‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 35 sur 350 · D. LE STYLE DU PREMIER ÉVANGILE DANS SES RAPPORTS AVEC MARC · texte numérisé non relu

D. LE STYLE DU PREMIER ÉVANGILE DANS SES RAPPORTS AVEC MARC

Nous entendons style dans un sens assez large, comprenant la composition des faits et des discours, et même la manière d'envisager la

- personne de Jésus et les Apôtres. Ce faisant nous suivons l'argumentation

des critiques partisans des deux sources, du Rév. Allen en particulier, suivi d'assez près par le Rév. Plummer. Ils emploient la méthode qui consiste à supposer le principe résolu. Mt. étant censé avoir utilisé Mc., quand il est moins long, il ἃ abrégé, quand il est plus long, il ἃ amplifié. Naturellement ces constatations, en elles-mêmes, ne prouvent pas la dépendance. Mais le probfème est serré de plus près quand on en vient à l'attitude des deux évangélistes par rapport au Sauveur. On prétend que Mt. le place plus résolüment dans la sphère divine : preuve, dit-on, qu'il est postérieur. Et de même il ménage les Apôtres, soucieux de taire les paroles désobligeantes de Mc. Même rapport entre les deux

CRITIQUE LITTÉRAIRE. LIX

évangiles par rapport aux expressions : Mt. est plus correct, il a donc corrigé Mc. L'ensemble de cette argumentation, poussée vigoureusement par M. Allen, ne laisse pas d’impressionner le lecteur.

Cependant il s’en faut que les faits se laissent ranger docilement dans la même catégorie de la transformation de Mc. Nous constatons une situation complexe. Entre Mc. et Mt. dans la manière de présenter les faits il y ἃ des différences qui vont jusqu’à des divergences assez embarrassantes pour une exégèse trop scrupuleusement attachée aux mots. Comment s'expliquer que le même écrivain, parfois si fidèle à Mc. dans le choix des mots et des tournures, sauf des nuances très ténues, ait été si Libre sur des points plus importants? On prétend assimiler l'attitude de Mt. à celle de Le., ce qui devrait logiquement nous conduire à la même conclusion sur la dépendance par rapport à Mc. Mais entre Le.

et Mt. il y a, selon nous, cette différence essentielle : Le. change très

librement les mots et les tournures pour se rapprocher de l'élégance

grecque, mais il reproduit tous les traits qui donnent aux faits leur.

physionomie, ou pour parler autrement, il a non seulement l'essentiel, mais encore l'intégrité des récits de Mc. Or Mt. présente le phénomène contraire. Il est beaucoup plus rapproché de Mc. par le choix et l’ordre des mots, mais plus différent pour la façon de présenter les choses.

L'exposition de ce fait capital résultera, nous l’espérons, de ce que nous dirons du style et de la langue de Mt. La raison qu’on en doit donner, si Mc. n’est pas tributaire de Mt., ce que nous excluons, c'est que Mt. dépend de Mc. comme traducteur, mais qu'il a dû cependant rester fidèle au texte araméen.

Dans l'intérêt de la clarté, et parce qu’une discussion gagne à rester sur le terrain où elle a d’abord été placée, nous suivrons d'assez près l'argumentation de M. Allen (1).

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