VIE À NAZARETH
rode qui fit trancher la tête de Jean, mon ami et mon
parent. — Il me (fit) rechercher, pensant que mon
royaume était de ce monde. Joseph, le pieux vieillard,
en fut averti en songe. Il se leva, il prit Marie ma mère, sur les bras de laquelle je me trouvais, Salomé les accompagnant. Il partit et se rendit en Egypte, où il resta une année entière, jusqu’à ce que la colère d'Hérode eut cessé!. Hérode mourût de la pire mort qui soit, pour avoir répandu le sang des petits enfants, qu'il fit mettre à mort tyranniquement, sans qu'ils eussent commis de faute ?.
Cu. 1x. — Et lorsque ce perfide et impie Hérode fut mort, ils retournèrent dans la terre d'Israël et se fixèrent dans une ville de la Galilée, qui s'appelle Naza-
reth. Et Joseph le vieillard béni exerçait la profession de charpentier. Il se nourrissait du travail de
ses mains, comme le prescrit la loi de Moïse, et jamais 11 ne mangea gratuitement le pain gagné par un autre.
Cu. x. — Ensuite le vieillard prit de l’âge et atteignit l'extrême vieillesse. Son corps ne s’affaiblit pas; sa vue ne s’altéra pas; pas une des dents de sa bouche ne se gâta. À aucun moment sa raison ne fut ébranlée. Mais (plutôt) il était comme un jeune gars, vigoureux en toutes ses affaires, et ses membres étaient exempts de toute infirmité. Le total de son âge fut de cent onze ans et il parvint à une belle vieillesse.
1. Texte : ’il& ‘an bäd hasad Hirudis. Lire avec LAGARDE : ’ila ’an däd gasad Hirudis, « jusqu'au moment où le corps d’'Hérode tomba en corruption ». — 2. Dans le texte imprimé, celle phrase est jointe au paragraphe suivant.
204 HISTOIRE DE JOSEPH. — CHAP. XI-XII-XIIL. sd
Cu. χι. — Or, ses deux plus jeunes fils, Josetos et - Syméon, prirent femme et s’établirent dans leurs .
maisons. Ses deux filles aussi se marièrent selon qu'il est permis à tout homme. Joseph, lui, demeura avec
Jacques, son plus jeune fils. Depuis que la Vierge [
m'avait enfanté, j'étais auprès d'eux, dans la complète soumission {qui convient à) la qualité de fils. Car, en vérité, j'ai fait toutes les œuvres de l'humanité, hormis le seul péché [Hébr., 1v, 15; v, 8], Quant à moi, j'appelais Marie : « ma mère », et Joseph : « mon père ». Et je leur obéissais en tout ce qu’ils allaient me dire !. Je ne leur répliquais pas un seul mot, mais je les aimais beaucoup.
Cu. xu. — Ensuite il se fit que la mort de Joseph mon père devint proche, selon qu'il est imposé à tout homme. Lorsque son corps ressentit la maladie, son ange l'avertit : « C’est cette année que tu mourras. » Et comme son âme se troublait, il se rendit à Jérusaiem dans le temple du Seigneur; il se prosterna devant l'autel, et pria de la sorte, en disant :
Cu. xur. — « (O) Dieu, père de toute miséricorde et Dieu de toute chair, Dieu de mon âme, de mon corps et de mon esprit, puisque les jours de ma vie, que vous m'avez départis en ce monde, sont accomplis, voici que je vous prie, Seigneur Dieu, d'envoyer vers moi l'archange Michel pour qu'il se tienne près de moi,
jusqu’à ce que ma pauvre âme soit sortie de mon corps,
Cu. χι. — 1. Littéralement : « ce qu'ils étaient sur le point de dire »; en d’autres termes : « je prévenais leurs ordres ».
VIEILLESSE DE JOSEPH. 208 Cu. χι. — Juste et Simon, les fils aînés de Joseph, se marièrent à leur tour et allèrent habiter dans leurs maisons. Pareillement les deux filles se marièrent et allèrent habiter dans leurs maisons. Il resta, dans la maison de Joseph, Jude, le petit Jacques et ma mère la Vierge. Moi, je demeurai parmi eux comme l’un de ses enfants et j'accomplis tout (ce qui compose) la vie, hormis le péché. J'appelais Marie : « ma mère », et Joseph : « mon père ». Je leur obéissais en tout ce qu'ils me commandaient et jamais je ne leur manquai, mais au contraire je leur obéissais, comme ont fait tous les hommes qui sont nés en ce monde. Pas un seul jour je ne les mécontentai. Jamais je ne leur répliquai un mot ni ne les contredis; mais je les aimai beaucoup, comme la prunelle de l'œil [ 5. xvr, 8].
Cu. χη. — Ensuite le moment approcha où le saint vieillard allait s'endormir et passer de ce monde, comme tous les hommes qui sont nés en ce monde. Son corps s’affaiblit et un ange l’avertit qu'il allait entrer dans le repos. Il prit peur et fut fort troublé en son âme. Il se leva et se rendit à Jérusalem. Il entra dans le temple du Seigneur et, devant le temple! du Seigneur, 1l pria en ces termes :
Cu. χη. — « O Dieu, père de toute consolation, Dieu de bonté, maître de toute chair, Dieu de mon âme, de mon esprit et de mon corps, je vous implore, ὃ mon maître et mon Dieu. Si mes jours sont accomplis, si ma sortie de ce monde est proche, envoyez le puissant Michel, le chef de vos saints anges, se tenir