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suivant l'étendue. Certainement l'œuvre génératrice n'est pas sans mérite. Elle assure à l'espèce humaine la perpétuité, une sorte d'éternité; elle implique de très grands devoirs, l'éducation, que sais je? l'exemple du dévouement. Mais enfin vous jugez un homme pour ce qu'il vaut. Vous dites : « C'est un grand industriel, c'est un habile commerçant, c'est un homme politique. » Vous ne dites pas: « A-t-il des enfants? Est-il époux, est-il père? » Non, c'était réservé pour nous.
Ceci, Messieurs, est une digression, je dirais presque une anticipation. Mais après avoir commis ce petit ^carl, je reprends et je dis : Dès l'instant que l'homme a pensé que la femme avait été créée tout à fait pour lui, uniquement à son intention, il l'a façonnée suivant ses désirs, selon ses caprices, et il en a beaucoup.
Montaigne a dit quelque part avec beaucoup de finesse : « L'homme est un être ondoyant et divers, et il est malaisé de porter sur lui un jugement constant et uniforme. » Voilà qui est très vrai, et il faut en tirer la conséquence que cette incarnation de la femme dans le cerveau de l'homme n'a aucun rapport avec léclosion de Minerve, sortant toute armée, une, complète, du cerveau de Jupiter ; la figure s'est corrompue et le résultat est une création à la manière sotte-niaise de la grande duchesse de Gerolstein. L'homme aime parfois la femme qui lui pose des cataplasmes quand il soufïre ; s'il revient à la santé, cela ne fait plus son affaire. Se trouve-t-il fatigué des tumultes d'Asnières? il rêve et soupire après l'Aimée excitante et même un peu orgiaque. Puis voici l'homme qui devient sérieux ; il veut se marier et recherche une jeune fille vertueuse, sage, économe.,. Tout cela ne marche pas ensemble - Il faut qu'il choisisse. Ses préférences ne sont pas
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toujours pour la femme utile. Aussi, quel gâchis ! que de folies, que de contradictions, que d'inconséquences! Il est curieux de noter quelles vertus on a successivement demandées à la femme. Nous le verrons en remontant à une époque très éloignée.
D'abord nous avons les lois de Manou. Au livre deuxième, no» 213 et 21o, Manou dit : « 11 est dans la nature du sexe féminin de chercher ici-bas à corrompre les hommes, et c'est pour cette raison que les sages ne s'abandonnent jamais aux séductions des femmes.... Il ne faut pas demeurer dans un lieu écarté avec sa mère, sa sœur ou sa fille; les sens réunis sont bien puissants, ils entraînent l'homme le plus sage. » Oui, Manou a écrit cela. Quelle société fréquentait-il donc ? Je passe au livre troisième, n"^ 55 et suivants: les prescriptions de Manou sonttoutes en faveur de lafemme : « Les femmes mariées doivent être comblées d'égards et de présents par kurs pères, leurs frères, leurs maris et les frères de leurs maris.... Partout où les femmes sont honorées, les Divinités sont satisfaites ; mais lorsqu'on ne les honorepas, tous les actes pieux sont stériles. Toute famille où les femmes vivent dans l'affliction ne tarde pas à s'éteindre.» Ilyaau moins 50 lignes sur ce ton. Quand il écrivait tout cela, le bon Manou avait-il l'intelligence bien nette ? Que faisait-il de la logi'jue ? S'il pense que la femme est un être assez pervers pour ne pouvoir demeurer seule avec son frère, avec son fils, avec son père sans le corrompre, est-il bien raisonnable de tant respecter la femme et tant l'honorer ? J'arrive au livre cinquième et je trouve au n" 154 : a Quoique la conduite de son époux soit blâmable, bien qu'il se livre à d'autres amours et soit dépourvu de bonnes qualités, une femme vertueuse doit constamment le révérer comme un Dieu. » C'est de plus en plus incohérent. Je vous assure que je n'invente rien ; je me borne à citer textuellement.
Ce que nous venons de lire dans Manou, nous allons le retrouver dans Saint Paul.
Faut-il vous dire toute ma façon de penser ? J'ai une dent contre saint Paul. Et quand je dis une, ce n'est pas assez ; deux au moins ne seraient pas trop, et je me promets, s'il m'est donné de le rencontrer dans un autre monde, de lui faire une petite taquinerie : je lui ferai une conférence.
Que dit Saint Paul de la femme ? Cherchons dans sa première Epître aux Corinthiens, (chap. vu). A un certain point de vue, c'est une sorte d'égalité qu'il proclame entre l'homme et la femme, ou plutôt c'est une équation. Si le mari a des devoirs envers la femme, la femme doit plaire à son mari. Saint Paul appelle cela l'égalité ! « Mes frères, dit-il, je désire que voiis sachiez que Jésus-Christ est le chef et la tête de tout homme et que l'homme est le chef de la femme.... Et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme » (chap. ii). Dans son Epître à Timothée (chap. ii, § 12),il donne une variante de cette même idée. « Je ne permets point aux femmes, dit-il, d'enseigner ni de prendre autorité sur leurs maris, mais je leur ordonne de demeurer dans le silence ; car Adam a été formé le premier et Eve ensuite. Et Adam n'a pas été séduit, mais la femme ayant été séduite est tombée dans la désobéissance. Elles se sauveront néanmoins par les enfants qu'elles mettront au monde .... » Dans son Epître aux Ephésiens, il dit encore ( chap v, § 22) : « Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme, comme Jésus-Cbrist est le chef de l'Eglise.... Comme donc l'Eglise est soumise A Jésus Christ^ les femmes doivent aussi être soumises en toat à lears maris. »
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On avance que l'union de la femme avec l'homme est semblable à l'union de Jésus-Christ avec son Église.
Cela est difïîcile à comprendre. Dans le christianisme, Jésus-Christ est Dieu et l'Église est une assemblée de mortels ; dans le mariage ce serait la même trhose ? L'homme serait Dieu, la femme serait l'Église? Je ne comprends plus du tout.
Et comment voulez-vous que je considère comme un Dieu quelqu'un qui est comme moi, qui se nourrit comme moi, qui se mouche comme moi, qui est malade comme moi, qui se trompe comme moi et qui meurt comnje moi? Jamais je ne pourrai voir un Dieu dans mon pareil, quand je me connais trop bien pour me croire Dieu moi-même.
Une opinion généralement admise, c'est que le Christ a réhabilité la femme et lui a donné l'égalité à laquelle elle a droit. A vous dire le vrai : oui et non. Quand cela lui donne-t-il l'égalité? Est-ce dans le Ciel? Nous n'y sommes pas encore : nous sommes ici bas et nous voudrions bien jouir de cette égalité sur la terre. Le Christ, au contraire, a exalté le caractère impersonnel de la femme. Voyez la Vierge Marie. L'homme a donné une grande extension au sentiment qu'inspire cette figure, cela est vrai. Mais la vierge Marie a beau être le type du beau, de la douceur, de la vertu, c'est aussi le spécimen le plus complet de l'effacement, de la nullité; c'est l'absence de volonté, de tout ce qui constitue la personnalité ; ce n'est pas une femme, c'est une figure, un type. La femme, sous l'empire de la loi ancienne, conservait encore son énergie : Esther, Déborah, Judith et tant d'autres savaient agir, elles faisaient quelque chose : Marie, c'est l'inertie.
Laissez-moi placer ici une réflexion que souvent j'ai eu l'occasion de faire. Toutes les fois que je suis entrée dans une église au moment du Mois de Marie, à l'as-
pect de ces soleonités, de toutes ces fêtes dans lesquelles on prodigue la toilette, les fleurs, les parfums, je me suis dit toujours : Ah ! Messieurs, c'est ainsi que vous voulez nous réduire !
Et cependant la vierge Marie a fait son chemin dans ce monde. Petite bonne femme vit encore ! Car, Messieurs, mettez-vous cela dans Tesprit: la femme, toutes les fois que vous voudrez Tannuler, en paraîtra plus grande.
Voyons maintenant ce qu'a fait la chevalerie. C'était une institution qui réservait un rôle brillant à la femme. Mais ne nous faisons pas d'illusions ; la chevalerie ne nous a pas rendu autant de services qu'on l'a pensé généralement. Je dirai même qu'elle nous a nui ' en préparant les faux autels. La femme du moyen âge, la châtelaine, a fait son mari monseigneur ; elle était inventée surtout pour panser les blessures du chevalier; c'est toujours l'idée de la femme charme, de la femme ornement, créée tout exprès et uniquement pour l'homme. En retour, le chevalier, il est vrai, en faisait la dame de ses pensées : il lui fallait une dame de ses pensées ; s'il n'en avait pas rencontré, il en aurait plutôt inventé une. Aussi voyez-vous Don Quichotte se précipiter sur le premier type vulgaire pour en faire la dame de ses pensées. Cela faisait partie du harnachement du chevalier; il lui fallait son cheval, sa lance, son armure, son casque, et puis la dame de ses pensées. Dans les tournois, dans lesfêtes, la femme du moyen âge couronnait le vainqueur; elle était adorée, respectée ; elle était la reine. Mais, la la cérémonie terminée, elle rentrait dans l'ombre en compagnie des tentures.
Je me demande encore ceci : la châtelaine sur le retour, que faisait-elle ? Elle ne pouvait plus être dame des pensées. Le page ne pouvait plus être amou-
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reux en dévidant la soie. Voyons, la châtelaine sur le retour, que faisait-elle? Elle s'ennuyait dans son triste manoir, seule toujours, ayant pour unique occupation la lecture du Missel et pour plus grande gloire la fondation d'une abbaye. Il faut donc dire qu au temps de k chevalerie et plus tard, la femme a été l'objet d'une adoration fictive; mais en même temps on la privait delà justice.
Mesdames, la justice vaut mieux que l'adoration. L'adoration n'est qu'un privilège, et le droit vaut mieux que le privilège, parce que le droit est une chose qui ne saurait vous manquer L'adoration, c'est le caprice, ce n'est pas assez solide. La femme ornement, non! Cela ne me plait pas, parce que la condition indispensable pour un ornement, c'est la fraîcheur. Que la femme vieillisse, dans l'hypothèse où elle est un ornement, elle subit le sort des vieilles passementeries; on les jette au panier ou bien on les relègue au fond d'un vieux tiroir, comme souvenir d'un temps qui n'est plus ou d'une fête qui a réussi.
Sans doute, la beauté est un grand don. Je puis franchement l'avouer; quelque chose de beau me touche, et je pense que la laideur est une privation. Mais ne perdons pas de vue que la beauté est un capital que l'on mange tous les jours; c'est un fonds dont on ne tire pas de revenu. On ne fait pas des épargnes de beauté, on ne fait pas des économies de jeunesse. Mais s'il y a un fonds moral, s'il y a un capital intellectuel, scientifique, ce sont là des revenus que vous recevez tous les jours; avec eux vous pouvez braver les cheveux blancs. Voilà, Mesdames, ce que j'ai à vous enseigner.
Que disent les philosophies? Nous avons parlé des religions ou au moins de leurs points les plus saillants. Je n'ai pas voulu vous y arrêter trop longtemps :
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I;epui% qu'on fait de la phi!o50î»hie, 03 a parlé des pîrn-JOf»s de l'hornifie, de l'orîL'ine de rhonime, des de-.lif/r-.s de riiornme. Toujours Iriomine! c'en est a^rai'uui ; ofi le vi'AUihuiva partout.
\ji'M femmes ont admis, ont accepté tons les préjugés, tontes les lois qu'on leur imposait. Et d'abord elles n'ont rien diseut<î. Au xviii' siècle, alors que se préparait l'ouvre d'émancipation et de nivellement \ty\\h">ï\, c'étnit certainement l'instant de penser à la nature de la femme et de lui restituer ses droits. Non ! Il Hcht trouvé qu'un écrivain, un homme d'un grand Ifilent, je le reconnais, mais qui a souvent défendu des ld('(!H fnuHses, Jean-.Iacquos Rousseau, a dominé la HllUJition. Jean-Jacques s'est dit l'ami des femmes. N'tîti croyez pas un mot, Mesdames ; c'est Tami le pluH pcrlidc et le plus dangereux. Il n'a jamais parlé
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de la femme que pour la flétrir. Il n'a jamais crayonné un caractère de femme ; car sa Julie, sa Sophie, qu'est-ce que tout cela ? De quel droit lui, philosophe, lui qui se permettait de faire de la morale, ce qui lui allait assez mal du reste, de quel droit, ayant dit que la gloire de la femme c'était sa pudeur et sa vertu, a-t-il osé mettre en lumière et publier les faiblesses, les défaillances, les fautes que certaines femmes avaient commises pour lui, à son proiit? De quel droit les mettait il au ban de l'opinion ? C'était là non seulement une déloyauté, mais encore une lâcheté.
Rousseau a fait beaucoup d'élèves ; il a imprégné de son esprit presque tous les hommes de la Révolution ; et si, en 1789 et 1793, la déclaration des droits de la femme a été repoussée, c'est grâce à l'admi ratio;: qu'on avait pour Rousseau. Les hommes de la Révolution ont été en grand nombre des contrefacteurs, des imitateurs de Jean Jacques, et pour le style et pour la forme de la phrase. Il est vrai de dire que Jean- Jacques, qui est un séducteur, est parvenu à déguiser son égoïsme, son orgueil, son ingratitude sous un faux sentimentalisme. Il a dit : « Femmes sensibles ! Sexe adorable ! » Et les femmes ont cru cela.
J'ai dit qu'il avait fait école. Nous voyons aujourd'hui une foule de ces pharisiens de courtoisie, de ces faux adorateurs de la femme. Défiez-vous, Mesdames, de ces hommes qui disent: « Oh ' j'adore les femmes, je ne peux pas en parler sans pleurer ! » Je vous assure qu'il y a des gens comme cela. Ce sont ceux là qui nous marchandent la justice et nos droits ; ce sont nos plus redoutables adversaires.
Nos adversaires d'aujourd'hui ont inventé un autre argument, toujours tiré de Jean-Jacques. Us ont dit : « Mais nous ne voulons pas être des tyrans ni des oppresseurs ; c'est parce que nous vous aimons. Mes-