LA FEMME TELLE QU'ELLE EST
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Messieurs, Mesdames,
La tâche que je me propose de remplir ce soir est lourde, je oe me le dissimule pas. Je vous ai auDoncé que je rétablirais la femme d'après le plan de la nature, que je lui restituerais son véritable caractère,que je déga< gérais, enfin, la réalité de la fiction. J'ai annoncé encore que je voulais décharger la femme de toutes les accusatons injustes, erronées, dont on l'accable depuis des siècles. Je viens, forte de ma conviction, forte de mon expérience, et avec toute Tautorité de la certitude, vous affirmer que, depuis le commencement du monde, — c'est ancien, comme vous voyez— -l'humanité n'a eu qu'une fausse conception de la femme, qu'elle n'en a produit qu'une définition mensongère. Religions et p<bilosophies ont également erré sur cette matière ; ni le brahmanisme, ni le judaïsme» ni le christianisme n'(vnt porté sur la femme un jugement conforme à la
(1 ^ Cette ConféreDce, publiée pour la première fois^ a été faite le 18 novembre 1869.
raison et à la vérité. Cela paraît hardi ; on s'écriera : «Quel aplomb !» Mon Dieu, quelque audacieuse que soit cette assertion, je la soutiendrai.
Que dirai-je ? Peut-être des lieux communs. Vou^ savez que les vérités les plus simples sont souvent, chose singulière, celles qui demandent le plus de temps pour être approuvées. N'attendez pas non plus que je présente un tempérament, un caractère comme la mesure de tons les tempéraments et de tous les caractères, nique je tire d'un fait particulier une loi générale. Non ; mon procédé est plus rationnel, permettezmoi de dire plus logique ; je ne m'appuie absolument que sur des observations, sur des données empiriques, gur des faits. Je n'irai pas chercher mes exemples dans des régions trop hautes ou trop basses, mais dans ce monde qui circul autour de vous et que vous serez étonnés de n'avoir pas aperçu encore. Je fais naturellement des réserves : il y a certainement des esprits qui connaisent le monde et l'ont apprécié ; mais enûn la masse n'a pas encore compris ce que je viens vous dire.
Si l'on s'étonne qu'une absurdité, qu'une erreur se soit implantée si fortement dans les esprits et ait pris force de loi, je vous présenterai des exemples à l'appui. Je vous dirai: « Mais c'est vieux comme le monde ». Ainsi, dans la science, en médecine surtout, il est des erreurs qui ont été longtemps enseignées comme vérités. Pendant près de treize siècles les grands docteurs en médecine ont fait de la pathologie, de la thérapeutique d'après un faux bonhomme, un bonhomme qui n'existait pas, complètement imaginaire. Il y avait une anatomie fantaisiste et conventionnelle. Un beau jour, des esprits moins timorés, qui ne se contentaient pas de regarder dans les livres et qui regardaient aussi autour d'eux, se sont dit : « Tiens ! c'est drôle ! cela ne
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se passe pas comme cela, la nature n'est pas conforme à ce que l'on nous enseigne! » Alors il y a eu, naturellement, quelques murmures, quelque agitation, quelques attaques contre la doctrine. D'autres se sont écriés; « Profanation! sacrilège! magister dixit. » Le maître, c'était Galien: il n'était pas permis de le contredire. Mafs Mundini et après lui Massa, Massa surtout, allèrent un peu plus loin, attaquant plus fortement la doctrine. Néanmoins il fallut toute l'autorité du génie de Vesale pour rétablir l'anatomie naturelle. Avant lui on peut dire qu'elle n'existait pas. Vous savez ce qui est arrivé à Vesale, messieurs, et par quels désagréments sont toujours punis les novateurs comme lui, même lorsqu'ils servent l'humanité.
En art, un fait analogue s'est également produit. Comme on avait construit un faux bonhomme en anatomie, le dessin devait s'en ressentir. Les maîtres avaient toujours fait un faux bonhomme: on copiait les dessins des maîtres et l'on négligeait l'original pour suivre la copie: les erreurs, par conséquent, se multipliaient. Heureusement des hommes d'un esprit large et d'une vaste intelligence, qu'on appelait les Carrache, se sont dit: « L'art est dans la dégénérescence, il faut le sortir de là. » Et les Carrache ont fondé à Bologne une école où l'on a étudié la nature, et ils ont régénéré l'art.
J'avoue que je n'ai pas le génie des arts, cela me contrarie; je n'ai pas le talent des Carrache, je le regrette beaucoup. Que voulez-vous? cela ne se donne pas. Mais, forte de ma conviction et de mes observations, je viens vous dire: je vais rétablir la femme suivant la nature.
Quand on veut attaquer une erreur et la détruire, il est nécessaire de remonter à son origine. Eh bien ! messieurs, je vous prie pour un instant de vous trans-