I. Les prétendues abréviations de Mi
Allen prétend que Mt. abrège Mc. Le fait est qu’il est plus court; y voir
une preuve de dépendance serait une pure pétition de principe (2). Et.
même si l’on constate que Le. abrège beaucoup moins, il faudra plutôt conclure que Mt. se servait de Mc. plus librement, ou ne s’en servait pas du tout. Mc. est si redondant qu'on peut écrire d’une façon plus concise sans avoir l'intention de l’abréger.
(1) Introduction, p. xvn ss. 3. Abbreviation. 4. Expansion of discourses. 5. Linguistic changes (que nous retrouverons à l’article suivant). 6. Changes with respect to the Person, and Miracles of Christ. 7. Changes with reference to the Apostles. 11. Some alteration in fact.
(2) I n’y ἃ pas si longtemps qu'on retranchait du Proto-Marc tout ce que Le. ne contenait pas, d’après le canon, d’ailleurs fantaisiste, qu'un évangéliste subséquent n'aurait rien retranché de la matière évangélique.
INTRODUCTION
redondante de Mc. ne se trouve pas dans Mi.
Ἧ πιστεύτε ἐν τῷ εὐαγγελίῳ. Mt. 1v, 17 dit simplement : peravoeie: ἤγγικεν γὰρ
ἢ βασιλεία τῶν οὐρανῶν. Et Mt. n'avait pas besoin de Mc. pour trouver son texte par abréviation; c'était déjà la formule du Baptiste, I, 2, simplicité sans nuances qui est un gage d’ antiquité, comme nous l'avons dit.
1, 32 ὀψίας δὲ γενομένης ὄτε ἔδυσεν ὁ ἥλιος. Un des deux était de trop. Le. a écrit Aüvoyros δὲ τοῦ ἡλίου, et nous pensons qu Ἢ a suivi Mc., mais aussi est-ce la seule fois qu’il a employé δύνω. Mt. a écrit ὀψίας δὲ γενομένης ‘comme Mc., mais il emploie encore cette expression six autres fois. Dans ce passage Le. ἃ les guérisons et les exorcismes dans le même ordre et la défense de parler comme Mc.; Mt. a l'ordre différent et une citation. Visiblement il suit son chemin. Il faudrait discuter de cette façon chacun des cas de Allen, mais ce serait un autre commentaire. De ce que Mt. comme Le. évite le double emploi, cela prouve seulement que ni l’un ni l’autre n'avait la tendance de Mc. Cette τς θεν tendance pouvait s'exercer d'original. b) On peut en dire autant des détails omis par Mt. Cette fois on ne saurait parler d'une imperfection de Mc. Écrivant ad narrandum,
il devait s'étendre. Ma. écrit ad probandum. Quelquefois il est trop concis,
mais précisément il ne fût pas tombé dans ce défaut s’il avait eu Me. sous les yeux, par exemple lorsqu'il omet l'exécution de la mission des disciples et leur retour (Mc. γι, 12.30) que Le. n’a eu garde d'ometire. De même Mc. vir, 3-4 ne lui est pas venu à la pensée, écrivant pour des Juifs qui savaient ce que c'était que l’impureté des mains.
On peut d’ailleurs supposer que si Ma. avait contenu la mention d'Abiathar (Mc. n, 96), le traducteur avait pu l'enlever comme ἃ fait Le. Autant ce serait manquer de tact que de voir des additions dans les délicieux traits vécus de Mc., autant il serait étrange de se Πέστε . qu'on ne saurait écrire autrement.
Allen ét Plummer relèvent spécialement les endroits où Mc. parle de la foule qui se pressait auprès du Sauveur (1, 33.45; 111, 9.10.20; vi-31). Mais pourquoi Mt. aurait-il délibérément rayé ces traits qui étaient honorables pour le Sauveur, et ne faisaient que mettre en plus mauvaise posture les chefs du peuple qu'il accuse de l'avoir trompé?
c) Allen semble argumenter plus sérieusement en indiquant des passages de Mc. que Mt. n’a pas reproduits à l'endroit parallèle parce qu'il les avait déjà mis. Si vraiment Mt. avait pris d'avance à Mc. cer- tains traits pour les mieux placer, leur absence à l'endroit où ils sont ἡ dans Mc. pourrait passer pour une correction. Encore est-il que la meilleure preuve de la dépendance, c'est de reproduire des passages
a) Une première liste d’Allen indique les cas où telle expression
HÉte | cumiQuE LITTÉRARE. PART RAC placés comme au hasard, 5 sans un contexte satisfaisant. C'estle cas ΤῈ Le. ;
vint, 46-18, par rapport à Mc. 1v, 21-25. Si Le. dépend parce qu'il suit Me., dirait-on que Mt. dépend aussi τς qu'il omet? D'autant queles passages se trouvent dans Mt. non seulement dans un contexte meilleur, mais dans une situation que les critiques devraient avouer convenir àMt., ou du moins, d’après leurs principes, à la source Q. À propos de Mc. 1, 21-95, la difficulté n’est pas d'expliquer le silence de Mt. mais la présence de ces passages à cet endroit de Mc. Voici la liste d’Allen (1). Mc. 1v, 21.22.24.95 ne sont pas pute après Mt. χπι, 23, parce qu'ils sont déjà dans Mt. v, 15; x, 26; νι, 2; χιπ, 12. — Mais ces endroits conviennent beaucoup mieux, ae detontentes naturels. ITS ix, 37° est omis à xvinr, ὃ parce qu'il était dans x, 40. Il est vrai que | l'omission de Mt. contraste avec la docilité de Le. (1x, 48), mais il serait Fe: vÉ étrange d'y voir une preuve de dépendance; tandis que Mc. n'a pas de.“ contexte, Mt. x, 40 allait bien à la fin d'un discours δ mission,
place, ἜΘΗ que Ho n'a Das de contexte ante. : “μὰ x, 50 n'est pas dans Μί. χύπι, 9 parce qu'il était dans v, 18. Encore à sa place, tandis que le texte de Μο., très obscur, est isolé. ΧΙ, 25 omis xx1, 22 parce que dans vi, 14. Même cas. xut, ®. 11.12, omis dans xxiv, 8, parce que dans x, 17-20. C'est Ἰὼ. Ἂ question du discours eschatologique, voir Com. Ὁ : Tous ces cas sont des paroles de Jésus. Peut-on supposer que Mt., si riche en enseignements de cet ordre, n’aurait pas mis ces Dar lee ἴδ dans leur contexte où souvent elles appartiennent au document connu de Le., s’il ne les avait au préalable extraites de passages de Me. où elles n’étaient pas dans leur contexte, et où Le. les ἃ le plus souvent
reproduites ? # Ὕ d) Venons aux récits. C’est le fort de Mc. On dit que Mt. l’a abrégé
à dessein. Exemples d'Allen : TS Mec. 111, 7-12 ἃ été serré dans deux versets x11, 13-15. Ce n’est pas du τὴ y
tout exact. Ce que Mc. a im, 7-12 est bien plutôt parallèle à Mt. IV, 1e 24.923. Ce n’est pas le même moment, et les termes diffèrent beaucoup, mais enfin il s’agit dans les deux cas d’une grande diffusion de la réputation de Jésus. Le but de Mt. χη, 13-15 est de montrer que Jésus nerecherchait pas ce bruit, ce qui réalise une prophétie. La ressemblance de Mc.m, 12 et de Mt. χη, 16 est purement matérielle dans les | termes puisque le silence est imposé dans Mc. aux démons, dans Mt. ES: aux hommes. Ὃ Il est évident que Mt. vus, 28-34; 1x, 18-26 est beaucoup plus concis que Mc. v, 1-43 (Gérasa, Jaïre, l'hémorroïsse). Même relation entre x,
(1) Un peu rectifiée à cause d'un lapsus calami.
LXII | INTRODUCTION
1-12 et xvir, 14-20 d’une part et Mc. vi, 14-29 (Décollation du Baptiste), ix, 14-29 (le jeune épileptique). Il serait absurde de dire que Mc. a développé Mt., mais il est d’autant plus hasardeux de dire que Mt. a abrégé Mc. que Lc., qui dépend de lui, n’a omis aucun trait notable. Si notre conclusion n’est pas la même, c’est que les faits sont différents.
Il y aurait un argument si l’on ‘présentait les faits à la façon de Bultmann (1). La preuve que Mt. ἃ bien abrégé Μο., c'est qu'il l’a trop réduit, de façon que son récit à lui devient inintelligible. Par exemple, Mt. n'ayant pas dit que ses deux possédés avaient des démons nombreux comme une légion, ᾽ν ne comprend pas que ces diables se soient jetés dans les porcs (vint, 39). Et de fait quand on lit les deux récits dans une synopse, on voit aussitôt dans Mc. l’explication du trait des porcs. Encore est-il que Mt. ne les ἃ pas évalués à deux mille, et que ses deux possédés pouvaient être tourmentés chacun par plusieurs démons.
De même Mt. ayant omis le trait si vivant de Mc. 11, 2-4, on ne comprend pas pourquoi Jésus dit dans Mt. 1x, 2 « Jésus ayant vu leur foi ». Mais ne fallait-il pas de foi simplement pour apporter un paralytique ?
On trouvera des objections semblables sur Mt. χιν, 3-12. Bultmann accuse Mt. d’avoir oublié que la mort de Jean n'était qu'une parenthèse. — Ce serait donc une preuve qu'il ne suivait pas Mc., car on ne peut lui attribuer à la fois les corrections les plus élégantes et les distractions les plus choquantes. Il suivait son plan, voilà tout.
6) À ces différentes sortes d’ « omissions » relevées par Allen, il faudrait en ajouter une autre beaucoup plus significative, parce qu’elle touche au plan de Mi.
Après la journée des paraboles (x), l’enseignement proprement dit est réservé aux disciples. Mt. observe cette règle plus strictement que Μο., et cela est d'autant sis remarquable qu'auparavant il insistait sur l'enseignement (1v, 23; v, 2; x1, 1, rien dans Me.; 1x, 35, cf. Mc. wi, θ᾽).
Il est vrai que es enseigne encore dans la synagogue de Nazareth (xu1, 54) comme dans Mc. Mais Mc. ajoute : νι, 6 καὶ περιῆγεν τὰς χώμας χύχλῳ διδάσχων, Mt. n’a rien.
À la première multiplication des pains, Mc. νι, 34, la compassion de Jésus le pousse à instruire, ἤρξατο διδάσχειν αὐτοὺς πολλά, mais Mt. χιν, 14 χαὶ ἐθεράπευσεν τοὺς ἀρρώστους αὐτῶν.
Exactement le même cas : Mc. x, 1 καὶ ὡς εἰώθει πάλιν ἐδίδασκεν αὐτούς (les foules); Mt. x1x, 2 καὶ ἐθεράπευσεν αὐτοὺς êxei. Et en effet dans Mt. Jésus ne s'adresse aux foules que pour une courte parabole qu'il explique ensuite à ses disciples (xv, 10). Voilà qui est très conséquent. ἃ Jérusalem on dirait que tout change. Il y aurait une raison, car l'instruction des
(1) Die Geschichte der synoplischen Tradition, p. 215.
nt GRITIQUE LITTÉRAIRE. | ” | LIL
décpies est terminée, la foule a montré sa bonne volonté dans l'entrée ΕΣ 4 c'est à elle qu’il faut dénoncer les Pharisiens; le discours du ch. XXI
s'adresse à la foule comme aux disciples.
Si le passage de Me. x1, 48 manque dans Mt. à cet endroit, on le re
trouve plus loin xx, 33 : οἵ ὄχλοι ἐξεπλήσσοντο ἐπὶ τὴ διδαχῇ αὐτοῦ, où l'on peut voir un emprunt de Mt. grec. Dans χχι, 23 Mt. ajoute même l'enseignement à Mc. χι, 27, mais διδάσκοντι manque dans af its yreur et
sin, un Cursif grec; l’omission ne s'explique pas, l'addition est d’ après
Lc. xtx, A7.
Dans Mc. x1v, 49 ἥμην... ἐν τῷ ἱερῷ διδάσχων. Dans Mt. xxvI, 53 καθ᾽ ἡμέραν ἐν τῷ ἱερῷ ἐκαθεζόμην διδάσκων, mais si c’est la lecon de NBL, d’autres (CD etc.) ont ἐν τῷ ἱερῷ après ἐκαθεζόμην, d'autres (A etc.) lisent ἐκαθεζόμην διδάσχων ἐν τῷ ἱερῷ, tandis que 1. 209 omettent διδάσκων. Il est très vraisemblable que ce mot a été ajouté.
Mais, quoi qu’il en soit de Jérusalem, les deux genres d’enseigne- 5" ment sont beaucoup plus logiquement délimités selon le temps dans
Mt. que dans Mc. Faut-il supposer que cette logique s’est exercée sur Mc., ou n'est-elle pas plutôt antérieure, faisant partie du plan original
de Ma.? La seconde solution est plus vraisemblable, si l'on ne veut pas
donner une divergence comme une preuve de dépendance.