‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 282 sur 350 · SILHOUETTE MORALE DES SCRIBES ET DES PHARISIENS · texte numérisé non relu

SILHOUETTE MORALE DES SCRIBES ET DES PHARISIENS

4) τότε, style de Mt. Ge discours est un avertissement solennel au peuple. …

. chaire de Moïse se ne assis Ἰδὲ scribes à les D arstene +Observez τ donc et faites tout ce qu'ils vous disent d'observer; mais ne vous con-

Les disciples pouvaient en prendre leur part. Mt. les nomme spécialement, on

dirait à cause des avis qui leur seront adressés (8-12); cependant Le. en fait’

autant. C’est donc qu'en effet les disciples avaient un intérêt spécial dans le

discours d’après la tradition.

2 s.) On entend très souvent ces deux CA comme une déclaration dé

principe qui gouvernerait tout le sujet : IL existe une hiérarchie doctrinale; il faut lui obéir, quand bien même ses détenteurs ne conformeraient pas leur

pratique à leur enseignement. C’est le cas dans l'Église, et on transporte cette décision dans l’exégèse de Mt. Mais alors-on aboutit à une difficulté, très bien vue par Aug. Jér. Chrys. et Mald., et trop aisément mise de côté par Schanzet Κη. Car ce n'est pas seulement l’ a des Pharisiens qu'attaque le Seigneur, c’est aussi leur doctrine. C’est comme docteurs qu'ils sont des guides aveugles ee (46-24); comment Jésus pouvait-il prescrire de leur obéir (cf. V, 21-485 xV, 00

1-20)? D'autant que l'autorité suprême était avant tout dans É Sac CO ἊΝ : qui avait la présidence du Sanhédrin, et qu'ici il n’est pas du tout question des ‘2814 prêtres. Il ne s’agit donc que de l'autorité des Pharisiens quand ils proclament | τὰ

la Loi : per cathedram doctrinam Legis ostendit (Jér. ), de même Aug., encore

plus fortement : illa cathedra, non eorum sed Moysis, cogebat eos bona dicere,

etiam non bona facientes (De doctr. christ. 1v, 21, 59). Les Juifs ont regardé l'autorité des Rabbins comme législative; ce ne sont pas seulement des exégètes, leurs avis ont force de loi; ils sont sur la chaire

de Moïse dans ce sens qu'ils lui ont succédé, ayant succédé à la grande syna-

gogue qu'on avait imaginée (Aboth, 1, 1). Ce n’est pas ce que veut dire Jésus,

mais simplement que pour autant qu'ils ont pris place, dans un cas donné, et pour lire et exposer la Loi, sur la chaire de Moïse opposée à la chaire des pestilences (ἐπὲ χαθέδραν λόιμῶν οὐχ ἐχάθισεν, Ps. 1, 1), ils sont les organes de la

Loi à laquelle on doit obéir. Mais eux n'obéissent pas !'C'est donc un simple trait, le plus caractérisé, il est vrai, de leur hypocrisie, que Jésus signale dès le début; il n’entend pas confirmer leurs doctrines propres. Quand Schanz et Kn. avancent que le peuple n’a qu’à obéir, qu'il n’a pas à distinguer ce qui est la Loi de ce qu'on y ajoute, ils oublient que Jésus lui ἃ précisément appris à discerner ce qui est de l'essence de la loi, et ce qui n’est que pratiques ou

exégèses plus ou moins suspectes. Si Mt. ne s’est pas exprimé clairement ici,

ce passage doit s'interpréter d’après l’ensemble qui est très clair. Nous ne prenons donc pas ἐχάθισαν au sens d’un présent, comme si l’autorité des scribes

était alors ce qu'avait été naguère celle de Moïse. C'est toujours Moïse qui

parle, même par la bouche des scribes, quand il leur est arrivé (aoriste) de

l’exposer, et il faut lui obéir quelle que soit leur conduite parce qu'on suppose qu’il s’agit de préceptes clairs, comme ceux du Décalogue qui ont été précé demment cités (xx, 16 ss.; xxn, 37). Quant à la doctrine propre des Pharisiens, Ὁ le Sauveur y reviendra. À l’objection que se pose Mald. : pourquoi donc le Sauveur a-t-il prescrit : « faites ce qu'ils vous disent », au lieu de prescrire :

αὐτῶν. μιὴ ποιεῖτε; λέγουσιν γὰρ χαὶ où ποιοῦσιν. ᾿δεσμεύουσιν. δὲ φορτία βαρέα: καὶ ἐπιτιθέασιν: ἐπὶ τοὺς ὥμους τῶν ἀνθρώπων; αὐτοὶ δὲ τῷ δαχτύλῳ αὐτῶν où θέλουσιν χινῆσαι αὐτά. ὕ πάντα δὲ τὰ ἔργα αὐτῶν ποιοῦσιν πρὸς τὸ θεαθῆναι τοῖς ἀνθρώποις. πλατύνουσι γὰρ τὰ φυλαχτήρια αὐτῶν χαὶ

L, αὐτοι δὲ τω (TH) et non τω δε (SV).

« faites, ce. qu'a dit Μοῖδβθ.», on répondra avec lui que son intention était de démasquer leur hypocrisie, ce. qu'il.ne pouvait faire qu’en mettant leur pratique en: opposition avec leur. doctrine, dans. les cas;,en somme nombreux; où par la nature même. de leurs fonctions, ils. enseignaient vraiment la Loi de Moïse. A s'en. tenir. à leurs. paroles, ils. étaient le-plus souvent de bons interprètes de la-lettre, dont ils:ne comprenaient: d’ailleurs pas l'esprit: Nousadmettons done que, (ἃ «οἱ là, le fait ecclésiastique a influencé l’exégèse, mais non pas qu’il soit parvenu à.altérer le texte de Mt., comme le prétend Merx qui lit : « écoutez tout cequ'ils vous diront », en sous-entendant: « οἱ faites ce qui vous paraîtra bon. » Aucun texte n'autorise cette imagination. Nous. nous en tenons à la leçon des critiques εἴπωσιν 6. ποιήσατε χαὶ τηρεῖτε, mais il faut reconnaitre que celle du texte reçu εἴπωσιν ὃ. τηρεῖν (W, et toute la. recension: d’Antioche, plus 33 A 1241, pes. 4) a. du moins la valeur: d’une exégèse.: «ce qu'ils-vous commanderont formellement comme un point.à. observer »; et si on lit ποιεῖτε (au lieu de ποιήσατε) avec. le texte reçu, le sens permissif se présente plus naturellement : «.observez,. faites, soit! mais du moins n'imitez pas leurs actes! » Pour-rnpeîte καὶ ποιεῖτε, W Antioche, 33 Δ' 1241 pes af it vg Syrcur. (ἀκούετε καὶ x.) Ιν,- lat. αν, 12, 4. Si- l'on admet cette leçon, l'omission de τηρεῖν dans. quelques témoins se comprend très aisément. — Dans la leçon des critiques il faut entendre : « faites chaque fois, et.observez toujours ».

4) Premier trait.particulier de l'hypocrisie des Pharisiens. C’est bien, — même en lisant δέ (et non yée), — une:application. du principe:qu'ils disent et ne. font pas. Mais. on les voit.déjà augmenter, le fardeau de la:Loi. — -δεσμεύω n’a pas pour but de rendre le fardeau plus. lourd, c'est lier solidement; de cette façon le fardeau. sera plus commode à porter (contre Schanz). L'esquisse est très. vivante. Il faut tout. de même:que les divers fardeaux, nombreux et sans doute multipliés par les Pharisiens, puissent être portés.

Alors ils les groupent, tirent sur les cordes pour les ficeler. solidement, et le8 mettent. ou.les font metire sur les épaules des autres. Il est inutile:-de conjecturer quelle peut être la nature particulière de ces fardeaux.

La même casuistique qui imposait des charges aux autres servait àxemidis= penser les docteurs. Le. joug de la Loi était très lourd (Act. xv, 10); celui de Jésus est léger (xr, 30).

5) Deuxième trait d'hypocrisie (omispar:Lc.) : leur zèle, quand ils pratiquent les œuvres de la Loi, est inspiré par le: désir:d’être: vus. C’est pour manifester

duisez pas d’après leur pratique; car ils disent et ne font pas. #Ils lient de lourdes charges et les mettent sur les épaules des hommes ; mais eux ne consentent pas à les remuer du bout du doigt. 5115 font toutes leurs œuvres pour être regardés par les hommes. Car ils portent de très larges phylactères et des houppes très longues: 6ils aiment la première place dans les repas, et les premiers sièges dans

leur attachement à la Loi qu'ils portent de grands phylactères. — La Loi (Ex. x, 6. 16; Dé. vi, 8; χι, 18) avait ordonné que les miracles et les commandements de Dieu soient comme un signe sur les mains, ou des ornements qu’on mettrait sur le front. D’après Jérôme, ce précepte était métaphorique: Et est sensus : praecepta mea Sint in manu tua, ut opere compleantur : sint ante oculos tuos, ut die ac nocte mediteris in eis. Jérôme continue : Hoc Pharisaei male interpretantes, scribebant in membranulis Decalogum Moysi..… complicantes ea et ligantes: in fronte, et quasi coronam capitis facientes, ut semper ante oculos moverentur : quod usque hodie Indi, Persae et Babylonii faciunt. De petits textes écrits sur parchemin étaient renfermés dans de petites boîtes attachées au front par des rubans ou des courroies, et se fixaient aussi au bras. L'usage est constaté par Josèphe (Ant. IV, vi, 13) :: ὅσα te: τὴν ἰσχὺν ἀποσημαίνειν δύναται τοῦ Θεοῦ χαὶ τὴν-πρὸς αὐτοὺς εὔνοιαν. φέρειν ἐγγεγραμμένα ἐπὶ τῆς κεφαλῆς καὶ To: βραχίονος. Ces objets n’avaient pas de nom propre dans les Septante.: Mt. emploie φυλαχτήριον, c’est-à-dire objet qui défend, qui garde, amulette contre les: mauvaises influences. Le mot se présentait d'autant mieux que le φυλαχτήριον était une chose qu’on s’attachait (περιάπτεσθαι, dans PLur. 15.-0 5. 65 et 67);.cf. le ‘Ebpatos sur ΕΖ. x, 18 (Field). Il semble qu'alors on les portait habituellement, du moins les Juifs des: Indes, de la Perse et de la Babylonie, tandis que dans le monde romain les Juifs se piquaient quelque peu d'assimilation, comme les Juifs français ne portentpas de rouflaquettes. Ces instruments ont pris dans:le judaïsme le nom: de tephillin, et on ne les emploie que pour la prière du matim Ils contiennent Ex. xur, 4-10; χπὶ, 11-16; Dt. vi, 4-9; χι, 13-24:

Jésus ne reproche pas aux Pharisiens un usage superstitieux d’amulettes païennes qu’il serait impossible de prouver, mais de l’ostentation dans cette prostestation extérieure de fidélité à la pensée de Dieu. — Le κράσπεδον: des Septante rendait l'hébreu n3%y: L'usage en était certainement commandé par la Loi (Num: xv, 38), et Jésus en portait (vr, 44), mais il reproche aux Phari- . siens de les faire trop longs. D’après Jér. ils avaient trouvé une autre aggravation de la Loi, qui ne serait condamnable que si elle s'affichait : faciebant grandes fimbrias, el acutissimas in eis spinas ligabant, ut videlicet ambulantes et sedentes interdum pungerentur, et quasi hac admonitione retraherentur ad officia Domnini, et ministeria servitutis eius. C'étaient des chaînes de fer pour la montre: — Jérôme ne croyait pas les chrétiens exempts de ces superstitions : Roc apud nos superstitiosae mulierculue, in parvulis evangeliis, et in crucis ligno, et istiusmodi rebus (quae habent quidem zelum Dei sed non iuxta scientiam):usque hodie factitant. Cf: Chrys. sur les évangiles que des femmes portaient aw cou:

6 s.) Dans Mc. x, 385, 39 et dans Le. xx, 46, d’abord la déambulation'et les

χαὶ τὰς Δ κει ἐν ταὶς ἘΠῊΝ Tyai τοὺς MN δε δ ἐν ταῖς ἀγοραῖς χαὶ χαλεῖσθαι ὑπὸ τῶν ἀνθρώπων Ῥαββί. ϑύμεῖς δὲ μὴ χληθῆτε, Ῥαββί. εἷς γάρ ἐστιν ὑμῶν ὁ διδάσχαλος, πάντες δὲ ὑμεῖς ἀδελφοί ère’ [ ἡ εἰς γάρ μ ; | 9 χαὶ πατέρα μὴ χαλέσητε ὑμῶν ἐπὶ τῆς γῆς, εἷς γάρ ἐστιν ὑμῶν ὁ πατὴ pœ μὴ 0 ν

ὁ οὐράνιος. 10 μηδὲ χληθῆτε χαθηγηταί, ὅτι χαθηγητὴς ὑμῶν ἐστὶν εἷς ὁ Noos 15 δὲ μείζων ὑμῶν ἔσται ὑμῶν διάχονος. 12 “Ὅστις δὲ ὑψώσει

saluts, puis les premières places; dans Mt. et dans Le. x1, 43, les premières places et les saluts. C’est un des cas les plus clairs où Le. a recueilli deux traditions, et d'où il ressort en même temps que Mi. ne dépend pas ici de Me., si ce n'est peut-être pour les premières couchettes dans les repas, trait qui manque à Le. x1, 43, et qui a pu être ajouté par le traducteur. D'ailleurs cet ordre est plus naturel dans Mt., que dans Lc., car les salutations conduisent au titre de rabbi. !

10) C'est un trait distinct (omis par Le.), très caractéristique, et qui appellera un avis aux disciples. Rabbi sera expliqué au v. 8 par διδάσκαλος. C'était le titre d'honneur des docteurs. Or les interpellait ainsi et on les désigna toujours ainsi dans les recueils qui contenaient leurs décisions; cf. Comm. Me. 368.

Page 1