DU CXLIV INTRODUCTION
à la main sèche (xn, 9-14), solution d'une controverse sur le sabbat; les deux démoniaques reconnaissent le fils de Dieu (vus, 28-34); le statère (xvir, 24-27) prouve la liberté des fils.
Tous ces miracles peuvent donc être rangés dans la catégorie des apophtegmes. De miracles dont la morale n’est pas tirée il reste : le
lépreux (vur, 1-4), la belle-mère de Pierre (vur, 14.15); la jeune fille
ressuscitée (1x, 23-26), mais la foi du père sans être nommée a été mise
en relief (1x, 18) plus clairement que dans Mc. et dans Le.; le possédé
sourd (1x, 32-34), mais que nous croÿons le même que le possédé aveugle et sourd (xir, 22), qui fait constater l'avènement du règne de Dieu; les deux multiplications des pains (χιν, 13-21; xv, 32-38), mais qui sont une image anticipée de la fraction du pain; les deux aveugles de Jéricho (xx, 29-34) que Jésus guérit par miséricorde, mais qui l'ont salué Messie. | AA
Tous les autres récits ont pour but de mettre une vérité en lumière, c'est-à-dire sont des apophtegmes.
Il faut toujours supposer comme intention générale l'impression produite par Jésus. Les circonstances peuvent se réduire à une question, motivée seulement par cetle ambiance générale.
La question est posée par des adversaires :
Demande d'un signe (xn, 38-42 et xvi, 1-4); quid des mains non
lavées avant de manger (xv, 1-20), de la répudiation (ΧΙΧ, 3-12), du
pouvoir que Jésus s’arroge (xx1, 23-27), de l'impôt (xxtr, 15-22), de la ᾿ résurrection (xx11, 23-33), du plus grand commandement (xxt1, 34-40,
propre à Mt. sous cette forme).
Ou bien la question est posée par le Baptiste sur la personne même de Jésus (x1, 2 et ss.), par un jeune riche sur la voie du salut (xx, 16-22), suivie d'une question des Apôtres (xix, 23-30) et de là parabole des
| ouvriers (xx, 1-6). Les disciples interrogent (xvtni, 1-5) sur le plus
grand (1).
Des inconnus soulèvent la question de la vocation (virr, 19-22); la mère des fils de Zébédée, celle du rang (xxv, 20-28); enfants bénis (xx, 13-15).
Parfois les circonstances elles-mêmes font éclore la question : la vocation de Matthieu et l'appel des pécheurs (1x, 9-13); le jeûne prati- ‘qué (1x, 14-17); les épis (x11, 1-8).
Enfin il est des cas beaucoup plus rares où le fait lui-même se présente comme ayant son importance propre : l'accueil défavorable à Nazareth (πὶ, 53-58) et les vrais parents (x11, 46-50). Encore est-il que ces deux épisodes appartiennent à la doctrine sur la personne et la mission de Jésus'et cf. p. CxLvI.
(1) Dans Mec. c’est Jésus qui soulève la question.
on CRITIQUE LITTÉRAIRE. Ἐν GxEv ὦ
On voit combien l’enseignement pénètre les faits. Ce n’est pas là une
biographie, mais l'écho d'une catéchèse.
À plus forte raison l’enseignement des grands discours. Nous avons
dit souvent que cinq sont spécialement détachés par la même réflexion
à la fin, qui marque à la fois le terme d’un discours, et, comme on l’a moins remarqué, un changement de lieu ou d'action (VE XL rt 52; ΧΙΧ, 1; xxvi, 1). Les cinq discours ont chacun leur thème : la doctrine de Jésus comparée à celle de la Loi, surtout telle que les Pharisiens l'entendent, le devoir des disciples apôtres comme missionnaires, la, proposition du règne de Dieu en paraboles, les devoirs des disciples entre eux, et spécialement des chefs, une vue sur la ruine de J érusalem et les fins dernières. On serait tenté de mettre sur le même rang le discours du Sauveur pour mettre en garde contre les pharisiens (xx).
Peut-être Mt. ne l'a-t-il pas qualifié de λόγοι à cause de son caractère
spécial. Quant au discours sur le Baptiste et sur la génération qui n’a voulu recevoir ni lui ni Jésus, c’est plutôt un long apophtegme d’après des
circonstances historiques. De même pour ΧΧΙ, 28-xx10, 14, paraboles
soudées à la question historique sur le pouvoir de Jésus. Dans l'avis sur le levain, c'est Jésus qui prend l'initiative (Mt. xvr, 5-12). On voit que chacune des parties du tout répond bien au dessin de
l'ensemble. Le doute ne pourrait être soulevé que pour les miracles
qui ne comportent pas d'enseignement, d'après ce que nous avons dit surtout pour le lépreux et la belle-mère de Pierre. Mais ils peuvent faire nombre, comme le possédé sourd (1x, 32-34). Cependant, puisque nous admettons un traducteur grec de Mt. influencé par Mc., nous devons nous demander s’il ne lui aurait pas emprunté quelques morceaux. Mais une enquête préalable s'impose. N'y aurait-il pas dans Mc. des ressemblances introduites par des copistes? Les éditeurs critiques suppriment x1, 26, comme emprunté à Mt. vi, 15. Leur devoir comme éditeurs est d'être plus prudents ou même de s'abstenir quand ils n’ont pas, comme dans ce cas, un appui dans les mss. Mais il est très probable qu'il s’est produit dans les premiers temps des additions dont les mss. n’ont pas conservé la trace. Nous croyons qu’on pourrait regarder comme interpolés dans Mc. le v. τι, 28 d’après Mt. x11, 8 (1).
De même x, 31 ajouté à Mc. d'après Mt. xx, 30; de même χι, 25 d'après Mt. vi, 14.
Ce ne sont que des conjectures dont on pourra voir les indices au Comm. de Mt. | ; ἶ
Inversement on reconnaît que Mt. xvri, 21 et Mt. χχιι, 14 doivent être retranchés comme rédigés d’après Mc. 1x, 29 et Me. x11, 40. D'autres
(1) Peut-être avant même que Luc ait écrit.
ÉVANCGILE SELON SAINT MATTHIEU. j
emo Lien AR Sr dt go
d’un copiste, est-
. vergentes, indications
INTRODUCTION
EXLVI
raient être allégués sans l'autorité des manuscrits. Mais com-
cas pour ment les distinguer des empruntsfaits par Mt? Ce sont ceux-là qu'il sous les plus extrêmes
faudrait pouvoir désigner. Nous nele faisons que
réserves. On peut indiquer par conjecture : ἱ vur, 1-4, d’après Mc. 1, 40-44, parce que dans Mt. il y a tant de foule :
que le secret ne se comprend guère. Mais peut-être l'emprunt, du fait ἢ restreint à v. 4°, le secret, dont Mc. a presque le monopole, d'autant que 4 est plus juif que Mc. τ, 44».
x, 2-4, le catalogue des apôtres a l'air d’avoir été ajouté. Est-ce d’après Me. en mettant Matthieu au lieu de Lévi?
xu, 46-50, les vrais parents.
xt, 53-58, à Nazareth:
χιν, 22-27, en partie d’après Me. νι, 45-50.
xv, 32-38, la seconde multiplication des pains.
xvi, 9 et 10, d’après. Mc. ὙΠ, 49. 20.
xx1v, 29-31, d’après Mc. χπὶ, 24-27.
Enfin probablement deux ou trois doublets, déjà indiqués (1).
C'est bien peu de chose, et sûrement cela n’âtteint pas la substance. Peut-être faudrait-il même dans ces cas parler de retouches plutôt que d'additions. Peut-être au contraire faudrait-il regarder comme des additions des indications de changement de scène. L'esprit critique lui-même impose une grande discrétion. Il y aura plus ou moins de probabilités selon le nombre plus ou moins grand des indications Conqu'on voudra bien trouver au Commentaire.
Puisque nous admettons que Mt. a ajouté ou retouché certains pas-
sages d’après Mc., nous ne saurions, au nom de la critique, nier qu'il ait pu agir de même avec d'autres sources de renseignements, mais nous n'avons plus de point de comparaison. Et on ne saurait désigner aucun passage des récits qui paraisse manifestement une addition. Ce n'est sûrement pas le cas des chapitres 1-11, qui font corps avec l'ouvrage. Quant aux discours, nous devons renvoyer aux analyses du commentaire. Rien ne nous permet d’être plus affirmatif que dans le commen- {aire de saint Luc sur les rapports entre Le. et Mt.