LE TÉMOIGNAGE DU PREMIER ÉVANGILE. CLIX
rigent ce qu’un lieu déterminé, un palais, une salle de festin auraient
de trop sensible. Ce sont des images, mais des images qu'on ne saurait employer dans d'autres cas que nous allons voir. Le royaume, le plus souvent, est la vie éternelle, préparée dès l’origine du monde, où les justes seront admis. Mais nous avons constaté que l’idée d'un royaume territorial pouvait s'entendre aussi du règne messianique, représenté ainsi comme une société extérieure, installée sur la terre.
b) Le règne de Dieu messianique.
D'une certaine façon, partout où Dieu règne, il est dans son royaume. Mais c'est un fait douloureux qu'il ne règne pas sur la terre comme dans le ciel, parce que sa volonté n’y est pas acceptée et exécutée comme il conviendrait. L'idéal serait précisément que la terre en cela ressemble au ciel. Alors le règne de Dieu viendrait sur la terre (vr, 10). On ne saurait confondre ces deux notions du royaume où l’on va, et du règne qui vient. |
Si le judaïsme palestinien n’a pas employé le terme de royaume de Dieu pour dire la vie future, il a souvent parlé du règne de Dieu qu'il dépend des hommes de rendre plus parfait. C’est une des conceptions les plus fécondes de l'A. T. (1). Il y a seulement cette différence entre le rabbinisme et l'Écriture que les prophètes mettaient plus en relief l’action divine, l’action personnelle de Dieu, ses interventions, sa venue parmi les hommes, tandis que les Rabbins invitent les pieux Israélites à hâter le règne de Dieu par leurs efforts. Jésus ἃ insisté beaucoup plus qu'eux sur le règne de Dieu qui se réalisait par son propre fait. De plus, les docteurs représentaient surtout le règne comme un joug (2) : Jésus a conservé cette expression, mais son joug ne blesse pas (ΧΙ, 30), comme s’il n’acceptait le mot que pour le corriger, puisqu'il est venu soulager ceux qui étaient accablés sous le fardeau des observances. Sa conception à lui, c'est d’abord que le règne est une grâce offerte. Aussi la domination de Dieu n'est pas envisagée d’une manière universelle, abstraite, toujours la même. C’est une intervention historique, agissante, et dans un temps déterminé, un temps de salut. Cette période de grâce est inaugurée par Jésus lui-même, mais l’action de Dieu se fera sentir de plus en plus. Exercée par Jésus, elle ne sera pas moins signalée dans l’avenir. Ce n’est pas une quantité indivisible, un événement qui se
produit d’un seul coup, ou un instant de la durée précis comme un jour
ou une heure. Il faut voir cela dans les textes. 1. Textes avec des verbes de mouvement. Ce n’est plus l'homme qui va vers le royaume, c’est le règne qui vient, qui est proche, qui est déjà là.
* (1) Cf. Le règne de Dieu dans l'Ancien Testament, RB. 1908, P. 36-61 et Le Mes-.
sianisme..…. p. 148 58.
(2) Le Messianisime... p. 152.
ἜΣ | INTRODUCTION
Le royaume est proche, ἤγγικεν, dans la bouche de Jean-Baptiste
(ur, 2) comme dans celle de Jésus (1v, 17) ou des disciples (x, 7). On s’est demandé si l'original araméen est num, « il est déjà venu », ou «il
“arrive », ou bien 2» « il est proche, il va venir ». Il faudrait préférer = Je dernier mot s’il s'agissait du jugement ou d’un jour marqué, moments
indivisibles, ou si le verbe « être, proche » était accompagné du verbe venir, comme par exemple dans Is. Lvr, 4 (4). Mais à défaut d’un verbe marquant le futur, il faut bien tenir compte de la nuance du parfait. Le règne est là comme une proposition divine. Il faut se décider, prendre parti pour ou contre. C’est la situation de Judas Macchabée en présence des Syriens supérieurs en nombre : « notre heure est venue, χαὶ ἤγγικεν ὃ καιρὸς ἡμῶν (2).
Si bien que les. disciples annonceront que le règne de Dieu est proche en guérissant les malades, en ressuscitant les morts, en chassant les démons, signes évidents d’une action de Dieu extraordinaire.
Il y a plus. Le règne de Dieu tout proche est même arrivé lorsque Jésus a expulsé les démons. Il n’y ἃ aucun doute sur le sens de ἔφθασεν (XII, 28) (3). Ce texte, clair par lui-même, jette une vive lumière sur le mode d'avènement du règne de Dieu. Ce n'est pas quelque chose de fou-
ο΄ droyant, amenant un changement total, mais une pénétration des influences surnaturelles dans le monde actuel.
Aussi le règne est-il publié comme une nouvelle, une bonne nouvelle qu’on annonce au public. Jésus lui-même commence cette publication, cette prédication. Elle sera continuée, de façon que nul ne puisse prétexter qu’il en ignore (xxiv, 14) : « Get évangile du règne sera prêché dans la terre entière en témoignage à toutes les nations et alors viendra la fin. » Pourquoi fallait-il prévenir toutes les nations? Afin qu'elles puissent profiter de la grâce offerte, autrement la prédication ne leur aurait servi de rien. Précher l'évangile du règne, c'est la même chose que prêcher « cet évangile » (xxvi, 13), comprenant le récit des actions du Sauveur.
Le règne avait en effet commencé avec lui. De même 1v, 23 et 1x,
Le meilleur commentaire de cette proclamation du temps de grâce est dans Is. xt, À (4); ces sortes de proclamation se font à l’ouverture d’une période privilégiée. Ὰ
(1) ΝἸΔ) "ΣΝ ñanp 13, traduit : ἤγγικεν γὰρ τὸ σωτήριόν μου παραγίνεσθαι.
(2) I Macch. 1x, 10. Même avec l’aoriste, ἤγγισεν ὁ χαιρὸς τῶν xapr@y indique que les fruits sont mürs (xx1, 34); οἵ. xxVI, 45. 46 où ἤγγικεν annonce l'arrivée de Judas.
(3) Pour ce verbe on ne peut plus douter qu’il remplace NY comme Dan. 1, 21, traduit par Théod. ἔφθασεν.
(4) On y trouve les deux verbes εὐαγγελίζεσθαι et χηρύσσειν.