CH. VI, 1. RETOUR DE JOSEPH. — 2. SURPRISE DE JOSEPH
devant lui.* Joseph lui dit : « Vous trouvez-vous bien ? Ètes-vous heureuse? Que vous est- il advenu? » Marie dit : « Je me trouve bien. » Et après avoir dressé la table, ils prirent leur repas joyeusement. Et Joseph, s'étant étendu sur sa couche, voulut se reposer. En dirigeant son regard sur Marie, il vit que son visage altéré passait par toutes les couleurs ; elle (essayait de) cacher sa confusion et n'y parvenait pas.
2. Joseph la regarda avec tristesse, et s'étant dressé sur son séant, il lui dit : « Ma fille, dites-moi : il me semble que vous n'avez plus votre grâce enfantine ; car je vous trouve un peu changée. » Marie dit : « Que voulez-vous me dire, avec ces questions et cet examen? » Joseph dit : « Je m'étonne de vos paroles et de vos prétextes. Pourquoi êtes-vous assise, oisive et triste, avec ces traits altérés? Quelqu'un vous a-t-il parlé? J'en serais mécontent. Un malaise ou une infirmité corporelle vous sont-ils survenus? Ou bien avezvous été atteinte par quelque épreuve ou par les intrigues des hommes? » Marie dit : « Il n'en est rien. » Joseph dit : c Alors, pourquoi ne pas me répondre franchement? » Marie dit : « Que voulez-vous donc que je vous dise? » Joseph dit : « Je ne croirai pas à vos paroles avant d'avoir vu \cf. Jean, xx, 25]. Mettez-vous franchement en évidence devant moi, (que je sache) s'il en est bien comme vous dites. » Et Marie, troublée intérieurement, ne savait que faire. Aussitôt, Joseph s'assit sur son siège et, enveloppant Marie d'un regard attentif, il vit qu'elle était enceinte. Il poussa un grand cri et dit : « Hélas! quelle action criminelle avez-vous commise ! »
3. Et Joseph, tombant de son siège la face contre terre, se frappa le front de la main; il s'arrachait la barbe et ses cheveux blancs; il se roulait le visage dans la cendre et disait : « Malheur à moi! Malédiction sur ma triste vieillesse! Que s'est-il donc passé? (Quel est) ce désastre que je vois dans ma maison? De quel front regarderai-je le visage des hommes? Que répondrai-je aux prêtres et à tout le peuple d'Israël? Comment réussirai-je à arrêter une poursuite au criminel? Et par quel artifice pourrai-je apaiser l'opinion publique? Que faire en cette conjoncture, et comment pallier le fait que j'ai reçu du temple cette vierge, sainte et sans tache, et que je n'ai pu la garder dans l'observation de la loi, selon la tradition de mes pères? Si l'on m'adresse cette sommation : « Qu'est devenue « la virginité sainte de cette (enfant) ? Remettez-la pure « et immaculée devant nous, » quelle réponse ferai-je à tous, prêtres et peuple? Quel est l'ennemi qui m'a tendu ce piège? Quel brigand m'a ravi la virginité de cette (enfant)? Qui a commis ce grand crime dans ma maison et a fait de moi un objet de risée et d'opprobre parmi les enfants d'Israël? Est-ce sur moi qu'est retombée la faute <<de celui>> qui, par la perfidie du serp -Qt, fut déchu de son état bienheureux?...»
4. Et Josep ayant ainsi parlé, se frappait la (poitrine) avec dcL -émissements mêlés de larmes. Puis il fit de nouveau comparaître Marie et lui dit : « 0 âme digne de pleurs et de gémissements, qui êtes maintenant tombée dans l'égarement, dites-moi quelle est l'action défendue que vous avez commise. Pourquoi