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des pains. Jésus leur dit : « Faites attention et gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens. » 7 Eux raisonnaient en euxmêmes, se disant : C’est parce que nous n'avons pas pris de pains. $Jésus, connaissant [leurs pensées |, dit : « Pourquoi raisonnez-vous en vous-mèmes, hommes de peu de foi, parce que vous n'avez pas de pains? ὃ N’avez-vous pas encore compris, et ne vous souvenez-vous pas des cinq pains des cinq mille, et combien de paniers avez-vous emportés? {Ni des sept pains des quatre mille, et combien de corbeïlles avez-vous emportées? ‘Comment n’avez-vous pas compris que je ne vous ai pas parlé à propos des pains? Mais gardez-vous du levain des Pharisiens et des Sadducéens. » ‘Alors ils comprirent qu'il ne leur avait pas dit de se garder du levain des pains, mais de la doctrine des Pharisiens et des Sadducéens. |
13Étant venu dans la région de Césarée de Philippe, Jésus interrogea ses disciples, disant : « Que disent les hommes qu'est le Fils
aux reproches d'inintelligence. Si c’est la foi qui est en défaut, c'est done que les apôtres auraient dù s'en rapporter au Maître, qui aurait fait un miracle s’il l'avait jugé opportan.
9 s.) C’est pour cela que sont rapportés les deux cas de mulliplication des pains, avec la circonstance spéciale des restes. Jésus mterroge sans attendre la réponse, non pas parce qu'il sait déjà le résultat, sa science propre n'étant pas en cause, mais parce que Mt. affectionne le style rapide.
11) ΜΕ. clôt l'épisode comme il l’a ouvert. Une fois les disciples ramenés de leur un ils doivent comprendre le logion que Jésus répète sans l’expliquer.
12) Et en effet ils comprennent (cf. xvu, 43) que le levain devait s'entendre . d’une tendance fâcheuse. La parabole du levain (xux, 33) n'avait pu les mettre sur la voie. Le plus souvent le levain s’entendait d'un principe de corruption ({ Cor. v, 6 ss.; Gal. v, 9). Chez les Rabbins, le levain signifie le mauvais instinct. — Les Pharisiens et les Sadducéens n'avaïent pas la même doctrine sur tous les points. Aussi bien n’étaient-ils pas des écoles de philosophie, mais des groupements sociaux, également méprisants pour le prédicateur de Nazareth, affectant d’être disposés à le croire, — à la condition qu'il donnât un signe du ciel, — en réalité décidés déjà à le perdre. La διδαχή est donc moins une doctrine spéculative qu’une disposition peu sincère, que Ec. ἃ bien rendue par le mot d'hypocrisie. Peut-être aussi le terme de doctrine a-t-il été choisi en vue des Pharisiens, visés plus spécialement.
13-20. Conression DE Pierre. L'ÉGuise FoNDÉE sur Pierre (Mc. vur, 27-30; Le. τσ, 48-21).
Le récit de Mt., assez semblable à celui de Mc. (suivi par Le.), s'en distingue surtout par la seconde partie de la confession de Pierre et par la réponse de
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Jésus, propres à Mt. Ce point a, comme on sait, une importance capitale. Nous ne pouvons exposer ici l’histoire de l’exégèse du texte. Nous ne parlerons que des dernières difficultés soulevées, quant au sens et quant à l'authenticité.
4) Le sens, il faut le reconnaitre, ἃ éhappé à plusieurs Pères, étonnés que l'Apôtre joue dans l'Église le rôle de pierre fondamentale, qui paraissait réservé au Christ (I Pet. 1, 4-8; Eph. 11, 20; 1 Cor. 11, 11), les apôtres principaux n'étant que les colonnes (Gal. 11, 9). Saint Augustin lui-même, après avoir reconnu le sens normal, ἃ proposé sur la même ligne dans ses Rétractations (1, xx) l’exégèse qui faisait du Christ la pierre fondamentale. Les pro- ‘testants ont naturellement abondé dans ce sens, que personne aujourd’hui ne voudrait soutenir. Mais cette répugnance à admettre que Pierre soit le fondement sert encore à attaquer l’authenticité du passage.
2) Holtzmann, Loisy etc. reconnaissaient le sens normal du passage, sauf quelque difficulté sur les portes de l'enfer. Voici par exemple Loisy (11, 9) : « Simon-Pierre n’est pas que le fondement historique de l’Église, il en est le fondement actuel et permanent; il vit encore, aux yeux de Matthieu, dans une puissance qui lie et délie, qui détient 165 clefs du royaume, et qui est l’autorité de l’Église elle-même, non pas sans doute son autorité diffuse... mais une autorité générale et distincte; qui est aux autorités particulières ce que Simon- Pierre a été relativement aux disciples et à Paul lui-même. » Il est même permis d'estimer que cette explication nuance la pure exégèse du texte de la confirmation que lui a apportée la tradition. Mais c’est afin de conclure : « Les critiques qui voient dans ce passage de Matthieu le plus ancien témoignage des prétentions de l'Église romaine rencontrent l'interprétation catholique du texte » (n, 10); ce qui revient à dire que le passage est une création en faveur de l’Église romaine, alors que Jésus n’aurait même jamais pensé à une Église. En vertu de l'axiome ts fecit cui prodest, c'est donc à Rome que le passage aurait été inventé.
3) D'après les plus radicaux, les vv. 18 et 19 n’ont même pas fait partie de l'évangile de Mt. Ils sont une addition assez tardive, d'après Resch (Awssercanonische Paralleltexte… τι, p. 185 ss. 1894), et c'est encore l'avis de M. Schnitzer (Hat Jesus das Papsttum gestiftet? (1910), qui ne place cette addition que peu avant l'an 200.
4) Mais M. Dell (ZaTW. 1914, p. 1-49) a du moins bien montré qu'il n’y a aucune bonne raison de douter que toute la partie propre à Mt. n’appartienne à son évangile. Ceux qui sont aujourd'hui de cet avis accentuent moins que M. Loisy le caractère romain du texte. Car enfin il est aussi coloré de sémitisme araméen, sinon plus, qu'aucun autre passage évangélique. Si on l’attribue à un judéo-chrétien, comment aurait-il sacrifié Jérusalem à Rome? Et il faudrait donc concéder que la primauté romaine était déjà assez bien établie lors de la rédaction de l’évangile pour y entrer de plain-pied. Aussi cherche-t-on au passage un sens moins compromettant. M. Dell, par exemple, voit la victoire sur les portes de l'enfer dans la descente du Christ parmi les morts.
Klostermann se demande si tout cela n’est pas une recension embellie de l’histoire de la première rencontre de Jésus et de Pierre? ou une tentative d'éliminer d'avance le scandale du reniement? ou un écho de la tradition sur l'apparition de Jésus ressuscité à Pierre? — Conjectures en l'air!
5) Plus récemment encore, M. Harnack a élaboré un système complet, qui prétend s'appuyer sur l’ancienne tradition en même temps que sur les vraisemblances évangéliques : Der Spruch über Petrus als den Felsen der Kirche (dans les Sifzungsberichte der küniglich preussischen Akademie der Wissenchaften, 20 et 27 juin 1918). Le texte Mt. xvr, 18 est réduit et expliqué : « Et moi jete dis que tu es Céphas, et la mort ne te dominera pas. » Jésus promettait ainsi à Pierre qu'il ne mourrait pas avant l'avènement du royaume (les eschatologistes n'auront qu'à remercier M. Harnack de ce précieux coup de main). Le reste aura été ajouté dans l'intérêt de l'église romaine. Contre Harnack, cf. Foncx, Tu es Petrus (Biblica, 1920, p. 240-263; Scaepexs, L'authenticité de saint Matthieu, xvr, 18 (Recherches de science religieuse, 1920, p. 269-302)
6) Enfin M. Bultmann (Die Geschichte der synoptischen Tradition, p. 84), interprétant d’ailleurs correctement le texte, y voit une création de la communauté palestinienne, dont Pierre était le chef doctrinal. Lorsque Pierre eut cru à la résurrection, il crut en même temps au messianisme de Jésus, et la com-
munauté transporta cette confession au temps où Jésus vivait encore. Les portes -
de l’enfer prévaudront sur l'humanité dans les derniers temps, mais la Communauté sera sauvée.
Dans tous les systèmes on insiste beaucoup sur le caractère adventice des
vv. 17-19. C’est le cas des critiques outranciers prétendant qu'ils ont été ajoutés à Mt., mais c'est surtout le cas des partisans de la dépendance de Mt. par rapport à Mc. Le passage manquant à Mc. et à Le., on conclut qu'il ne faisait pas partie de la tradition primitive. Nous tenons à répondre que même dans l’hypothèse de la dépendance, le passage ayant un caractère sémitique très accusé, et ayant été rédigé en araméen avec une allusion et un jeu de mots qui n’est très naturel qu'avec Képhas, il faudrait de toute façon admettre qu'il a été écrit en Palestine, et pour des chrétiens parlant araméen. C’est dire qu'il faisait partie de la plus ancienne tradition.
D'ailleurs cet ensemble est précisément, par toute son unité organique, un de ceux où Mt. manifeste son indépendance par rapport à Mc. Comme l’a fait remarquer M. Bultmann (p. 157), par ailleurs si radical, les vv. 17-19 sont le complément nécessaire de l'interrogation du Christ. Il est bien évident qu'il n’a ps Interrogé pour s'informer, mais pour faire parler ses disciples, et cela même n'avait toute sa raison d’être, selon sa pratique habituelle, que s’il voulait leur donner une leçon, tirer la vraie conclusion de leur réponse. C’est Pierre qui répond, et c’est à lui que la réplique est adressée. Ce qu'il faut expliquer, ce n’est pas le plus de Mt., c'est plutôt le silence de Mc. (suivi par Le.), car la simple recommandation du silence est un raccourci qui remplace sans la suppléer une adhésion explicite. ,
Il n’est donc pas nécessaire de dire, comme nous ’avions proposé (Comm. Me. p. 218) que Mt. a condensé en une seule deux confessions de Pierre; peut-être faut-il regarder la voix à la Transfiguration comme une confirmation par le Père, adressée aussi à Jacques et à Jean, de ce qu'avait dit Pierre. Ou bien on pourrait, comme nous le proposions alors, placer la confession après la Trans. figuration dans l’ordre du temps.
13) Le lieu est, comme dans Mc., le pays de Césarée de Philippe (Mc. τὰ, κώμας); mais dans Mt. ce n'est pas le long du chemin. L'endroit à paru indiffé-