‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 69 sur 350 · VI. Les premières sources écriles · texte numérisé non relu

VI. Les premières sources écriles

L'unité du Matthieu araméen, telle qu'elle est garantie par le Matthieu

grec, l'unité de Mc. aussi, telle que nous l'avons reconnue, ne seraientelles pas des unités de composition, comme serait celle d’une mosaïque dont le dessin peut être très net, malgré la perpétuelle et apparente solution de continuité entre les cubes? En d’autres termes existait-il

(1) P. Lvur.

CRITIQUE LITTÉRAIRE. CXLVII

dans la primitive église des rédactions de faits ou de discours avant les :

évangiles de Mt. et de Mc. que nous regardons comme indépendants, et

qui auraient pénétré dans les ouvrages plus complets des deux évangé-

listes? On voit que la question n’est pas particulière à Mt., mais elle se pose surtout à cause de lui, du fait de ses discours. On pourrait y comprendre Le., mais comme il a, d’après nous, suivi Mc. et une autre rédaction, la question est tranchée d'avance.

Quant à Mt. et à Me., il y a deux opinions contradictoires.

D'après le R. P. Soiron (1), on peut prouver que Mt. ne s'est servi.

pour composer ses discours que de la catéchèse orale, et de même Mc. pour les quelques paroles du Seigneur qu'il contient. En effet, les discours sont ordonnés d’une matière systématique, et si la clef du système se trouve dans la connexion naturelle des idées, elle se trouve aussi dans

l'agencement des mots qui s'appellent. Nous n’avons pas de mot français

pour désigner ces mots (Stichworte), mais le phénomène est bien connu

de ceux qui récitent les psaumes que nous nommons graduels. On passe

d'un mot à un autre, comme si l’on montait des degrés. Naturellement ce double arrangempnt est tout à fait favorable à la mémoire. Les orateurs et les prédicateurs sont sûrs de leur discours quand le plan est

arrêté d’une manière logique, et il leur arrive de s’aider par des traits

saillants où un mot bien frappé en appelle un autre. Nous avons plus

d’une fois, même dans le commentaire de Mc. (2), signalé ces liaisons -

qui se font par des mots-crochets plutôt que par une déduction syllogis-

tique ou par une induction régulière.

Quant à l'ordonnance voulue des discours de Mt., nous avons essayé

de la mettre en lumière dans ce commentaire; les deux faits ne sont

mis en doute par personne. Mais le postulat indémontrable du P. Soiron

c'est que l’arrangement ait été réalisé dans un but de pure catéchèse orale. |

Qu'un écrivain ait à se préoccuper d’un agencement logique, cela va de soi; et il est tout naturel qu'un collectionneur de sentences isolées ou un créateur de Maximes ou de Pensées, précisément parce qu'il les ἃ frappées au gré de sa méditation sur des sujets divers, leur donne une connexion artificielle au moyen de l'appel des mots. Ce procédé est constant dans les livres sapientiaux hébreux; il n’était pas étranger aux Grecs dès le temps d'Hésiode. A propos des paroles de Jésus d’Oxrhyn-

que, M. Wessely nous dit que dans le recueil attribué à Théognis la

critique philologique a distingué les sentences authentiques par l'emploi de diverses répétitions : « Une sentence est enchainée à l'autre par l’analogie des mots et des idées. Cet enchainement qui est à constater

(1) Die Logia Jesu, Münster, 1916.

(2) Cf. sur Me. 1v, 21-25; 1x, 43 58. ; 1x, 56.

SE

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