‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 52 sur 350 · LXXXVI : INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXVI : INTRODUCTION

des parallèles. Ce n’est pas une raison pour ne pas signaler le fait de Mt. Comme c'est dayantage chez lui une habitude, n'est-ce pas un indice que la tradition catéchétique suivie par Mc. et par Lc. remontait originairement à lui? - τ :

La ‘liste des groupes de 3 peut être plus ou moins allongée. Allen en compte vingt-cinq. Nous retenons seulement comme plus caractéristiques : trois séries dans la généalogie (1, 17); trois tentations (1v, 1-11 par. Lc.); trois exemples de justice : aumône, prière, jeune (νι, 4-18) qui forment trois belles strophes très régulières; trois prières à Gethsémani (xxvi, 39-44 par. Mc.) ; trois reniements de Pierre (xxvi, 69-75 par. Mc. Le. Jo.), sans parler des trois annonces de la Passion, communes aux trois synoptiques.

Comme échantillons de petits couplets de trois : vi, 19 μὴ θησαυρίζετε, VI, 1 μὴ κρίνετε, vit, 6 μὴ dore. Deux fois de suite l’arrangement par trois : a) x, 37 et 38 6 φιλῶν πατέρα etc... οὐκ ἔστιν μου ἄξιος (ter); b) x, 40 6 δεχόμε-νος... 41 ὃ δεχόμενος... καὶ ὁ δεχόμενος. δ

Le chiffre 2 n’est peut-être pas moins remarquable : deux démoniaques (vin, 28); deux aveugles (1x, 27 et xx, 30), deux vocations (virr, 18-22 par. Le., mais il a trois vocations); deux faux témoins (xxvi, 60).

D) Le premier évangile et les usages juifs ou les idées juives.

Ce qui est le plus caractéristique ici, c’est peut-être l’omission de toute explication à propos d’usages juifs, de sorte qu'il était impossible à des non Juifs de comprendre aisément les textes.

Le cas le plus connu, toujours cité, est l'absence dans Mt. de l’avertissement que Mc. ἃ jugé nécessaire pour ses lecteurs (Mc. vu, 2-4), sur la pratique des Pharisiens et des Juifs en général : purification des mains et des plats etc. Il est vrai qu’en parlant de mains non lavées (Mt. χν, 2), Mt. ne posait pas l'énigme des mains « communes », c'est-àdire impures, mais plus loin (10. 41. 18) il employait le verbe χοινόω, sans en expliquer le sens presque rituel. .

Et il en est toujours ainsi dans les nombreuses allusions qu'il fait aux usages juifs, et dont le ch. xxur en particulier est rempli.

Mais voici un fait positif plus topique. Dans le discours de mission (x, 12 s.), Mt. écrit : « Entrant dans la maison, saluez-la », ἀσπάσασθε αὐτήν et il ajoute : « Et si la maison est digne, que votre paix vienne sur elle » etc. Les lecteurs étaient donc tenus de savoir que les Juifs donnaient le salut en disant : « Paix ». Cela était si peu clair, que Le. (1x, ὃ 5.) a écrit : « dites d’abord : paix à cette maison, et s’il y a là un fils de paix, votre paix reposera sur lui », ce qui est incontestablement plus voisin de l'original. D’après Harnack (Sprüche… 57 et 93), ces deux versets appartenaient à Q, et dans la forme de Mt., contre toute évidence, car, si loriginal était en araméen, comme on le concède généralement,

PU Fe à | IN

CRITIQUE LITTÉRAIRE. LXXXVIL

᾿ἀσπάσασθε ne peut être qu'une traduction de « donnez la paix», et ÿ

comment Bc: aurait-il retrouvé la nuance primitive de l’araméen?

Dans notre opinion il y a là deux traductions différentes du même du

texte araméen. Celle de Mt. est une adaptation qui le montre soucieux d'employer des termes grecs, cette fois au détriment de la clarté. De toute façon la formule:qui se trouve dans Mt. était si peu claire pour des non Juifs qu’elle a été rendue autrement par la source de Luc ou par lui-même.

On avancera difficilement que Mt. dépendant de Mc. aurait donné

à la tradition une couleur particulière et artificielle en la nuançant à la

juive. Il faut donc simplement avouer que cette couleur ‘est primitive.

Il s’agit surtout des paroles de Jésus. Or le Sauveur était de son temps, et employait naturéllementavec ses interlocuteurs les termes courants. Nous en citons ici quelques-uns, plus particulièrement empruntés aux

idées juives et à leur vocabulaire. Lorsque Mc. cite des mots araméens, : ἪΝ “c'est: pour donner à:son style le cachet: de la réalité, mais ilia soinde les-expliquer er, 17; v,t41 ; vit, 11 τῖσαι, 34; XI, 86; xv, 34, sauflemot

‘rabbi, qu’il emploie plusieurs fois.et qu'il suppose connu {αν 05; ΧΡ:

᾿ς χὰ, A; χιν, 45). Si Mt. était un écrivain grec original, pourquoi n’au- ca

rait-il pas employé le même procédé? Mais il semble éviter ces mots, et n'emploie l'expression μεθερμηνεύομαι (1) qu'à propos d'Emmanuel, nom hébreu. Même l'expression technique Corban (Mc. vir, 11) est traduite. Il. ne reste d’araméen expliqué que la parole du Sauveur en croix (xxvir, 46) et le nom propre Γολγοθᾶ (xxvir, 33). 11 n’en -est que plus étonnant de trouver ῥαχά (v, 22), puis xopéaväc (XXVIT, 6), et μαμωνᾶς (σι, 24) munis d’une terminaison grecque, avec quatre 6466et, dont un seul {xxvi, 49) a son répondant dans Mc. (χιν, 45).

Le. n’a pas reculé devant μαμωνᾶς (trois fois) mais il ἃ évité les autres termes araméens. Lui écrivait pour des Grecs; le premier évangile avait été écrit pour des Juifs. Ne dirait-on pas que Mt. est d’un traducteur conscient de son.-devoir et ne laissant guère d’araméen que des termes grécisés ou trop particuliers pour être traduits? Telle avait bien été la pratique des Septante.

Il restait d’ailleurs des allusions qui ne pouvaient guère être comprises que des Juifs. Dans x, 25, 6 οἰκοδεσπότης semble bien une paronomase avec βεελζεθούλ, antithèse entre le vrai maitre de la maison, et le maître... du fumier.

Sur l'énigme de 11, 23, voir Comm.

δέειν et λύειν (xvi, 19; xvurr, 18) supposent une certaine connaissance

de la jurisprudence juive.

ix, 20: τιν, 36; ΧΧΠῚ, 5 κράσπεδον, aussi dans LC. ΥἹΙ͂, A4 — Mt.rix, 20

(Ὁ Dans Me. v, 41; xv, 22, 81.

δὲ ΣΝ CRUE

et dans Hu VI, 36 — — Mit. χιν, 36, dé telle PR que, Mt. ἃ à la LE ol centrale et pourrait bien étre la source plus ou moins directe des deux

autres.

ΧΙ, 14, l'importance de Jérémie.

ΧΙΧ, 22 sur les diverses sortes d’ eunuques. | 1x, 28 sur les juges d'Israël, le trône de gloire etc. XXII, 40 χρέμαται, | XXII, ὃ φυλαχτήριον.

XXII, 23 τὰ βπτρύτερα τοῦ νόμου.

XXII, 33 À χρίσις τῆς TEE XXII, 24 ἀθῷος ἀπὸ τοῦ αἵματος τούτου, ajouté à à Mc. par. et dans la bouche

1 de Pilate. :

ΠΟ xxvIn, À ὀψὲ σαδδάτων, où Eusèbe soupçonnait déjà une traduction trop littérale.

Cette liste très éourte trouvera son complément plus loin, spécialement en ce qui concerne le royaume des cieux, le Père céleste etc. De ces considérations sur le style, nous ne prétendons pas, disons-le encore

une fois, prouver avec évidence que le premier évangile a été écrit en

araméen. Il doit cependant en résulter qu'il a été écrit par un juif, à la

juive et pour des Juifs. C’est précisément ce qu’affirme la tradition.

Il. L'emploi des parties du discours est empreint de sénitisme.

Ce phénomène est, nous l'avons écrit plusieurs fois, très difficile à apprécier. Nous n’hésitons pas à relever des tournures qu'on a retrouvées en grec, mais non pas si fréquemment. D'autre part Mc. offre, lui aussi,

beaucoup de sémitismes, quelques-uns même qui ont été évités par Mt.,

et cependant il a écrit en grec.

A propos de Luc, nous avons cru τ ebnaust les biblismes

empruntés aux Septante et 16 tréfonds araméen. Cette méthode appliquée

à Mt. donnerait peu de résultats, car il n’a pas comme Luc un commerce

assidu avec les LXX. Il est sur ce point presque au niveau de Mc. Nous

suivons donc à peu près l'ordre suivi dans le Commentaire de Marc (1). à τ. ᾿ ῳ

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