LE BON MAÎTRE DE MAISON
Propre à Mt. C’est la conclusion de l'enseignement en paraboles, et c’est encore une parabole, quoique à peine distincte d'une simple comparaison (Jül.). Ces quelques lignes ont été très diversement interprétées. Saint Jérôme a dit des apôtres, prédicateurs de l’évangile, ut quidquid in Evangelio praedicabant,
degis et prophetarum vocibus comprobarent. Et d'autres Pères, après Irénée (IV, 1x, 4), ont vu dans les Nova et vetera l'Ancien et le Nouveau Testament. /Maldonat avait très bien compris que c'était une accommodation du sens de l'évangile. Mais des critiques récents (Volkmar, Pfleiderer cités par Jülicher) ont voulu que ce soit le sens propre et que Matthieu ait ainsi voulu recommander sa propre méthode. Sans aller jusqu'à dire que Mt. se soit donné lui-même comme type du docteur chrétien, Loisy (1, 791) suppose du moins qu'il a décrit son propre idéal, et composé de toutes pièces cette conclusion, alléguant que « tous les éléments de la comparaison prêtent à objection contre son authenticité ». C'est ce que n'avait pas vu Jülicher, lequel en a fait une étude très soignée et en général exacte (π, 128-133). On pourra juger par l'étude du texte que s’il y a des difficultés sur certains points de détail, il n’y ἃ aucune raison pour affirmer que ce morceau ne convient ni à la manière de Jésus, ni à la situation dans laquelle il était placé.
51) ταῦτα πάντα, dans la pensée de Mt. toutes les paraboles de cette section. Jésus ne les ἃ pas expliquées toutes, mais quelques-unes étaient aisées à comprendre, et les disciples avaient recu un don spécial pour les entendre. On voit que Mt. n'évite pas toujours de faire poser des questions par Jésus. D'ailleurs ici il est spécialement évident qu'il ne questionne pas pour se renseigner, mais pour obtenir l’adhésion des apôtres, afin d’en tirer une conclusion pratique. — συνήκατε, aoriste.
52) διὰ τοῦτο est difficile. Euthymius l’a entendu dans un sens vague : οὐχ ἔστι νῦν αἰτιολογιχόν, ἀλλὰ βεδαιωτιχόν, ἀντὶ τοῦ" ᾿Αληθῶς. De même Jülicher, mais il en conclut que la petite parabole a été détachée de son contexte (cf. MeNeile). La plupart (Chrys., Schanz, Kn., Holtz., Loisy) : « puisque vous avez compris », vous êtes donc semblables, vous êtes les bons docteurs etc. 1] est vrai que l'intelligence des disciples ne justifie pas l'exactitude de la parabole qui tient par elle-même, mais il faut sous-entendre l'idée d'avenir contenue dans le terme du règne de Dieu, commencé, mais qui ne fait que commencer : « Eh bien donc! désormais » etc.
Le plus simple est de regarder ce διὰ τοῦτο comme une liaison araméenne : « c'est pour toutes ces raisons » CLIN by, Esd. 1v, 15. — γραμματεύς étonne
jetteront dans la fournaise du feu; c’est là qu'il y aura des pleurs et des gfincements de dents.
‘lAvez-vous compris tout cela? » Ils lui disent. « Oui. » 5211 leur dit : « C’est ainsi que tout scribe initié à la doctrine du royaume des cieux est semblable à un homme maître de maison, qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. »
Loisy parce que l’idée représentée par le mot de scribe est peu sympathique à l'esprit de Jésus. — Mais aussi cette idée va-t-elle être corrigée. Jésus désapprouvait le scribe pharisien, qui ergote sur la letire de la Loi sans tenir compte de Ja loi de la charité, mais s’il se donnait tant de peine pour former ses apôtres, s’il leur révélait ses secrets, c'était pour former des instructeurs qu’on
pouvait bien nommer scribes (xxn1, 34) selon le principe qu'il ne fallait pas
détruire mais améliorer. — μαθητεύω, intransitif, « être disciple », seul sens connu en dehors du N. T., et des Pères. Mais ici, au passif, il doit signifier
instruit (cf. xxvur, 19). Le datif τῇ βασιλείᾳ indique le maître qui a instruit,
c'est-à-dire le royaume personnifié, d’après Jül., Schanz, Kn., Klost.; mais ils devraient citer des exemples analogues pour une construction si bizarre. Le datif est donc plutôt commodi, non pas « en vue d’entrer dans le royaume » (Holtz.), mais, comme l'exige l’idée d’enseignement et le souvenir des mystères du royaume (11), instruit dans les vérités du royaume. Origène l'entend toujours de cette façon (M. xur, 808); cf. Justin, Apol. 1, 15, 6 où ëx παίδων ἐμαθητεύθησαν τῷ χριστῷ presque synonyme de μαθητευθῆναι εἰς τὰ θεῖα διδάγματα (Apol. τι, 3, 3) (MeNeile). — « Quel que soit le sens que l’on préfère, l’idée de la catéchèse apostolique est au fond, non le message de Jésus » dit Loisy (τ, 789). Mais Jésus qui avait déjà envoyé ses disciples prêcher ne les regardait-il pas comme chargés de son message ?
Aussi bien nous ne pensons pas que Jésus lui-même soit ce scribe (les Pères),
ni qu'il soit ici confondu avec ses apôtres (Jül. etc.). Mt. ne pouvait oublier
que le Fils n’est pas enseigné; il connaît le Père, il est le révélateur (xt, 25 ss.). πᾶς doit donc s'entendre de l’un quelconque des disciples qui sera dans les dispositions requises. — ἄνθρωπος οἰχοδεσπότης, sur cette redondance cf. Introduction, p. αχι — ἐχδάλλει, cf. χη, 35, où il a été question du trésor. Les choses vieilles et nouvelles ne sont pas des aliments, par réminiscence de Lev. xxvi, 10, mais les objets ordinairement contenus dans les coffres, surtout des habits ou des parures. Jésus aurait pu dire « des choses accommodées aux besoins de chacun » etc., le terme de vieux et de neuf a été choisi en vue de la comparaison. Quel en est donc le sens? Si le Maître a voulu parler du mode de l’enseignement, c’est-à-dire du mode parabolique, il faudra dire avec B. Weiss, Plummer, après Sylvius, que les choses anciennes sont les vieilles leçons de l'expérience humaine, qui servent de véhicule à la parole nouvelle de l'Évangile. Ce serait une réponse de plus à la question : pourquoi les paraboles ? Elles ont l'avantage de tabler sur une sagesse antique pour initier à la révélation. Mais la comparaison du trésor suggère plutôt qu’il s’agit du contenu de la parole (les Pères,
Schanz, Jül.). D'une certaine façon le neuf ne pouvait s’allier au vieux (M. 1x, :
( à L Le ᾿ μ > € 7 1 ee 3 ἊΝ ‘sé j 1: 59 Καὶ ἐγένετο ὅτε ἐτέλεσεν ὃ ὙΠ τὰς παραβολὰς ταύτας, μετῆρεν Ὡψ 3 Ὁ. 28.
4 δὰ \ τ ALES Ξ ᾿ς ἐχεῖθεν᾽ ὕξχαὶ ἐλθὼν εἰς τὴν πατρίδα αὐτοῦ ἐδίδασχεν. αὐτοὺς ἐν τῇ συνὰ
. yoyi αὐτῶν, ὥστε ἐχπλήσσεσθαι αὐτοὺς καὶ λέγειν [Πόθεν τούτῳ à σοφία
ο΄ αὕτη χαὶ αἱ δυνάμεις; 5 οὐχ οὗτός ἐστιν ὁ τοῦ τέκτονος υἱός; οὐχ À μήτηρ ΥΆ Ὁ αὐτοῦ λέγεται Μαριὰμ, nai οἱ ἀδελφοὶ αὐτοῦ Ιάκωβος nai Ἰωσὴφ καὶ Σίύμων TER x Ἰούδας; 56 χαὶ αἱ ἀδελφαὶ αὐτοῦ οὐχὶ πᾶσαι πρὸς ἡμᾶς εἰσίν ; πόθεν οὖν
ἐν 57 à; πούτῳ ταῦτα πάντα; ua ἐσχανδαλίζοντο ἐν αὐτῷ. 6 δὲ [Ἰησοῦς εἶπεν
Ν. î | ; 2 ᾽ ᾿ ΤΡ , À τς αὐτοῖς Οὐχ ἔστιν προφήτης ἄτιμος εἰ μὴ ἐν τῇ ie: χαὶ ἐν τῇ οἰχία
… αὐτοῦ. 58 Kai οὐχ Fi Exet δυνάμεις He διὰ τὴν ἀπιστίαν αὐτῶν.
F4 57. om. δια @ πατριδι (H) plutôt que add. (TSV), et non πατριδι αὐτου.
16 ss. et par.), mais d'autre part Jésus était venu non détruire, mais perfec- tionner (v, 17). Le docteur du règne de Dieu devra dans son enseignement = concilier le respect dù à l'antique loi morale-et l’esprit de l’évangile. Les scribes des Pharisiens n’admettaient que la tradition des anciens, et réglaient tout par SA leur autorité. Le scribe du règne de Dieu mettra en avant la révélation nou- + velle. On peut même lire sans subtilité dans cette parole que le prédicateur devra adapter la prédication des dogmes anciens aux besoins des âmes, mais
sans les changer (cf. IJo. π, 7 s.). Préciser l'Ancien et le Nouveau Testament
serait dépasser l'horizon de Jésus au moment où il parlait. Loisy le fait sans difficulté. Le docteur chrétien « prêche l'Évangile de Jésus en exploitant en sa faveur les prophéties de l'Ancien Testament » etc. (τ, 7191), après quoi il lui est
loisible de conclure contre l'authenticité.
" sl 33-58 Jésus repoussé À Nazarera (Mc. vi, 4-62 : cf. Le. 1v, 46-30).
ν᾿ ne Sur le rapport de Le. avec Mc. et Mt., cf. Comm. Le.
14 - On ne peut pas dire que Mt. rejoigne le fil de Mc., puisqu'il n’est en contact
avec lui que pour ce seul fait; il est placé dans Mc. après les paraboles, mais
séparé par le voyage en Pérte, et Jaïre avec l’hémorroïsse (v), dont Mi. a déjà
τς parlé (vi, 28-34 ; 1x, 18-26).
- Gette fois, à la différence de Le., Mt. et Mc. ont conçu les faits de la même manière. Les nuances de Mt. sont : l'omission des disciples, du sabbat, de = quelques expressions qui pouvaient paraître superflues, de l'impuissance de Jésus en présence du manque de foi. Il a ajouté au νυ. 56 quelques mots qui
di. paraissaient nécessaires, laissé nommer Jésus fils du charpentier, composé les paroles des gens sur le thème uniforme du nominatif, etc. On comprendrait très D: bien que Mt. soit un Mc. présenté d'une facon plus élégante et plus coulante; la
RES: dépendance de Mt. pourrait être le fait du traducteur qui aurait ajouté ces * détails. Celle de Mc. n’est pas probable. Le recours à une même tradition n'est 4 pas impossible. .
rable (vi, 28; xr, 1), et qui reviendra encore deux fois {xix, 1 ; xxvi, 4). Le point
"Ὁ 53) Nous reconnaissons la formule qui marque la fin d'un ds tonsidé-
dédie he) dell
ἼΣι © ÉVANGILE. SELON SAINT MATTHIEU, XII, 54-55.
jee Et Ν δ γος Jésus eut terminé ces paraboles, il s'éloigna de là.
δ: Et étant venu dans sa patrie, il les enseignait dans leur synago gue, ᾿ de façon qu ‘ils étaient frappés d'étonnement et disaient : « D'où lui ἊΝ
pentier? Sa mère n’a-t-elle pas nom Marie, et ses frères Jacques et Joseph et Simon et Judas? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes de miracles, à cause de leur incrédulité.
de départ est le bord du lac dans Mt. comme dans Mc. Loisy prétend que μι. dépend de Mc. même pour lordre des faits; car s’il ne raconte pas ici les ἀν
intermédiaires dans Me., c’est qu’il les ἃ racontés auparavant (1, 832). Sans
doute, mais c'est la preuve qu’il ne s’est pas cru obligé de suivre Mc. --- μεταίρω, ici et xx, 4 (+ N. T.) dans un contexte semblable. — Les disciples (Mc) ne sont pas nommés; peut-être sont-ils désormais censés présents.
vient cette sagesse, et ces miracles? N'est-ce pas le fils du char-
auprès de nous? D'où lui vient donc: tout cela? » 5’Et ils se scande- 4 lisaient à son sujet. Jésus leur dit : « Un prophète n’est méprisé que Ἢ: dans sa patrie et dans sa τηϑίβοῃ. » ὅδ: il ne fit pas là Rte qe
54) La patrie c’est Nazareth. Cela s'entend suffisamment dans Mc. (1, 9), mais mieux encore dans Mt. qui a insisté davantage sur l'habitation de Jésus dans
cétte bourgade (π, 23; 1v, 13 et ensuite xx, 41). Mt. ne dit pas que c'était un jour de sabbat (Mc.), circonstänce de fait intéressante et vraisemblable, d'autant
que l'auditoire était tout groupé ce jour-là. Mais si cette note était indispensable 1
dans certains cas de miracles, elle n’ajoutait rien au dessein de Mt, qui est de nous montrer Jésus portant la bonne parole aussi dans son pays. « La
synagogue » suffisait à indiquer le concours du peuple, aussi n’a-t-il pas écrit
χαὶ οἱ πολλοὶ ἀκουόντες. -- L'étonnement comme dans Mc., le reste est plus concis. La réponse sur l’origine de la sagesse et des Ho résoudrait la question ge
de leur nature, divine ou diabolique, car une sagesse purement humaine était exclue par l'éducation de Jésus. Ce qui ἢ nee pas les paroles de Mc. d” être. très naturelles. ,
55) Le terme de charpentier, DE à Jésus (Mc.), était beaucoup plus décisif quant à la doctrine que celui de fils du charpentier, puisque le fils d’un artisan aurait pu suivre les écoles rabbiniques. Mais les miracles? Le fait d’ avoir eu des parents connus était défavorable aux prétentions messianiques, puisque
le Messie, dans l'opinion commune, devait être révélé inopinément (Le Messia-
nisme.…. p. 221 ss.). Mt., qui a dit la conception virginale, pouvait sans incon= 44
vénient se faire l'écho de l'erreur de ceux de Nazareth.
— Il écrit Ἰωσήφ au lieu de Ἰωσῆς, la forme hébraïque correcte au lieu dl la prononciation des Galiléens, et met ‘Iéxw6oç le premier, ce qui est sans conséquence. Les frères nommés Le leur nom, les sœurs elles-mêmes, tout confirme l'identité vulgaire de celui qu’on serait tenté de reconnaitre comme un personnage extraordinaire, peut-être le Messie. Mt. dit toutes les sœurs, ce qui assurément indique un grand nombre. Décidément elles sont trop, avec ces
quatre garçons, pour être de vraies sœurs de Jésus, d'autant qu Ἢ n’en est
jamais question ailleurs. Sur ce point, cf. Comm. Mc. p. 12 55.
56) Les interjections ébahies des assistants ont pu demeurer en l’air (Mc.). Mt. leur donne une conclusion logique qui ramène la première question (inclusio). Puis donc que l'éducation n’explique pas la sagesse, qu’une origine notoirement humaine paraît incompatible avec l’auréole du Messie, peut-être même du Prophète, — Jean avait grandi dans le désert (Le. 1, 80) — alors que penser? Les compatriotes de Jésus ne sont pas loin de conclure comme les Pharisiens (x, 24 par.).
57) En tout cas, ils se scandalisaient (comme Mc.). La réponse de Jésus comme dans Mc., sans χαὶ ἐν τοῖς συγγενεῦσιν αὐτοῦ qui faisait double emploi avec οἰχίᾳ αὐτοῦ, à τὸν τς qu'on ne distingue les parents éloignés et les parents rapprochés. C'était peut-être l'intention de Mc:, qui avait montré les dispositions douteuse des proches (rir, 21), mais Mt. n’a pas cet épisode. La tournure oùx ἔστιν προφήτης ἄτιμος εἰ μή (Mc. et Mt.) suggère une dépendance, surtout comparée à la tournure plus directe de Le. 1v, 24 et de Jo. 1v, 44.
58) Mc. avait exprimé une sorte de résistance opposée par le mauvais mr
, des gens de Nazareth, et l’étonnement que causa à Jésus cette incrédulité qui
dépassait les limites. Mt. ἃ omis οὐχ ἐδύνατο et ἐθαύμασεν, tout en relatant le peu de miracles, ce qui était une sorte de châtiment de leur incrédulité. Π a pu concevoir les choses ainsi de premier jet, mais l’omission intentionnelle s’expliquerait très bien pour ne pas faire naître dans l'esprit du lecteur une difficulté
qui ἃ préoccupé Augustin (cf. Comm. Mc.). ἀπιστία est à la fois incrédulité et défiance.
QUATRIÈME PARTIE : MINISTÈRE A LA PÉRIPHÉRIE DE LA GALILÉE, FOR- MATION DES APOTRES ET SURTOUT DE PIERRE (σιν, 4-xvi).
. Dans cette section, l’ordre de Mt. et de Mc. est le même, sauf au début. Les péricopes sont les mêmes, si ce n'est que Mt. n’a pas l'aveugle de Bethsaïda (Mc. vin, 22-26) et qu'il a en plus : Pierre sur les eaux (σιν, 28-31), la promesse faite à Pierre (xvr, 17-19), l'impôt payé pour Jésus et pour Pierre (xvir, 24-27),
une série d'enseignements (xviur, 40-35).
On verra par le détail si cet accord doit s'expliquer par une dépendance de Mt., comme le disent les critiques, ou par la tradition, ayant conservé l’ordre réel des faits,
Dans les deux évangélistes, le thème principal est le même, c’est la formation des disciples, et dans Mt., spécialement de Pierre, la prédication de Jésus à la foule (cf. Introd. p. zxu) cessant presque complètement, et les dernières vagues des controverses avec les Pharisiens.
1,0. 1x, 4-48 suit l’ordre de Me. même au début, mais a omis beaucoup de péricopes.