LE TÉMOIGNAGE DU PREMIER ÉVANGILE. CEXI
Cependant si le règne de Dieu s'établit avec une énergie nouvelle et extraordinaire, il existait déjà dans le passé. Mt. ne songe pas à rompre avec l’ancienne Écriture. Aussi est-il dit (χχι, 43, passage propre) : « Le règne de Dieu vous sera enlevé et donné à une nation qui en fera les fruits », c'est-à-dire qui saura correspondre à cette grâce.
Inversement, si le règne de Dieu ancien peut étre transféré, on peut le faire venir davantage par la prière (νι, 10), ce qui est aussitôt expliqué par la demande qui suit : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » De même qu’on entre dans le royaume en faisant la volonté du Père (vu, 21; cf. xxt, 21), le règne de Dieu s'établit sur la terre quand les hommes y font la volonté divine, car dès lors elle ressemble au ciel, elle devient donc quelque peu son royaume.
Mais tout en faisant la part de ces prodromes et de ces développements, le règne de Dieu a un point de départ nettement marqué. C'est lui qu’'inaugure la manifestation de Jésus soudée en quelque sorte à celle de Jean-Baptiste. A partir de ce moment, on s'empare du règne, qui est bien près d’être un royaume (χι, 12), si bien qu’on en prend le chemin (xxr, 31), comme on fait pour un territoire, et en somme qu’on y entre (1).
Nous touchons ici de nouveau à un point beaucoup plus développé dans Mt. que dans Mc. A la vérité Mc. ἃ esquissé cette conception du règne de Dieu sur la terre, devenu en quelque sorte un royaume, dans une parole où basileia a successivement les deux sens : « Laissez venir à moi les petits enfants; ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent. Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le règne de Dieu (proposé à la façon d’une grâce) comme un petit enfant, n'y entrera pas (dans le royaume » (x, 14).
Mt. n'a rien en parallèle, mais il a donné à ce règne devenu un royaume sur la terre la physionomie d’un royaume du Fils, distinct du royaume éternel qui est celui du Père.
Le texte classique est la parabole de l’ivraie. On dirait d’abord que le champ où sont les fils du règne ne peut être qualifié de royaume de Dieu; il contient encore tant de mauvais éléments! Et cependant : « le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité » (xt, 41). Et déjà les bons éléments étaient « les fils du royaume », expression sémitique qui marque l'appartenance (2). Cette expression, propre à Mt., se trouve deux fois. Dans le premier cas (ὙΠ, 12), les fils du royaume étaient les Israélites, ce qui ne doit pas nous étonner, puisque le règne de Dieu existait déjà sur la terre, surtout sous la forme du peuple de Dieu. Dans
(1) προάγουσι εἰς (et non πρὸ:) τὴν δασιλείαν. (2) Cf. le fils du monde à venir, cilé par Dalman, Die Worle... p. 94. ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, k ᾿
INTRODUCTION, à: δ δ F Heu
le royaume inauguré par Jésus, il y aura aussi « des fils du royaume » qui
seront les fils de son royaume. Même affirmation dans un passage où Mc. et Le. parlent de la venue du règne, et où Mt. parle de l'arrivée du Fils de l’homme dans son royaume (xvi, 28; Mc. 1x, 4; Le. 1x, 27).
C'est des rangs dans ce royaume que se préoccupent les disciples (xvmm, 1-4). Jésus ne l'entend pas comme eux, mais tout en renversant
Jeurs prétentions ambitieuses, il ne les transporte pas dans la sphère de
l'au-delà.
L'allusion aux pharisiens est moins claire (xxim, 19), car on ne peut pas dire qu'ils avaient les clefs du royaume messianique. Mais ils
n'avaient pas non plus celles du monde à venir. Les clefs ne viennent
ee
ici que dans une comparaison. Ils sont les chefs spirituels de la nation, et ils barrent la route du chemin que Jésus est venu fonder. Ge texte rentre
donc dans le groupement du royaume terrestre. Tout est cohérent et suffisamment clair.
Le règne de Dieu, surtout depuis qu'il est inauguré par Jésus, est un véritable royaume de Dieu sur la terre, mais bien inférieur à celui du Père, qui n’accueillera que les justes (xux, 43). On comprend comment le chapitre (x) des paraboles, entièrement consacré à ce règne ou à ce
royaume d’ici-bas, se termine par une allusion au jugement final dans la
comparaison du filet (x, 47-50), si semblable à celle de l’ivraie. Entre le royaume de la terre et celui du ciel il y a la fin, la consommation, συντέλεια, terme propre à Mt. C'est le moment où Dieu discerne le bon grain de l'ivraie, les bons poissons du résidu du coup de filet (xt,
| 39.40.49). Il sera avec les siens, jusqu'à la consommation (xxvit, 20),
puisqu'ils sont sur la terre son royaume. On ne se tromperait pas en rapprochant ce royaume de l'Église dont Pierre sera le fondement. (xvr, 18-20).
Ainsi dans Mt. la basileia de Dieu se présente sous deux aspects
des paraboles peuvent être proposées comme paraboles du royaume. Quand on parle du royaume du ciel, terme de la destinée humaine, on ne peut laisser dans l'ombre ceux qui y sont appelés, qui y entreront en acceptant d'en faire partie sur la terre, d'y être les fils d'un royaume déjà existant, apparent à tous les hommes; et toutes les fois qu'on envisage cette manifestation de la bonté de Dieu et la manière dont les hommes y répondent, on aperçoit au terme le séjour des élus et le lieu du supplice des réprouvés. Et parce que le royaume de la terre ἃ été établi par le Fils de l’homme, c'est son royaume. Mt. ne présente donc pas l'avènement du règne en puissance comme Me. (1x, 1); ce n’est pas le règne qui vient, c’est le Fils de l’homme qui vient dans son royaume.
d'abord bien différents, mais néanmoins coordonnés. Aussi la plupart :
Aussi les eschatologistes sont contraints, pour prêter à Mt. leur thèse,
de se rejeter sur cette autre formule. Au fond c’est toujours la même
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