‹ Évangiles apocryphes (volume 2)Chapitre 9 sur 330 · The History of the Virgin, t. I, p · texte numérisé non relu

The History of the Virgin, t. I, p

XVI INTRODUCTION

d'après le manuscrit du Musée Britannique Addit. 14464, un des plus antiques et des plus précieux de cette collection célèbre ^ Notre Vaticanus suit pas à pas, le plus souvent avec une parfaite exactitude, cette autorité imposante. Toutefois il ne laisse pas de s'en écarter en maints endroits, autrement encore que par ses nombreuses incorrections. Notamment, l'altercation de Jésus avec le scribe Zachée (ch. vi-xiii) et le second épisode de Jésus à l'école (ch. xv) y sont racontés avec un supplément de détails qui recouvrent, en les débordant, les passages additionnels de S^.

Le simple rapprochement des textes prouve, avec toute la netteté possible, que le Vaticanus a conservé à l'état naturel, sans remaniements ni transpositions, le document syriaque dont S^ s'est servi pour compléter le récit primitif représenté par S2. Mais il ne viendrait à l'esprit de personne de supposer que cet informe manuscrit, daté de l'an 1623 ou 1622, permette de remonter par delà le texte du vi*^ siècle contenu dans le manuscrit du British Muséum. C'est pourtant cette invraisemblance qui est la vérité, comme le prouvent plusieurs indices convergents.

L'évidence interne d'abord. Les développements additionnels de notre Vaticanus se raccordent, dans le manuscrit de Londres, à des passages incomplets ou même positivement mutilés. Il est vrai que, même complétés, ces récits ou plutôt ces discours ne sont pas d'une clarté lumineuse, et que notre document y

1. Cf. W. Wright, Catalogue of Syriac Manuscripts in ihe British Muséum (Londres 1870), p. 98-99.

INTRODUCTION. xvil

ajoute de nouvelles énigmes. Mais ces énigmes contribuent à l'effet de profondeur et de subtilité que l'auteur a cherché. Leur obscurité même est une marque d'authenticité. Elle explique, d'une part, pourquoi le texte a été de bonne heure abrégé et, de l'autre, comment il s'est dénaturé chez les copistes et les traducteurs qui Tout conservé.

Car la rédaction que notre manuscrit permet de reconstituer se retrouve tout entière, tantôt en sections parallèles, tantôt en tronçons alternatifs, dans le pseiido- Matthieu, dans le pseudo-Thomas latin et, ce qui est infiniment plus démonstratif encore, dans le palimpseste latin de Vienne dont Tischendorf a déchiffré quelques extraits et qu'il date du v^ siècle ^ Elle s'y retrouve, avec ses tirades incohérentes, parfois traduites littéralement, mais, le plus souvent, remplacées par d'autres non-sens, dont le syriaque donne la clef.

Nous disons le syriaque lui-même et non pas une rédaction hypothétique, dont il serait une version. Quand on le met simultanément en regard des recensions grecques et latines, voici le fait dont il est impossible de n'être pas frappé. Le syriaque forme trait d'union entre les textes des deux autres langues. Il offre un sens acceptable là où ceux-ci n'en ont aucun. Bien plus. Il arrive qu'un même terme syriaque explique à la fois, avec ou sans erreur de lecture, les leçons discordantes du grec et du latin. Un exemple isolé pourrait être récusé comme fortuit. Mais il y en a trop ;

1. Evangelia apocryphe, 2* éd. (Leipzig, 1876), p. xliv-xlvi.

APOCRYPHES DU N. T. — II. f)

INTRODUCTION

ils sont trop concordants et ils s'enchaînent en série trop continue pour que Ton puisse se dérober à la conclusion qui en ressort. Cette conclusion, c'est que le syriaque est l'original commun des rédactions grecques et latines.

Un texte latin datant peut-être du v* siècle et traduit du syriaque, c'est une hypothèse avec laquelle on n'est guère familiarisé, malgré l'argument par analogie que fournirait au besoin la vulgate de S. Jérôme ^ On est donc amené à supposer comme intermédiaire une traduction grecque distincte des recensions existantes et plus complète. Plus complète, c'est-à-dire plus longue. Or le catalogue vulgairement appelé la Stichométrie de Nicéphore en mentionne une qui devait être égale à peu près au double des textes grecs connus^. Voilà pour la longueur. Quant à la teneur de ce document, il en reste des traces irrécusables, h'Evangile de Thomas s'est conservé aussi en vieux slavon, notamment dans deux manuscrits serbes du XIV® siècle^. M. M. N. Speranskij, qui a étudié cette

1. Des exemples comme celui qui est relevé p. 48, note 3 (et qui est loin d'être un cas isolé) pourraient prouver aussi qu'à l'époque des Croisades, des légendes apocryphes, d'origine syriaque, se répandirent en Occident. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette hypothèse.

2. Nicephori opuscula hisioj'ica, éd. de Boor (Leipzig, 1880), p. 135. Cf. Harnagk, Die Chronologie der altchristlichen Literatur bis Eusebius, t. I, 1 (Leipzig, 1897), p. 593 et la note de M. Gh. Michel, ci-dessus, 1. 1, p. xxx.

3. L'un a été publié par M. A. N. Popov dans son catalogue des manuscrits de A. I. Khloudow; le second par St. Novakovic, dans la revue Slarine, t. VIII, p. 48 et suiv. (Voyez

INTRODUCTION. XiX

version^ et qui en a lui-même publié deux exemplaires de provenance russe, a démontré péremptoirement que tous les manuscrits slavons dépendent d'une rédaction grecque plus ancienne et plus développée que le texte des éditions actuelles ^, Ce prototype grec est celui même que nous cherchons, car les variantes propres de la version slavonne se retrouvent en latin dans le pseudo-Thomas, spécialement dans le codex D ^, et d'autre part elles rejoignent par une dérivation on ne peut plus naturelle noire rédaction syriaque^.

C'est une rédaction grecque encore qu'il faut supposer à l'origine de la version géorgienne^, dont il existe au moins un large fragment dans un manuscrit du xii° siècle, au Musée d'archéologie ecclésiastique de Tiflis^. Celle-ci ne nous est connue que par une

Speranskij, CjiaeHHCKiH anonpu^UHecKin. eeanzeAiH, dans Tpydhi eochMazo ApxeoAOzunecKazo Càïbsda eô Moc- Keïb 1890, t. II, 1885, p. 75.)

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