XV, 6. LES STATUES MAGIQUES
ayant entendu ces choses, furent pris de peur et sortirent de cette ville, à cause de l'enfant, pour que personne ne le connût. Ils sortirent furtivement la nuit en emmenant Jésus et s'éloignèrent en fuyant de ces lieux.
6. Ils arrivèrent à la ville de Mesrin*^ où toute une multitude de gens étaient rassemblés. Cette ville était très grande et (entourée) de hautes murailles. Dans le quartier par où ils y pénétrèrent, on avait élevé des statues magiques ^'\ Et chaque fois que l'ennemi menaçait le pays d'un danger ou d'un dommage, toutes ces statues jetaient d'abord un même cri à travers la ville. Et ceux qui entendaient la voix de ces nombreuses statues, reconnaissaient à ce cri et comprenaient que
14. Texte {A, B) : k une ville en Egypte {Voyez, p. 163, note 9).
15. Littéralement : un sortilège, ou un objet magique : p^- IpunS : thëlësëm, mot de la langue vulgaire, remontant au grec TéÀeafxa par l intermédiaire du syriaque, du persan ou de l'arabe, ou bien encore du turc. C'est le français talisman. {Cf. S, note à la rédaction arabe, ch. XII, p. i4). — B : Quand on y pénétrait par la première porte, (on voyait) de chaque côté une grande statue magique [m^uiî, tlism, doublet de thëlësëm], que les rois et les philosophes avaient placée à chacune des portes de la ville, de manière à [nn m »] frapper les regards de quiconque entrait ou sortait. — Il faut peut-être renoncer à trouver une part d'observation directe dans ce récit de pure imagination, oii la couleur locale manque partout. On remarquera pourtant que les automates enchantés de notice apocryphe rappellent les statues articulées et parlantes qui rendaient des oracles dans les temples égyptiens. [Voyez G. Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l'antiquité, t. I, Paris, 1895, p 266; et G. Sourdille, Hérodote et la religion de l'Egypte, Paris, 1910, p. 274-78).
quelque chose allait arriver dans le pays. A la première porte du mur, se trouvaient placés deux aigles de fer, aux serres de cuivre, un mâle et une femelle ; Tun à droite, l'autre à gauche. A la seconde porte, des bêtes de proie en argile et en terre cuite, d'un côté un ours, de Fautre un lion, et d'autres bêtes féroces (représentées) en pierre et en bois. A la troisième porte, un cheval de cuivre, et, sur ce cheval de cuivre, se trouvait la statue en cuivre d'un roi, qui avait sur la main un aigle de cuivre.
7. Quand Jésus s'approcha pour franchir la porte, tout à coup toutes ces statues se mirent à vociférer bruyamment en choeur; et toutes les autres statues inanimées de faux dieux (criaient) à l'envi les unes des autres; et les idoles des temples poussaient des cris, si bien que la ville entière en était ébranlée jusqu'aux fondements, et que, de frayeur et d'épouvante, la vie devenait impossible aux hommes. Et au même moment, tandis que les deux aigles trompetaient, le lion rugissait, le cheval hennissait et le roi de cuivre avec (son) aigle sur le poing, criait disant : « Écoutez, vous tous tant que vous êtes, et tenez-vous prêts; car un monarque, fils du grand Roi, s'approche de notre ville avec une armée nombreuse. »
8. En entendant cela, tout le peuple formé en bataillons nombreux courut précipitamment en armes vers le rempart : ils regardèrent de tous côtés et n'aperçurent rien. S'étant mis à réfléchir, ils se disaient avec étonnement : « Qu'est-ce que cette voix sonore qui nous a interpellés? Qui (donc) a vu, qui a entendu qu'un fils de roi soit entré dans notre ville? » Alors,