EXPLICATION DE LA PARABOLE DE L'IVRAIE
La parabole, à elle seule, n’était point tellement obscure. On en ἐπι πον le but : expliquer pourquoi dans le royaume de Dieu il y ἃ des personnages indignes. Si Dieu le tolère, c'est qu'il se réserve de juger à la fin chacun selon ses œuvres. B. Weiss ἃ prétendu que dans l'explication le jugement absorbe tout, de sorte qu’on perd de vue la pointe de la parabole. IL ἃ donc vu dans l’explication l’œuvre non authentique de Mt. Mais Jülicher a bien montré que les deux parties se correspondent et sortent d'une même pensée. IL ἃ même exagéré en représentant la parabole comme conçue en vue de l'explication, au détriment de la vraisemblance, et Loisy a pesé sur les traits de ce dénigrement. En somme, lorsque la parabole prend la forme d'une petite histoire,
la création du monde, ce qui mettait dans un
Len is. Do. dd ἩΡ
% Ayant alors quitté les foules, il vint à la maison. Et ses disci-
ples s’approchèrent de lui, disant : « Explique-nous bien la para-
il importe peu que tous les traits en sdient pleinement habituels, car elle ἃ moins pour but de prouver que d'éclairer un point obscur de l’économie divine d’après ce qu’il pourrait arriver aux hommes de faire dans un cas analogue. D'ailleurs nous avons vu que, sauf peut-être le fait de lier l’ivraie en gerbes, qui ne revient pas dans l'explication, tous les traits sont vraisemblables. Et rien n'empêche qu’une parabole sémitique permette de tirer une double leçon, celle de la confiance en Dieu d'abord et ensuite la crainte de ses jugements.
Nous concédons que l'explication est allégorique. Ce n’est plus comme dans
Ja parabole du semeur une nuance allégorique dans l'application des quatre
situations; chacun des éléments principaux figure quelque chose, le semeur, le champ, l'ennemi etc. Mais il serait puéril de prétendre que Jésus n’a pu
proposer d’allégories. La raison principale contre l'authenticité, c’est que 5 l’auteur vise « une situation qui n’est pas celle de l'Évangile au temps de Jésus, mais celle des premières communautés chrétiennes après un assez long temps
de prédication apostolique » (Loisy, τ, 782). Sp
Nous pourrions répondre en alléguant une science spéciale du Christ, mais comme il ne parle pas ici en prophète, et pour nous placer sur le terrain des critiques, nous recourons seulement à la prescience que nous révèlent tant d'autres endroits de l’évangile. D'autre part il n’est pas permis, dans le but de prouver que les circonstances supposent une époque avancée de l’histoire de l’Église, de changer le sens des termes. On comprend très bien que les Pères l'aient fait, en cherchant dans l’évangile un enseignement pratique pour leur temps. C'est ainsi que Jérôme ἃ pu parler des Pasteurs de l’Église qui dorment, de Zizania, Haereticorum dogmata etc. Mais J. Weiss n'a pas le droit de parler
de l'Église fondée, ni Loisy d'entendre le sens de la parabole : « s’il y a de
mauvais chrétiens, il ne faut pas avoir souci de les exterminer » (τ, 780).
Il faudrait d’abord savoir ce que représente le champ.
Les uns disent que le champ est en somme le royaume de Dieu, « le champ du Christ », comme dit Loisy; l’ivraie représente alors les mauvais chrétiens au sein de l’Église (Holtz., Schanz, Jülicher, Loisy, Klost.). Pour les autres, le champ est le monde, et le mélange celui qui se trouve en effet parmi les hommes, le froment représentant les disciples du Christ (plus ou moins nettement Allen., Kn., MeNeile). La première explication insiste trop sur le dessin
d’une Église fermée, la seconde tient suffisamment compte de ce que le Fils de :
l’homme a déjà commencé son œuvre, qui est le règne de Dieu. La question est : Comment se fait-il que, le règne de Dieu étant commencé, il y ait encore tant de désordres, comment se fait-il même que Satan puisse enlever la semence de
la parole, que les soucis du monde l’étouffent etc., de sorte que, même parmi
les disciples, il y ait des scandales? Comment expliquer l'attitude de Dieu? Les disciples pouvaient être tentés d'appeler le feu du ciel (Le. 1x, 54 5.). — Réponse : Ici-bas le discernement est impossible, mais au dernier jour il se fera, avec des conséquences redoutables pour les mauvais, tandis que les bons seront récompensés. Naturellement une solution théorique est la source de ÉVANCGILE SELON SAINT MATTHIEU. 18
ἜΣ EEE
LES ἐκ Αἰ TE ME AINT MATTIIEU, XII
LH Ὁ Τὴν | ÉVANGILE SBLON :
; | ? ὅτ ἐν, δ Ν | ποῦ ἀγροῦ. 76 δὲ ἀποχριθεὶς εἶπεν Ὃ σπείρων τὸ ra by. σπέρμα ἐστὶν ὃ ᾿ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου᾽ 38 ὁ δὲ ἀγρός ἐστιν ὁ χόσμος᾽ τὸ δὲ χαλὸν σπέρμα, οὗτοί εἰσιν οἱ υἱοὶ τῆς βασιλείας᾽ τὰ δὲ ζιζάνιά εἰσιν οἵ υἱοὶ τοῦ πονηροῦ, 325 δὲ ἐχθρὸς ὁ σπείρας αὐτά ἐστιν ὁ διάβολος" à δὲ θερισμὸς συντέλεια αἰῶνός ἐστιν: οἱ δὲ θερισταὶ ἀγγελοί εἰσιν. 10 ὥσπερ οὖν συλλέγεται τὰ ζιζάνια χαὶ πυρὶ
τ΄ ἀνθρώπου τοὺς ἀγγέλους αὐτοῦ, χαὶ συλλέξουσιν Ex τῆς βασιλείας αὐτοῦ
décisions pratiques. Elles varieront selon les temps. Pour les disciples et pour les premiers chrétiens, cela signifiait avant tout : calme, confiance. et espérance. Quand ils devinrent les maitres du pouvoir, ils purent en déduire une leçon de patience et d'indulgence. Mais personne ne songea apparemment à y voir une interdiction d’excommunier (1 Cor. v, 2) précisément parce que Jésus n'avait pas légiféré en vue d'une société fermée et distincte. Les objections contre l'authenticité ont donc été grossies par une exégèse qui les préparait. Ft 36) Très caractéristique pour le style de Mt. : τότε, προσῆλθον, et cette οἰκία dont il a été question au v. 1. Cette fois ce sont les disciples qui demandent; ils savent qu'ils seront exaucés. Mt. donne un nom à la parabole, comme pour le semeur (18). Ce qui attire l'attention, c’est l’ivraie. — dtasapéw encore. xvur, 34 + N. T. Ce verbe commun dans les anciens papyrus cessa d’être en “usage au temps du N. T. (MM).
37) On s'étonne (même MeNeile) de trouver « le Fils de l'homme » à une époque si peu avancée de la prédication. Mais Mt. l'a déjà employé sept fois, et
5 ἃ Me. deux fois (, 10. 28), avant ce moment.
__ 38) Le champ est le monde; il n’est pas dit « son champ » comme au v. 24, trait nécessaire à l'exposé, mais qui n'est pas relevé comme allégorique. : Loisy objecte : « Jésus n’a semé la parole qu’en Palestine. » Mais il vient de dire que. le monde, ce sont les hommes, « sans distinction de Juifs et de Gentils » (1, 718). Jésus n’avait-il pas dit à ses apôtres : « Vous êtes la lumière du monde » (v, 14), et Satan lui-même ne savait-il pas que le monde était l'enjeu de leur lutte (iv, 8)? D'ailleurs le moindre coin de terre est le théâtre de la parabole. La bonne semence n'est pas la parole, ce sont ceux qui ont reçu la parole dans. de bonnes dispositions. Ils sont fils du royaume, non qu'ils soient déjà. entrés, dans le royaume céleste, mais parce qu'ils y sont appelés (vin, 42). Comme l’œuvre. du Fils de l’homme est déjà commencée, et le règne de Dieu inauguré par son action (αι, 28), on peut même dire qu'ils en font partie, mais cela n'autorise pas à les.considérer déjà. comme une société fermée, ayant ses. chefs. Par opposition, l'ivraie, ce sont les fils du mal, τοῦ πονηροῦ au neutre, Ἢ puisque le démon va être. nommé. Il les a semés, non pas dans l'Église, mais dans le champ qui est le monde, où se rencontrent ceux qui servent le règne de Dieu, et ceux qui sont adonnés au mal; mais comme ils ont été semés parmi le froment, il semble bien (Loisy etc.) que ce sont plutôt de faux frères parmi les, disciples que. les juifs et les païens incrédules, ou simplement des. hommes qui,.
qui sème le bon grain est le Fils de l’homme: 3816 champ est le monde; le bon grain, ce sont les fils du royaume ; l'ivraie, ce sont
son, c’est la consommation du siècle : les moissonneurs sont les anges. #PDe même donc que l’ivraie est ramassée et brûlée au feu, ainsi en sera-t-il dans la consommation du: siècle; 4116 Fils de l’homme
enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scan
pas en question ; il est toujours supposé.
39) L'allégorie néglige le temps intermédiaire entre les semäilles-et la moisson.
| C’est sur quoi s'appuie B. Weiss pour dire que l'explication perd de vue la vraie
communauté leur devoir prochain : alors il eût fallu les figurer par les servi teurs etc. Mais si 16 but de la parabole était de justifier la conduite de Dieu, om
- pouvait passer sur la période intermédiaire ; le problème était suffisamment posé par la coexistence des deux catégories d'hommes. — La moisson était déjà une expression figurée d’un jugement de Dieu (Jer. LT, 3 etc.). 18: συντέλεια. (τοῦ)
. αἰῶνος, seulement dans Mt. 40. 49; χχιν, 3; xxvi, 20; cf. Heb. 1x, 26; pour le terme araméen cf. Intr. p. cvin 5. Les anges sont les moissonneurs, distincts:des serviteurs, lesquels n’ont aucun rôle actif. Les apôtres ne sont pas encore des pasteurs.
naturel, n'a pas été écrit pour l'allégorie, puisqu'il n’en est plus question.
41) Le: Fils de l'homme, qui sera sans doute alors auprès de son Père (σι, 27); enverra. ses anges (xvi, 27) pour préparer la manifestation suprême. συλλέξουσιν. | ἐκ ne peut être qu'une construction prégnante : ramasser pour faire: disparaître. Le royaume du Fils de l’homme n’est pas celui qui vient s'installer, le même (08 celui du Père (MeNeile), mais plutôt le: royaume sur la terre, en attendant celui du Père:(43}; cf. I Cor. XV, 24, ὅταν παραδιδῷ τὴν βασιλείαν τῷ θεῷ καὶ πατρί.
D'ailleurs tout cela doit s'entendre d'après les paraboles du sénevé et du à levain : Jésus sait que son royaume, à peine inauguré, deviendra très grand, et il sait qu’il se développera selon les conditions actuelles de mélange, qui n’ont À pas dû changer beaucoup entre le temps de son ministère et les premières 4 générations chrétiennes, — τὰ σκάνδαλα ne signifie pas les hommes scandaleux D (es n'est pas le cas même xvi, 23), mais 165. actes qui sont pour d’autres des occasions de chute, et qui sont le fléau inséparable du monde (x, 7). — ᾿ς ἀνομία, comme vu, 23, où Jésus avait condamné d'avance ceux qui prétendraient l'invoquer sans mettre en pratique ses enseignements. ,
bole de l'ivraie du champ. » #I1 répondit en cés termes : «Celui
les fils du mal; Yl'ennemi qui 165 ἃ semés, c’est le diable: la mois-
séduits par la doctrine du Christ, ne prennent pas soin d'éviter le péché, et | donnent ainsi le scandale (41). Jésus. avait déjà.mis en garde contre les faux prophètes (vu, 45). Comme précédemment Jésus: parlait de bons et de mauvais ch arbres, il parle ici de fils du royaume et de fils du mal. Le libre arbitre: n'était
pointe de la parabole. — Ce serait exact si la parabole fixait à des chefsde ὁ
40) Le détail de lier les gerbes d'ivraie, le seul qui nous: aïf paru moins