‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 42 sur 350 · VI. Expressions · texte numérisé non relu

VI. Expressions

L'emploi du même mot dans deux endroits parallèles, an s'il 5 ragit d’un mot rare qui ne paraît pas suggéré par le sujet lui-même, doit être regardé, semble-t-il, comme un indice de dépendance littéraire. Encore est-il que l’argument peut.être retourné. Ce sont les mots rares qui s’accrochent à la mémoire, et que la transmission orale emploira toujours dans un récit au moment voulu. En effet ce mot, fût-ce seulement par sa rareté, paraît caractéristique ; c’est le seul qui soit fait pour donner la note juste..Et il faut ajouter : surtout lorsqu'on

a conscience de se servir d’une langue différente de celle de ceux qui

ont parlé les premiers. On voit par l’exégèse, depuis les Pères, et spécialement chez les Latins, qu'ils s’imaginaient trouver dans leur traduction pour chaque mot une précision rendant parfaitement le sens du terme traduit, si bien qu'ils se croyaient autorisés et même obligés à le scruter dans'toutes ses modalités.

Une fois que les récits de l'Évangile (y compris les paroles de Dés) eurentété préchés en grec, on dut s'appliquer à n’y rien changer, de peur de conséquences qu’on ne pouvait mesurer. On mettrait bien un mot à la place d'un autre si l’on voyait clairement que le sens est le même, mais si le-mot est déjà un mot traduit, sait-on si l’onne va pas gâter le sens?

Il faut donc beaucoup de circonspection avant d'admettre une dépen-

dance littéraire pour les mots, surtout si la ressemblance se produit.

seulement pour un ou deux mots isolés. Si même ces mots étaient changés deplace ou employés avec des modalités différentes, il faudrait plutôt conclure à l’action de la tradition orale, qui retient mieux les mots que leur place ou leur sens précis dans le discours, comme l'a fait observer Hawkins (1).

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