‹ Évangile selon saint MatthieuChapitre 8 sur 350 · S. Jérôme · texte numérisé non relu

S. Jérôme

De viris illustr. : Matthaeus qui et Levi, ex publicano apostolus primus in Judaea propter eos, qui ex circumcisione crediderunt evangelium Christi hebraïcis literis verbisque composuit, που quis ΣΌΝ in graecum

vait aucun intérêt pratique. Mais enfin son opinion figurait en tête de son

Eine

Cf. Praef. in Matth. ; € ». ad Damasum; ad Hedibiam ; : Praef. in quat. | θυ. ad Damasum; Comm. in Les.; in Oveant. :

On peut ajouter Augustin, etc.

$ 2. — Conclusions.

ET

D'après ces textes, on doit dire avec la Commission biblique : ques l'opinion d’après laquelle Matthieu a écrit dans la langue des Juifs Pales- * tiniens est suffisamment établie par le suffrage de la tradition (1). ἵν

1. Et d’abord, il est peu vraisemblable que tous ces témoignages Ra dent du seul Papias. re

On peut dire, il est vrai, que la tradition’ des Latins qui ne commence +0 qu'à 5. Jérôme dépend de celui-ci, et par lui, d'Eusèbe de Césarée. Εἰ ; comme l’histoire ecclésiastique d'Eusèbe ἃ été traduite en syriaque dès le quatrième siècle, et probablement avant 350, il ne serait pas impossible Fo τ Ye d’y voir l’autorité qui a entrainé les Syriens. Mais Eusèbe lui-même, qui é n'avait qu’une médiocre estime de Papias (2), aurait-il accepté son opi- ὀ τὸ nion les yeux fermés? Irénée aurait eu moins de défiance, mais Origène a-t-il été influencé par le seul lrénée 71) s'appuie nan sur la ele À FL

à son ae ue pas même, comme l’a fait Easèhe (nes 6 6 et D pour résoudre une difficulté, pas ne pour expliquer le mot Line rh (Mt. xxx, 9); ilfaut donc reconnaitre que pour lui l'original hébreu n'acommentaire. C'était donc celle de l'Égypte. Serait-ce seulement A nion de Clément, empruntée à Irénée? Pure conjecture, qui ne donne pas satisfaction au texte, ἐν παραδόσει μαθών. On ne peut faire grand fond sur le fait de Pantène. Eusèbe ne le garantit τ pas. L’apostolat de Barthélemy aux Indes est une légende contredite par d’autres. Et quelles Indes? D'après le traducteur grec du De viris illustri-

bus de Jérôme, qu'on nomme Sophrone, il s’agit des Indiens heureux (3),

ce qui peut signifier le Yémen. Certes nous ne prétendons pas que Pan- +.

(1) Utrum traditionis suffragio satis fulciri censenda sil sentenlia quae tenet Matthaeum.. . primum evangelium patrio sermone.…. conscripsisse. Resp. Aflirmative. Ὁ (2) H. E. m, 39, 13 σφόδρα γάρ τοι σμικρὸς ὧν τὸν νοῦν, ὡς ἂν ἐχ τῶν αὐτοῦ λόγων. τεχμηράμενο" εἰπεῖν φαίνεται... et qui en a entrainé d'autres après lui dans l'erreur, comme Irénée »... Busèbe est donc bien sur ses gardes.

(8) Βαρθολομαῖος ὁ ἀπόστολος ᾿Ινδοῖς τοῖς καλουμένοις ᾿Ευδαίμοσιν ἐχήρυξε τὸ εὐαγγέλιον τ. X. χαὶ τὸ κατὰ Ματθαῖον αὐτοῖς εὐαγγέλιον ἔδωκεν, ed. von Gebhardt, TU, xv, 1 b, 7.

XVI ; ἠδ . INTRODUCTION.

tène y a trouvé l'original de Matthieu, et Jérôme a passé les bornes en affirmant qu’il l'avait même apporté à Alexandrie (De viris illust. XXXVI). Mais il a pu voir, dans une communauté chrétienne, un évangile en araméen, on ἃ pu lui dire que c'était le texte original de Mt.; l'aurait-il cru si l’on n’avait admis à Alexandrie l'existence d’un Mt. sémitique? Que si, avec Schmidtke (1), on regarde toute cette histoire comme un roman, il est tout à fait plausible qu'on ne l’a inventé que pour justifier une tradition existante.

9. Enfin à supposer que toute la tradition dépende de Papias, ce qui n’est pas probable, il resterait le témoignage de Papias, qu'Eusèbe a lu dans son contexte et qui lui a paru solide.

Quand Papias a-t-il écrit ses cinq livres d’exégèse des Paroles du Seigneur? Un fait nouveau est la publication par de Boor d'un texte grec, conglomérat qui doit remonter à Philippe de Sidè. Papias parlait dans son ouvrage de personnes ressuscitées par le Sauveur et qui auraient. vécu jusqu'à Hadrien (2) (117-138). Sur quoi Harnack, suivi par le gros des critiques, place l'ouvrage de Papias après 140. La raison est tout à fait futile, car Papias a pu écrire ces mots dès le début du règne d'Hadrien, et nous ne savons même pas, d’après ce sommaire, comment il s’est exprimé. Il reste donc que Papias, nommé par Irénée un ancien et un compagnon de Polycarpe (3) né en 68/69, qui interrogeait, je ne dis pas l’apôtre saint Jean, mais les disciples des apôtres et spécialement les filles de Philippe, Papias a dû naître vers l’an 70. Rien n'oblige à penser qu'il ait différé son activité littéraire jusqu'à la vieillesse. IL pouvait donc écrire dès l’an 125.

Nous avons déjà dit un mot de son texte. Les anciennes éditions lisaient συνεγράψατο, mais Schwartz lit συνετάξατο, avec cinq mss. contre deux, et cette lecon est sûrement la bonne. Συνεγράψατο est une leçon facile, banale, surtout si par τὰ λόγια on entendait l'Évangile.

Mais la bonne leçon admise, il faut reconnaître que le mot a été choisi pour faire contraste avec la conduite de Marc, qui n’a pas, lui, composé, bien ordonné, les divines Paroles : οὐχ ὥσπερ σύνταξιν τῶν χυριαχῶν ποιούμενος λογίων (eod. loc.). On peut donc constater que Papias, à propos de Mare, a donné la parole au presbytre, tandis que c’est lui-même qui la reprend

ici. Il n’en est pas moins vrai que la clef du passage est dans cette oppo-

sition : ordonnance des Paroles dans Mt., non ordonnance dans Mc.

(1) Neue Fragmente und Untersuchungen zu den judenchristlichen Evangelien, Ρ. 49.

(2) Περὶ τῶν ὑπὸ τοῦ Χριστοῦ ἐκ vexp@v ἀναστάντων, ὅτι ἕως ᾿Αδριανοῦ ἔζων. TU, v, p. 170.

(3) Irénée disait même 6 Ιωάννου μὲν ἀχουστής, Πολυχάρπου δὲ ἑταῖρος γεγονώς, ἀρχαῖος ἀνήρ... Eusèbe (Η. Ε. im, 39) remet les choses au point, mais quand Papias n'aurait interrogé que ceux qui avaient connu les Apôtres, il ne pouvait conduire une enquête fructueuse que de l'an 100 à l'an 115.

LA TRADITION. XVIL ὦ

En effet, comme nous l'avons dit dans le Commentaire de Luc (p.Lxxxt), nous entendons par τὰ λόγια les paroles sacrées, à savoir celles du Seigneur, aussi autorisées pour un chrétien, et même plus dans un certain sens que les oracles de l'A. T., qui n'avaient pas tous une destination pratique perpétuelle.

Mais il ne s’ensuit pas que Papias ait entendu désigner ainsi le titre de l'ouvrage de Mt. Cette opinion, inaugurée, nous dit-on, par Schleiermacher, est à peu près abandonnée. Schmidtke le dit : « Sauf quelques peu nombreuses exceptions, on est revenu de cette étrange opinion que Papias parle. d’une œuvre précanonique de Mt., et l’on entend la notice avec raison comme Irénée.… et Eusèbe de notre premier évangile » (1).

Si Papias a dit que Mt. a mis en ordre les Paroles, c’est parce que ces Paroles sont le sujet même de son ouvrage (2). Il est même probable qu'il justifie ici le parti qu’il a pris de les expliquer dans l’ordre où Mt. les avait mises, et peut-être a-t-il composé cinq livres pour répondre aux cinq grands discours de Mt.

Le sens de λόγια ainsi fixé, que signifie ἡρμήνευσε ? Papias vient de faire allusion à un original hébreu : il parle donc ici d’une traduction et non d'une explicatiou exégétique.

Quelle traduction? Zahn (3) a plaidé avec force en faveur d'une traduction orale. Papias aurait fait allusion à la coutume des églises d'Asie : comme on n’y comprenait pas l’hébreu, on aurait expliqué au peuple le texte écrit par une traduction faite de vive voix. On s’expliquerait ainsi le nombre des traducteurs et l’imperfection de ces traductions presque improvisées. Assurément les choses ont dû se passer ainsi quelque part, mais pour le dire il suffisait de l’imparfait, ἡρμήνευε, pour marquer un fait constant, habituel. En employant l'aoriste, Papias doit normalement faire allusion à des cas distincts et notables. Il y eut donc plusieurs traductions, mais puisque nous entendons λόγια dans son sens propre restreint, nous ne sommes pas tenu de conclure à plusieurs traductions de tout l’évangile. Les Paroles ont pu avoir, pour d’autres que Papias, un intérêt spécial. D'ailleurs on peut penser que si l'expression de Papias suggère un certain nombre de traductions, il a pu en augmenter le nombre par conjecture, comme a fait saint Augustin (4) pour les traductions latines, selon l'opinion commune. Peut-être même, ayant entendu parler des recueils de λόγοι qu'on commença à faire de très bonne heure,

et dont quelques fragments nous sont connus par les papyrus d'Oxy-

(1) Op. laud., p. 44. Cependant l’illustre Ed. Meyer tient encore pour les Logia, dans Ursprung und Anfünge des Christentums, 1, p. 246 ss. (1921). (2) H. E. m1, 39, 1 τοῦ δὲ Παπία συγγράμματα πέντε τὸν ἀριθμὸν φέρεται, ἃ χαὶ ἐπι-

(8) Einleitung, ΤΙ, p. 257.

(4) De doctr. Christ. II, 11.

ÉVANCILE SELON SAINT MATTHIEU. ; d

rhynque, a-t-il pris à tort ces recueils pour des traductions de Matthieu. Mais en dépit de ces restrictions que nous proposons volontiers, on ne ἫΝ peut réduire son affirmation au point de Schmidtke : ce qu'il dit des tra- = ductions ne serait qu’une expression inconsciente (unwillkürliche) pour faire savoir qu'il n'avait rien appris d'une traduction officielle unique (1). | Une pareille échappatoire est désespérée.

Aussi bien les mots ὡς ἦν δυνατὸς ἕκαστος ne signifient pas que le premier venu fit une traduction selon ses moyens, mais que les traducteurs, ΠΝ τς assurément peu nombreux, ont travaillé chacun comme il a pu. Cette clause ne serait même pas aussi désobligeante qu’on pourrait croire, s'il est vrai qu'elle était presque de style en matière de traduction.

Zahn ἃ cité un texte égyptien de l'an 53 av. J.-C. : ἀντίγραφον συγγραφῆς ᾿ς πράσεως Αἰγυπτίας, μεθερμηνευομένης κατὰ τὸ δυνατόν (2), « transcription d’un contrat de vente en égyptien, interprété comme on à pu », Sans doute : « pour le mieux ».

Cependant un texte traduit, et traduit plusieurs fois, donc de plusieurs manières, semble offrir moins de garantie qu'un original.

Pourquoi Papias a-t-il fait cette remarque? Est-ce pour justifier plus spécialement son recours à la tradition orale? . | A Nous ne saurions le dire. S'il avait parlé de l'aboutissement à une | traduction acceptée par tous, Eusèbe π᾿ οὐδ pas manqué de le citer. En dépit de ses obscurités, le texte de Papias est donc l'affirmation formelle d’un original hébreu de saint Matthieu, et, avec moins d'évidence, de plusieurs traductions. .

i Aussi, en général, on s’abstient de trop solliciter le texte. On déclare plutôt que Papias s’est trompé, et on essaye de le prouver par la critique interne du premier évangile, puis on suggère qu'il a pris pour l'original : de Matthieu l'évangile des Nazaréens. Il y ἃ quelques années il eût été er: nécessaire de parler ici de cet évangile; aujourd’hui on ne lui accorde plus la même importance. On voudra bien se reporter sur ce point à la Revue biblique (3). Nous, nous étendrons longuement sur les objections de critique interne, mais dès maintenant on a pu constater que le texte de Papias n’est pas isolé et qu’il n’est pas le guide responsable de toute la tradition.

Nous voulons seulement noter ici que sila tradition a toujours nommé ë ä l'hébreu, jamais l'araméen, ce n'est pas qu’elle se soit prononcée sur Ja langue comme dialecte distinct. On disait l'hébreu, parce que c'était la langue du pays où les Hébreux avaient été installés par le Seigneur. 14 Eusèbe, comme nous l'awons vu (n° 5), a employé plus prudemment le

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