‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 73 sur 350 · CLIV QE INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLIV QE INTRODUCTION

On a parlé à ce propos des prétentions de l'Église romaine auxquelles Mt. aurait donné la sanction d'une parole du Christ. C'est assez ridicule. Si Mt. avait inventé cette parole, c’eût été plutôt pour opposer l'autorité de Pierre à celle de Paul. Dans un certain sens on dira qu'elle reflète un état de choses tout à fait primitif dans l’église de Jérusalem. Mais un judéo-chrétien aurait dit Jacques au lieu de Pierre.

On a remarqué comme un signe judéo-chrétien que Mt. nomme encore les directeurs spirituels des chrétiens à la manière de l'Ancien Testament : des prophètes, des sages, des scribes (xx, 34; οἵ. ΧΠῚ, 52). Rien de plus caractéristique. Nous sommes encore loin de la magnifique hiérarchie des fonctions et des charismes dans l'église de Paul (Rom. x, 6 ss.; [I Cor. xn, 4 85.: (Eph. ἵν, 4 ss.). Si Mt. ἃ écrit d'après ce qu'il ἃ constaté, l'église est encore bien près du judaïsme. Les termes sont primitifs. Ils prouvent bien que le christianisme sort du judaïsme, ils n’excluent pas un esprit nouveau. NN

Cet esprit nouveau, c'est l'essence même de l'évangile, et il serait bien étonnant que l'auteur n’ait pas perçu son action sur la société extérieure qui se présentait en face du judaïsme tout entier comme un organisme indépendant. Et il ἃ dit en effet que c'était une autre nation (xx1, 43) : « C'est pourquoi, je vous 16 dis, le règne de Dieu vous sera enlevé et il sera donné à une nation qui en fera les fruits. » M. Allen a observé très finement que Mt. ne dit pas ἔθνεσι, au pluriel, ce qui eût désigné les Gentils, mais ἔθνει au singulier, à une nation différente, non pas nécessairement par le sang, mais par l'esprit, à un nouveau peuple de Dieu. — Personne, même saint Paul, ne prétendait que les Juifs fussent exclus individuellement du Messianisme qu'ils avaient rejeté en corps, ἢ affirmait même leur conversion future. Sa thèse était que les croyants constituaient le véritable Israël, les vrais enfants d'Abraham. Cela est en parfaite harmonie avec l'expression de Mt., qui n’a donc rien de

judéo-chrétien. On ne pourrait la solliciter dans ce sens que si les

Pharisiens seuls avaient été coupables de la réprobation de Jésus et par conséquent avaient été seuls exclus du peuple d'Israël, demeuré le peuple de Dieu. Mais il est bien clair dans sa pensée que tout le peuple a pris sur lui la responsabilité du sang versé (xxvu, 25). Il y ἃ dont bien un autre peuple de Dieu; ce ne sont pas les gentils de race substitués à la descendance d'Abraham et de Jacob, mais un peuple spirituel nouveau.

On peut dire avec saint Paul qu’il est enté (Rom. x1, 13 ss.) sur l’ancien, mais rien de plus.

il faut concéder sans hésiter que Mt. est en deçà de Mc. dans l'expression de l'universalisme, et dans trois endroits où les deux évangiles sont parallèles. Mt. dit que les douze jugeront les douze tribus d'Israël (Mt. xix, 28), ce que Me. à omis (cf. x, 29). Au contraire Mc. ἃ

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