CH. XIII. LES PARABOLES
… Le chapitre xur offre le même phénomène que le chap. χπ. Il est consacré en entier au même sujet, sauf les derniers versets (53-58). Ce sujet, ce sont les κι. paraboles du règne ou du royaume de Dieu. Il y en a sept : le semeur (1-9), . l'ivraie (24-30), le grain de sénevé (31 s.), le levain (33), le trésor (44), la perle δ; 4 (45 s.), le filet (47-50). De plus, après le semeur, une instruction sur le but des paraboles (10-15), avec une félicitation aux disciples (16 s.), l'explication du … semeur (18-23), l'explication de l'ivraie (36-43). Mais il faut noter surtout une ν- première conclusion (34 s.) et une seconde conclusion (54 s.). TRUE, 0 Re Mc. a le semeur, l'instruction sur les paraboles, l'explication du semeur, le | grain de sénevé et la première conclusion. Mais il a de plus un développement sur le mystère, et ensuite la parabole du grain qui pousse seul (Mc. 1v, 21-25;
La dépendance de Le. par rapport à Mc. est établie d’après les raisons ordi-
maires. la, en suivant l’ordre de Mc. sans rien omettre et sans rien ajouter: le semeur, l'instruction sur les paraboles, l'explication du semeur et le dévelop- Ὁ - pement sur le mystère (vu, 4-18) : après quoi il passe à autre chose. } 7
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Mt. pourrait dépendre de Mc. selon une autre méthode, et c’est l'opinion du
. très grand nombre des critiques indépendants, si bien que Klost. accepte le verdict de J. Weiss : « Une des preuves les plus décisives de la dépendance de Mt. par rapport à Me., c’est la manière dont il construit (dans ce cas) avec je me ampleur sur la base de Mc. » Assurément on n'oserait prétendre que ML. ait tiré ses sept paraboles des trois de Mc.; on admet qu'il avait une autre source, \ … même pour le sénevé et pour l’ivraie (Le: x, 18-21). Dès lors il devrait à Mc.
seulement le semeur et la théorie des paraboles. Mais pourquoi sa seconde source n’aurait-elle pas contenu le semeur, qui paraît avoir été tellement en ᾿ς edette dans la tradition? Et 511 ἃ emprunté à Mc. sa théorie des paraboles, k pourquoi pas le développement sur le mystère? On dit qu’il avait déjà employé Sa ces pensées : mais c’est avouer que la preuve de la dépendance fait défaut.
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Elle serait faite si Mt, avait suivi Mc. au risque de se répéter en quelque facon î (doublets). Il est cependant un point qui s’expliquerait assez naturellement par la dépendance. Si Mt. n'avait eu Mc. sous les yeux, peut-être n’aurait-il pas
coupé son ensemble par sa première conclusion qui répond à la conclusion de Mc. D'autre part, c'est comme une seconde pause avant un: changement de place et avant les paraboles réservées aux disciples.
Dans le Commentaire nous insisterons sur les nuances propres à Μί., spécia-
lement quant au but des paraboles.
Mt. ayant si délibérement organisé une journée des paraboles, ce serait ici le lieu de comparer sa manière à celle des docteurs juifs. Ce travail 4 été fait avec une singulière finesse d'analyse par M. Paul Fiebig, théologien protestant
cr libéral, mais versé dans les études rabbiniques. Son ouvrage : Die Gleichnis- reden Jesu im Lichte der rabbinischen Gleichnisse des neutestamentlichen Zeitalters
(Tübingen, 4912), est plus complet et mieux ordonné que le précédent, Aléjüdische Gleichnisse und die Gleïchnisse Jesu (190%); cf. La parabole en dehors de Pévangile (RB. 1909, p. 198 ss.; 342 ss.) et Buzy, Introduction aux paraboles
| évangéliques, Gabalda, 1912. On sait que Jülicher a prétendu que les paraboles, ‘telles qu’elles sont dans les évangiles, reflètent mal la pensée primitive de
Jésus. Il n'aurait prononcé que des paraboles selon le pur thème aristotélicien, parfaitement claires, de facon que pour déterminer eelles qui sont. authentiques et dans quelle mesure elles le sont, il faudrait éliminer tout ce qui est allégorique, ou qui atténuerait la limpidité d’une seule lecon parfaitement nette. Nous croyons au contraire avee M..Fiebig que pour la forme extérieure les
paraboles de Jésus ont la même apparence que les paraboles des rabbins. Des
deux parts on ἃ employé des sentences courtes, parfois légèrement énigma-
. tiques, des paraboles proprement dites, quelques-unes par mode de petites
histoires, des paraboles mêlées d’allégorie et d’où l’on pouvait tirer plus d’une leçon.
Le style des paraboles, surtout dans Mt., est peut-être ce qui ἃ la nuance sémitique la plus caractérisée, surtout par l'introduction, où l’objet introduit
au début n'est pas toujours celui de la parabole, comme lorsque le règme de Dieu est comparé à un homme qui donne un festin, au lieu d’être comparé à ce festin. Le thème se poursuit avec les notes de la parabole sémitique, Style assez uniforme, formules stéréotypées, qui semblent redondantes, mais d'autre part concision extrême qui laisse beaucoup à deviner, le paraboliste
ne prenant pas la peinè de balancer les deux parties, la figure et la réalité, Cependant, même sous le rapport de la forme, les paraboles de Jésus sont beaucoup plus coulantes. Il n’est pas nécessaire pour en comprendre le sens littéral de les paraphraser par des parenthèses, comme Fiebig est obligé de
le faire pour celles des rabbins.
La différence est encore plus considérable quant aux sujets traités. Comme Fiebig l’a noté, on trouve chez les rabbins beaucoup de traits spécifiques du judaïsme. «IL y est question de la pratique de la Loi, de contradictions apparentes entre deux textes, de savoir par qui les deux tables de la Loi ont.été dressées la première et la seconde fois, de savoir si le ciel a été créé avant la ierre, ou réciproquement, de savoir pourquoi les Juifs ont été: emmenés en exil précisément à Babylone », etc. (p. 344). En un mot, l’exégèse joue un rôle
ἫΝ vi 4 ;
3 si LES et une DÉERR si bte: disons franchement si peu nature
et donc si fausse, qu'il est très difficile de pénétrer le sens de ces paraboles, ne
γ᾽ destinées en somme à faire plus de lumière, M. Fiebig reproche avec véhémence
aux théologiens de ne pas s’en occuper. Leur vraie raison c’est que cette étude
est très ardue. Et cela suffit sans doute pour établir la supériorité incontes-
table des paraboles de Jésus, qu’on peut comprendre sans avoir en tête tant de
textes scripturaires et sans être rompu à des arguties d'école.
Ce n’est pas qu’il n’y ait dans les paraboles rabbiniques des comparaisons
ingénieuses, de petites fables bien venues, une manière piquante d'intéresser à
des sujets qui quelquefois s'élèvent au-dessus de la normale et touchent à l’âme
__ etàses destinées.
C’est le thème unique des paraboles de Jésus, qui ont ΕΣ trait au règne de Dieu, tel qu'il le prêchait, et dont il était le principe et l'agent. Pas trace de L nationalisme, aueune érudition : l'Écriture fait loi, mais les paraboles mont rt jamais pour but d'en révéler le sens. de
On a prétendu que Jésus dépend directement. des paraboles rabbiniques, et,
de telle ou telle en particulier. Mais peut-on seulement affirmer qu’une seule parabole authentique est antérieure à notre ère? Elles n’ont commencé à être écrites qu’au temps d’Agiba (vers 130 ap. J.-C.), et la rédaction officielle des plus anciennes ne date que du temps de la Michna (vers 200). Le genre a été pratiqué par Hillel, mais les meilleures paraboles connues sont attribuées ,
à lokhanan ben Zakkaï vers 70 ap. J.-C. Le plus grand nombre n’a pas d’attes-
. tation écrite avant le v° ou le vi° siècle. Dans ces conditions nous faisons
preuve de crédulité peu exigeante en reconnaissant leur authenticité. Nous.
comparerons les meilleures à celles de l'Évangile : nulle part on ne peut affir-
- mer une dépendance voulue. C’est dire que nous ne regardons pas non plus les
Rabbins comme les imitateurs de Jésus. C’eût été trop contraire à leur esprit
de lui emprunter quelque chose. Mais il ne paraît pas improbable que certaines
paraboles aient été proposées pour le contredire discrètement ou sournoise- ὦ
ment. | Pour éviter des répétitions nous renvoyons pour les preuves de ces principes
généraux aux paraboles elles-mêmes. Sur le but des paraboles, cf. après le v.
47. Nous jugeons inutile d'insister sur l'incomparable beauté des paraboles de
Jésus. Le raisonnement serait aussi déplacé qu’inutile si le contact ne suffit pas.
Quant. à leur valeur religieuse, à leur action sur les âmes, le christianisme
donne la meilleure réponse par les fruits qu’il en tire. On doit concéder à
… Jülicher que les Pères ont fort exagéré la part de l’allégorie : mais ce n’est ‘pe ‘3
par cette exégèse trop subtile τῆρκῳ les paraboles touchent le cœur. Le