, l'intention de la Providence « (Loësy, 1, 564). C'est le seul sens qui s'accorde avec le corps du discours. C’est le sens de πληροῦν dans Le. xxu, 16, sens parfaitement compatible avec une certaine abrogation de la Loi, puisque saint Paul (Rom. πὶ, 8; Gal. ν, 44) l'a employé. Il comprend celui d'achèvement, puisqu'il y a nécessairement une relation de temps entre la révélation déjà connue et ce qui en est la

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