VS ET RENE
; où Mt. a bien l'air de corriger Mc. dans le sens de la clarté et de la cor-. EU: 3 rection du grec. Et c’est parce que Mt. est si indépendant pour le fond, à ἊΝ tout en dépendant pour la forme, que nous admettons un Μαίίῃϊθα
araméen (Ma.) et une traduction grecque (ΜΙ. ). D'un fait complexe nous donnons une explication complexe. Elle s'impose, croyons-nous, à ceux ἧς qui tiennent pour un Mt. araméen (ou hébreu) et c'est ce qu'a bien ἢ
(1) Testimonies, I οἴ 11, 1916 et 1920; cf. RB. 1921 Ὁ, 612 ss.
rates MENT ie
XL INTRODUCTION
compris M. Belser, catholique très conservateur, qui s’est prononcé très nettement pour la dépendance du Mt. grec envers Mc. (1).
Il est d’ailleurs une raison que les partisans de la catéchèse orale ne semblent pas avoir soupçonnée. La transmission orale des faits dans une même langue pourrait peut-être expliquer la ressemblance des termes dans deux auteurs. Mais si l’un écrit dans une langue sémitique, l’autre en grec, la ressemblance de la traduction grecque du premier avec le texte original de l’autre ne peut se résoudre en une source orale commune. Tous ceux-là le comprennent assez qui savent de combien de manières un texte sémitique peut être traduit en grec. Les tenants de la tradition doivent donc admettre une influence de Mc. sur Mt., à moins qu'ils ne prétendent que Mc. se soit servi du Matthieu grec, ce qui serait tout à fait invraisemblable.
Quant aux critiques, ils n’acceptent pas cette distinction, parce qu'ils soutiennent que Mt. est un ouvrage original en grec. C’est ce qu’ils ne peuvent prouver, si l’on s’en tient à la pure philologie. Nous estimons même que la dépendance de Mt. envers un original sémitique, admise par plusieurs critiques pour les discours, n’est pas moins probable pour l'ensemble.
On ajoute que Mt. ayant cité les Septante n’a donc pas écrit en araméen (ou en hébreu). Le fait est certain, mais doit se concilier avec un autre. fait, qui est le recours de Mt. au texte hébreu original de l'Ancien Testament. Nous ne nions pas qu’un écrivain grec ait pu adopter les deux manières, puisque c’est le cas de Paul. Mais à tout le moins l’argumentation des critiques n’est pas décisive, puisque la complexité du phénomène s’accommoderait très bien cette fois encore d'une solution - complexe.
Nous admettons donc que le traducteur de Ma. a retouché son texte d’après Mc. — Dans quelle mesure ἢ
D’après ce que nous avons dit, c’est toute l’ossature, toute la substance qui est demeurée la même. Les raisons que nous donnons ont une valeur par elles-mêmes, sans parler de la tradition. On conclura à un emprunt fait à Mc. s’il s’agit d'une de ses expressions favorites, comme εὐθύς. De même pour une note tout à fait caractéristique de Mc., comme la recommandation du silence. Le critère adopté pour Le. nous A aussi à attribuer certains doublets, peu nombreux, à l'influence de Mc. Que Ma. ait écrit une seule fois ou deux fois la même sentence, cela ne change évidemment pas sa substance. Le point délicat, ce sont les narrations. Lorsqu'elles n’aboutissent pas à un enseignement, et que d’ailleurs les termes de Mt. semblent calqués sur ceux de Mc. en les modifiant, on sera tenté de conclure à un emprunt. Cela n’altère pas la substance, de
(1) Einleilung.… p. 42.
CRITIQUE LITTÉRAIRE. XLI
même que les Septante sont bien encore substantiellement la Bible inspirée, quoiqu'ils aient d'assez longues narrations, encore reçues dans l'église grecque catholique, mais absentes de la Vulgate officielle latine. L'addition serait la moindre de toutes si c'était une seconde multiplication des pains, ou quelques cadres historiques. Le commentaire montrera que sur ce point nous sommes extrémement prudent, parce que presque toujours il y a des raisons de reconnaitre l'originalité de Mt. Nous réservons plutôt une certaine latitude en principe que dans les cas concrets, et sans jamais rien avancer avec une complète assurance.
Les choses étant ainsi, comment pouvons-nous tenir encore la complète indépendance de Mc?
Cette indépendance sera en effet complète à l’égard du Mt. grec. À l'égard du Ma. araméen, elle est très difficile à apprécier. Matthieu ayant écrit pour les Juifs chrétiens dans leur langue, il n’est pas impossible de concevoir que Mc. ait cru devoir écrire les mêmes choses pour les grécoromains en grec. Mais s’il avait suivi Mt. il aurait dû, semble-t-il, faire une plus large part à l’enseignement de Jésus. Nous maintenons donc qu'il s’en est tenu à la catéchèse de Pierre à Rome, allégée de tout un ensemble de discours plus ou moins engagés dans la controverse juive. Au surplus, la dépendance du Mt. grec étant admise, il ne reste plus qu’à expliquer comment il se fait que Mc..et Mt. contiennent les mêmes morceaux, et dans le même ordre à partir du ch. χιν de Mt. accord qui ἃ son point maximum dans le récit de la Passion.
Rien n'empêche d'attribuer cet accord à la situation de la ΓΕ ἃ Jérusalem. Avant de prêcher à Rome, Pierre ἃ enseigné à Jérusalem, il est peu probable qu'il ait ensuite changé sa manière. Témoin de toutes les heures, c’élait à lui qu'il appartenait de mettre en relief les points principaux de la vie de Jésus. Et si Matthieu, ancien comptable, était le plus en état de les écrire, ses rédactions ont pu à leur tour avoir quelque influence sur Pierre. D'autres ont pu fixer leurs souvenirs par écrit. Parce que Matthieu était un témoin oculaire, les catholiques semblent répugner à admettre qu'il se soit servi des écrits des autres. Certes il n’en avait pas besoin pour évoquer ie souvenir des faits. Mais, il ne faut pas l'oublier, en Orient un écrit a une valeur par lui-même; il n’appartient à personne, et il s'impose à tout le monde. Quand une chose ἃ été racontée d’une certaine façon, elle prend en quelque sorte une existence scripturaire. La raconter différemment, c’est troubler les habitudes. Les partisans de la catéchèse orale, qui tiennent pour la fixité de la tradition, devraient peut-être en faire honneur à la fixité de l'écriture. Quand un certain nombre de faits eurent été racontés et écrits, ils formèrent comme une sorte de canon dans la prédication de l'Évangile. Luc l’a élargi, parce qu'il fait œuvre d’historien et qu’il veut tout raconter. Pierre à Rome se contentait sans doute de ce qu'on avait dit et écrit à Jérusalem.
__ Tandis que des apologistes catholiques ont trop insisté sur le caractère ὸ historique, au sens de genre littéfaire, de l’ouvrage de Matthieu témoin
oculaire, les protestants libéraux ont prêté aux premiers chrétiens leurs
ἐ préoccupations : ils auraient voulu connaître avant tout les préceptes de
morale laissés par le Maître (1). Les uns et les autres sont peut-être trop absorbés par les préoccupations de leur temps. Il ne semble pas, à lire
4 saint Paul, que les disciples du Christ aient été très anxieux de connaître la biographie de Jésus dans 16 cadre de la chronologie et de la géogra-
phie. Le Christ était l'objet de leur culte. Mais ce n’est pas une raison pour dire avec M. Schmidt que leur littérature dut être tout à fait
surhistorique (2). En somme, le Seigneur avait vécu parmi eux. Lors-
qu'ils pratiquaient l'Eucharistie, parce que Jésus leur avait dit de renouveler la Cène, il s’imposait d'en faire le récit, comme, à la Pâque, les Juifs récitaient l’Exode. C’est l'épisode de la vie de Jésus auquel saint
Paul (1 Cor. χι, 23 ss.) fait le plus longuement allusion. On dut l'écrire
de très bonne heure. On ne pouvait l’isoler de l’histoire de la Passion, que les habitants de Jérusalem pouvaient connaître. De là un premier récit, que Ma. devait recueillir; pourquoi l’aurait-il changé? — à supposer qu'il ne l'ait pas écrit lui-même! Avec ses deux chants du coq, Mc. paraît bien être celui qui ἃ ajouté une précision. Naturellement Mt. a pu
ajouter quelques traits. À Jérusalem, où se fonda l'Église, comme on ne saurait le nier sans un scepticisme extravagant, on pouvait savoir et
rappeler dans leur ordre les controverses de Jésus avec ses adversaires,
rx qu