‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 67 sur 350 · RES · texte numérisé non relu

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ΟΧΙ, ᾿ INTRODUCTION

manque pas de certaines vraisemblances internes. Mais la reconstitution de la source Q sur ces bases est une œuvre puérile. Les critiques devraient comprendre qu’ils gâchent le métier. Or la négation de la source Q pour Mt. compromet irrémédiablement la dépendance de Mt.

par rapport à Mc., du moins telle qu’elle est formulée par les mêmes.

critiques.

En effet, un ouvrage qui comprenait des histoires même sur Jésus, des miracles, des paraboles, des discours, des sentences, devait du moins contenir un ensemble d'éléments nécessaires pour qu'il fût intelligible et cohérent. Se présentant comme l'appel d’un homme qui prétendait qu’on l’aimât plus que père et mère et qu'on le suivit jusqu'à

la mort de la croix (n° 45. 46. 57), il devait nécessairement être apolo-

gétique, ce qui, dans l’état des choses, comprenait une mise au point par rapport à la doctrine juive.

Nous ne pouvons pas concevoir l'exposé doctrinal sans une forte base de faits — comme l'a si bien dit Luc (1, 1-4), — et ce serait l'achè-

τς vement que réclame le tronçon dessiné par la critique.

Nous ne prétendons pas qu’on puisse ainsi justifier la présence dans le premier évangile de tout ce qui figure dans Mt. Mais l'œuvre à faire, et exigée par le contenu même de Q, étant bien ce que nous avons dans Mt., il faudra attribuer à son dessin primitif tout ce que des raisons

᾿ς. ne feront pas reconnaître comme des additions.

La principale raison de critique interne qui nous y contraint est

l'unité du style de Mt. dans ses histoires.

Cette unité n’est pas niée par Dibelius, mais il prétend qu'elle a été produite artificiellement. Un genre nouveau était né, qu'il nomme la nouvelle; Mt. n’en a pas voulu. Il aurait résumé les nouvelles de Mc. dans le style que celui-ci employait pour ce que Dibelius nomme les para-

digmes, et qu'on désignerait plutôt sous le nom classé d'apophtegmes.

Nous ne nions pas les deux genres dans Mc.

On peut en effet se mettre d'accord sur le nombre — approximatif — des récits de Mc. qui sont plus détaillés, plus vivants, plus pittoresques,

sans mériter pour cela d'être qualifiés de nouvelles dans le goût profane.

Dibelius (1) cite : la tempête (1v, 35-41); le démoniaque et les porcs (v, 1-20); la fille de Jaïre avec l’hémorroïsse (v, 21-43); la première multiplication des pains (vi, 35-44); Jésus sur la mer (vi, 45-52) ; le muet (vx, 32-37); l’aveugle de Bethsaïde (vint, 22-26); l'enfant épileptique (1x, 44-29).

Mais on peut ajouter d’après les mêmes critères : le paralytique (ΤΙ, 1-12) ; le riche (x, 17-27); l’aveugle Bar-Timée (x, 46-52).

(A) LL, pe 87.

k CRITIQUE LITTÉRAIRE. | πὰ τ

Ce genre, en dehors de Me., ne se retrouvera plus dans sa perfection. Aussi Dibelius ne cite-t-il plus que le fils de la veuve de Naïm (Le. vu, 11-17), ce que nous ne saurions accorder, surtout après qu’il en ἃ enlevé

les traits de sensibilité propres à Luc (1). Et cependant selon le sys-

tème de la création populaire, ce sont des conteurs anonymes qui ont. : créé ce genre!

Or peut-on donner le nom de genre populaire à ce qui n’est que la caractéristique d'un tempérament particulier? Marc ἃ écrit de cette façon parce qu'il a été l'écho de Pierre, témoin oculaire et doué, il faut bien le constater, d'un don merveilleux de voir les choses et les faits dans leur réalité et leurs modalités. Encore est-il que si Le. n’a pas gardé les traits descriptifs ou les circonstances inutiles à la bonneallure du récit, il n’a omis aucun trait notable, fûüt-il purement narratif (2). Ce n'est pas le cas de Mt. qui a traité ces récits de Mc. en apophtegmes. On ne peut donc pas voir là une trace de dépendance, sans parler des divergences déjà signalées (3). Toutefois il faut aborder la question Ἢ plus directement. Marc, sans être un historien, ni même proprement . un biographe, attache de l'importance aux faits; il les raconte, et sur-

tout il les voit venir, il les suit pendant leur durée, d'où ses présents

historiques et ses ἔρχεται, ses ἤρξατο et ses temps périphrastiques. Dans

Mt. au contraire les faits sont posés par des génitifs absolus comme une situation d’où sortira une parole. Or je le demande. Si Mt. était l'œuvre d’un auteur qui aurait voulu joindre à des sentences une partie τὴ

biographique, pourquoi aurait-il altéré le caractère biographique de MR Me.? Tandis que ses récits de miracles sont subordonnés à l'idée, sont . ΝΣ plutôt les éléments d'un argument qu’envisagés pour eux-mêmes.

N'est-ce pas l'indice que son ouvrage a été conçu d’un seul jet comme

un ouvrage d’apologétique où la biographie a sa place dès le premier se

jour parce qu'elle est indispensable à l'intelligence même de la question, mais où elle est toujours subordonnée? Supposer dans la tradition un moment où l'on ne connut que les apophtegmes, puis l’éclosion des nouvelles, puis Mt. ramenant les nouvelles de Mc. au style des apophte-

gmes, dépendant de Mc. tout en restant étonnamment fidèle à ἀξ "

de sa simplicité. Nous aimons mieux reconnaitre dans Mc. et dans Mt.

deux buts distincts, sûrement aussi deux tempéraments, d'où deux |

œuvres qui en conséquence ont chacune son caractère, dépendant toutes

deux d’une catéchèse à la fois uniforme et personnelle. AL Il nous He à mettre sous les yeux ce contraste des deux manières

- (2) Nous sommes obligé de renvoyer au Comm. de Luc. (3) P. xxiv et tout le Commentaire.

CXLIT INTRODUCTION.

dans la présentaion ét par conséquent dans la conception des faits comme éléments d'un livre. Mais nous avons déjà assez insisté sur le schématisme de Mt. Donnons seulement quelques exemples.

Me. v, 1 χαὶ ἦλθον. Lic. καὶ κατέπλευσαν mais Mt. καὶ ἐλθόντος αὐτοῦ,

Mc. v, 22 χαὶ iii) εἷς. Lic. καὶ ἰδοὺ ἦλθεν ἀνήρ — mais Mt. ἰδοὺ “ἄρχων [εἷς] προσελθὼν Aie αὐτῷ λέγων — « disant », c’est là qu'il fallait-en venir.

Mc. 1x, 11 καὶ ἐλθόντες... "εἶδον ὄχλον... cétte petite introduction :prend la portée d’un fait particulier.

Le. dit du moins : συνήντησεν αὐτῷ ὄχλος πολύς — mais Mt. χαὶ ἐλθόντων πρὸς τὸν ὄχλον προσῆλθεν etc. De même Mec. ἼΧ, 33-35 ét Mt. χνπι, À.

Me. x, 46 καὶ ἔρχονται εἰς Ἰεριχώ. — Mt. rien.

Et le procédé de ‘Mt. est le même dans les parties de Q (vin, 5) ou dans celles qui lui sont-propres (Mt. xvir, 24). C'est ainsi que s'explique l'emploi de προσελθών que nous avons signalé plus haut (1). Dans une occasion donnée on s'approche de Jésus pour en tirer une parole ou un miracle : génitif absolu, imparfait, participe λέγων forment un schéma. C'est bien la manière d’un auteur qui attache peu d'importance aux modalités des faits. Qu'il ne s'en soit jamais départi s’il a écrit sous l'influence de Mc., c'est ce qu’on ἃ peine à croire.

Si l’on compare Mec. tr, 1:0. et Mt. χη, 9-14 on peut voir la différence qu'il y a entre le récit d’un fait et le résultat d’une controverse.

En un mot, les récits de Mt., nécessaires à son argumentaiion, se présentent ‘exactement sous ‘la forme qui convenait à ce dessein : 115 font donc partie du plan primitif.

ΤΙ serait étonnant que ‘celui qui:‘a trouvé dans la tradition des récits de l'enfance composés précisément dans cette manière, table généalogique, conception miraculeuse, adoration des mages, n'y ait pas trouvé . les récits dont il avait besoin pour composer son ouvrage de la façon harmonieuse que nous voyons, sans recourir à l’évangile écrit de Marc, dorit il s'éloigne d’ailleurs sur bien des points,

La parfaite unité que nous venons de constater n’est pas l'œuvre d’un compilateur. Si au lieu de subordonner résolument l’histoire à l’enseignement doctrinal, il avait voulu les combiner d'après deux documents, comme il a respecté le recueil des sentences au jugement des meilleurs critiques, il aurait aussi laissé à l'histoire sa physionomie.

V. Tenant compte de l'attitude de la critique, nous avons accepté de prendre pour:point de départ le recueil de paroles (et de faits) qu'elle regarde comme Ja source de Mt.,.et nous avons essayé de montrer que ce résidu appelle et exige non pas seulement des compléments, mais des parties qu’on a détachées de son organisme brutalement, et sans

(EP avir.

CRITIQUE LITYÉRAIRE. ΟΧΙΔῚΣ

lesquelles il ne pouvait exister. Si l’on essayait de désigner le véritable centre, et si l’on veut le germe de l'évangile, la pensée à laquelle tout est coordonné, on trouverait cette pensée dans la confession de Jésus comme Messie, Fils de Dieu, révélateur et législateur. Et les premiers éléments de cette manifestation sont dans sa vie elle-même. Ce n’est point une biographie, c’est un choix d'événements qui rendent ce témoignage. Une biographie pouvait attendre; il fallait un minimum de faits. ᾿

Le Baptiste ne pouvait figurer pour lui-même. Après que Mt. ἃ dit

Sa prédication, il devait nécessairement l’amener à reconnaitre celui

qui est plus fort que lui, et c'est ce qu'il a fait (11, 13 propre). Le baptême apporte le témoignage du Père et de l'Esprit (ur, 13-17), la tentation laisse entrevoir la notion que Jésus avait de sa mission {1v, 1-11). Dans Mt. et dans Le. (x, 21.22), Jésus déclare lui-même sa relation avec son Père, mais c’est dans Mt. seul (χι, 25-27 et 28-30) que la conclusion pratique est tirée. La transfiguration est, dans les mêmes termes qu'au baptême, le témoignage du Père (xvm, 1-8). La confession de Pierre a toute son importance, parce que Jésus en confirme la véracité, d'origine divine (xvr, 13-19) : point propre à Mt. L'entrée de Jésus à Jérusalem est l’aveu messianique du peuple, mais Mt. seul fait confirmer cet aveu par l'autorité de Jésus [χχι, 15-16).

En revanche il insiste moins que Mc. sur le témoignage rendu par les esprits mauvais; cf. cependant virr, 29.

Après la confession de Pierre, quand le messianisme a la consécration

de Dieu même, Jésus en exprime la notion dans le sens de la souffrance

et de la mat Fa on κἀν C'est le thème des trois annonces ‘de la |

Passion (xvr, 21-23; xvir, 22.93; xx, 17-19) et le sens donné à l’onction de Béthanie (xxvi, 6-13). Ces détiarations étaient d'autant plus nécessaires que Jésus avait accepté la confession de Pierre. Sans elles on eût

pu croire que le Messie s’était trompé sur sa mission; ce que la tentation

avait déjà pour but de démentir.

Les miracles sont aussi des attestations de la part de Dieu. Mais outre ce caractère général, Mt. a le plus souvent mis en relief la foi qu'ils supposent ou qui est suppléée par la bonté de Jésus pour aboutir cependant à une confession de foi. Gette note est certes mise en relief dans Mc., mais plus encore dans Mt.

Miracles en faveur de τ foi ou pour en montrer la nécessité :

Le centurion (vx, 5-13); la tempête (vi, 18-27); l'hémorroïsse (1x, 20-22); les deux ue (1x, 27-31); Jésus marche sur l’eau (x1v, 22-33, leçon de foi à Pierre qui n’est pas dans Mc.), la Cananéenne (xv, 21-28) ; l'enfant épileptique (xvir, 14-20, dans Mc. leçon de prière); le figuier desséché (xx1, 18-22). Le paralytique (1x, 1-8) pour prouver que le Fils de l’homme ἃ le pouvoir de remettre les péchés; l'homme.

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